Cultures, épisode 20

18/07/2018 Non Par cborne

La construction de la bande dessinée purgatoire est pour le moins atypique et il me paraît nécessaire de vous spoiler un peu l’histoire, son premier tome en tout cas. Il s’agit d’un jeune homme qui hérite de la maison de sa grand-mère, maison qui finit par cramer. Il se rend compte qu’on le fait poireauter au niveau des assurances au point de finir à la rue. Le premier tome est assez raide, et fait franchement penser à S.O.S bonheur, une dénonciation de la société où l’on montre comment la machine s’enlise. Et puis à la fin du premier tome, c’est le drame, il se fait écraser par son assureur, un véritable salaud, pour se retrouver au purgatoire. Je n’en dirai pas plus, j’en ai déjà dit beaucoup, mais c’est vraiment très bien foutu, comme souvent dans ces bandes dessinées où l’on ne sait pas où l’on veut nous entraîner. Rajoutons à cela que le dessin n’est pas en reste, notamment quand l’auteur joue sur des effets de noir et blanc au milieu de pages en couleurs. Une réussite. Trois personnes, Pierre, Feuille et Ciseaux, plus ou moins les prénoms, noms ou pseudonymes sont respectivement un élève brillant en mathématiques qui a lâché ses études pour devenir boxeur, un joueur de poker professionnel qui fait croire qu’il est banquier, les deux hommes sont de très grands amis, la petite dernière est une meurtrière professionnelle qui se fait passer pour une institutrice, petite amie de Feuille. Ken Games, bande dessinée en trois tomes raconte l’histoire de ces trois personnages, leurs mensonges, leurs conséquences. C’est assez brillamment mené, bien dessiné, assez violent, la réflexion de fond c’est le sens de la vie, le chemin qu’on aurait pu prendre, celui qu’on aurait voulu prendre, celui qu’on a fini par suivre. Franck Dubosc est un vieux beau, patron d’une grosse boîte de pub pour des articles de sport. pour lui tous les coups sont bons pour attirer une fille dans son lit. Sa mère vient de décéder, et il se retrouve par hasard dans le fauteuil roulant de la défunte. Une magnifique jeune femme rentre et il tente la carte de la pitié, en faisant croire qu’il est handicapé. Rapidement elle lui propose un repas en famille, il s’agit en fait d’un repas arrangé pour présenter sa sœur Alexandra Lamy qui est réellement paraplégique. Comme on peut s’en douter, il va tomber amoureux de la « jeune » femme, mais comme il ne sait faire autrement que de mentir, il va s’enliser dans son mensonge. C’est une bonne comédie, c’est indéniable, il y a même du suspense, celui qui fait qu’on n’est pas forcément convaincu par un happy end, et savoir jusqu’où Franck Dubosc est capable d’aller. Après, le concept de tout le monde debout n’est pas formidable, ni sa mise en œuvre globale puisqu’il s’agit une fois de plus d’un personnage de salaud qui voit sa vie changer et se transformer en bisounours. Pas franchement crédible.

Au début du XX° siècle, un milliardaire qui ne sait pas quoi faire de son argent, finance un scientifique pour qu’il réalise le fulgur, un sous marin capable de descendre à plus de 4000 mètres. L’idée est de récupérer un trésor Espagnol au large des côtes américaines. Si le fulgur tient ses promesses, une éruption volcanique qui n’était pas prévue se produit et l’aventure commence. Les protagonistes vont se retrouver coincés dans un monde souterrain où à la façon des livres de Jules Verne, principalement voyage au centre de la terre, ils vont croiser des animaux et des situations fantastiques. En trois tomes, une histoire solide qui tient la route, c’est une adaptation de livre, ça aide un peu, un vrai travail sur les personnages, un dessin classique avec les cadres à la tintin plutôt réussi, notamment pour les monstres marins, rien à redire pour cette bande dessinée qui respire le déjà vu, mais qui est plaisante à lire. On retrouve Christophe Bec au dessin de sanctuaire pour une bande dessinée quasiment identique à pas grand chose, toujours en trois tomes. Je remarquais la dernière fois que Tacito était attaché aux bandes dessinées de l’apocalypse c’est peut-être les fonds marins pour Bec. L’action se situe aux environs de 2030, un sous-marin découvre un vieil appareil à côté d’une énorme porte qui abrite un sanctuaire. Les choses commencent à tourner mal quand des hommes contractent une espèce de peste bubonique et que d’autres deviennent fou. Quand le machiniste devient fou ça devient compliqué, ce dernier tente de couler l’appareil. Pendant que certains se lancent à la découverte de ce sanctuaire vieux de 7000 ans et qui abrite quelque chose qui ne doit pas sortir, les autres essaient de voir comment sauver l’équipage et le sous-marin. Si le fulgur était dans la lignée des Jules Verne, sanctuaire quant à lui mange au râtelier des classiques de l’horreur, avec nécessairement une pensée pour alien. Jusqu’à la garde est un des films les plus durs que j’ai eu l’occasion de voir ces derniers temps, et pourtant il se contente de présenter un quotidien.  Léa Drucker et Denis Ménochet se séparent, et ça se passe particulièrement mal. C’est d’ailleurs l’une des forces du film, montrer les scènes, prendre le temps, le film démarre au tribunal, ça doit durer une bonne quinzaine de minutes. L’enjeu principal c’est le fils, le petit, qui est utilisé par le père comme passerelle vers la mère. Ce qui est intéressant dans le film, c’est son réalisme, comprenez que devant le juge, on pourrait très bien imaginer que la mère soit la méchante, la suite est bien différente. Extraordinairement joué par tout le monde, Denis Ménochet qu’on a déjà vu en gars un peu nounours dans de nombreux films, interprète à la perfection un homme meurtri, obsédé, violent. Les nominations et les prix qu’a remporté le film ne sont pas volés, ça prend aux tripes.

Jim aka Téhy est un auteur qui a mis du temps à trouver son style. D’abord auteur / dessinateur avec la teigne, une bande dessinée fantastique dont on ne connaîtra jamais la fin, il a dû faire du taf alimentaire dans des bandes dessinées comiques sur les couples, les célibataires, les blondes, ce genre de choses. Depuis quelques années, il est dans un style adulte, social assez intéressant avec un principe assez simple. Il prend une idée, et la déroule, comme on déroulerait une pelote. Avec Héléna par exemple, c’est l’histoire d’un gars qui va se marier et qui revoit le jour de son mariage la fille dont il a toujours été amoureux, depuis le primaire. Il finit par planter son mariage, chamboulé par cette apparition. Les choses auraient pu en rester là, il finit par hériter d’une grosse somme et d’un appartement, c’est un peu par hasard qu’il tombe sur Héléna qui vivote. Séparée du père de sa fille, elle travaille dans une épicerie. Il lui propose un deal, ses jeudis après-midi contre 1000 € par mois, uniquement pour apprendre à se connaître, sans contrepartie physique. Le procédé n’est pas forcément original, puisqu’on a quelque chose de similaire avec la bande dessinée l’outremangeur, où c’est un repas obligatoire pour ne pas être dénoncé d’un crime commis. A l’instar de ses autres bandes dessinées, les personnages sont très bien travaillés, et par le dessin et par la psychologie, on se laisse donc emporter dans ce que le personnage aimerait être une histoire d’amour au dénouement pour le moins inattendu. Toujours sur le même principe, l’invitation, l’idée cette fois c’est le test de l’amitié. C’est un homme qui appelle ses amis à 2 heures du matin, prétextant qu’il est en rade sur la route, une espèce de test, pour savoir qui va se déplacer. Parmi les gens qui se déplacent, l’un est interpellé et fait la même chose, sauf que ça ne fonctionne pas, la seule personne qui vient c’est celle qu’il n’attendait pas. Il va alors s’interroger sur lui, sur son rapport aux autres, sur ce qu’il a pu devenir, changer ? Quand j’écrivais que Jim avait trouvé son style, c’est peu de le dire. La bande dessinée a été adaptée à l’écran avec Nicolas Bedos dans l’un des deux rôles principaux, le gars qui fait la « farce » en premier, c’est Michaël Cohen qui réalise le film et qui interprète le garçon qui s’interroge sur sa vie. Forcément Nicolas Bedos en type un peu salaud, désabusé, ça passe très bien au cinéma, le film tient la route et respecte la bande dessinée, ce n’est pas toujours le cas.

Puisqu’on est dans l’univers de Jim, autant continuer. Deux étudiantes, une plutôt sérieuse qui joue la baby sitter, l’autre délurée, se lancent pour défi de séduire le père de famille, la quarantaine, un beau gosse avec l’argent, la voiture et l’appartement qui va bien. Une petite tentation n’est pas l’album le mieux ficelé, loin de là d’ailleurs. Les personnages sont trop classiques comme les situations, le seul suspense c’est de savoir si le père de famille va résister au charme des deux jeunes femmes qui se lancent dans la compétition. Le scénario n’est qu’un prétexte pour montrer de jolies filles qui se promènent en tenue légère dans ce one shot. Il est intéressant de lire l’œuvre dans son ensemble, et de retrouver l’obsession de l’auteur pour les hommes dans la quarantaine, adultères, faibles. Avec où sont passés les grands jours, on a des gars dans la quarantaine qui viennent de vivre un drame, le quatrième du groupe d’amis s’est suicidé. Chez le notaire, pour les trois qui restent, il va léguer des cadeaux pour le moins originaux qui vont changer la vie d’au moins deux d’entre eux. Des billets de concert et un accordéon pour l’un, un vélo coupé en deux et un lance-pierre pour le second, un bouquin de Sartre pour le dernier. On va donc sur ce nouveau diptyque suivre le groupe d’amis, avec les mêmes préoccupations : les femmes, le temps qui passe, les rêves brisés. C’est réussi, il y a notamment une partie de l’intrigue qui est intéressante, celle où l’un des trois amis compose le numéro de téléphone du défunt et noue un lien avec la personne qui vient de récupérer le nouveau numéro de téléphone. Force est de constater tout de même une véritable répétition, qui va forcément engendrer une lassitude, que j’ai ressentie pour une nuit à Rome. C’est un homme qui vient de fêter ses quarante ans, étonnant, et qui dans ses cadeaux reçoit une VHS qu’il a tourné lui même avec une fille qu’il pensait être la femme de sa vie. A cette époque, ils font le serment face caméra de se retrouver dans vingt ans pour leur anniversaire respectif à Rome. Alors qu’il est heureux en ménage, à l’instar du personnage d’Héléna, il va tout plaquer pour retrouver son amour de jeunesse. Jim est à la fois aux commandes du dessin et du scénario, force est de constater qu’il a largement progressé au dessin, c’est une véritable réussite. L’histoire tient indéniablement la route, les personnages sont bien ficelés, on a toutefois l’impression de lire plus ou moins la même bande dessinée. Même si tous ces albums sont de bonne facture,je trouve dommage qu’un auteur de talent ne sache exprimer rien d’autre. On pourrait dire que la critique est un peu aisée, qu’un groupe de rap fait du rap et qu’on serait surpris, étonné de le voir dans de la musique classique, néanmoins, je pense qu’il sera urgent pour l’auteur de présenter autre chose à son public, montrer qu’il est capable de raconter d’autres histoires.

Et c’est peu de le dire, le dernier bouquin en date c’est une suite à une nuit à Rome où l’on retrouve les personnages à 50 ans …