Cultures, épisode 2

16/10/2017 Non Par cborne

Le chevalier Brayard rentre de la croisade après sept ans, Brayard. Un nom qui lui colle bien à la peau, il passe son temps à hurler des chansons paillardes sur le chemin du retour où il évoque tout ce qu’il va pouvoir faire à sa femme. Il est accompagné d’un moine qui bien sûr se désole des propos de son compagnon et qui ramène quant à lui de saintes reliques. Ils vont croiser sur leur chemin une gamine maure qui se prétend fille d’un puissant émir, et découvrir qu’elle doit être monnayée contre une rançon. Aller plus loin dans le one shot serait un peu trop spoiler, je vais donc m’arrêter ici. Le chevalier Brayard est une bande dessinée particulièrement drôle, et qui fait tout pour l’être. Les anachronismes du moine, très caricatural dans son rôle de lâche qui raconte les histoires improbables de Saints qui survivent dans des volcans ou tués dans d’horribles situations, les personnages aussi abrutis les uns que les autres, violents, ridicules, et ce personnage de chevalier Brayard particulièrement bourrin qui passe son temps à étriper tout ce qui bouge. La bande dessinée ne se prend pas au sérieux, même si tout de même, le dénouement, certains points de l’histoire nous montrent que le thème principal ne serait pas la gaudriole mais bien le destin des individus et la façon d’y échapper.

Si vous voulez compléter votre lecture sur les croisades, un jour sans raconte l’histoire d’un roi qui part en croisade, les choses ne se passent absolument pas comme prévues, il enchaîne la malchance et les malheurs. Aussi cruel sur le principe que le chevalier Brayard avec la description de cette époque cruelle mais sans humour, le dénouement ne manquera pas de vous surprendre, au point de s’interroger sur le titre. Ferait-il référence à un célèbre film avec Bill Murray ?

Dans un genre complètement différent adieu monde cruel nous présente quatre personnes qui se sont rencontrées par Internet dans le but de se suicider dans la forêt. Comme on peut l’imaginer, si le suicide aboutissait dès les premières pages, l’histoire tournerait court, ce n’est pas le cas. Nos héros vont découvrir que se suicider ce n’est pas facile, et puis comme on peut encore s’en douter dans cette bande dessinée, ils vont apprendre à vivre. Un dessin moderne, clair, dynamique, une histoire qu’on comprend très rapidement classique, mais qui fonctionne. Si les personnages restent à la limite de la caricature, le looser, le vieil homme qui en a marre de la vie, ou la fille qui a tout perdu, s’il n’y a pas de surprise, il faut tout de même saluer l’optimisme de la bande dessinée quand la trame de départ c’est quand même se donner la mort. L’interview du scénariste sur branchés culture (un site qui mérite d’être connu), qui apporte de nombreux compléments sur la genèse du projet et sur l’histoire, du dessinateur dans la voix du nord.

Dans cette même veine, celle de l’optimisme, ce très étonnant diptyque qui ne rentre pourtant pas du tout dans mon style de lecture, ou dans ma façon d’être : le jour où le bus est reparti sans elle. C’est l’histoire franchement niaise, qui pourrait être considérée par les plus cyniques comme ridicule, d’une jeune femme en manque d’assurance qui part avec un groupe de développement personnel. Lors d’une halte dans une épicerie perdue au cœur de la forêt, elle est tout simplement oubliée par le groupe. Elle va être prise en charge par Antoine, le patron, qui va s’avérer être un homme d’une philosophie rare, et lui permettre de changer de façon radicale la manière de voir sa vie au travers d’histoires et de rencontres. Par exemple, il lui explique que ce qui peut sembler un bonheur ou un malheur, n’est pas nécessairement palpable au premier abord. Un homme vit avec son fils et son seul cheval s’évade, le fils considère que c’est un malheur, le père dit qu’on ne peut pas savoir. Le cheval revient avec deux juments, le fils s’extasie et dit qu’il s’agit d’un bonheur, le père dit qu’on ne peut pas savoir. Le fils se casse la jambe, malheur, jusqu’à ce qu’il se rende compte que cette fracture va l’empêcher d’aller à la guerre. Tout est donc franchement très gai, très zen, très orienté sur le développement de soi dans cette bande dessinée philosophique. Le dessin qui l’accompagne cadre parfaitement, les personnages sont ronds, les couleurs chaudes. La bande dessinée a reçu un bon accueil et je pense que c’est normal, c’est une bande dessinée dans l’air du temps, reprendre sa vie en main, sortir des sentiers battus si bien qu’un deuxième tome a été écrit.

On retrouve Clémentine qui a osé, elle est désormais sûre d’elle, active woman, mais n’a pas réellement trouvé le sens de sa vie. Elle repart donc dans l’épicerie de son ami Antoine et se lance dans un tour du monde où elle va retrouver des personnages qu’elle a déjà croisés pour trouver le vrai sens de sa vie. Je dois reconnaître que l’un des personnages m’a intrigué, il s’agit d’un homme qui a tout réussi, devenu riche à millions en travaillant comme un fou et qui dans le premier tome lâche tout. On le retrouve dans ce deuxième album, il est redevenu entrepreneur et applique une règle qu’il appelle les 80 / 20 ou loi de Pareto qui dit que 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes. Concrètement, 80% de son chiffre d’affaire vient de 20% des entreprises, il fait donc le tri dans ses clients pour ne conserver que les meilleurs 20%. Il applique cette règle à ses amis, à ses loisirs, pour ne garder en fait que la substantifique moelle. A la lecture, j’ai été intrigué, je pense que c’est purement utopique, mais la bande dessinée m’a donné envie d’en apprendre plus sur le sujet. Rien que pour ça la bande dessinée mérite d’être lue, et certainement d’être relue.

Je continue de lire le blog de Boulet, je suis aux environs de 2006. Le dessin s’est affirmé, beaucoup plus clair, beaucoup plus osé, beaucoup plus riche. Le parcours de cet homme est pour le moins étonnant, il a fait si je puis me permettre le parcours de l’adolescent attardé que nous avons beaucoup rêvé mais que nous n’avons pas mené : pas de femme, pas de gosse, des voyages, des amis, vivre de sa passion. Des voyages, dans cette période jusqu’à 2006, ils sont particulièrement nombreux, l’Afrique, le Canada, et j’en passe. Les amis qui prennent le relai pendant qu’il n’est pas là, non, rien à dire, il est difficile de ne pas se retrouver dans l’homme qui a mon âge, 1975 le meilleur cru de l’humanité. Entre deux bandes dessinées, je continue de lire ses dix années de blog qu’il a écrites, une part d’admiration indéniable pour le coup de crayon bien sûr, mais aussi pour l’énergie, une production conséquente, reprendre la série Donjon, cet homme a vraiment beaucoup de talent. Un article sur Boulet que j’ai trouvé intéressant.

Didier a écrit : Si à 40 ans, t’as pas l’impression d’avoir tout vu…. J’ai souvenir d’avoir écrit il y a bien longtemps, j’étais dans le Cantal à l’époque, le blues du trentenaire où j’expliquais que passés les 35 ans on avait quand même fait pas mal le tour de la question. Je trouve que les commentaires sont rudes, on lui propose le suicide, ce qui montre la classe de l’internet, c’est certainement lui qu’on devrait achever, meurtri par la bêtise crasse de ses intervenants. A l’heure actuelle avec la masse de travail, le jeu vidéo est en stand by, mais force est de reconnaître que même si j’ai beaucoup joué à Nioh, mon vrai coup de cœur de ces dernières années restera les souls, le reste est franchement fadasse. Le jeu indépendant qui dans les trois quarts du temps se contente d’être du jeu de plate-forme ou de reprendre des modèles déjà vus, ne m’apporte pas de satisfaction particulière. Le retrogaming, j’ai commencé à avoir la vague de nostalgie, elle n’a duré que quinze minutes, le temps que je me rende compte qu’en fait c’est trop laid pour moi et que je veux du graphisme qui claque.

En ce qui concerne le cinéma même si Antistress souligne dans les commentaires avec justesse qu’à quarante ans passés nous ne sommes pas le cœur de cible, oui c’est vrai, mais d’un autre côté, le problème ne vient pas intégralement de nous, les vieux désabusés. La masse de Marvel en est l’illustration, à l’époque le comics était rare, il était attendu, il était événementiel, désormais vous avez un film de comics par mois. Depuis le dernier billet, aucun film n’a retenu mon attention, je n’ai d’ailleurs pas fini un seul film. Je pense qu’à l’instar de la malbouffe, il y a des conseils à suivre, manger moins de viande mais de qualité, produire moins de film, mais plus originaux.

Je regarde des vidéos Youtube, j’ai vu celle-ci par exemple « Bande-dessinées et cinéma – Blow Up – ARTE » où j’ai découvert par exemple la fascination de Denis Podalydès pour Hergé, il place la fusée de Tintin sur la Lune. Comme vous le verrez dans le prochain épisode des compléments, je n’ai pas de temps à l’heure actuelle, je vais essayer toutefois avec les billets culturels de linker des vidéos Youtube ou des chaînes que j’ai trouvées pertinentes.

Au niveau musical, je préfère mieux ne rien dire, je viens d’écrire ce billet en écoutant du Radiohead et du Saez, voyez à quel point je suis ancré dans mes habitudes.