Cultures, épisode 18

17/06/2018 Non Par cborne

Masqué est une bande dessinée en quatre tomes, une bizarrerie francophone qui se veut être une ôde aux super héros. C’est l’histoire d’un soldat qui revient du front, bourré de problèmes post-traumatiques, sans travail il atterrit chez sa sœur dans un Paris en proie aux anomalies. Les anomalies, et bien ce sont des … anomalies, c’est-à-dire des choses qui ne sont pas censées se produire. Cela se traduit par une accumulation de robots, des apparitions, des hologrammes étranges. Il est convoqué par le service de protection du préfet pour un recrutement en tant qu’agent de sécurité du fait de son expérience de la guerre, il apparaît assez rapidement qu’il est en lien avec ces anomalies pour finir par se transformer en super héros. Quatre tomes très bien dessinés par Stéphane Créty dans un style au croisement de la bd francophone et du comics. Masqué est une bande dessinée qui fait penser à X-Files ou à The Leftovers, c’est-à-dire qu’on laisse la place à l’interprétation, je pense un peu trop. Dans un style beaucoup plus carré, beaucoup plus décomplexé, j’ai préféré SuperWorld. Il y a une dizaine d’années, les super héros ont tous disparu d’un seul coup en construisant une barrière de satellites protecteurs autour de la terre afin de la protéger de l’invasion extra-terrestre. Ils ont laissé des orphelins qui ont grandi, des adolescents parqués dans un « ghetto » au pied de la tour Eiffel. En effet, la société étant redevable, les grands parents, les vieux super héros, ont négocié une rente à vie pour les gamins, la contrepartie c’est de ne pas utiliser ses super pouvoirs. Être un adolescent qui grandit sans parent et ne pas pouvoir profiter des boules de feu qu’on envoie, pas évident, ça dérape ainsi très souvent. Il n’est pas évident d’aller plus loin sans spoiler, alors on va juste dire qu’on se doute qu’il ne s’agit pas du quotidien des jeunes super héros, mais que des événements graves vont se produire et que chacun va devoir choisir son camp. SuperWorld présente un dessin très comics, particulièrement réussi et un scénario bien français tout aussi réussi qui est intéressant car il contraste avec le dessin. C’est un peu comme si on voyait Mickey découper des gens à la hâche, un contraste entre un dessin qui amène des situations connues, sauf que là les situations sont moins connues, sauf en regardant du côté d’un Deadpool. Réussi, original, avec de vraies surprises, une très bonne série.

Dans un genre complètement différent, même si à la fin on verra qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des supers pouvoirs pour être un super héros, le grand méchant renard. Le renard qui est décrit ici est un looser, il ne fait peur à personne, au point que le cochon de la ferme lui prépare son panier de navets sachant qu’il rentrera bredouille. Dominé par tout le monde, et notamment les poules, il prend conseil auprès du loup qui lui dit que la seule chose qui n’aura pas peur de lui, c’est quelque chose qui vient de naître, qui sort de l’œuf. Et c’est ce que va faire le renard, voler des œufs. Pas de chance, lorsque les œufs éclosent, les poussins sont persuadés que le renard est leur mère. Comme on peut s’en douter, pas si facile de dévorer quelqu’un qui vous appelle maman. Une très jolie bande dessinée qui a été adaptée en dessin animé ou c’est l’inverse, l’anime s’appelle le grand méchant renard et autres contes, trois histoires, dont celle qui est décrite dans la bd. On aura aussi le lapin, le canard et le cochon qui vont partir dans une folle aventure pour remplacer la cigogne et livrer un bébé, et la tournée du père Noël. J’ai moins apprécié, certainement parce que le film s’adresse aux plus jeunes, j’ai noté un certain manque de rythme.

Après avoir visité Paris pendant la révolution Française, nous voici désormais dans les rues de Londres, à la fin du XIX° siècle en pleine révolution industrielle. Aux commandes, non pas un assassin mais deux, les jumeaux Frye. Jacob est la brute épaisse qui va monter son propre gang pour conquérir Londres, Evye est l’intellectuelle, elle va chercher un artefact comme la pomme d’Eden, cette fois-ci c’est un suaire. On sera amené à jouer un personnage ou l’autre, sachant que la différence n’est pas vraiment frappante. C’est tellement peu frappant que les deux arbres de compétences sont identiques sauf pour quelques options de la fin. Cette dualité n’apporte donc absolument rien si ce n’est qu’elle permet de rajouter une couche supplémentaire d’interactivité, de scénario, pour plonger le joueur au cœur de l’aventure. Jouer à Assassin’s Creed, c’est jouer à une mécanique, et c’est d’autant plus le cas dans cet Assassin’s Creed Syndicate qui est le dernier épisode avant le reboot de la série si j’ai tout compris. Assez mal jugé, en tout cas comme l’épisode de trop, c’est profondément injuste, il s’agit de l’épisode le plus agréable que j’ai pu faire depuis bien longtemps, sachant que pour moi la pire partie de la saga c’est certainement la période maritime. Alors que la répétitivité de l’action est bien présente, j’ai tout de même réalisé la quasi-totalité des missions secondaires et l’explication est simple, les développeurs ont retiré tout ce qui était lourdingue. Fini les voleurs qui sont plus rapides que les assassins, ici le voleur est maladroit et trébuche, fini les impositions de réaliser une mission avec des critères particulièrement pénibles comme les écoutes obligatoires, terminé les soixante dix armes différentes et j’en passe. On pourrait presque parler de casualisation, pour ma part j’ai envie de dire qu’on a fait l’effort d’aller à l’essentiel pour s’amuser. Tuer les gens c’est toujours rigolo, je note pour ma part que les calèches c’est franchement sympa de rouler à fond dans la ville en cassant tout sur son chemin.

Le vrai problème de fond ce n’est donc pas tant la réalisation technique qui est prodigieuse, Londres est vivant, les gosses qui jouent, les gens qui dansent, qui s’embrassent, une photo qui est prise, ce sont des milliers de scènes du quotidien qui se déroulent devant vous, pour moi le problème c’est la déconnexion qui a été réalisée avec l’intrigue du début. On suivait quand même un personnage qui devait sauver le monde, le parallèle entre les vies antérieures et le temps présent, tout ça c’est passé à la trappe depuis belle lurette. Et la question en fait c’est de se demander si cette intrigue de départ qui nous a fait sauter à pieds joints il y a plus de dix dans les aventures de Desmond Miles n’est pas devenu le boulet au pied d’Ubisoft, contraint de passer de siècles après siècles à tenir une histoire de fin du monde et d’Atlantes difficile à faire exister.

Dans les années 40, des enfants sont recueillis dans un manoir (des murmures) afin d’être sauvés d’une maladie qui les aurait contaminés. Les enfants s’aperçoivent rapidement qu’ils ne sont pas malades, ils sont tout simplement des monstres. Ils sont au centre d’une guerre, une guerre dont ils font partie qui opposent les druides aux monstres sauf qu’il apparaît qu’il y a des monstres de partout, y compris chez les druides. C’est ce qui fait le côté sympa de la bande dessinée, c’est qu’il n’y a que des monstres, si bien que tout le monde est logé à la même enseigne, il n’y a qu’une question de choix. En effet, les enfants prennent des pilules qui permettent de stopper la transformation, c’est donc à eux de savoir s’ils veulent se soigner ou  laisser parler leur vraie nature. Alors que la plupart du temps, tout est tranché de façon manichéenne, il apparaît ici que les monstres ont des sentiments, et à part un véritable méchant, chacun se voit dans l’obligation de prendre position par rapport à sa véritable nature et aux réactions qu’elle entraîne chez les humains. Trois tomes, bien dessinés, un peu manga, une réussite. Jean Dujardin est capitaine, il doit épouser la sœur de Mélanie Laurent mais il part au front. Voyant sa sœur se lamenter de ne recevoir aucune nouvelle, Mélanie Laurent décide de répondre aux lettres sans réponse qu’elle envoie. Elle imagine un personnage extraordinaire qui vit mille aventures qu’elle finit par faire mourir, pour que sa sœur puisse passer à autre chose. Alors qu’elle pensait que Jean Dujardin était un simple salaud ou qu’il avait tourné la page, il revient (le retour du héros), en vagabond, il a déserté. Sentant le filon, il se met à incarner le personnage inventé par Mélanie Laurent pour prendre une place dans ce petit monde admiratif. Une bonne comédie avec une Mélanie Laurent qu’on n’a pas l’habitude de voir dans des rôles drôles, elle s’en sort plutôt bien, Dujardin faisant du Dujardin est nécessairement très à l’aise dans le rôle.

Le rire de ma mère c’est l’histoire d’un gamin qui voit sa mère mourir d’un cancer, une femme qui s’est résignée à mourir, elle en a marre de la chimio, c’est une rechute, elle stoppe toute forme de traitement. La situation est tout sauf simple, il doit vivre son adolescence, le décès préparé de sa mère, une femme qui prend beaucoup de place, une femme encore amoureuse de son ancien mari Pascal Demolon et qui prépare sa compagne actuelle à prendre sa place de mère. C’est remarquablement bien joué, je trouve le film juste à bien des niveaux, notamment le fait qu’une emmerdeuse qui a le cancer, reste une emmerdeuse tout de même et que ce n’est pas parce qu’on va mourir qu’on a le droit d’emmerder le monde. Mention spéciale à Pascal Demolon qu’on a connu pour de petits rôles, des comédies, prend une dimension d’acteur extraordinaire en père de famille autoritaire, psychorigide qui doit prendre en charge un fils qu’il connaît pas et accompagner son ex-femme à la mort.

Tout a été certainement dit sur les derniers Jedi, à mon tour d’y rajouter ma petite pierre. La première chose à dire c’est qu’il ne s’agit que d’un ressenti, que je fais partie de cette génération de gens qui ont vu évoluer la saga Star Wars pendant plus de 35 ans et que j’ai bravement la sensation qu’il s’agit ici de la pierre tombale. C’est important de comprendre qu’on n’est pas dans l’objectivité, qu’on est dans l’impression, car Star Wars c’est plus qu’une série, c’est un symbole. Le symbole du passage de Disney, le symbole de la fin de l’événementiel, étant donné que d’un film tous les dix ans on est passé à un film tous les six mois, c’est le fossoyeur de l’attente, une autre époque où on attendait les choses. Après un épisode précédent que j’ai apprécié malgré un très mauvais super méchant, une nostalgie qu’on nous faisait vivre en prenant le temps de distiller au compte goutte les anciens héros de la saga pour finir par retrouver Mark Hamill notre héros à tous dans la dernière minute du film, dans les derniers Jedi, plus trop le choix, il fallait bien avancer l’histoire et prendre des risques. A y réfléchir, le film n’est pas si mauvais, mais les scènes où interviennent Leia qui vole désormais dans l’espace ou Luke à la fin qui s’oppose à l’armée, sont tellement ridicules qu’elles sont dérangeantes au plus haut point. C’est certainement là le cœur du problème, si une certaine forme de kitch était légitime il y a trente ans, les épisodes 1 à 3 avaient ramené une modernité contestée mais légitime par rapport aux codes d’un cinéma plus moderne. Ici les combats aux sabres sont ratés pour faire comme à l’ancienne, tout est surjoué, la sensation omniprésente de faire du vieux avec du neuf (je ne me suis pas trompé). Ce ne serait pas Star Wars, je dirais certainement banco pour l’originalité, malheureusement c’est Star Wars et le sacrilège est trop important pour moi pour réussir à rester positif.

Franck Gastambide c’est un peu comme Ray Donovan, mais à l’échelle d’un club de foot. Il gravite autour du club, ramène les jeunes espoirs ivres de boîte de nuit, trouve des bons plans pour les joueurs, un homme de main en quelques sortes. Après tant d’années de service rendu au club il espère autre chose qu’une vie de combines, il se voit entraîner les jeunes. Des événements vont s’enchaîner, l’homme aura besoin de faire un choix, partir ou rester. Franck Gastambide qui est un « caillera » fait un choix de carrière intéressant, alternant les rôles comiques ou ici plus sombres, peu valorisant puisqu’il s’agit simplement d’un looser, un gars qui n’a pas réussi à percer dans le monde du football et qui doit se contenter d’en prendre les miettes. La surface de réparation n’est pas le film du siècle mais c’est bien pensé, une réflexion assez singulière sur la vie sur les chaînes qu’on se met, sur ce qu’on n’osera jamais faire, sur notre manque de courage.