Cultures, épisode 17 – Reviens parmi les tiens

26/05/2018 Non Par cborne

Depuis le Da Vinci Code, je pense que c’est dans ces eaux là, on a vu une pléthore d’ouvrage plus ou moins complotistes visant à remettre en question la vie du Christ. Il faut dire que la thématique est facile, vous avez un fond historique que tout le monde connaît, on peut mettre des épées et du dépaysement avec Jérusalem, du mystère et des révélations. Il s’agit toujours de sujets difficiles, car tous les croyants ont du mal à franchir le cap, comprendre qu’il s’agit d’une fiction, d’une histoire, inspirée de leur foi et pas nécessairement la volonté de transgresser ou de provoquer. Les gens premiers degrés verront nécessairement un blasphème. C’est le cas avec le cinquième évangile, une bande dessinée finie en quatre tomes très bien construite, très bien dessinée, très bien écrite, vous êtes dans le bain directement. Si j’évoquais plus haut le Da Vinci Code, j’oublie le nom de la rose qui aura aussi posé pas mal de bases pour la police chez les curés, un sujet qu’on n’imaginait pas, des morts chez les prêtres et les enquêtes qui vont avec. C’est avec un meurtre dans Jérusalem que commence notre histoire, un religieux a été assassiné par trois templiers qui ont visé les yeux. Parallèlement à cet événement des jeunes filles de l’âge d’environ treize ans sont enlevées, elles ont pour point commun de porter une main de fatima tatouée sur l’avant bras. Tout est lié, tout est encore plus lié à un évangile qu’aurait rédigé Judas, pas le traître mais le fils de Jésus, de quoi remettre en cause pas mal de principes. A la tête de l’enquête, un évèque précepteur du roi de Jérusalem, un adolescent atteint de la lèpre.

C’est vraiment très bien, mais on ne pourra s’empêcher en lisant ces albums de penser au troisième testament, paru quant à lui dix ans plus tôt. Dans une église on a découvert une crypte dans laquelle se trouverait les carnets de Julius de Samarie qui aurait été l’un des apôtres de Jésus, un apôtre inconnu. Ces carnets permettraient de trouver le troisième testament, rien que ça. Alors forcément tout le monde est sur l’affaire, l’inquisition, les templiers et des gens plutôt obscurs qui ont tendance à tuer tout le monde sur leur passage. Le héros central de cette histoire, c’est Conrad de Marbourg, un inquisiteur qui a été condamné pour infamie vingt ans plus tôt. Le nom de la rose a vraiment marqué les esprits, puisque dans le film c’est Sean Connery qui joue et les traits du personnages sont les mêmes, période Highlander, voyez comme la ressemblance est troublante. On ne sait pas trop pourquoi, Marbourg ne le sait pas lui même, mais il semblerait qu’il soit un pièce incontournable de l’échiquier. Dans cette aventure, il sera accompagné par Elizabeth, pupille d’un de ses amis, qui n’est pas sans faire penser à Pélisse de la quête de l’oiseau du temps, tempérament de feu, positions suggestives, la relation presque père fille entre les deux personnages. Le troisième testament a été un fort succès de la bande dessinée française, mon reproche principal c’est un dessin qui n’est pas toujours constant, une histoire qui manque parfois de clarté avec notamment les passages sur le décryptage des énigmes un peu pesant. Il s’agit toutefois d’une bande dessinée majeure qui a ouvert la première du genre, beaucoup (trop) ont suivi.

C’est suffisamment rare pour être remarqué, mais pour ma part c’est la suite que j’ai préférée, il s’agit de Julius, le préquel du troisième testament. La plupart du temps les suites sont ratées, les préquels sont souvent moins décevants car ils permettent d’utiliser un univers connu, de mettre en place des événements qui vont se produire, tout en conservant la liberté de l’histoire, plus difficile à écrire quand cela se passe après. On l’aura compris le préquel ne raconte pas la jeunesse de Marbourg, mais l’histoire de Julius, ce fameux apôtre « caché ». Attention spoil, on peut difficilement faire autrement, je suis obligé de vous raconter la fin de la première partie. A la fin du troisième testament, Marbourg réalise que le grand méchant n’est autre qu’un deuxième Christ qui serait né trente ans après la « disparition » du premier. Si j’ai tout compris, c’est le Christ de l’apocalypse, c’est le Christ qui doit trouver un mot, un mot qui déclenchera la libération du monde. Pour trouver ce mot, il doit le récupérer, pour se faire, il part à l’autre bout du monde avec des hommes qui le suivent, parmi eux se trouve Julius de Samarie, un ancien général romain déchu pour avoir tenté de faire un putsch à Rome. Le lien entre les deux hommes est simple, au début le nouveau Christ est son prisonnier, par la suite, Julius devient plus ou moins son beau-père. Il le suit dans son pèlerinage pour le convaincre de rentrer en Judée où réside sa fille. Julius est une force de la nature, pour lui tous les coups sont permis, ce non croyant, romain de surcroît qui suit un homme présenté comme le nouveau messie dans lequel il ne croit pas, est vraiment un bouquin exceptionnel.

Je crois qu’on a trop parlé du nom de la rose pour ne pas faire le pitch, c’est parti. Dans un monastère débarque Sean Connery, un moine enquêteur qui a eu des problèmes avec l’inquisition comme Marbourg des années plus tôt, et son disciple le très jeune Christian Slater. Il se trouve qu’un moine est mort, puis un deuxième. Sean Connery mène l’enquête. Il faut savoir qu’on est quand même en 1986 et que le cinéma à cette époque c’est quand même soft. On est sur un sujet sensible, traité de façon pour le moins brutale, avec des morts violentes et des personnages très haut en couleur. On notera par exemple la performance de Ron Perlman qui a une carrière colossale et qu’on connaît surtout pour son premier rôle dans Hellboy, qui interprète un moine un peu simplet qui s’exprime dans un mélange de langues. L’enquête est passionnante, et change radicalement des policiers de l’époque Hercule Poirot ou Agatha Christie, c’est un classique à voir qui n’a pas vieilli. 

On va se quitter sur Cross Fire, qui contrairement aux autres albums se déroule à notre époque. Une équipe du Vatican s’est spécialisée dans les reliques, l’idée c’est de mettre la main sur des trésors cachés, vrais ou faux, qui pourraient mettre la foi en péril. Il s’agit ici d’un parchemin qui aurait été rédigé par Judas. Du fait que celui-ci soit contemporain du Christ, ça en ferait le document qui se rapprocherait le plus de la vérité. Les protagonistes de l’aventure sont le chef d’équipe, un « vieux » moine avide de savoir, la sœur Anna, une sœur très sexy, Sofia une historienne très sexy. Comme ça commence à cartonner dans tous les sens car il y a des factions aussi diverses que les templiers ou l’inquisition qui s’intéressent à ce parchemin, on fait appel à d’anciennes relations mafieuses, pour récupérer notre gars idiot, sexy, qui tire sur tout ce qui bouge et par la suite, sa très très sexy cousine (voir l’écran ci-dessous). Cross Fire est une bande dessinée en sept tomes, très bien dessinée, et je reste très partagé sur cet ouvrage. Ça bouge bien, on a du cliffhanger en fin de chaque album qui donne envie de voir la suite, mais les positions lascives et suggestives des filles de l’histoire sont tellement omniprésentes que c’est trop. On finit par se demander si tout ceci n’est pas qu’un prétexte pour mettre en avant des filles en tenues très courtes et très moulantes. Dommage, avec plus de « sérieux » on aurait pu avoir une excellente série.