Cultures, épisode 14

16/04/2018 Non Par cborne

Une réception parisienne, des hommes d’affaires, des politiques, mais un homme qu’on attend plus que les autres : Dantès, comme Montécristo et ce n’est pas anodin. La série Dantès est terminée en dix tomes et elle a, je trouve rien à envier à un Largo Winch avec qui elle partage le goût de l’abracadabradantesque. C’est le genre de bandes dessinées qu’on lit pour le divertissement sans trop réfléchir au scénario dont le but est de captiver le lecteur, surtout ne pas le faire méditer sur les situations impossibles qu’il va lire. Trois cycles différents, le premier raconte comment Alexandre simple courtier en bourse se fait piéger dans le naufrage d’une banque, va en prison et en ressort en étant l’un des hommes les plus riches de la terre, un homme qui n’a qu’un seul but : la vengeance. Le second cycle se déroule en Afrique, comme souvent avec les milliardaires, ils finissent philanthropes, l’une des sociétés de Dantès est impliquée dans un épisode de pollution qui mêle le sommet de l’état mais aussi une grande société française qui pourrait faire penser à une de nos compagnies pétrolières. C’est d’ailleurs ici que je profite de l’occasion pour dire que Dantès emprunte large, jusqu’au dessin de certains personnages, ici on reconnaît aisément un Thierry Lhermitte quand le parti politique de droite impliqué dans la chute de la banque où travaillait le malheureux Alexandre est la caricature du front national. Le dernier cycle, Dantès voit débarquer son père, un homme qui l’avait abandonné, lui sa soeur un peu attardée et sa mère, voyez comme on est dans le cliché. L’homme est impliqué dans un trafic de faux tableaux, il demande l’aide de son fils parce qu’il est poursuivi par les triades chinoises.

Dantès n’est pas pour moi une bonne bande dessinée, si le dessin tient la route, le scénario c’est quand même du grand n’importe quoi. Néanmoins, si on s’interroge sur le fait que le job soit fait ou non, c’est indéniable, c’est un très bon moment de distraction, les personnages sont très bien construits avec de vraies parts d’ombre, si on est capable d’apprécier Largo Winch, on aimera Dantès. Je pense par contre que les auteurs ont bien fait d’arrêter les frais, parce que quand on a fait le complot politico-financier avec des Russes à l’intérieur, l’Afrique et la mafia Chinoise, il ne reste plus que l’épisode dans le froid ou sur la lune. Une sagesse qui malheureusement n’inspire pas d’autres séries qui continuent l’acharnement thérapeutique.

Sisco personnage central de la bande dessinée, et titre de la série éponyme composée actuellement de dix tomes, est un homme du président et un héros qui ne cadre absolument pas avec ce qu’on est amené à voir dans la bande dessinée francophone. Dans le premier diptyque, puisque comme de nombreuses bandes dessinées, la série est articulée comme cela, on découvre un Sisco qui simule le suicide d’un homme politique qui pourrait faire du tort au président français. Alors que la majorité des héros sont plutôt du côté du bien, ici on a un homme qui fait son job et qui n’hésite pas à laisser des cadavres derrière lui pour la bonne ou pour la mauvaise raison, tant que c’est la raison de l’état. C’est ce qui fait ici tout l’intérêt de la série, même si le type a de l’humour, est plutôt beau gosse, ce n’est pas un héros attachant, c’est plutôt même le contraire, un salopard qu’on a envie de détester. La pari est plutôt osé et réussi, la série intrigue car elle ne se ferme aucune porte, avec un héros qui peut tuer un innocent pour couvrir un secret d’état, tout devient possible.

Camelia Jordana est la caricature de l’étudiante issue de l’immigration, elle vit dans les quartiers, fait du wesh wesh avec ses copains de cité. Elle débarque à l’université pour son premier cours, à la bourre dans l’amphithéâtre de Daniel Auteuil qui l’incendie littéralement. Il faut dire que Daniel Auteuil en caricature de professeur aigri et raciste est plutôt bon, même franchement excellent. Seulement cette fois-ci, cela ne passe pas, il est filmé par les élèves de l’amphi et le président de l’université ne peut rien faire pour lui. La solution pour trouver l’absolution c’est de donner un coup de main à la jeune fille pour qu’elle remporte un tournoi de joute verbale opposant les différentes universités de France. Yvan Attal ce n’est quand même pas le réalisateur qui rentrera dans l’histoire. Le brio est pétri de tous les clichés qu’on a pu voir au cinéma, la banlieue, ces deux personnages qui vivent dans des univers que tout séparent, l’oubli de ses origines avec Camelia Jordana qui va monter en puissance et regarder ses amis d’enfance avec plus de distance, et le happy end pour le final bien évidemment. Si c’est Camelia Jordana qui a remporté le César du meilleur jeune espoir féminin, c’est Auteuil qui tient le film sur ses épaules. Le brio est donc un film qui est très plaisant à regarder, merci ses acteurs, moins sa construction trop clichée.

La série Lanfeust de Troy a connu un véritable succès populaire, c’est relativement mérité, c’est une bande dessinée d’aventure, de l’humour, de l’action, un dessin agréable. Quand on lit cet article où l’on découvre qu’être auteur de bandes dessinées c’est surtout crever la dalle, lorsque des auteurs trouvent une idée qui fonctionne, ils l’exploitent jusqu’au bout. Exploiter c’est le terme, comme une mine d’or, jusqu’à la dernière pépite, jusqu’à ce qu’il ne reste rien. L’analogie n’est pas forcément la bonne, si vous trouvez la dernière pépite dans la mine, cela reste de l’or, dans la bande dessinée lorsque cela dégrade, on avait de l’or au départ, on peut passer par l’argent pour finir avec du plomb. Le compagnon de Lanfeust héros de la série éponyme est un troll, dans cet univers, le troll c’est un monstre surpuissant qui passe son temps à manger, de la chair humaine notamment, qui ne craint que l’eau et qui peut être enchanté par les sages.

Partant de ce postulat, Arleston a tout simplement calqué l’univers d’Astérix sur le sien. On a désormais un village de Trolls, les sangliers sont remplacés par les humains comme les romains d’ailleurs, avec en Jules César l’un des principaux mages de la principauté. Les quatre premiers tomes sont une aventure à part entière qui présentent bien les personnages centraux : Waha, la fille adoptive humaine qui se comporte comme un troll de Teträm le méga bourrin et Pröfy un demi troll qui fait office de fiancé de Waha. L’aventure principale est plutôt sympathique et surtout décalée par rapport à ce qu’on peut lire d’habitude puisque nos héros ont une morale particulière, animale, chaque être vivant qu’ils croisent étant considéré comme quelque chose à manger. Trolls de Troy est donc une série qui est particulièrement gore, où les « méchants » sont souvent mangés à la fin, et où l’humour repose sur deux éléments : le bourrinage et la parodie. Bon le bourrinage on comprend bien qu’avec un contexte pareil, facile, la parodie elle puise surtout dans Astérix, dans tous les râteliers, cinéma, musique, autres bandes dessinées. Au bout de dix tomes s’installe un véritable sentiment de lassitude qui n’arrive pas chez Astérix, preuve en est que tout le monde n’a pas les capacités scénaristiques de Goscinny.

Quand j’évoquais que pour gagner quatre sous on était prêt à tout, Trolls de Troy possède son dessin animé qui ne rend ni honneur à la qualité du dessin ni à son scénario qui se veut light, le cannibalisme à heure de grande écoute, ça ferait vraiment désordre. Huit minutes de médiocrité par épisode, j’ai eu du mal à terminer le premier.

Et tout le monde s’en fout est une chaîne Youtube qui n’est pas inintéressante, c’est une chaîne qu’on qualifiera de culturelle, psychologique, une chaîne qui fait réfléchir. Le pitch, c’est un personnage dans sa cave, la capuche sur la tête, le gars qu’on imaginerait la caricature d’un hacker d’une mauvaise série télé. Sauf qu’il ne pianote pas, il s’exprime, il mange des fruits en faisant un discours particulièrement moralisateur sur l’eau, la colère, la révolte, les hommes, les femmes. C’est très bien joué et le message sous-jacent me plaît bien, la moralité de quasiment chacune des vidéos où l’on en sort quand même quelque chose car c’est documenté, c’est que nous sommes fortement responsables de nos actes et qu’il ne tient qu’à nous de les changer.

Utada Hikaru a été une des reines de la jpop dans la fin des années 90. Elle détient encore quelques records, elle fait partie notamment des rares artistes qui à l’époque ont entrepris une carrière américaine. Il faut savoir que dans la culture de la jpop, quand tu as 25 ans tu es vieille et tu es jetée à la poubelle, ce qui est franchement n’importe quoi. Utada Hikaru a désormais 35 ans, sort de quasiment dix ans de retraite, elle est maman et revient avec un titre groovy de la mort. Il s’agit d’une version courte, je ne sais pas pourquoi sa chaîne officielle n’a pas diffusé la version longue mais cela permet de se faire une idée du titre. A 35 ans, toujours la petite vibration dans la voix, elle a arrêté de hurler comme un cochon qu’on égorge et c’est vraiment réussi. C’est très sérieusement un coup à se remettre à écouter de la jpop.

Je dédie ce morceau à Fabrice Charretton qui vit dans les coulisses de mes différents blogs depuis plus de quinze ans et qui reste indéniablement le plus asiatique des français dans sa musique.