Cultures, épisode 12

12/03/2018 Non Par cborne

J’ai joué à King’s Quest Premier du nom, c’est un jeu qui m’a passionné, et je peux même écrire sans honte que cela aura été mon meilleur prof d’Anglais. Je vous montre pour les plus jeunes d’entre vous à quoi ça rassemblait à l’époque, ça n’envoie pas vraiment du rêve.

même avec scratch on fait plus joli

Alors effectivement c’est assez sale, en 16 couleurs, et sachez que contrairement à d’autres je ne regrette pas cette époque, je note toutefois quelque chose d’important, c’est le pied qu’on prenait avec rien. Quand on vieillit, qu’on tombe dans le vieuxconnisme, on a souvent tendance à expliquer aux gosses qu’avant on s’amusait avec rien, je nuancerai en écrivant que ce n’est pas nécessairement le nombre de pixels qui fait vraiment la différence même si aujourd’hui je refuserai certainement de jouer à quelque chose d’aussi moche. Rien de péjoratif, mais sur le même principe que si vous donnez un briquet à un homme des cavernes, il y a de bonnes chances qu’il arrête de faire du feu avec ses deux cailloux et son bois sec. Le véritable kif à l’époque c’est qu’on est dans du semi textuel et en Anglais. En gros vous rentrez dans la bibliothèque, vous faites un « push book », et dans un sentiment d’extase vous voyez une animation pour ainsi dire inexistante vous dévoiler le passage secret. A cette époque la série de jeux est amusante, pousse à la réflexion, elle perdra son intérêt à la disparition du texte, enfin pour moi, et à l’arrivée d’une concurrence pour le moins rude avec Lucas Art qui s’impose à l’époque comme la véritable référence du point and click. La série des King’s Quest aura mangé à tous les râteliers jusqu’au jeu à l’univers pseudo ouvert en vue à la troisième personne.

Le nouveau King’s Quest est arrivé quand on ne l’attendait pas, son architecture se présente en épisodes à acheter, mais pas indépendants les uns des autres. On y découvre un Graham âgé qui raconte à sa petite fille ses aventures. L’épisode 1 : Graham participe au concours de chevaliers et remporte le trône, L’épisode 2 : Graham est devenu roi et se fait kidnapper par les gobelins. Dans l’épisode 3, Graham ressent le besoin de fonder une famille et va se retrouver à choisir entre deux princesses prisonnières d’une même tour. Dans l’épisode 4, c’est l’épisode que je n’ai pas fini, on y reviendra, Graham est adulte son fils a été kidnappé et il le retrouve 18 ans plus tard. La petite famille part en vacances qui tournent au cauchemar. Dans l’épisode 5, le dernier je suppose, Graham devra certainement mener sa dernière aventure en tant que vieillard.

Le jeu est réalisé en cell shading, si bien qu’on a la sensation de jouer à un dessin animé. Le jeu sur le principe est particulièrement simple, soit on exécute une action, soit on utilise un objet collecté au préalable. La narration est franchement agréable, les allers retours entre le vieux Graham qui raconte sa jeunesse et l’époque passée nous tient en haleine car on sent bien qu’il se passe quelque chose quant à la succession du vieil homme. Les personnages sont particulièrement attachants, et le jeu n’est pas prise de tête, sans être passif, c’est du casual qui ne demande pas trop de compétences et de réflexion. Il est aussi intéressant de voir que certains choix ont une répercussion sur l’ensemble du jeu, pas trop mais un peu quand même. Dans le deuxième épisode par exemple, on n’aura pas le même déroulement selon le personnage qu’on aide à s’évader. On se régale parce que c’est franchement sympa, avec la vieille sorcière qui attendait le prince charmant qui n’est jamais venu et qui enferme d’autres princesses pour espérer appâter plus de princes, les trolls de pont qui se montent en syndicats car ils en ont marre de se faire marcher dessus par les bottes pointues des gardes, muet le chevalier le plus prétentieux du monde, un univers riche, bien fait, dans lequel on prend plaisir à revenir à chaque nouvel opus jusqu’au drame, l’épisode 4. L’épisode 4 est intégralement constitué d’énigmes et casse complètement le rythme de ce jeu d’aventure. Je reste donc pour ma part bloqué sur une forme d’échiquier, j’ai essayé de gagner la partie une dizaine de fois sans succès, j’arrête. On voit ici de façon claire dans cet épisode une façon de prolonger la durée de vie de ce jeu qui était un jeu d’aventure et pas un jeu de puzzle, tant pis. Si vous avez plus de patience que moi c’est un must have pour les nostalgiques des jeux d’aventures.

Le graphisme a bien changé en 35 ans.

Carbone est le dernier film d’Olivier Marchal et comme vous pouvez vous y attendre, il ne s’agit pas d’une comédie romantique mais bien d’un film avec des gangsters. Benoit Magimel est un homme d’affaire, issu du petit peuple qui a fait un gros mariage avec la fille de Gérard Depardieu, un homme puissant, les deux hommes se détestent. Alors que son entreprise est en train de vaciller, Benoit Magimel détourne une taxe pour en faire une escroquerie, une taxe sur le carbone. Pour trouver des fonds, il va s’associer avec les mauvaises personnes, à commencer par Gringe et son frère. Gringe, le Gringe d’Orelsan, on notera d’ailleurs qu’on a la chanson suicide social dans le film. Forcément quand on s’associe avec les mauvaises personnes, qu’on fait de l’argent, ça rend les gens jaloux et comme c’est un film d’Olivier Marchal, il faut nécessairement que ça finisse dans un bain de sang. On ne peut pas dire que c’est mauvais, par contre on peut dire que ça manque franchement d’originalité. Les personnages qui flambent, les tueries, la drogue, l’alcool, les filles faciles, c’est du déjà vu. Bon en même temps c’est du Olivier Marchal, on ne peut pas non plus lui demander de faire autre chose. Au niveau des acteurs, tout le monde joue juste, Gringe passe très bien, Magimel est tout simplement parfait, si vous n’êtes pas lassés des films de ce genre, vous pouvez regarder Carbone. Céline Sallette est une DRH qui a pour mission particulière de conduire le personnel vers la sortie sans licenciement. Pression psychologique, mauvaise notation, mutation loin des proches, tous les moyens sont bons pour faire craquer le salarié, sauf qu’un jour ça craque trop fort, un employé se défenestre. Nécessairement elle se sent coupable, mais avant tout elle sait comment fonctionne sa société, elle sait qu’elle sera le fusible qui sera utilisé pour dissimuler les pratiques de la société. Je ferai à Corporate le même reproche qu’à Carbone, à savoir qu’il joue dans des terres qu’on connaît trop bien, la dénonciation du capital, la position de celui qui broyait les hommes et qui se retrouve à son tour confronté à la machine. Comme pour Carbone, c’est bien joué, on regarde avec « plaisir ». Difficile avec ce film de ne pas penser à la bande dessinée une épaisse couche de sentiments qui quant à elle joue sur le plan social avec un humour particulièrement noir, bien lourd, totalement assumé. L’action se déroule dans une entreprise leader du marché du gras, qui malgré les bénéfices dégraisse encore. On suit le quotidien de deux DRH qui utilisent les techniques les plus abjectes pour annoncer le licenciement. On notera la volonté de l’absurdité de la bande dessinée, les discussions entre époux le soir pouvant se résumer à « alors tu as bien licencié mon chéri ? ». Contrairement à Corporate qui essaie d’apporter une moralité, une porte de sortie, une épaisse couche de sentiment quant à lui ne fait pas dans la dentelle et ne fait aucun compromis quant à la rédemption des DRH.

J’ai à nouveau regardé la crise, je pense que c’est un film à voir et à revoir, malgré le coup de vieux, l’aspect sur-joué, c’est certainement l’un des films les plus intelligents de ces trente dernières années. Vincent Lindon dans une même journée perd son travail, sa femme lui annonce qu’elle le quitte. Il va chez ses connaissances, ses amis, sa famille, pour trouver une épaule sur qui pleurer mais sans succès. Tout le monde est tellement pris par ses problèmes personnels, que chacun se livre à de véritables monologues. C’est Facebook avant Facebook en quelque sorte. Il va croiser le chemin de Patrick Timsit, un individu qui profite de lui pour se faire acheter à boire et à manger, un gars simple, presque simplet qui va lui causer quelques problèmes mais surtout lui faire réaliser le véritable sens de la vie. Je vais vous spoiler un peu ce film, qui est certainement à diffuser dans toutes les écoles, comme une ôde à la lutte contre l’égoïsme. Il y a une scène que je trouve magnifique, c’est celle où Lindon va écouter jouer du violon la meilleure amie de sa femme, et se met à pleurer, ému par la musique. Il lui dit « j’ai compris, j’ai compris ce que cela représentait pour toi ». Le jour où on s’arrêtera pour écouter l’autre jouer du violon ou pour simplement l’écouter parler, on risquerait de sauver l’univers. Cela dit rassurez-vous, le nez dans le smartphone, on n’a pas trop de souci à se faire. Dans un hôtel débarque un homme étrange, il est hypnotiseur, c’est aussi le titre de la bande dessinée. Le one shot de 80 pages est cassé en affaires avec une trame centrale qui tourne autour de notre homme qui a totalement perdu le sommeil. C’est bien mené, avec un dessin intéressant malgré la disproportion des formes, presque caricatural comme on le voit sur la couverture qui ne rend pas hommage à l’œuvre alors que c’est particulièrement bien fait. Au fur et à mesure des histoires, on en découvre un petit peu plus sur le personnage, d’où vient son insomnie et bien sûr la résolution de son problème. Un très bon album.