Cultures, épisode 11

25/02/2018 Non Par cborne

Je n’ai pas vraiment de souvenir des précédents Thor ce qui montre que soit j’ai la mémoire qui flanche, soit la surproduction de films de type comics fait qu’ils ne sont plus inoubliables comme c’était le cas il y a 15 ans. Puis avec les quarante films qui sont prévus sur les prochaines années, quelque chose me fait dire que ce ne sera pas gagné pour marquer les esprits. De l’histoire de Thor, je me rappelle un gars plutôt arrogant avec son frère adoptif Loki qui cherche à le tuer. L’ambiance est plutôt drôle, décomplexée, sans prise de tête, Thor Ragnarok est totalement dans cet esprit, presque parodique. Thor a bien des problèmes, son papa vient de rendre l’âme. C’est déjà beaucoup, mais bien pire encore, sa sœur la déesse de la mort qui était bannie, profite de l’opportunité pour venir reprendre Asgard, et le problème c’est qu’elle est vraiment trop forte au point de lui casser son marteau. Thor va se retrouver sur une planète inconnue, il devra s’évader et marave sa sœur comme il se doit. Plus de deux heures de films pour le moins classique, mais j’ai bien adhéré. C’est drôle, ça ne se prend vraiment pas au sérieux, ça frappe dans tous les coins, l’idéal pour passer un bon moment de détente. On va rester dans le nord avec la saga de Grimr, l’autre côté du nord en Islande. Grimr est un gamin qui démarre mal dans la vie, ses parents sont tués, il est embarqué pour être vendu comme esclave. En grandissant, il apparaît que Grimr est une force de la nature, un garçon colérique, mais avec un grand cœur à l’intérieur, un gars un peu incompris. Il serait difficile d’aller plus loin sans trop spoiler, mais disons que l’histoire de Grimr se résume à une succession de malheurs. Sachez que la bande dessinée vient de gagner le grand prix d’Angoulême et cela me laisse perplexe. Pour moi le grand prix d’Angoulême, c’est le combat ordinaire, le truc qui vous prend aux tripes, une espèce de révélation surtout quand vous avez le même âge que l’auteur, l’idée que quelqu’un quelque part vit plus ou moins les mêmes choses que vous, les mêmes angoisses. Grimr est long, descriptif, et n’a d’intérêt pour moi que dans ses dix dernières pages. L’ensemble fait quand même penser à Shrek avec la théorie des peaux d’oignon, un message moraliste qui rappelle en permanence que ce qui compte ce n’est pas ce qu’on représente mais ce qu’on a à l’intérieur. Vous me trouverez certainement dur, mais je pense que c’est une bande dessinée trop classique pour décrocher la palme.

Quittons l’univers des guerriers pour de la tranche de vie, les gens honnêtes. C’est l’histoire de Philippe, 53 ans, qui apprend le jour de son anniversaire qu’il n’a plus de travail. Sa femme le quitte bien sûr, il se retrouve à boire, la grande dépression. Trois cents pages sur quatre volumes, sans vraiment d’histoire, on suit les rencontres de Philippe avec ces fameux gens honnêtes. Son ami de toujours le médecin qui va lui permettre de remonter la pente, sa fille qui le fait sortir de sa torpeur quand elle lui apprend qu’il va devenir grand-père, cet homme qui va lui donner sa librairie en héritage, et Camille, la barmaid du train trop jeune pour lui dont il va tomber amoureux. La bande dessinée francophone est un luxe, la littérature de façon générale, car elle propulse au devant de la scène des anti-héros, chauves avec un penchant pour la bibine et la dépression, ce que n’autoriserait pas le cinéma où tout le monde doit être beau. Les gens honnêtes nous entraîne dans cette tranche de vie, on suit parce qu’il n’y a pas d’autre choix, ne sachant absolument pas où les auteurs veulent nous emmener. Une bande dessinée évidente pour ceux qui ont aimé le combat ordinaire, dans une variante quand même franchement plus gaie et plus optimiste. Madeleine est une vieille dame aveugle qui vit seule avec son chat dans une maison en haut de la falaise. Son mari est parti en mer, elle ne le reverra plus au sens propre comme au sens figuré, mais elle continue à lui préparer son repas, l’air de rien, comme s’il était encore présent. Cette routine pourrait continuer encore pendant de nombreuses années, Madeleine étant une dame de fer, mais il se trouve que la falaise a tendance à s’effriter de plus en plus. La maison est menacée mais jamais Madeleine ne quittera son domicile. Un one shot agréable à lire malgré ses personnages qui frisent la caricature, un hommage bien senti pour toutes les grands mères du monde, un dessin classique mais adapté.

Peppo et Sylvio sont deux adolescents qui passent leurs vacances sur la même île, comme chaque été. Si Sylvio conserve son attrait pour les jeux de l’enfance, Peppo tombe amoureux de la nouvelle voisine qui vient d’arriver, qui ne va pas rester insensible à son charme. Peppo est totalement absorbé par sa relation avec la jeune femme, découvrant les plaisirs de la chair, Sylvio peste de ne plus partager les parties de pêche avec son frère. Le couple est observé par un étrange indien et lorsqu’Edwige se retrouve assassinée, les soupçons se portent naturellement sur lui. On va un peu spoiler mais pas trop. Avec un titre comme je suis un autre, avec une couverture qui montre la part d’ombre et de lumière, on imagine qu’il y a un problème avec le frère jumeau, reste à savoir lequel. Je laisse planer le mystère en vous conseillant de lire cette très bonne bande dessinée. Prends soin de toi, c’est le dernier message d’une femme pour un homme. Ils se sont aimés, c’est terminé, c’est surtout terminé pour elle, lui est malheureux à en crever. Nouvelle vie, il achète un appartement et pendant les travaux il découvre sous la moquette une lettre de 1976, une lettre d’amour d’un homme pour la femme qui habitait ici. Une femme morte dans la solitude, il imagine naturellement qu’elle attendait cette lettre et que sans elle tout aurait été différent. Il prend la route en vespa pour aller rendre la lettre à son auteur, Paris – Marseille. L’accroche est classique, facile, mais c’est franchement bien mené. Ce one shot est très graphique, ça parle peu, et c’est ce qu’il faut, ça sonne juste, un homme qui voit les images de son passé s’effacer au profit des magnifiques territoires qu’il croise. L’un de mes coups de cœur du moment.

Jean-Pierre Bacri est organisateur d’événements, c’est sur son dernier mariage qu’on va le suivre, un mariage qui tourne à la catastrophe, il cherche en effet à se séparer de son entreprise, il est las. Le sens de la fête est le dernier film de Toledano et Nakache, les réalisateurs d’intouchables, forcément, les gars on les attend au tournant et pourtant ce serait injuste. Intouchable c’est un très bon film, c’est une bonne comédie, mais ce n’est pas un film si original que cela. Le sens de la fête c’est un peu pareil, on jongle avec tous les clichés d’un mariage et des gros lourds qui vont avec, ça ferait presque penser à la chanson défaite de famille d’Orelsan. Le marié prétentieux, Gilles Lellouche en animateur de soirée version Patrick Sébastien, Vincent Macaigne qu’on trouve enfin dans un film normal en beau-frère ancien enseignant dépressif, Jean-Paul Rouve en photographe imbu de lui-même, pique assiette et mauvais dragueur. Les personnages sont des classiques, l’histoire est classique, mais l’ensemble est plaisant, le fait que ce soit soutenu par d’excellents acteurs y contribue pas mal. Jean-Paul est un vieux garçon et ça peut se comprendre, il est écrasé par sa mère qui fait office de 38 tonnes, par son quotidien. Jean-Paul c’est le garçon gentil, il dit oui à tout parce qu’il ne sait pas faire autrement. Et puis un jour, il s’échappe. On l’attend et c’est la première fois qu’il ne répond pas présent, Jean-Paul s’est embarqué sur une croisière pour célibataire, les cœurs solitaires. A l’instar du sens de la fête, on retrouve un peu toutes les caricatures, à commencer par Jean-Paul en garçon coincé qui va tomber amoureux de l’animatrice, un peu nymphomane. Agréable à lire, Cyril Pedrosa croque avec justesse l’un des maux du siècle : la solitude.