Cultures, épisode 10

26/01/2018 Non Par cborne

Ces jours qui disparaissent aura fait partie des bandes dessinées dont on aura beaucoup parlé pour l’année 2017, le coup de cœur de nombreux lecteurs. Il s’agit de l’histoire d’un garçon qui se rend compte qu’il a des trous dans sa vie, en gros un jour sur deux. Au départ, il pense à une amnésie pour réaliser qu’il a développé une personnalité complémentaire, un autre moi. Lui est artiste de cirque, désordonné, qui ne fait attention à rien, son double devient développeur web, est rigoureux, méthodique, commence à gagner de l’argent. Si au départ les deux personnalités essaient de cohabiter, la situation devient tendue quand la personnalité principale se réveille un matin avec une fille qui n’est pas sa copine. Les choses ne vont pas aller en s’arrangeant quand le jeune homme va réaliser qu’il ne perd plus une journée mais deux puis plusieurs. La bande dessinée est bien faite car on partage le désarroi du héros qui perd le contrôle, qui voit sa vie lui échapper. A chaque fois qu’il apparaît, c’est comme un bond dans le futur, des gens qui lui étaient chers sont décédés, les évolutions technologiques, son corps qui a changé. Ces jours qui disparaissent est une très bonne bande dessinée, mais contrairement aux critiques dithyrambiques, la bande dessinée emprunte ici ou là à des univers connus. Si on peut citer de nombreux ouvrages avec le fameux jumeau maléfique, c’est plus dans le saut temporel que je retrouve une autre bande dessinée : la guerre éternelle. La guerre éternelle en bande dessinée est l’adaptation du roman éponyme, écrit par Joe Haldeman vétéran du Vietnam ce qui en dit long sur le contenu de l’histoire. Les terriens découvrent une race extraterrestre et ça tourne à la boucherie, la guerre est déclarée. On suit le parcours d’un jeune homme et de sa compagne qui vont traverser les époques du conflit. La particularité, de l’histoire, c’est du fait que les combats se déroulent parfois à des années lumières, les personnages font des sauts dans le temps et se retrouvent non seulement face à une guerre à gérer mais aussi à une incompréhension du monde dans lequel ils vivent. Le frère le plus âgé va découvrir après une mission que son cadet a cinquante ans de plus que lui. C’est exactement le même sentiment d’incompréhension du monde qu’on trouve dans ces jours qui disparaissent, le personnage à sa façon faisant des sauts temporels. Je vous invite à lire ces deux bandes dessinées qui évoquent à leur façon le voyage dans le temps, la solitude dans des contextes totalement différents.

Jim est un auteur qui a la particularité de partir d’une idée simple et de réussir à dérouler pour faire une histoire complète. Il y arrive plutôt bien, même très bien au point que l’une de ses bandes dessinées soit adaptée au cinéma avec l’invitation. L’idée de départ c’est le test de l’amitié, à savoir téléphoner à l’ensemble de ses amis à trois heures du matin pour voir qui vient. Avec un petit livre oublié sur un banc, il s’agit d’une histoire que lui a raconté quelqu’un et qu’il a mis en œuvre. Dans la préface, Jim raconte qu’une de ses relations laisse sur les bancs publics des livres qu’il a lus de façon à partager, à ne pas laisser enfermés les livres. On a donc une jeune femme qui trouve un livre sur un banc, elle le lit, le dévore, elle est surtout intriguée par des mots entourés en rouge, elle y déchiffre une phrase. Trouver l’auteur de ce livre va tourner à l’obsession, plus, changer sa vie pour remettre en question ses principes, son mode de vie. Réussi, comme à chaque fois, on se laisse embarquer dans l’histoire, à la recherche de ce mystérieux écrivain. La bande dessinée seuls est un énorme succès commercial au point d’avoir une adaptation en film, une adaptation ratée d’ailleurs, il y a des univers qui sont difficiles à maîtriser encore plus quand la bande dessinée n’est pas finie. A l’heure actuelle la série est en en dix tomes, et on est dans le schéma classique qu’on connaît trop bien de la bande dessinée qui tire en longueur pour continuer à faire fonctionner le tiroir caisse. Attention spoiler. L’idée de départ est originale, des enfants se retrouvent seuls à l’abandon dans leur ville. Dans un premier temps c’est la survie qui s’organise mais aussi la lutte contre des phénomènes inexpliqués qui deviennent de plus en plus nombreux. Au fur et à mesure ils réalisent qu’ils sont morts, et finissent par se souvenir des circonstances. Là où la bande dessinée aurait pu trouver son épilogue, on a fait démarrer un second cycle pour le moins raté. Les enfants arrivent à s’enfuir de leur ville et sont recueillis par d’autres enfants, nombreux, qui forment un système de caste, il s’agit des enfants qui sont présents depuis bien plus longtemps ce qui laisse supposer que le phénomène n’est pas récent. A partir de ce moment, on commence à manger à tous les râteliers de ce qui se fait dans le cinéma et dans les séries télévisées, des élus du bien et du mal, des mystères, des rebondissements mais l’ensemble fonctionne beaucoup moins bien, l’histoire n’avance plus. Seuls est représentatif du commerce d’aujourd’hui, il faut du courage pour tenir un cap et poser une fin dès le début, plus facile à dire qu’à faire, c’est un peu comme renoncer à sa paye et tenter un nouveau travail sans savoir si on gagnera sa vie ou non. L’art ne devrait pas tenir compte des réalités matérielles, malheureusement derrière chaque album, des familles qui vivent, des priorités, même si cela doit se faire au détriment de l’œuvre ce qui est exactement le cas ici.

Je regarde de moins en moins de vidéo, et quand je regarde c’est souvent sans passion, c’était souvent mieux avant. J’ai commencé à regarder la série Arrow, je m’arrête au cours de la saison 5, mais avant tout le pitch. Oliver Queen est un dandy qui embarque sur un bateau avec son père. Le bateau chavire, son père se suicide pour le laisser vivre en lui donnant une liste de personnes mauvaises qui font du mal à la ville. Oliver va passer cinq ans sur l’île, un peu l’île fantastique mais pas dans le côté sympa, dans le côté paranormal, étrange, comme si un peu tous les secrets de l’humanité avaient débarqué là dedans. Sur cet île, il va changer, devenir un vrai bonhomme et lorsqu’il va rentrer au pays, il va se créer une identité secrète, Arrow, le justicier. Le personnage est un copier coller de Batman à quelques détails, on a ici un milliardaire dandy le jour, un héros obscur la nuit qui veille à la défense de sa ville. La série me fait penser à Buffy contre les vampires, l’humour en moins. A chaque saison son super méchant, parfois le méchant devient l’allié, le gentil devient le méchant, on meurt, on est ressuscité, tout est possible dans Arrow.

Les quatre premières saisons sont plutôt plaisantes, les allers retours entre le présent et ce qui s’est déroulé sur l’île, permettent de mieux comprendre les événements, les personnages. Qu’est ce qui bloque donc dans cette saison cinq ? Trois points. La lassitude inhérente d’avoir la sensation d’avoir fait le tour, la répétition. Les séries télévisées c’est comme la bande dessinée, on manque de courage pour prévoir une fin dès le départ, on continuera tant que le public suivra même si c’est moins bon, jusqu’à l’écœurement. Le renouvellement de l’équipe, je ne spoilerai pas mais on fait rentrer des tas de nouveaux personnages et pourtant c’était une force de la série, réussir à nous faire nous attacher à des personnes connues, la redistribution des cartes n’est pas bonne. L’abus de cross over. Les séries flash et arrow sont intimement liées, ce qui sur le principe est sympa. Malheureusement on finit par être dépassé, certains événements se sont produits dans une autre série, il n’y a pas que flash, si bien qu’on se sent presque dans l’obligation de voir le reste.

J’ai donc lâché à la saison 5, les accrocs à la télé regarderont certainement la totalité des séries qui gravitent les unes autour des autres avec beaucoup de plaisir.

Les hommes du feu est un film qui fait partie des rares que j’ai réussi à regarder jusqu’au bout ces derniers temps, et pourtant dans le fond il est particulièrement médiocre. Il s’agit d’une tranche de vie dans une brigade de pompiers dirigée par Roschdy Zem et qui voit son quotidien perturbé par l’arrivée d’Emilie Dequenne mutée dans la région, le sud. Oui s’il faut faire des clichés, allons y jusqu’au bout, tous les hommes sont de gros bourrins sudistes, misogynes qui jouent les gros bras et qui profitent de l’uniforme pour emballer des filles. Lors d’une intervention de nuit sur un accident, Emilie Dequenne rate quelqu’un qui sera récupéré par la police, dans le coma, la famille porte plainte. Le film est agréable mais l’intrigue, les relations, les personnages, ne sont pas crédibles, on est trop dans le cliché. Les hommes qui n’imaginent pas être dirigés par une femme, le pompier gay, le pompier dragueur dont le mariage va mal, parfois plus proche de l’access prime time de TF1 plutôt que du véritable film de cinéma, il aurait pu être largement meilleur. On va rester avec Roschdy Zem pour un film tout aussi pétri de clichés, le prix du succès. Tahar Rahim est l’humoriste qui monte, le cliché des banlieues, d’ailleurs on notera une scène de baston dans un magasin de sport qui fait penser à l’altercation entre deux rappeurs. Lui essaie de s’émanciper de ce milieu de violence, de tradition, mais il est tiré vers le bas en permanence par son frère Roschdy Zem, son frère ainé. Si pendant les premières années il a été le moteur, le compagnon de route, aujourd’hui il ne cadre plus avec ce que veut devenir le comique. Une succession d’événements va finir par séparer les deux frères. Très bien joué par l’ensemble des acteurs, un film qui je trouve sonne très juste et qui peut être sorti de ce contexte si particulier, à une généralité. Faut-il abandonner certaines personnes qu’on aime pour pouvoir avancer ?