Consumérisme, minimalisme et billet vert

26/07/2019 Non Par cborne

Gilles m’a demandé si je connaissais ça : Le Monde parfait. Pour vous faire le pitch rapide, il s’agit d’un reportage d’Arte de 53 minutes dans le polygone de Béziers (dédicace à Damien du forum). J’habite à 25 minutes plus ou moins selon les embouteillages et je n’y ai jamais mis les pieds. La phrase clé c’est certainement celle qui dit qu’il faut que le client pose son cerveau sur la commode pour oublier tout et consommer. Le documentaire se veut théoriquement neutre, façon caméra qui traîne, pourtant il s’agit d’une dénonciation pure et dure du système. De la femme de ménage qui explique qu’elle est considérée comme les déchets qu’elle nettoie, aux jeunes les plus couillons qu’ils ont trouvés qui prononcent les phrases les plus couillonnes possibles, en passant par l’ambiance de fête permanente, le consumérisme à outrance, le désœuvrement, rien à dire, c’est particulièrement orienté.

Lorsque j’étais adolescent, nous avons vécu l’ouverture de la coupole de Nîmes avec l’arrivée de la FNAC. Quand tu es jeune, que tu n’as pas un rond en poche, c’est comme l’ouverture de Disney Land. Lorsque nous sommes arrivés en région parisienne avec mon épouse, et que nous avons touché nos premières payes, c’était comme Noël. Comme je le racontais à Gilles, on a fait n’importe quoi, jusqu’à prendre un an d’abonnement dans une salle de sport de Melun où nous sommes allés trois fois. Venant d’un milieu modeste, touchant le jackpot chaque mois, je pense que nous avons compensé nos manques pour acheter toutes les merdes du monde. C’est regrettable, je pense qu’on aurait payé deux fois la maison si on avait été plus raisonnable. Ce qui finalement est plutôt pénible et je m’en rends compte dans le forum des bons pères de famille c’est qu’on pourrait penser qu’à un moment on suit tous une mode et qu’on file complètement bobos, écolos, mais en fait ce n’est absolument pas le cas.

Je pense que malheureusement on a tous besoin d’avoir un parcours, de se casser bien fort les dents contre le mur et que quelles que soient les belles paroles que puissent nous donner nos aînés, cela ne sert absolument à rien. Nous reproduisons les mêmes erreurs car nous devons nous confronter à l’expérience sinon les gens arrêteraient de fumer, il n’y aurait plus de guerre et nous vivrions de façon logique dans un monde meilleur quand tout le monde tire la sonnette d’alarme qu’on va tous crever.

À quel moment, j’ai commencé à mettre un frein dans ma consommation personnelle ?

Maurs la jolie dite la Nice du Cantal, un nom de scène pour maquiller la vérité et ses cinquante centimètres de neige en hiver

Le passage de la région parisienne au Cantal, forcément ça vous calme un homme. Le premier « centre commercial » à l’époque, c’était un géant à Aurillac, 80 km pour aller faire ses courses ne motive pas vraiment. À cette époque on compensait lorsque nous descendions chez nous dans le sud voir la famille. Néanmoins, le fait de se retrouver coupé de tout nous a appris à se tourner vers le local, le petit, habitude que nous avions totalement perdue. J’ai aussi commencé à faire le deuil de l’objet avec la succession des déménagements. Quand nous avons quitté le Cantal, je devais avoir un bon millier de bandes dessinées, et je dois reconnaître que pour avoir beaucoup déménagé dans ma vie, je sais ce que c’est de passer de 10 mètres cubes au double. Est-ce que tout ça en vaut vraiment la peine ? La bande dessinée c’est typiquement le truc à pigeon. Je suis admiratif devant les gens qui s’obstinent. Entre les bandes dessinées qui ne finiront jamais parce qu’elles ne sont pas assez rentables pour les maisons d’édition quand les auteurs crèvent de faim, un prix devenu prohibitif, c’est devenu trop hasardeux. S’il y a bien un domaine qui va devoir s’adapter et de façon conséquente, c’est bien celui-ci même s’il a déjà commencé.

La dématérialisation m’a beaucoup aidé, plus de bandes dessinées, plus de DVD, l’arnaque du siècle avec le passage au Blu-ray, j’ai été définitivement vacciné contre la collectionnite aiguë.

À quel moment j’ai vraiment pris les choses en main ?

Souvenez-vous cette année, on a cru que c’était la bonne, toujours pas.

Je n’ai pas le souvenir précis du moment où j’ai dit il y en a marre, je sais juste que j’ai commencé à évoquer la décroissance, le minimalisme avec mon passage à PluXml avant mon retour sous WordPress par souci de simplicité, ce qui commence à dater. Ce que je sais c’est que cette année c’est devenu une véritable obsession, une préoccupation, un ménage par le vide qui désormais s’accompagne d’une hygiène de vie :

  • Manger mieux,
  • Travailler moins,
  • Prendre le temps de vivre,
  • Vivre mieux.

La liste est à perfectionner et actuellement c’est plus sur le papier que concret, l’idée étant de faire mieux chaque jour. C’est cette année que c’est devenu vital et j’en connais la raison, ma difficulté à tout gérer au point de se retrouver dans une chambre d’hôpital. Mes aventures ont quand même atteint leur paroxysme cette année, et les décisions qui en découlent sont forcément drastiques, logiques. Oui, c’est évident, si tu as moins de choses, moins de services, moins de travail, moins d’objets, c’est obligatoirement moins complexe. Moins d’objets, moins complexe, cela peut sembler difficile à concevoir et pourtant c’est encore évident. Si vous allez dans la cuisine par exemple et qu’elle est encombrée de trop de casseroles, de trop de couverts, vous perdez du temps à vous y retrouver, vous perdez du temps à ranger. Des exemples comme ça, j’en ai des dizaines qui ne se résument pas simplement à un trop plein dans les placards, mais ça peut être aussi un trop plein de services informatiques, trop complexes à maintenir ou à mettre en œuvre.

Je pense que les événements de cette année m’ont tellement marqué, que je n’ai plus supporté le moindre bug dans mon bureau Linux. Je ne reviendrai pas sur mon passage à Windows 10, mais c’est important de comprendre comme je l’expliquais plus haut que c’est l’expérience qui influence, pas les discours des uns et des autres. Si un jour un crash conséquent intervient ou une grosse crise de sécurité apparaît avec les postes Windows 10 comme un crypto-virus, peut-être que mon besoin de sécurité prendra le pas sur mon besoin de confort ou de stabilité dont j’ai tant besoin actuellement.

Je continue donc le vide dans la maison, j’ai profité du temps pourri pour m’attaquer au garage. Ranger quand il fait chaud c’est difficile, avoir le temps ne permet pas de tout faire.

Le coffre de gauche dans lequel on entreposait des affaires de plage, on a réalisé qu’il y avait un vieux seau, des pelles, des ballons dégonflés, un volume de 1 mètre cube pour rien. Ça partira chez mon beau-frère qui lui n’a pas besoin de se séparer des objets, il trouve une utilité pour tout. Ces vélos ont une histoire, l’histoire de l’achat du garage ou comment tu mets 20.000 € autour d’un truc dont personne ne se sert. Lorsque nous avons transformé la maison, le garage a dégagé au profit du salon. Mes gosses ne font pas de vélo mais ma femme avait bien sûr décidé qu’il fallait des vélos pour des gosses qui n’en font pas. On a démarré donc par l’achat de ça : coffre rangement vélos. Nous on avait fait l’affaire du siècle, on l’avait payé 600 balles …

Bien évidemment les enfants n’ont pas fait plus de vélo, mais ça n’a pas empêché ma femme de vouloir un garage pour mettre les vélos au tour et éviter d’avoir un tank sur la terrasse. J’avais dit que c’était une connerie mais finalement il apparaît que c’est une nécessité si on sait bien le gérer. J’entrepose du matériel informatique, de moins en moins, les affaires d’hiver, des bouquins scolaires pour elle, je n’ai plus rien, les outils, un garage reste nécessaire. Ma femme est aussi en train de passer du côté obscur de la force, et m’a donné feu vert pour les vélos, vendus en moins de 5 minutes sur le marché Facebook (oui bon ça va), à 10 € le vélo même s’il avait pris un coup de rouille, j’ai eu 20 propositions au moment où j’écris ces lignes. Ce qui est important c’est de ne pas remplir l’espace vide, ou de ne pas le remplir stupidement. Mon prochain objectif c’est de me pencher sur un étendoir de la mort pour éviter au plus le sèche-linge.

Les bons conseils sur le net, sur le minimalisme, pas bien difficile de les trouver. Si les blogs sur le logiciel libre sont morts, c’est tout simplement la discipline, pas les blogs. Les blogs voyages, les blogs de cuisine, les blogs sur la façon de vivre c’est la fête, je pense qu’on a commencé à comprendre qu’établir une stratégie à base unique de réseaux sociaux, n’était pas suffisante. J’ai commencé à lire des bouquins, comme j’avais expliqué que j’avais lu de façon très perplexe la famille zéro déchet, en outre je n’ai pas attaqué la lecture des blogs, je me suis juste contenté de googler (pardon les gars, facilité tout ça), « blog minimalisme ». La liste est longue, très longue, mais les sites se suivent et se ressemblent.

Il s’agit d’un blog pris au hasard, ils se ressemblent quasiment tous. Des jeunes femmes, je n’ai pas vu un blog de bonhomme pour l’instant, en tout cas ils sont mal classés ou dans le DIY peut-être, où tout est blanc, avec des liens vers les réseaux sociaux et l’abonnement à la newsletter. C’est amusant parce que comme j’aime à le rappeler, finalement chacun n’a qu’une partie de la solution dans son coin. On aurait expliqué qu’un thème sombre c’est franchement moins énergivore et que les réseaux sociaux qui sont utilisés par des sociétés capitalistes qui saignent les peuples c’est pas bien.

Ce qui me gêne dans cette démarche, cette démarche qui invite à moins consommer, cette démarche qui invite les gens à vivre mieux, à avoir une autre vision du monde, le partage par exemple, la solidarité, c’est qu’il s’agit pour beaucoup (tout le monde ?) d’une nouvelle manière de gagner de l’argent. On ne s’étonnera donc pas de trouver ici ou là une boutique pour acheter une méthode, du savon, et des produits extraordinaires qui vont sauver le monde. Avec les blogs sur le logiciel libre, on pourra dire ce qu’on veut mais pour la très grande majorité, l’écrasante majorité, c’est du partage gratuit sans concession, on sent qu’on n’est pas là pour vendre, c’est d’ailleurs peut-être pour cela que plus personne n’écrit.

À y regarder de près, j’ai toujours la sensation que ce n’est pas vraiment le grand écart entre le centre commercial et les gens qui veulent changer le monde. Le centre commercial a lui cette franchise qui consiste à te faire cracher ton pognon à tout prix, en y mettant en place toutes les stratégies. Le gars qui veut changer le monde, a toujours dans sa poche un pot de vaseline bio. Je vais finir sur cette note très élégante et mes 1800 mots passés, demain les vélos s’en vont, je vais pouvoir continuer à avancer dans mon rangement.

Si je devais vous donner un seul conseil, l’étape dans laquelle je suis encore, qui va s’éterniser. Vider, vider, vider …

Bonus

Dans la zone de Colombiers dite du sanctuaire (on trouve Bricodepot), s’est monté un concept que je trouve particulièrement intéressant, au-vide-grenier. Il s’agit d’un grand hangar décomposé en stands. En fait les gens au lieu de se taper un dimanche à manger un sandwich triangle dans la canicule, viennent déposer leurs objets en payant bien sûr. Pour avoir un stand c’est 10 € la semaine, 30 € pour le mois, et si j’ai tout compris on a 35% de commission en plus.

Si pour le vendeur, je n’ai pas l’impression que ce soit l’affaire du siècle même si 10 € ça correspond seulement à une journée de vide grenier et que par le fait le service est conséquent, pour l’acheteur c’est intéressant. J’ai vu par exemple une WiiU à 30 balles, complète, avec des manettes à ne plus quoi savoir en faire en parfait état. J’ai failli l’acheter pour spéculer. Je ne pense pas que cette affaire tienne car cette zone de l’Hérault à quelques kilomètres de mon département l’Aude, deuxième plus pauvre de France, est justement trop pauvre. Le concept ne prendra que si ça se vend et que ça se vend bien, au moins pour que le vendeur rentre dans ses frais. Sinon je salue le concept très dans l’air du temps et qui montre une fois de plus comment se faire de l’argent façon uber, c’est magnifique.