Confinement V2

09/11/2020 Non Par cborne

Je pensais qu’il y avait masse de gens qui s’était confinée chez moi, finalement non. Le village est calme, on y voit les habitués même si je dois reconnaître que ça reste difficile pour moi de les reconnaître. Le passage de 1500 habitants à l’année à 30.000 ou 40.000 en été me pose quelques problèmes de reconnaissance. Si vous rajoutez à ça le fait que je ne reconnais pas les gens, ça n’aide pas.

J’ai vu qu’un salon de coiffure avait fermé, nous sommes passés en moins d’un an de quatre salons à deux. Vous me direz que je ne suis pas vraiment concerné par les cheveux, mais c’est assez révélateur de la situation actuelle, il s’agit certainement du salon le mieux placé, en plein centre du village. Alors effectivement comme je ne connais pas, il y a peut-être d’autres raisons, néanmoins ça se passe dans la crise COVID qui n’en a pas fini de faire des dégâts.

Je pars du principe qu’il faut essayer d’encourager les initiatives de ceux qui ont compris qu’on ne pouvait plus faire comme avant. Chez moi, quelques restaurants se sont lancés dans la vente à emporter. Il faut comprendre que dans le contexte de mon village, ouvrir un restaurant à la mi-novembre n’a pas d’intérêt, la saison c’est quand il faut chaud. D’ailleurs, avec des touristes qui ne seront pas partis très loin, vu la fréquentation cet été, je ne pense pas que mes restaurateurs soient les plus à plaindre. Au contraire, ils ont dû certainement profiter de la crise. Nous sommes donc allés nous servir chez un restaurant bistrot, ouvert à l’année. Et ce n’est pas anecdotique, puisque l’ouverture à l’année chez moi est exceptionnelle et fidélise les quelques vieux du village, un peu trop. C’est ainsi que même s’il n’y a plus de terrasse, les vieux ont pris l’habitude de se réunir, de continuer à cracher comme ils le font portant mal le masque ou ne le portant pas, à moins d’un mètre les uns des autres. Comme je l’écrivais dans le forum, avant on avait peur des bandes de jeunes, aujourd’hui on a peur des bandes de vieux. Le respect des gestes barrières a franchement du mal à passer

Dix euros le plat avec une micro tarte aux pommes ou un yaourt de supermarché.

Alors je vous vois venir et vous allez certainement dire que le père BORNE fait sa princesse, mais ça se discute. Pendant la saison, en terrasse, à 13.90 € j’ai entrée, plat et dessert en terrasse, avec un dessert fait maison et des quantités plus importantes. C’est pas que c’était mauvais mais 10 balles d’euros, je trouve que c’est cher payé. Dans le restaurant d’à côté la formule était presque la même, à la place du yaourt de supermarché, un café. Cerise sur le gâteau, il nous a demandé de ramener si on le pouvait les barquettes noires, il n’y a pas de petites économies.

Effectivement faire travailler le local, je suis plutôt partant, mais pas à n’importe quelle condition. Je reconnais que la situation est complexe, mais faut-il pour autant accepter n’importe quoi ?

Yaourt de supermarché, parlons-en des hypers. Samedi matin je suis allé faire mes courses au Carrefour de Sérignan. Pour ceux qui ne connaissent pas, à tort, la géographie de mon coin, Saint-Pierre est plus ou moins à la frontière de l’Hérault, à égale distance de Narbonne et de Béziers. Avec la masse de monde présente sur les routes, nous ne sommes pas allés dans la zone de Narbonne qui aurait été certainement bondée. Sérignan est à quelques kilomètres de Valras, deux minutes en voiture, Valras est une station balnéaire et donc vit un peu de la même manière que nous. Très fréquentée en été, peu de monde en hiver. On a donc globalement Carrefour pour nous. Je reste toujours étonné de voir un Carrefour plein, mais surtout un Carrefour plein de vieux. Comprenez que dans cette V2, Macron a fait plutôt mouche en coinçant à la maison les vieux sans les stigmatiser. Face à une France qui continue de bosser, en faisant abstraction des commerçants, le vieux est contraint de faire le confinement V1 et c’est un peu le seul. Quand on sait qu’en Occitanie on se couche à Nîmes pour se réveiller à Brest à l’hôpital, qu’on est vieux donc qu’on a plus de chance d’y rester, on n’imagine pas le troisième âge investir un samedi matin le supermarché. C’est pourtant le cas. Alors qu’on sait que nos jeunes sont jeunes et cons, ils savent tous dans l’ensemble porter un masque, on ne s’étonne plus de voir des vieux le masque sur le menton passer à la caisse dans l’indifférence générale.

La victoire des petits commerces sur les supermarchés, avec le casse-tête ridicule de retirer les assiettes en verre mais pas les assiettes en carton, est finalement une imposture. Les allées des rayons peuvent être visitées, elles ne sont pas condamnées, toute la marchandise est accessible et c’est bien normal, vous avez un système de click and collect à même le magasin. Vous voulez un frigo, il vous suffit de le demander à l’accueil.

Les affiches de la ville de Béziers …

La résistance s’organise comme elle peut, et certaines initiatives sont assez louables. Robert Menard est certainement l’un des maires les plus connus de France faute d’être populaire. Néanmoins force est de reconnaître que le type se bouge pour sa ville. Béziers est une ville qui a embelli, qui est devenue plus secure quand elle était une ville où il fait bon se faire agresser, et qui désormais propose un service de drive pour les commerçants du centre. Si on peut se réjouir quelque part d’avoir des gens qui se battent pour survivre, on voit clairement les orientations du commerce de demain, une déshumanisation ou une virtualisation puisqu’il faudra je pense passer par de la visio ou des chaînes Youtube pour se démarquer, pour être plus qu’Amazon ou cdiscount. Cela me fait penser à l’initiative du magasin Toulousain de jeux de société le passe temps, qui possède sa propre chaîne Youtube.

Finalement c’est un peu ce que j’avais écrit sur Tripadvisor, être restaurateur ne suffit plus, connaître son métier ne suffit plus, il faut aussi assurer sa présence dans les réseaux. S’il fallait donc réfléchir à une création de la boutique du futur, ce serait forcément loin des centres-villes où il est tellement compliqué de se garer, un entrepôt peut-être et une présence accrue sur les réseaux. Ce sont les influenceurs qui doivent se frotter les mains, car désormais il va falloir trouver et vite, des commerciaux sur internet.

Au niveau du travail, rien de neuf sous le soleil, je pense que si d’ici la fin de la semaine on n’annonce pas de catastrophe sanitaire, nous resterons alors dans le protocole actuel qui est déjà particulièrement contraignant avec au fur et à mesure un retour à 100% de présence. Dans mon entourage voici ce que je peux constater et qui a l’air d’être la règle :

  • l’école au boulot et elle le sera quoi qu’il arrive.
  • le collège au boulot et il le sera quoi qu’il arrive.
  • le lycée pro au boulot et il le sera quoi qu’il arrive.
  • le lycée général et technologique c’est la soupape sur laquelle jouer
  • le supérieur va se préparer certainement à une évolution sur le long terme à distance, on pourra même dire de façon pas totalement fausse, que c’est une façon de réduire l’inégalité des chances, plus besoin de monter à Paris, de trouver et surtout de payer un appartement, tu peux faire l’école à la maison pour le plus grand bonheur de tes parents (sic).

Le fait que le collège soit intouchable au même titre que l’école, que le lycée pro va bosser, me conforte dans mon discours quant à l’absence d’autonomie des élèves et la catastrophe de confinement V1 dont on n’arrive pas à s’en sortir. Dire qu’on sort les rames pour amener les enfants à un minimum de travail est un euphémisme, c’est la glandouille généralisée, la mauvaise foi et la mauvaise volonté. Comme je l’ai dit, j’arrête de me battre et je travaille pour ceux qui veulent s’en sortir. Aujourd’hui, je pense avoir eut droit à une simulation de perte d’odorat …

Un peu de console, un peu de rangement, sortir s’aérer dès que c’est possible, ce confinement V2 pour ma part n’a pas de très grandes différences avec une vie normale, ou presque.