Comprendre

15/11/2017 Non Par cborne

Je ne sais pas comment commencer ce billet tant la thématique est large, tant il est facile de partir dans toutes les directions. J’ai 42 ans passés, je ne fais pas la crise de la quarantaine et à la moitié du chemin de la vie quand on a résolu pas mal de problèmes comme celui de l’emploi, du domicile, du couple, des enfants, qu’on entre dans une certaine routine, il n’est pas anormal d’essayer de faire au mieux pour soi, pour les autres, pour le monde.

Qu’est-ce que ça veut dire faire mieux ? Je pense qu’on a chacun sa réponse, au moment où j’écris ces lignes, faire mieux pour certaines personnes c’est de refuser la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin. C’est une des problématiques de faire mieux, faire mieux ce n’est pas forcément faire bien. En prenant la décision de ne plus enseigner une règle de français appliquée par tous, c’est prendre la décision de pénaliser des élèves qui ne connaîtront pas la règle ou d’avoir anticipé pour ce qui sera demain le futur. Car faire mieux, faire bien, c’est peut-être faire autrement, faire contre, et entrer en opposition avec le reste du monde. C’est là tout l’enjeu, le défi, savoir si on a tort ou si on a raison, si on fait du bien ou du mal sans s’en rendre compte, faire mieux peut passer par une prise de risque qui n’implique pas que sa personne mais aussi les autres. Je voudrais partager avec vous ce reportage :

https://www.youtube.com/watch?v=_INOPfPdhB4

Dans la galerie de portraits, il y a cet homme qui est devenu décroissant, qui avait une fascination pour la consommation et qui est passé à autre chose. Je trouve que l’homme est intéressant mais qu’il présente une attitude trop austère, trop extrémiste, radicale. C’est peut-être lui qui a raison, il n’y a peut-être pas de demi-mesure pour faire mieux. Par exemple, il a acheté une grange à rénover et va donc utiliser sa voiture pour s’y rendre. Pour se flageller du carbone qu’il a envoyé dans la nature, il va acheter une carte de compensation dans une boutique spécialisée, l’argent sera utilisé pour planter des arbres ou construire des éoliennes. Il y a un passage que j’ai trouvé intéressant, car il est très symbolique. Alors qu’il construit sa grange avec de la chaux, du chanvre, qu’il installe des toilettes sèches, un voisin arrive et dit que d’un côté il est admiratif face au courage de l’homme mais qu’il trouve de l’autre côté qu’il s’agit d’un acte vain, désuet, car les seuls gestes qui comptent, sont ceux qui sont réalisés de façon collective à l’échelle de la planète par les états ou les grandes entreprises. La réponse que je partage, c’est que si à un moment donné, des millions d’individus finissent par avoir la même attitude, alors le monde finira par changer, si on en fait rien, forcément rien ne changera.

Le découragement je le connais, je le vois dans mon public de jeunes, et c’est certainement ce qui m’inquiète le plus dans l’histoire. A l’heure actuelle, il faut prendre conscience que l’école fait un travail lourd de sens qui dépasse certainement notre mission et j’y reviendrai plus loin, pour éveiller les esprits. Dernièrement au lycée nous avons participé au festival Alimenterre. Mes élèves ont pu voir un reportage sur la banane, les conditions de travail des ouvriers payés une misère et au rendement si bien que cela favorise le travail des enfants qui vont augmenter le rendement parental pour gagner un peu plus. Comment un quinze ans perçoit le film ? Exactement de la même manière que les adultes, le jeune voit qu’effectivement il y a un problème mais la réponse est sans appel, si on doit s’opposer à tout ce qui arrive dans notre assiette, si on doit se poser des questions sur tout, alors on ne mange plus rien, on ne fait plus rien. Et c’est ici ce qui m’apparaît comme le cœur du problème, ils ont réussi à casser la révolte chez ceux qui devraient biologiquement se révolter contre l’héritage de leurs parents, les plus jeunes. J’écris plus haut que notre action éducative que je retrouve de plus en plus chez les profs pour éveiller les consciences dépasse notre mission, tout simplement parce que l’état ne fait rien pour s’opposer à ce qui se passe actuellement. Cette volonté éducative jamais je ne l’ai sentie aussi forte et collective, c’est comme si notre instinct professoral nous poussait de plus en plus vers cette urgence, cette nécessité.

Prenons par exemple le cas de l’informatique. Tous les enseignants font front désormais pour dire de se méfier des réseaux sociaux non plus seulement pour l’attitude qu’on peut y avoir, sur la dangerosité des rencontres qu’on peut y faire mais d’expliquer désormais que la traque est en place, que les données personnelles de chacun sont le moteur de ces sites. Que dire de la méfiance quant à l’information après les dernières élections américaines. L’état ne fait rien, l’affaire du forum 18-25 de jv.com en est l’illustration, la sanction sera financière avec des publicitaires qui préférant éviter le bad buzz retirent leurs annonces. L’état a la capacité d’imposer aux FAI français de ne plus afficher des sites de torrents mais ne va pas intervenir dans cette affaire, celle-ci ou d’autres, que ce soit Twitter ou Youtube, la haine quotidienne est omniprésente sur les réseaux.

A mon sens la responsabilité de la situation actuelle, un monde qui ne va pas bien, un monde où même ses jeunes sont résignés et n’imaginent plus changer le monde est triple :

  • les entreprises qui ne réfléchissent qu’à court terme, sans imaginer que dans cinquante ans quand une expérience qui visait à faire du profit aura mal tourné, ou une variante entraînera la fin de l’humanité, il n’y aura plus personne pour consommer ou plus rien. La volonté de profit à outrance au détriment du bon sens pousse chaque jour dans la mauvaise direction, le monde qu’on voit se profiler dirigé par quelques grosses compagnies ne me fait personnellement pas rêver.
  • L’état qui ne protège plus les gens. Entre la collusion avec les entreprises et le sentiment que comme tout un chacun il est dépassé. La tendance lourde à l’heure actuelle c’est la réalité virtuelle. Je lisais cet article sur la visite virtuelle d’une pyramide. On va applaudir cette technologie des deux mains, plus besoin de se déplacer, plus de souci de carburant de files d’attentes interminables, on va préserver les sites historiques etc … Mais souvent dans les technologies on oublie aussi ce qu’elles induisent. La fin du tourisme, la manipulation des images, la fin des musées, la fin des villes et ce qui fait leur charme avec cette génération qui passe de plus en plus de temps devant son écran et qui s’en contente. Pendant longtemps le progrès s’accompagnait de mieux vivre, de mieux être pour l’homme, la technologie à notre service. Aujourd’hui à chaque innovation on est en droit de se demander si ce n’est pas un nouveau moyen pour nous asservir. Pas étonnant que des gens se radicalisent et partent créer des maisons autonomes dans les campagnes.
  • Nous sommes les principaux responsables. Suivre la mode, réagir dans l’urgence, ne pas se poser, ne pas s’interroger, choisir la solution de facilité, suivre le mouvement. Il parait difficile d’avoir des enfants qui ont envie de changer le monde quand notre attitude consiste à ne plus subir mais à sauter à pieds joints dans tout ce qui nous est proposé et quand on réalise que c’est mal, trouver comme excuse de dire qu’on ne peut pas faire autrement.

Tout ceci me fait penser à la chanson d’Orelsan, changement. C’est du Orelsan donc forcément c’est à prendre au douzième degré mais c’est une belle illustration du monde qu’on a connu, de celui d’aujourd’hui, et de la course après le temps avec le lapin blanc d’Alice.

Et d’ailleurs moi le premier, je rentre dans le rang, je prends mon clip sur Youtube sans m’interroger sur la récupération d’une autre source, une source moins diabolique, mais ce sera l’objet de la suite, dans un prochain billet.

J’ai donc 42 ans, et j’essaie de faire mieux, je crois que la première étape, c’est de comprendre ce qu’on veut ou savoir ce qu’on ne veut plus. Cette étape c’est l’information, et pas forcément BFMTV. Je prends donc l’information comme elle vient, sur les blogs, sur les sites un peu alternatifs, je fais de plus en plus de recherches pour confronter ce que je lis à d’autres informations, pour me documenter, et pour cela je prends le temps. Il fut une époque, je me serais embarqué dans la réaction immédiate à n’importe quel thème, aujourd’hui c’est différent, j’ai l’impression que pour survivre dans ce monde où on nous pousse à aller plus vite, il faut justement se mettre hors du temps, et ne plus suivre le même rythme. Frédéric Beigbeder a lancé un appel contre les réseaux sociaux, je cite : mais pour vous décrire ce qui se passe quand, comme moi, on arrête d’être sur les réseaux sociaux : RIEN. Et c’est certainement lui qui a raison, le problème vient une fois de plus de nous, libre à nous de vivre la course à l’info ou de faire autrement. Comme je l’ai déjà répété il y a 30 ans on avait peut-être même pas M6, on n’était pas plus malheureux. Ce changement de méthode vous pouvez le percevoir au niveau du blog, l’espacement entre les billets, des billets plus longs, plus travaillés, indépendants de l’actualité. Il semblerait que ce soit une tendance forte chez les blogueurs, le temps des quatre billets par jour est terminé, on privilégie désormais la qualité à la quantité, la durée de rédaction s’allonge avec le nombre de mots, les blogueurs écrivent désormais plusieurs fois par mois mais plus une fois par jour.

Je ne veux plus de consommation à outrance. Et si je dois consommer, j’essaie de le faire le mieux possible. Je n’achète plus mes légumes en supermarché et je vous garantis que ça me gonfle de passer devant et de ne rien prendre pour me pointer chez mon maraîcher le lendemain matin. C’est une question d’organisation, de volonté, c’est comme quand on décide de trier ses poubelles, de faire du sport, ça demande un effort mais finalement on est content à la sortie car c’est mieux pour tout le monde. C’est mieux pour soi, parce qu’on arrête de manger de la merde, c’est mieux pour le tissu local car on donne de l’argent au gars du coin, on fait vivre son pays. Le local on y reviendra dans le prochain billet. Pour la consommation, des produits de seconde main dès que je peux, dès que ça a du sens, comme pour les ordinateurs où je continue d’acheter d’occasion, les vêtements quand l’occasion s’en présente, plus facile de trouver pour les femmes d’ailleurs que pour les hommes.

La consommation à outrance, ce n’est pas forcément en lien avec quelque chose qu’on paye, c’est aussi la culture, la fameuse actu dont on peut se gaver, mais aussi les gens. Les fameux 2000 amis sur facebook pour se retrouver seul à son déménagement ou avec la famille qui reste pour moi une valeur sûre.

Si je devais synthétiser, j’essaie de comprendre le monde pour mieux savoir ce que j’attends de lui, ce que je n’attends pas et ce qu’il peut attendre de moi.

Le prochain épisode devrait se dérouler aux environs du mois de mars, il y a une date que je dois caler et qui si le planning est respecté devrait se dérouler aux environs de janvier, février, ça ne dépend pas que de moi. Le titre du billet sera agir, j’ai ici évoqué quelques habitudes que j’essaie de prendre, de m’imposer, je pourrai faire largement mieux, mais il faut bien commencer par quelque chose, même un petit rien.