Complément 94

27/07/2019 Non Par cborne

Dans l’enfer des blogs minimalistes

J’ai fait le tour d’une dizaine de blogs minimalistes et on va dire pour rester politiquement correct, que je ne suis pas le public visé. Comme je l’ai écrit dans le précédent billet, je n’ai trouvé que des blogs féminins et ça ne passe pas. N’allez pas y voir mon côté masculin gros bourrin de base, la quarantaine, mâle blanc dominateur, mais force est de constater qu’on écrit je l’espère pour soi et d’après le principe de qui se ressemble s’assemble, j’ai beaucoup de mal à adhérer aux crèmes démaquillantes. De la même manière que je peux comprendre que mes histoires de débouchage de canalisations, de jeux PS4 ne trouveront pas nécessairement écho auprès de ces dames, je dois reconnaître que les thèmes abordés dans leur grande majorité ne me parlent pas, la grossesse notamment ou la coupe menstruelle.

En ce qui concerne le minimalisme, la façon de le traiter, j’ai encore du mal. Quand j’évoque mon besoin de vide, je le lie à une expérience personnelle, mes angoisses, ma fragilité de petite fille de 8 ans, enfin ce genre de choses. Tu vois public, moi je blogue, je t’ouvre mon cœur et surtout je te pose mes tripes sur la table. Quand tu lis ces blogs, c’est totalement insipide, les photos font penser aux blogueurs mode et décoration sur Instagram, comme le propos, pour ainsi dire du copier coller d’un blog à l’autre. Cela manque de personnalité. La personnalité dans un blog c’est fondamental, même si elle ne te plaît pas, c’est un repère, c’est une ancre. Donc c’est pas folichon et quand tu vois que dans les achats qui font la fierté d’une blogueuse il y a son MAC qu’elle a payé 1000 €, non seulement le propos minimaliste n’est pas fantastique mais tu es interpellé sur la véritable compréhension du monde. Quelques phrases cultes sont notables « les blogs vont plus loin dans les sujets qu’Instagram », j’en ai lu des dizaines comme ça et c’est du pur premier degré.

Je rajouterai un dernier point, et qui rejoint un peu ce qui précède, je pense que ces gens-là ne sont pas des blogueurs. Les thèmes sont trop centrés, on réalise que c’est à l’abandon et qu’on n’a qu’une vingtaine d’articles dans la majorité des cas dans lesquels il n’y a pas de personnalité, des reprises de généralités sur le thème. Je rajouterai un dernier point ce qui fait mon deuxième dernier point et je trouve que c’est très significatif, on voit paraître régulièrement des articles de saturation et de culpabilité qui ne sont pas sans faire penser au cheminement qu’on peut faire avec le logiciel libre. Ça me rappelle l’époque où je lançais les commandes pour vérifier que je n’avais pas de paquets propriétaires sur mon PC et que je ne souillais pas mon Linux (rires dans la salle). Je pense que c’est comme tout, si on veut y aller trop fort, si on ne veut pas le faire à son rythme, on finit par se casser les dents. C’est comme les gens qui ne veulent plus de la malbouffe et qui après un rutabaga de trop finissent chez Mac DO la tête plantée dans un burger à se sucer les doigts en criant encore.

À l’heure actuelle, et c’est comme souvent, la source la plus intéressante c’est un bouquin, « se simplifier la vie » de Laurence Einfalt et Stéphanie Bujon. Même si l’humour féminin omniprésent n’est pas ma tasse de thé car je trouve que les hommes ont aussi le droit au minimalisme et que toutes les références sont orientées petite jupe dont on a un honte ou dans laquelle on ne rentre plus, la présentation de l’aspect psychologique qu’on a face à l’objet, aux souvenirs, les méthodes concrètes proposées, c’est un bouquin qui est réellement pertinent. Une fois de plus chez Eyrolles.

« La politique en faveur du numérique éducatif est devenue illisible en tant que politique nationale, inscrite dans un service public« .

Article intéressant vu sur Zdnet comme assez souvent il faut le reconnaître, suite à la remise du rapport de la cours des comptes sur le plan numérique de 2015. En gros, on explique qu’on a quand même franchement jeté l’argent par les fenêtres. Ce qui est intéressant avec la cours des comptes, c’est qu’elle préconise toujours des trucs, voici ce qui est conseillé et courte analyse

1.  Un socle numérique de base (écoles, collèges et lycées), homogène au plan national pour chaque catégorie, combinant des infrastructures et des équipements mis en place par la collectivité responsable avec un engagement de l’État sur la formation des enseignants et la mise à disposition de ressources éducatives. La collectivité responsable c’est donc ce qui se fait actuellement ou ce que j’en comprends. La collectivité responsable de l’école c’est la commune, la communauté responsable du lycée la région. Moralité on n’y arrivera jamais parce que la communauté responsable devrait être simplement l’état pour une offre groupée, homogène, et négociée à bon prix. La mise à disposition des ressources éducatives, il faudrait déjà commencer par les regrouper au même endroit parce que c’est la foire la plus complète.

2.  Rétablir une certification obligatoire des compétences numériques dans la formation initiale. Du prof ou de l’élève ? Si c’est de l’élève, le manque de matériel dans les écoles, le manque de formation des enseignants, c’est mort. Si c’est du prof, ça promet de la certification Microsoft à tous les étages.

3.  Piloter l’offre de ressources et services pédagogiques numériques, clarifier les missions de service public pour les gérer. 4.  Faciliter l’accès des élèves et des enseignants aux ressources et services numériques publics grâce à un portail unique. Je pense que cela rejoint ce que j’évoquais plus haut. On y voit d’ailleurs un paradoxe assez profond. Un matériel et des infrastructures différentes pour une ressource nationale. Quand vous aurez donc des gens qui persisteront dans le tout tablette quand d’autres n’ont même pas d’ordinateur, on risque d’avoir du mal à trouver l’offre en ligne qui va satisfaire tout le monde.

5.  Compléter la connectivité de l’ensemble des écoles et établissements scolaires publics. Qui dépend du déploiement de la fibre optique, qui est méga à la bourre et qu’on aura de la 6G partout qu’on aura pas fini de déployer.

6.  Réserver l’acquisition d’équipements individuels aux élèves qui en font la demande, et sur critères sociaux. C’est pour éviter le fiasco de la région Languedoc Roussillon pour l’opération Lordi où l’ordinateur était distribué de façon systématique et sans critère de ressources. Entre des établissements où l’on n’utilise que ça et des établissements où les ordinateurs ne sont pas utilisés car les enseignants ne l’ont pas intégré dans leur pédagogie, c’est surtout une demande qui doit être faite par l’établissement.

7.  Faire évoluer les dispositifs d’espaces numériques de travail, pour garantir la protection des données à caractère personnel, grâce à l’identifiant unique de chaque usager de l’éducation nationale. En continuant à utiliser Facebook, Twitter pour les expériences pédagogiques, Google pour le stockage et Microsoft pour la suite en ligne, force est de reconnaître une fois de plus qu’on n’a peut-être pas tous le même discours ou la même compréhension du problème.

8. Reprendre la maîtrise des logiciels de gestion de la vie scolaire. Grosse interrogation sur ce dernier point mais cela veut dire que les intégrateurs de solution logiciel comme APLON, PRONOTES et compagnie ont du souci à se faire.

L’article plutôt objectif, explique que ces recommandations ont déjà été prises en compte dans ce fameux plan de 2015, et qu’il y a donc de fortes chances pour que le prochain plan se prenne un four. L’article dans sa conclusion souligne de façon juste que ce n’est pas la débauche de matériel qui compte, débauche qui a déjà eu lieu, mais bien l’appropriation par les personnels éducatifs des outils. Et de souligner qu’il faut en plus être vigilant au développement des nouvelles technologies, de l’intelligence artificielle et de tout ce qui devrait apparaître demain. La solution que je préconise depuis un moment c’est de s’extraire du temps marketing et d’adopter un temps éducation géré par l’état ce qui est tout à fait possible.

L’illustration du temps marketing, c’est l’arrêt du support de Windows 7. Vous pouvez faire le choix à vos risques et périls de continuer d’utiliser un système d’exploitation qui ne sera plus sécurisé. Le temps marketing vous impose d’évoluer dans vos pratiques même si vous étiez pleinement satisfait. C’est la pression permanente, c’est la nouveauté, c’est l’obligation d’en être et c’est malheureusement le choix qu’ont fait nos dirigeants. Le temps éducation c’est celui dans lequel vous faites le choix par exemple de Debian ou Ubuntu et vous restez sur la même version, avec un support plus ou moins long vous pouvez même en taper 10 ans. Du fait d’avoir une stratégie nationale, même si on pourra me rétorquer que cela ne favorise pas la liberté pédagogique, ce à quoi je répondrai que je suis libre de faire ce que je veux avec Libreoffice, tous les gosses travaillent avec le même outil sans la pression du changement.

Malheureusement et comme le montre une fois de plus le rapport de la cours des comptes, la stratégie n’est pas bonne, on pense mal car on ne pense pas comme professionnel de l’éducation, celui qui sait que l’école a besoin de temps et de solutions simples, ni comme professionnel de l’informatique qui sait qu’on a besoin de solutions durables.

Les membres de la cours des comptes

En finir avec la dictature du like ?

Instagram dans sept pays expérimente l’arrêt du like. Voici ce que dit un représentant de Facebook donc d’Instagram, voici en tout cas ce que dit sa traduction française :

« Nous voulons qu’Instagram soit un lieu où les gens se sentent à l’aise pour s’exprimer. Nous espérons que ce test fera baisser la pression (…) afin que vous puissiez vous consacrer au partage de ce que vous aimez »

Si l’intention est louable ou pas, il y a de fortes chances que cela ne fonctionne jamais. Pourquoi ? L’intention est louable parce que cela voudrait dire qu’on abandonnerait les gens dans le pire univers qu’il soit, leur propres goûts, sans possibilité de suivre les masses comme des couillons, assumer sa personnalité, ses désirs. Cela voudrait dire que les gens seraient dans un réseau social dans lequel il n’y aurait plus d’influenceurs, plus de tendances, et donc forcément plus d’attractivité parce qu’on a besoin d’avoir des leaders charismatiques à suivre. S’il n’y a plus d’influenceurs parce qu’il n’y a pas vraiment de moyens d’influencer, même si le posteur de la photo connaît le nombre de like qui n’aurait plus d’intérêt puisqu’il serait le seul à le voir, il n’y a plus d’argent, il n’y a plus de notoriété.

On pourrait penser qu’on est face à un problème épineux, ce n’est absolument pas le cas. Il est certain que si quelqu’un veut suivre les tendances, il va se calquer sur quelqu’un qui est tendance et par ce biais tuer sa créativité. On arrive alors à un réseau qui tire vers l’uniformisation et je découvre qu’il existe même des sites internet qui vous indiquent à la géolocalisation près, comment avoir de beaux endroits pour faire des photos, certainement les mêmes que vos amis. J’ouvre la parenthèse pour dire que ce n’est pas sans conséquence, après les coquelicots aux États-Unis, les champs de lavande massacrés du sud de la France. L’idée est donc bonne et elle ne fonctionnerait qu’à une seule condition, si les gens s’inscrivaient dans une démarche de partage gratuit. Voyez par exemple ce billet de déjà 1896 mots même si j’en dois quelques-uns à la cours des comptes, nous sommes bien d’accord que payé ou non pour le faire je le ferai quand même. D’ailleurs ça tombe bien, je ne suis pas payé pour le faire, et je le fais quand même. Du fait que nous nous inscrivions dans un système où derrière chaque partage il y a un intérêt comptable, eh bien malheureusement cela ne peut pas fonctionner.

Avec Youtube, on a montré qu’on avait même plus besoin de se casser la tête pour fabriquer des stars, il suffit de se pencher pour les ramasser. Même l’état a compris qu’il fallait passer là pour sensibiliser la jeunesse. Aucun réseau social n’ira scier la branche sur laquelle il est assis, on joue peut-être à faire peur aux influenceurs, montrer que rien n’est acquis que c’est le réseau qui fait la loi. Slate ne partage pas mon avis en expliquant que le like c’est la véritable démocratie, celle qui permet de contourner les algorithmes. Je ne suis pas d’accord, on like aujourd’hui pour tout, par réflexe pavlovien, on vous annonce 20 morts dans un accident de la route, les gens mettent des pouces. Pour ma part, la véritable démocratie comme ils disent, pour le maillon de la chaîne que nous sommes c’est de consommer ou ne pas consommer, le portefeuille encore et toujours. Pour moi si je veux montrer mon désaccord, je me contente de ne pas acheter, en l’occurrence ici c’est de ne pas en être.

Pour vivre heureux sur l’internet il faut certainement vivre sans compter. AMEN !