Complément 82 : une informatique pas faite pour 100 personnes mais pour 10

29/04/2019 Non Par cborne

Chouettes vacances, j’ai une barre dans la crane et je suis une véritable fontaine de morve, je me ferai bien une cure de ciflox. Ma femme me demande comment je fais pour jouer à Assassin’s Creed Origin, j’explique que le jeu est tellement idiot que c’est le cerveau reptilien qui fonctionne. Nous sommes en vacances, un collègue envoie un message d’urgence, une salle informatique ne fonctionne pas, elle est louée cette semaine, faut que ça marche. Je prends donc du temps au téléphone, je guide un autre collègue, je passe une heure, faut que ça marche. Cette vie va s’arrêter, c’est désormais une question de mois.

Va donc disparaître la pression permanente du « faut que ça marche » mais aussi l’obligation de compétence dans le domaine de l’informatique collective au pays des profs. Denis dans un article de blog et la suite se fait dans le forum, nous interroge sur les sites d’actualité informatique que nous suivons, et principalement les sites d’informations mainstream c’est-à-dire ces sites d’information gratuits qui vous délivrent de l’information en continu, une information parfois de qualité discutable, pour ne pas dire souvent de la merde.

Il fallait comprendre 32 Go de stockage et pas de RAM …

À travers le questionnement de Denis, je retrouve quelque chose que je connais très bien chez moi, le phénomène de fear of missing, vous m’excuserez mes anglicismes, la peur de manquer quelque chose. L’informatique est d’une violence rare à ce niveau, il faut être au courant de tout, performant à tous les niveaux, pouvoir prendre une décision, anticiper. Je vis comme ça depuis des années, la peur de ne pas être dans le coup, et pourtant j’ai la chance d’avoir un public d’utilisateurs qui se contente de peu, juste du faut que ça marche et qui pourra rester avec Word 2007 jusqu’à la retraite, si Microsoft le permet ce qui m’étonnerait fort.

La peur de ne pas être dans le coup ce n’est pas la peur de vieillir, l’expression est peut-être mal choisie, c’est certainement la peur de ne pas être compétent. Lorsqu’il s’agit d’une activité professionnelle comme c’est le cas de Denis ou comme ça ne le sera plus pour moi, si on est un travaillomane, il faut être au point. Même si je ne l’ai jamais évoqué dans le blog, par souci professionnel, j’ai regardé du côté des classes inversées, des capsules pédagogiques, et des nouveautés pédagogiques. Je n’ai pas essayé car je pense que cela n’apporte rien à l’apprentissage, ou pour être plus précis cela n’apporte rien à ma façon de faire apprendre pour mon public précis. Nous avons la chance d’avoir encore la liberté pédagogique dans notre pays, le choix du manuel, le choix du support, cette informatisation qu’on voudrait faire passer en force n’est pas adaptée à tous les enseignants et tous les publics. Arnaud qui est bien placé pour en parler, m’écrivait la dernière fois qu’il avait un collègue qui faisait des objets en bois en maths.

La pédagogie a une force impressionnante qui est totalement mésestimée c’est qu’il y a des tonnes de façon d’apprendre. Mon fils et ma fille auront appris à démonter des ordinateurs parce que la main du père les a guidés. Le même fils s’est lancé dans RPG maker, il apprend avec les vidéos sur Youtube ou en lisant des tutos sur le web. L’informatique ne permet pas cette liberté parce que l’informatique c’est l’évolution permanente. Trop certainement, on le sait, la faute d’un public trop stupide pour dire stop à cette nouvelle innovation dont vous avez obligatoirement besoin. Le dernier Samsung qui plie tellement bien qu’il accumule la poussière à la place du pli. À mon niveau, je dois me préoccuper de ce portail de connexion qui n’est plus compatible avec le RGPD, je dois me préoccuper des serveurs dont la licence en 2008 arrive à expiration en 2020. On notera tout de même que c’est le métier d’enseignant qui est privilégié ou presque, pas un métier technique n’échappe à une mise à jour, à de nouvelles normes, à de nouveaux matériaux. On peut encore apprendre à compter avec des bouts de bois.

Il n’y a pas de prochaine marche, c’est la chute

Comme vous pouvez vous en douter je me contrefous des règles GPO des serveurs Windows comme de ma dernière chemise et pourtant j’ai dû m’y intéresser, je pense que cela fait partie aussi de mon écœurement et de mon rejet actuel. Trop d’informatique tue l’informatique.

Je passe donc d’une informatique d’environ 70 personnes à une informatique pour 10 personnes et ce n’est pas pareil. Je gère directement la famille et quelques amis, le but sera comme on le sait de dissuader les autres de me demander quelque chose. L’âge a ceci d’intéressant c’est qu’il donne une vision très précise de ce qui est à faire, de ce qui n’est pas à faire. Je vais avoir pas mal de temps et je vais former mon fils, il faut bien que je passe mes nerfs quelque part sur les services élémentaires que nous utilisons à la maison. Je passe de 70 personnes à 10 personnes mais je distingue aussi les autres de moi. Le boulot c’est fini, comprenez que lorsque je gardais un Windows sous le coude au cas où pour garder la main, c’est terminé. Linux pour travailler et faire ce que j’ai à faire, le monde Android pour le reste, la PS4 pour jouer et demain PS5. À la maison et pour la famille c’est Linux pour tout le monde, du Kubuntu pour ma fille qui trouvait que c’était la classe, mon fils lui conserve son ordinateur de la région en 10 car c’est l’outil que son travail lui impose, ma femme est sous Xubuntu parce que je me dis qu’elle n’est pas mure pour le changement. Mon fils sait installer Linux, faire les opérations de base ce qui est une bonne chose. Il faut qu’il ait conscience des quelques services web que nous utilisons, davdroid pour mon épouse.

Pour ma part, le moi, je vais pouvoir m’aventurer sur d’autres territoires. Comprenez que je sais que je veux du KDE, mais les quelques bugs que je rencontre dans Kubuntu et qui ne seront certainement mis à jour que dans 6 mois, me font réfléchir à m’orienter vers une distribution Linux plus fraîche. C’est ici qu’on voit que le bureau Linux c’est vraiment de la merde. Soit vous avez des bureaux qui n’avancent plus ou pas assez vite comme Xfce, soit vous avez des bureaux comme KDE ou Gnome qui vont tellement vite, qu’une distribution mise à jour tous les six mois ne suffit plus tant chaque nouveauté apporte la correction d’un bug pour en rajouter dix de plus. Je ne crache pas totalement dans la soupe, utiliser Linux chez les gens qui ne maîtrisent pas l’informatique, c’est la garantie de machines sans virus. Je n’interviens jamais sur le PC de ma femme, je n’interviens que très peu sur le PC de mes beaux-parents. Je vous invite si vous souhaitez installer du Linux chez vos proches pour avoir la paix de mettre du Xubuntu, Debian c’est fini, cela restera une distribution pour les serveurs ou pour ne pas se casser la tête comme c’est mon cas avec mes postes Linux au lycée qui ne servent qu’à se connecter au serveur TSE.

J’insiste bien sur ce fait, distinguez votre informatique, la vôtre, pas celle de vos proches, et veillez surtout à ce qu’ils soient indépendants s’il devait vous arriver quelque chose. Souvenez-vous de l’épisode qui m’a conduit à l’hôpital.

Une musique pas faite pour cent personnes mais pour des millions, d’où l’origine du titre. Tous les chemins mènent au rap des années 90.

Souvent avec Didier, c’est l’âge qui veut ça, nous arrivons à des billets qui ont la même trame, ou un fond commun, et aussi paradoxal son billet sur la musique et celui-ci disent plus ou moins la même chose. Comme lui j’ai rejeté la culture de mes parents, pour aujourd’hui écouter du Enrico Macias avec lequel nous assassinait mon père dans la bagnole. Il faut dire que nous c’était pas la playlist de 1400 chansons pour donner une touche d’espoir mais bien l’album complet de 42 minutes avec la fonction replay. J’écrivais plus haut que tout ceci n’est pas forcément en lien avec la peur de vieillir, il y a quand même un peu de ça parce que :

Silencieux parce que les hommes ça parle peu ça dort pas. Parce que tu sais généralement quand ça aboie ça mord pas.

Sinik, philosophe à ne pas confondre avec Sénèque

Comme Didier j’ai essayé d’écouter un peu ce qui se fait, et comme Didier je n’y arrive pas. Plus jeune je me souviens qu’en visite chez les parents d’un ami, il y avait sur la bibliothèque familiale une photo de lui en robe de communion, et une photo de Claude François. J’avais dit que c’était certainement ça vieillir, rester coincé avec ses vieilles idoles du passé et que jamais ça m’arriverait. J’ai beaucoup de mal avec ce qui se fait de nouveau, PNL ………………… Dadju ………. attendez je vais vomir et pourtant je me force à écouter. Pourquoi ?

Parce qu’à l’instar de l’informatique où il faut rester performant, parce qu’un homme ça doit savoir tout faire, parce qu’un homme ça doit avoir réponse à tout, parce que face à un public d’adolescents j’assumerai certainement mal de ne pas savoir ce qu’est Apex Legend ou Fortnite, je me force à écouter de la merde ou apprendre des choses qui ne m’intéressent pas. La fierté masculine, celle qui est à l’origine de quelques millions de morts à travers les siècles, pas évident de s’en affranchir quand on est un bonhomme dans la quarantaine.

Tout est une question d’équilibre, ne pas vivre dans l’obsession de vieillir, ne pas vivre dans la peur, ne pas tomber dans l’excès inverse qui consisterait à se moquer de tout. Cela reviendrait à perdre la curiosité, et finalement qu’importe si on écoute la musique des années 80 ou qu’on ne sait plus se servir de Windows si notre cerveau reste ouvert à d’autres apprentissages. Tout ça pour dire qu’il faut que je me réorganise un peu et que j’ai mon PC à planter.