Complément 80 : la roue tourne

12/04/2019 Non Par cborne

Il ne me paraît pas honteux de jeter un coup d’œil vers ce que sera l’avenir ce qui me permet de revenir partiellement sur le billet que j’ai pu écrire la dernière fois pour mon énième réorganisation. J’avais écrit que je regardais un peu du côté des NAS, j’ai laissé tombé, trop cher, trop sophistiqué. En outre j’ai acheté un produit qui m’a paru assez intéressant, je ne l’aurais malheureusement jamais, je mets ça sur le compte du destin :

Il s’agit d’un nano routeur qui a la particularité d’avoir un port USB. Le prix est dérisoire, 25 €, on y colle un disque dur USB et on obtient donc un disque réseau qu’on peut placer un peu où on veut. On perd les fonctions du NAS comme le RAID, mais partant du principe que le NAS n’est qu’une copie de sauvegarde de plus, ça peut faire l’affaire. Je devais recevoir le colis mercredi après-midi, il apparaît qu’il n’a pas pu être livré, j’ai dû appeler le service client qui me dit qu’il a été perdu. Amazon grand seigneur, me rembourse la totalité des 25.09 € et me donne un bon d’achat de 5 €. Je retente la commande sauf que le produit est passé à 24.96 €, donc il n’est plus éligible aux frais de port gratuits. On pourrait se dire que les 5 € offerts compenseraient les frais de port, la faute à pas de chance, ça ne passe pas pour cette commande. Vous le savez, plus que d’être pingre, j’y ai vu un signe du destin.

J’ai tenté de mettre le disque USB sur la Livebox, c’est une catastrophe, les taux de transferts sont minables et ça finit par déconnecter. Pour l’instant, je me contente de faire tourner un disque USB, c’est finalement suffisant pour une utilisation ponctuelle mais ça reste médiocre. Il faut y penser, il faut prendre le disque dur, le passer de poste en poste, etc …

Je ne suis absolument pas motivé pour me lancer dans une solution à la openmediavault, ou un serveur auto-hébergé, car tout simplement je n’ai plus envie de me prendre la tête dans la gestion du matériel, du logiciel et donc de la sécurité. Je finirais certainement à terme par trouver un NAS d’occasion qui me donnera satisfaction et que je paierai une misère. On notera que c’est un point de vue qui favorise certainement l’obsolescence car le jour où le firmware n’est plus mis à jour, que les protocoles ont changé, ou un truc du genre, alors il faut jeter le matériel ou le recycler. C’est aussi la solution de l’humilité, et reconnaître qu’on n’a pas la compétence pour gérer ce type de système.

Se tourner vers l’avenir c’est aussi prendre conscience de ça :

Ça c’est Linus Torvald qui explique que le bureau Linux c’est mort et que l’avenir du bureau Linux c’est le chromebook. Pour aller avec, il faut aussi lire cet article, Gilles, m’a envoyé un mail pour me dire qu’on dirait du moi : Le bureau Linux est en difficulté.

En substance ça raconte que la fragmentation c’est la mort du bureau Linux. Je me jette des fleurs personnellement, parce que si l’un des grands discours de Frédéric c’est sur la segmentation des distributions Linux, moi c’est sur le bureau. N’oubliez pas à ce propos que KDE rules. Pendant que Linus se lamente sur le trop grand nombre de bureaux Linux, Clément Lefebvre qui est le patron de Linux Mint, raconte que les développeurs passent leur temps à se marave. La conclusion de l’article façon I have a dream, est plaisante, un bureau unique pour les diriger tous, ce à quoi je rajouterai une distribution unique ou presque. On met en avant la diversité, ce n’est qu’un leurre. Les distributions et les bureaux vont finir par tomber les unes après les autres, et comme l’auteur de l’article l’écrit encore, je pense que Linux sera le dernier système d’exploitation qu’on pourra installer sur les machines. Je pense enfin que même si la réunification avait lieu, que si les gens avaient la volonté de faire un effort pour un produit unique et de qualité, il est déjà trop tard. L’avenir est trop dans le cloud, dans le mobile, pour que Linux Desktop puisse rattraper son retard.

Se tourner vers l’avenir, c’est aussi se dire que Linux sur Desktop va mourir et qu’il faut déjà regarder au loin pour trouver d’autres solutions. Franchement pour l’instant c’est trop loin, tant qu’il y a le marché d’occasion et qu’on vend du PC il y a encore de la marge. Néanmoins, il est certain qu’à l’instar des blogs qui n’en finissent de mourir, les programmes abandonnés, il ne reste que les gros programmes. Aujourd’hui le seul programme qui me fait rester sous Linux et ne me fait pas basculer sous Android ou ChromeOS c’est Libreoffice, puisqu’il s’agit de mon outil de travail, notamment pour les formules. Voyez que cela ne tient pas à grand-chose. Je pourrais même m’interroger sur m’investir dans une alternative comme LaTeX qui a de bonnes chances de durer, peut être plus que Libreoffice s’il ne prend pas le chemin du cloud.

Pour l’heure ma technique est dite celle de Dalida, avoir la capacité de regarder devant et derrière en même temps. Derrière, matériel d’occasion à faire vivre le plus longtemps possible et logiciels adaptés. Devant, savoir que je devrais certainement enterrer ces technologies à la vitesse où ça va et avoir la capacité de m’adapter. La difficulté c’est de faire les bons choix, plus que de l’information, c’est le retour d’expérience et le feeling. Par exemple, le smartphone pliable, l’intégralité de la presse informatique en a fait les gros titres, a montré la course au premier modèle, a présenté les brevets, les annonces pour nous dire aujourd’hui que tout le monde s’en fout. C’est l’exemple type de la difficulté, réussir à se forger une opinion dans l’euphorie générale, ne pas s’emballer. On note d’ailleurs ici l’exemple typique de la roue qui tourne. Eut été une époque, on aurait attendu les premières ventes et encore, pour réaliser que le produit est un échec. Les montres connectées sont un bel exemple pour ne citer qu’elles, il est intéressant de noter que le consommateur devient plus frileux, qu’on anticipe une augmentation de la durée de vie des appareils, preuve qu’aucune véritable révolution pour le smartphone n’est en marche.

Prendre des décisions pour soi, c’est facile. Prendre les décisions pour les autres, c’est ici que ça devient beaucoup, beaucoup plus compliqué notamment dans le domaine de l’informatique. Et dans l’éducation plus qu’ailleurs la roue tourne :

C’est malheureusement ce qui est trop souvent arrivé dans notre pays, bien des rapports le montrent : tel ou tel département se prétendant à l’avant-garde en distribuant les tablettes a obtenu des résultats plutôt contre-productifs sur le plan pédagogique comme sur celui de l’utilisation des deniers publics. L’argent public n’a pas à financer l’arrivée dans des établissements de cartons qui n’ont même pas été déballés, quand les tablettes distribuées n’ont pas été revendues par les élèves parce que le processus n’avait pas été suffisamment pensé en amont.

Jean-Michel, notre bon ministre de l’éducation nationale

Jean-Michel peut se permettre ce genre de phrase, parce que Jean-Michel n’était pas ministre de l’éducation nationale sous le gouvernement de Hollande. En moins de cinq ans, on peut imaginer que les surdoués qui ont imaginé que nos écoliers devaient tous travailler avec une tablette ou un ordinateur de la région, sont certainement encore en place. Depuis des années je dis que travailler avec des tablettes est une hérésie, en même temps comme je suis un refuseur, pour moi tout est une hérésie sauf travailler avec un PC qui reste pour moi la machine à produire.

S’il fut un temps j’aurais conspué ces gens qui doivent être encore en poste et qui doivent porter un bonnet d’âne pour être les instigateurs d’une dépense publique à plusieurs millions rejetée par le ministre actuel, pour être dans une situation de décideur, plus pour longtemps mais ça sera notre prochaine histoire, je me dis que c’est trop facile de tirer sur les gens qui ont tenté quelque chose.

Prendre conscience que l’informatique dans le milieu scolaire ne se limite pas à arroser à coup de millions d’euros de matériel c’est une chose, se donner réellement les moyens d’une politique en informatique en est une autre. Il y a à mon sens plusieurs éléments qui sont à prendre en compte. Les moyens, les enseignants. Les moyens, on a préféré effectivement payer du matériel plutôt que des hommes. Payer du matériel finalement ce n’est pas si cher, tu payes un coup c’est fini. Le bonhomme tu le payes, et à la sortie tu dois prévoir un salaire, une évolution de carrière, c’est plus compliqué, c’est plus long, c’est moins prévisible. Les moyens, c’est tout simplement donner des heures d’informatiques, des vraies aux élèves. Je prends ma fille en quatrième, je vois ses cours de techno sur l’utilité des objets, je dois dire que je prends peur. Je prends mes cours de troisième, où on a un référentiel tellement monstrueux qu’il faudrait plus d’une dizaine d’heures par semaine, je fais au minimum, je fais à l’utile sachant qu’à l’examen on a scratch et tableur, je prends aussi peur. L’informatique que nous pratiquons en milieu scolaire est totalement inutile, inadaptée.

Si on voulait vraiment faire de l’informatique, ce qui veut tout dire et ne rien dire tant le domaine est vaste, il faudrait donc que les élèves fassent réellement du face à face élève. Pour le reste, il faudrait former les enseignants, c’est une véritable catastrophe, rien n’est maîtrisé. Traitement de texte, tableurs, poids des images, les nouvelles technologies, ou disons les vieilles nouvelles technologies, celles qui sont utiles pour fabriquer un cours par exemple, ne sont pas assimilées. Comment imaginer passer à la suite, des cours interactifs, des capsules vidéos quand les gens ne savent pas faire la base. Il faudrait donc de vrais temps de formation, et pour cela il faudrait de vrais formateurs, et pas des gens qui se sont faits avoir par des sociétés.

J’évoquais plus haut la difficulté de prendre des décisions pour la collectivité, il faut être compétent pour avoir un pouvoir de décision. J’évoquais aussi plus haut la difficulté de trouver l’information pour évaluer la pérennité et l’utilité d’un objet sur le long terme, le manque de compétence, la mauvaise information ou l’infobésité, posent de véritables problèmes. Ma fédération agricole organise des journées du numérique auxquelles je n’irais pas. Pour la partie sécurité, comme pour beaucoup d’autres, ce sont des prestataires externes qui sont sollicités pour animer les débats. Concrètement cela signifie qu’il n’y a pas de compétences chez nous pour faire l’animation, il n’y a pas de capitaine à bord. C’est inquiétant, pour moi un prestataire de service c’est soit un partenaire soit un commercial, l’appât du gain dès qu’on touche au domaine de l’éducation, en fait des prédateurs commerciaux sans pitié prêts à vendre n’importe quelle technologie. Lorsqu’on évoque la souveraineté de la France dans le domaine informatique, pas besoin d’aller aussi haut, du fait de refuser de payer des gens compétents, il n’y a de souveraineté nulle part.

La facilité serait d’arrêter de regarder la roue tourner pour ne conserver que les solutions qui ont fait leur preuve et c’est ici une nouvelle difficulté. S’il apparaît que de faire de l’early adopting sur la première technologie débile qui passe et qui va changer le monde (qui a dit blockchain ?) n’est pas une bonne idée, l’immobilisme n’est pas une bonne chose. Les entreprises avec lesquelles je suis amené à travailler maîtrisent des solutions Microsoft, savent poser des serveurs de fichiers, des serveurs d’impression mais n’avancent pas. Certainement une caractéristique sudiste qui leur sera profitable, comme personne n’avance et propose la même chose, pas de risque de se faire rafler la mise par quelqu’un qui aurait un produit innovant. Néanmoins, les produits innovants existent, quand personne n’a entendu parler de Nextcloud ou ne sait utiliser Linux, on peut s’interroger sur la compétence de ces gens, mais c’est encore une autre histoire.

À titre individuel, je suis à une croisée des chemins :

  • Faire preuve du maximum de minimalisme pour en avoir le moins possible
  • Arrêter de mettre les mains dans le cambouis pour avoir les solutions les plus simples possibles.
  • Ne pas négliger les solutions propriétaires si je suis contraint de les utiliser (office365)
  • Avoir un œil tourné vers l’avenir qui sera essentiellement cloud, mobile, vérifier que je serais prêt à y passer quand le moment sera venu. Migrer potentiellement vers LaTeX au moins pour la partie formule s’il apparaissait que Libreoffice s’enfonce dans le local.
  • Continuer d’utiliser des solutions qui font leur preuve : matériel professionnel d’occasion, Linux.

À titre collectif, je suis aussi à la croisée des chemins qui peut s’expliquer au moins par mes vrais faux problèmes de santé. Plus question de mettre une solution que je suis le seul à pouvoir maintenir. Il faut que je prenne un temps pour faire une réunion familiale pour montrer comment ça marche le cpanel et gandi pour sauver le mail. Ma femme l’utilise depuis des années, ce serait compliqué de le perdre. Pour le reste son calendrier ainsi que ses contacts, qu’elle ne regarde que du téléphone sont connectés à l’instance o2switch. Il est fort probable que je lui fasse basculer l’ensemble assez rapidement vers Google. En effet, on passe par davdroid pour assurer la synchronisation, si pour nous c’est une évidence, pour les autres ça ne l’est pas. J’aborderai le cas du lycée certainement dans le prochain billet.

Quand je vois le recul des ventes de tout, les échecs commerciaux des nouveaux produits, j’ai envie de me dire que la roue tourne, qu’on y arrive, que les changements sont en train de se produire. J’ai envie de croire que le consommateur serait moins un pigeon, ne va plus changer d’appareil comme de culotte, faire durer la vie des produits. À contrario, ce consommateur mal informé, tout comme de nombreux décideurs, cette culture de l’immédiateté me rappellent que la frontière entre le doux rêve et le phantasme dès qu’il s’agit de consommation est bien mince.