Complément 8 : en attendant le déluge

18/10/2017 Non Par cborne

Nous sommes mercredi après-midi au moment où j’écris ces lignes, je préfère mieux vous écrire maintenant, avant le déluge. On annonce ce qu’on appelle un épisode Cévenol, je vis là dedans depuis 1988, les inondations de Nîmes. Avant de mourir noyé, je me suis dit qu’un message s’imposait, peut-être le dernier. C’est honteux, en cet après-midi, il fait un temps magnifique, un grand soleil, qui rend la situation encore plus inquiétante, l’Aude et l’Hérault viennent de passer en alerte orange. Demain, je serai sur la route de pluie, de nuit et certainement de vent, j’ose à peine imaginer comment ça va charger entre cette nuit et demain matin. Juste pour rire :

  • je m’informe, je suis au taquet, inforoute, météo france, à la limite de la paranoïa, je suis au top
  • je ne prends pas ma voiture … je passe
  • je me soucie des personnes proches, forcément
  • je m’éloigne des cours d’eau … quand on sait que ma route est à 2 mètres de l’Aude …
  • je ne sors pas … si je prends ma voiture …
  • je ne descends pas dans les sous-sols, à la maison de ce côté là, sur deux étages, on est plutôt pas mal
  • je m’engage ni à pieds ni en voiture … utilisant ma voiture comme un sous-marin, c’est raté.
  • je ne vais pas chercher mes enfants à l’école, ça j’ai bien sûr déjà fait l’an dernier.

C’est certainement l’une des problématiques, une parmi d’autres, d’habiter loin de son lieu de travail et de vivre dans la culpabilité. Le gars qui ne vit pas dans la culpabilité, peut habiter à cent mètres de son lieu de travail et considérer que c’est dangereux. La loi n’est pas assez encadrée, ne prenez surtout pas de risque mais si ce n’est pas risqué, allez travailler, il faudra un jour qu’un enseignant meurt noyé pour qu’on se penche sérieusement sur le « quoi qu’on fait » quand il pleut chez nous, j’espère ne pas être ce martyr. Dans ces dernières années j’ai eu quelques grosses frayeurs par rapport à l’eau, je me suis promis de faire attention désormais, même si c’est parfois la surprise sur la route. Il se trouve que sur les cinquante kilomètres qui séparent Saint-Pierre de Pézenas, il peut y avoir le déluge dans l’Aude et rien dans l’Hérault, la réciproque est vraie. Foutu temps, il ne sait plus pleuvoir normalement dans ma région où nous alternons la sécheresse et les inondations.

Dimanche soir, j’ai un collègue qui m’écrit du lycée, certains habitent tellement à côté qu’ils préfèrent mieux travailler là bas que chez eux. Il me signale qu’il n’arrive pas à se connecter à Scolinfo, en deux secondes je me rends compte qu’il y a un problème de certificat avec Firefox, et que ça passe avec Chrome. Il me répond qu’il ne connaît pas son mot de passe, merci les gestionnaires de mots de passe qui remplacent nos cerveaux déficients, je me connecte sur le serveur Aplon pour le récupérer et je me rends compte qu’on a repris un crypto-virus, variante Arena. J’aime finir mes week-ends après des semaines épouvantables, j’ai coupé les machines virtuelles, envoyé un message au prestataire, qui a fait le nécessaire dans la journée de lundi. Il faut que je finisse de sonder, mais à priori c’est certainement un collègue qui aurait ouvert un message ou qui serait allé sur un mauvais site. C’est la deuxième fois que cela se produit dans l’année, cela dit, pour se rassurer, dans la filière de cheveux mon stagiaire, quand même une filière à caractère informatique, ils ont ramassé la même chose que nous.

Quand je suis arrivé, il y a deux ans au lycée, il avait été évoqué de mettre une protection antivirus, cela n’avait jamais été fait. On avait demandé un devis, il a finalement mis deux ans pour arriver, du Kaspersky. C’est cher, et je me demande si c’est réellement efficace. D’après ce que j’ai pu lire sur les crypto-virus, je fais une pause. L’information sur les crypto-virus est difficile à obtenir, quand on fait quelques recherches on se retrouve arrosé de pages plus ou moins bidons où tout un chacun essaie de vendre son logiciel, ou de fourguer son produit qui est peut-être un virus. Cela rejoint d’ailleurs un peu le sujet de ce billet, je trouve que le problème de confiance sur l’internet devient de plus en plus accentué. Donc, je disais, d’après ce que j’ai pu lire sur les crypto-virus, ça s’attrape par un site bizarre ou par l’ouverture d’une pièce jointe suspecte. Le problème se situerait de façon parfaitement localisée, entre la chaise et le clavier. Est-ce que ça vaut le coup de payer une fortune en antivirus quand il suffirait de bloquer la moitié de l’Internet dont les mails personnels, je ne le sais pas, ce que je sais c’est Kaspersky, ça m’aurait inspiré il n’y a pas longtemps, aujourd’hui ça m’inspire moins.

hummm … pas sûr que ça passe en Partner.

N’allez pas croire que je sois dans un délire d’espionnage, oh mon Dieu les Russes vont récupérer nos contrôles, mais disons que les affaires autour de Kaspersky n’aident pas à la confiance. En effet on a le choix entre Kaspersky espionne lui-même, Kaspersky a des trous de sécurité monumentaux si bien qu’il a été exploité pour attaquer la NSA, ou encore Kaspersky a intentionnellement ouvert son antivirus pour qu’on puisse pirater. Je trouve que quelle que soit la vérité, la réputation de celui qui pour moi aura toujours été le numéro un des antivirus, celui que j’ai toujours recommandé, est quand même franchement égratignée.

Oui, la confiance n’est vraiment pas au rendez-vous, entre les sites qui se mettent à miner la cryptomonnaie à notre insu, les mails qui vous veulent du mal, les antivirus qu’on utilise comme support pour pirater, le monde informatique donne quand même envie de vomir. Dans cette ambiance jouassse j’ai lu la bande dessinée « dans l’ombre de la peur », qui rentre directement dans le top dix des plus mauvais titres de bandes dessinées au monde. Il s’agit d’une bd sur le big data, un journaliste et un dessinateur mènent l’enquête. Il faudrait le faire lire à des gens qui ne connaissent pas le sujet pour voir si ça les inspire, j’ai trouvé pour ma part le traitement franchement niais, avec un candide joué par le dessinateur qui s’étonne de tout. On découvre le futur qui nous est réservé au travers des très nombreux trackers d’activité, notre comportement au volant par exemple et les implications qu’il pourrait y avoir avec notre assurance, ce n’est pas sans rappeler le cours que je faisais il y a deux semaines.

J’ai largement préféré le profil de Jean Melville qui était certainement moins culpabilisant, mieux amené, moins théorique aussi, si bien qu’il parlera certainement plus facilement à tout un chacun.

L’informatique en ce moment a tendance à me sortir par les yeux, vous me ferez remarquer que le fait d’en faire trop, d’être à proximité des vacances, d’être fatigué, de croiser chaque jour un problème comme le WPA n’aide pas. L’actualité informatique devient chaque jour de plus en plus anxiogène, et l’intime conviction qui est en train de naître en moi c’est qu’en fait moins tu en as, mieux tu te portes. Je lisais dernièrement l’article de Sébastien où il en vient à se demander s’il ne faut pas conseiller des iphones au commun des mortels, et je lui donne raison, quand on en vient à se dire qu’aujourd’hui il vaut mieux conseiller Apple parce que c’est le choix le moins mauvais, c’est qu’on a certainement franchi un point de non retour.

Sans tomber dans l’excès de la déconnexion, qui ne fait que traduire un manque de modération des individus, comme quelqu’un qui voudrait perdre du poids et qui ferait la grève de la faim, je pense quand même qu’il est grand temps de faire un maximum de ménage pour ne conserver que l’essentiel de ses services et des appareils, retourner à des valeurs plus saines et éventuellement plus locales.

Mais ça c’est une autre histoire. Une histoire que je vous raconterai bientôt si je ne meurs pas noyé. Demain j’essaierai d’éditer ce billet pour vous donner quelques nouvelles, aussi bien ce sera de chez moi avec un pack de cannettes de Coca devant l’écran.

Edit 6h47 : le déluge est tombé à 4 heures du matin, à deux jours des vacances et six heures de sommeil, je crois qu’on peut dire que je suis au top pour aller travailler. La pluie s’est calmée, elle devrait revenir, j’aime ce monde de surprises.

Edit 8h00 : je suis au lycée, la route bien pleine de flotte comme je l’aime, mais pas de pluie. En espérant que ça tienne ou que la saucée retombe avant d’aller bosser.

Edit 20h30 : en train de corriger des copies devant mon PC, j’ai échappé aux quelques saucées qui sont tombées dans la journée, c’est étonnant, je suis d’habitude sur la route.