Éducation : lâcher prise

03/04/2019 Non Par cborne

Nous nous orientons vers trois semaines de fièvre et enfin un arrêt maladie pour arrêter de faire n’importe quoi. Les analyses sont bonnes, à priori une infection bactérienne, maintenant c’est le grand jeu de trouver l’antibiotique qui s’il n’est pas automatique finira par faire tomber la fièvre ou partir faire un tour d’urgence pour avoir une échographie. Comme je répète souvent, ma femme fait une mauvaise quarantaine, je continue de toucher du bois pour garder le feu sacré.

Vendredi dernier j’étais en réunion parents-professeurs, et pour la quatrième fois je vois arriver des parents lassés avec leur gamine taciturne qui pour une fois a fait l’effort de se déplacer. Gamine sympathique quand on n’est pas effrayé par quelqu’un qui peut répondre sèchement et qui fait toujours la gueule, ces derniers temps elle s’endort littéralement sur la table. J’explique à ses parents qu’il y a deux hypothèses, soit elle se drogue, soit sa consommation de réseaux sociaux est devenue tellement excessive qu’il lui manque du sommeil. Les parents ne sont pas surpris et expliquent qu’ils ne récupèrent pas son smartphone le soir, grossière erreur. Je n’irai pas jeter la pierre, les écrans c’est de la merde. Finalement c’est un peu comme beaucoup de substances, à dose modérée cela peut guérir, à grosse dose, ça tue. Il y a deux mois environ, j’ai mis mon fils à l’internat. C’était la fois de trop, on l’a choppé en flag d’utilisation tardive de l’ordinateur au lieu de dormir. Mon fils est un toxicomane de l’écran ce qui en soi ne me gêne pas forcément. Comprenez que je suis un toxicomane de l’écran sauf que j’ai fait ce que j’ai à faire avant de regarder un écran, c’est mon seul reproche. En fait non, ça et le fait qu’il utilise les écrans à mauvais escient, tout est certainement lié. Son départ pour l’internat nous a permis de souffler, passer son temps à fliquer quelqu’un quand vous fliquez tout le temps les autres à longueur de journée c’est lassant. Gueuler pour la chambre rangée au quotidien, gueuler pour le travail, gueuler pour l’hygiène, gueuler pour tout, on a passé l’âge, lui surtout, à 16.5 ans.

mon fils à l’internat

L’internat n’est pas une réussite pour mon fils. Il est régulièrement malade, il est fatigué et dernièrement il vient de se faire dépouiller. J’ai bien sûr évoqué le fait de rentrer à la maison, l’endroit où l’on mange bien, où l’on dort bien, où il y a des écrans disponibles si on respecte les règles, il a refusé, j’ai compris pourquoi. À dix heures samedi matin alors que nous avons eu le temps de faire les courses, il était encore au lit. D’habitude il se lève avant 7 heures, quelle que soit la période de l’année. J’ai pointé l’observateur d’événements sur son ordinateur de la région, ce formidable cadeau empoisonné offert aux familles pour découvrir qu’il n’était pas couché avant 1 heure du matin tous les soirs. Couché 1 heure minimum, levé 6h30, 5h30 de sommeil ne me paraît pas une riche idée pour un garçon de son âge, pour toute personne. J’ai pulvérisé son téléphone portable, il est désormais de retour au Wiko à touche standard, j’ai eu l’internat au téléphone pour dire que j’étais étonné de voir qu’il n’y avait pas de ronde, son ordinateur portable est récupéré tous les soirs à 22 heures et rendu au petit matin.

À une époque j’aurais culpabilisé, j’aurais fini par rendre un portable, désormais je deviens de plus en plus ferme et cela ne va pas s’arrêter, au contraire. Son ordinateur le week-end passe son temps dans le coffre de ma voiture, s’il est incapable de ranger son foutoir et de s’acquitter du peu de tâches qu’on lui demande, c’est son temps d’écran qui saute. Il faut considérer que nous sommes face à des toxicomanes, on ne donne pas un petit rail de coke à un drogué comme on ne donne pas un verre d’alcool à un ancien alcoolique, on ne donne rien. La différence toutefois c’est que cela se gère avec l’âge, je me suis retrouvé dans une situation similaire en moins grave que lui. Il faut dire que les outils n’étaient pas les mêmes et qu’allumer l’amiga 500 jusqu’à une heure du matin avec mon frère dans la chambre et mes parents dans celle d’à côté aurait été plus tendu, j’étais aussi d’un naturel plus obéissant. Mon fils fera ce qu’il veut de sa vie quand il prendra son envol, s’il n’arrive pas à garder un travail, ou avoir une vie normale parce qu’il veut se tuer devant les écrans, ce sera son problème, pour l’heure il est sous ma responsabilité.

Forcément quand je tombe sur un article « Priver ses enfants d’écrans, est-ce vraiment la meilleure option pédagogique? » je me gausse. Il s’agit ici non pas de virer complètement les écrans de la vie de votre gosse mais lui expliquer qu’il pourrait faire autre chose que de la merde avec, une belle illusion. C’est d’ailleurs en lien étroit avec le code à l’école, il faudrait en finir avec l’espoir d’éduquer, oui je sais c’est mal, d’avoir une pensée aussi négative. Si vous avez un gamin curieux, il finira par coder par lui-même, par démonter des télés, ce genre de choses. Comprenez que les émissions de télé-réalité qui séduisent des millions de spectateurs, la violence, la vulgarité, si on a tant de facilité à trouver du monde pour les regarder c’est que quelque part, l’éducation n’est pas miraculeuse, la baguette magique anti-connerie de la nature humaine n’existe pas. Ma fille est plus docile pour certaines choses, elle est largement moins addicte aux écrans. Après avoir échoué au smartphone en sixième puis en cinquième, elle n’aura plus de smartphone avant le lycée ou plus tard. Elle travaille seule, elle donne un coup de main à la maison, je n’ai pas besoin de fliquer, elle fait sa vie. J’ai interdit pour l’heure les réseaux sociaux parce qu’à l’époque elle s’est ouverte des comptes dans mon dos et c’était du grand n’importe quoi, elle se gave de télé dès qu’elle en a l’opportunité. Ce n’est pas difficile toutes les merdes qui passent c’est pour elle, avec sa série favorite du moment dont elle connaît tous les prénoms des héros, demain nous appartient, alors qu’elle ne sait pas qui est le premier ministre.

On a réussi à recycler Ingrid Chauvin, à Ingrid, pas un été de la fin des années 90 sans que tu finisses les seins à l’air dans la saga de l’été

Et encore j’ai mis un veto pour certaines émissions sinon ce serait les Marseillais. Vous vous doutez bien que dans notre maison, la culture a une place importante, elle reste cantonnée (barricadée ?) chez les adultes.

Quand on lit les articles sur les parents parfaits, les photos de famille parfaites, bravo les réseaux sociaux culpabilisants où l’on oublie le pire pour ne diffuser que le meilleur, vous allez me dire que je dépeins la maison de l’horreur, absolument pas. Tous les parents que je croise ou presque sont dans des situations similaires quand ils ont l’honnêteté de le reconnaître, cela ne me donne absolument pas bonne conscience, c’est une réalité que je vis dans mon quotidien en le partageant avec 400 adolescents ou pré-adultes. Je ne vous referais pas le film, on sait que nous allons vers la fin du monde, et que l’un de ces gentils idiots doux rêveur appuiera sur le bouton rouge, je vis aujourd’hui sans aucune culpabilité par rapport à ça.

Car après tout ce n’est pas parce qu’ils baignent tous dans cette bêtise crasse, pas tous mais une bonne partie, qu’il faut applaudir des deux mains et donner les outils pour le faire. Pendant des années j’ai cru que je pourrais changer la tendance, donner le goût de la lecture, de l’écriture, de la culture, tous les efforts que j’ai déployés n’ont servi à rien jusqu’à maintenant. L’espoir que chaque parent a au fond de lui, bien profond, c’est qu’un beau matin, un jeudi, le gosse voit une lumière, pas le buisson ardent mais le parent ardent. Réminiscence d’une éducation oubliée qui remonterait à la surface. Comme Patrick Bruel, on se donne rendez-vous dans dix ans, quand je serais grand-père de gamins qui n’arriveront pas à compter jusqu’à trois.

Forcément quand j’ai mes élèves qui ont voulu me faire le plan du poisson d’avril ce lundi, que mes collègues se réjouissaient de faire de fausses interrogations, je suis passé pour l’aigri de service à la grande surprise de tout le monde. Plus peut-être que de la surprise, de la déception. Cyrille BORNE toujours premier sur la bonne blague, oui la bonne, pas la blague dangereuse. Le bal a commencé en seconde générale où j’ai rétamé directement tout le monde pour attaquer un nouveau chapitre. J’ai pris quelques minutes pour donner une explication tout de même. Le matin même je voyais l’annonce de LDLC qui faisait un financement par viager.

Bon déjà tu te prends un four parce que tu te rends compte que la moitié des élèves de ta classe ne sait pas ce qu’est un viager et après tu commences à leur faire comprendre que quand on a connu des affaires comme Cambridge Analytica, il serait certainement temps de se poser des questions sur la fake news organisée du premier avril. Car ici c’est bien là le cœur du problème, quand une population est devenue tellement stupide qu’elle ne fait plus la différence entre la vérité et la fiction, on ne peut plus se permettre de faire de la fake news organisée. Fake news organisée d’ailleurs qui n’a rien à voir avec de l’humour, mais bien faire un maximum de buzz pour essayer de s’offrir une publicité gratuite. Le site Numerama a pointé du doigt le problème, avec des fake news qui sont arrivés en tête des sites de nouvelles d’Apple et de Google.

Avec des gens qui ne comprennent rien, avec des gens qui se moquent d’ailleurs complètement de comprendre, avec d’autres qui s’en frottent les mains de savoir qu’il devient de plus en plus simple de contrôler ces masses, vous vous doutez bien que les conseils du cofondateur de Wikipedia sont un très gros coup d’épée dans les trous d’un gruyère. Juste pour rire :

Règle numéro 1 : fuyez les services de Google

Règle numéro 2 : ne stockez plus vos données dans le cloud

Règle numéro 3 : méfiez-vous des réseaux sociaux

Règle numéro 4 : Linux + VPN, un combo à considérer

Règle numéro 5 : Utilisez un gestionnaire de mot de passe

Les gens ne comprendront rien, pourquoi fuir les services Google, donc acheter de l’Apple si on veut un smartphone, ne plus stocker dans le cloud, pourquoi pas, mais quand on sait que certains continuent d’avoir l’intégralité de leurs cours sur clé USB sans copie, mieux vaut le cloud, pour Linux et le VPN, no comment. Et techniquement, le libre c’est toujours pas la fête. Il m’arrive parfois de réfléchir à d’autres solutions que celles que j’utilise, à l’heure actuelle je vise à abandonner mon instance de Yourownnet. N’allez pas penser que je ne suis pas satisfait du service, bien au contraire ça marche très bien, mais c’est finalement un service de trop dont je peux me passer.

J’ai donc voulu installer une instance de FreshRSS, qui reste un peu le seul logiciel de RSS en cours de développement. Je vous épargne mes commentaires, on lutte contre les GAFAM et quand on cherche des agrégateurs, on n’a plus que des usines à gaz, passons. Enfin non, ne passons pas, s’il n’y a pas d’agrégateur fonctionnel, on aura du mal à relancer le RSS, on poussera aussi les utilisateurs de RSS à s’orienter vers des services comme inoreader ou feedly. FreshRSS a l’intérêt d’être disponible dans Softaculous si bien que je peux l’installer sur mon o2switch en deux clics. Voici mon dernier écran :

pas de commentaire sur PNL

Voyez que le titre n’est pas aligné avec le haut de l’écran, ce qui est un comportement anormal, un bug que j’avais déjà remonté il y a plusieurs années. Le bug est encore plus important, quand on appuie sur J, ça saute parfois deux articles. Les articles quelle que soit l’option choisie ne passent plus en marqués comme lus, moralité il ne s’agit pas d’un programme fonctionnel pour moi.

Le lien entre tout ça ?

Arrêter de chercher à cultiver tout le monde, essayer de cultiver ceux qui le souhaitent. Rendre accessible sa culture. Les gens qui sont en recherche d’instruction trouveront le chemin, par contre si on leur met de fausses pistes, c’est certainement pas gagné. Pour en revenir à mes histoires d’agrégateurs RSS, en libre, en hébergé sur du mutualisé, en facile, je pense qu’il n’y a que Kriss Feed qui doit fonctionner, sachant que j’avais eu des anomalies sur mon portable. Si vous avez les moyens, le module RSS de Nextcloud est sans aucun doute le meilleur. Il y a fort à parier que par facilité, je m’oriente vers un service propriétaire.