Complément 78 – toujours pas

27/03/2019 Non Par cborne

La vie continue comme d’habitude, les choses se tassent un peu mais pas totalement. Après une semaine, mon épouse n’a presque plus de fièvre, on attend les résultats de différents examens pour savoir ce qu’elle a eu, ce qu’elle a peut-être encore. La nature humaine c’est quand même mal foutu, on a le même âge, elle passe son temps dans les maladies et les problèmes de santé divers et variés, je n’ai jamais rien. Et comme c’est mal foutu, je serais peut-être mort d’un AVC dans deux jours ou écrasé par un 38 tonnes sur ma route. Pour l’heure et comme souvent, je prends le relai pour deux, les repas, ma fille qu’il faut aider à l’école, la convention de stage de mon fils qu’il va falloir faire signer au patron, les lessives, les courses, et le travail avec de longues journées. Vendredi, j’aurais réunion parents professeurs avec les mêmes parents, j’ai déjà des rendez-vous jusqu’à 19h15, alors que j’aurai 7 heures de cours dans les jambes. Il va falloir que je me calme, sur la pause dominicale alors que j’étais en train d’aider une collègue, qu’une autre me pose une question, une troisième se pointe, j’ai littéralement hurlé à travers la salle des profs qu’il serait bon, je me cite, que le grand complot féminin qui a démarré à 7h30 par un SMS d’antivirus pour smartphone arrête un peu de me faire chier. Vous vous doutez que ça a jeté un froid, mais ce n’est pas pour ça que cela s’arrêtera.

Où vous pourriez voir du sexisme, ce n’est pas le cas, ces mesdames se donnent le mot depuis le début de la semaine pour tout et n’importe quoi, j’ai franchi le cap de la vingtaine d’interventions. Pour nous faire les grandes déclarations sur l’égalité homme femme, toujours partantes, pour rappeler que l’informatique c’est une histoire d’hommes, elles sont aussi les premières. Je reste toujours étonné quand notre métier c’est la découverte, la compréhension, le plaisir du savoir et de le communiquer de voir des gens qui devant le moindre petit obstacle sont dans l’incapacité de réfléchir, de trouver une solution, et crient au secours parce qu’il y a le gars qui sait. Je reste encore plus étonné face à ces adultes qui se plaignent du comportement de nos élèves, de voir l’impolitesse, jugeant que la collègue avec qui je travaillais on s’en fout, car son petit problème est plus important que la correction, le respect, moi d’abord, les autres ensuite.

Il apparaît évident que je dois me calmer, mais ce n’est pas gagné. Ça me fait penser à cette bande dessinée Detox, c’est un premier tome de Jim alias Tehy. Cet homme a un parcours vraiment intéressant. Je l’avais rencontré il y a une vingtaine d’années dans un salon de la bande dessinée, il avait du mal à vendre, il n’arrivait pas à finir une série qui s’appelait la teigne, restée inachevée, et s’était lancé sous le pseudonyme de Jim dans de la bd d’humour à deux balles. A l’heure actuelle on lui doit des bouquins comme une nuit à Rome, de beaux moments, des romans graphiques qui croquent la société dans lesquels son dessin a fait des progrès vraiment considérables. C’est l’histoire d’un cadre qui vit à 200 à l’heure et qui part sur un coup de tête dans un stage de détox quand sa secrétaire plus jeune meurt d’un AVC au milieu d’une réunion. Un bon premier tome qui montre les excès des deux camps, les gars qui cherchent les puits d’énergie pendant que les autres vivent le travail sans lendemain. Je me retrouve un peu dans le cynisme du personnage principal, la conscience qu’il faut faire quelque chose mais du mal à entrer dans les théories extrêmes de l’ouverture des chakras.

Je ne crois pas dans ce genre de coupure, je crois au long terme, mais pour l’heure je peine à mettre en place des stratégies, je me contente de subir l’urgence du quotidien, il va falloir que j’arrive à poser des choses, les vacances d’été seront certainement propices pour réussir à prendre un peu de recul. Pour l’heure, la course, comme toujours.

J’avais déjà évoqué un problème sur un ordinateur d’une collègue, avec bitlocker, il s’agissait d’un ideapad 100 et des brouettes. Suite à une mise à jour l’ordinateur demandait une clé bitlocker, encore une cochonnerie de Windows. On peut considérer que c’est un problème général, tout simplement parce qu’à cette époque, il y avait deux ordinateurs du même type qui avaient eu le problème, le second vient d’arriver sur ma table hier. J’aime les gens qui mettent six mois à se réveiller, j’ai écrit le billet au mois de novembre, voyez qu’on est pas loin. J’avais réussi à dépanner le précédent avec quelques problèmes, un lien Microsoft qui ne correspond plus à rien, le temps de trouver le truc et surtout d’avoir ma collègue qui avait oublié ses codes. Il faut savoir que bitlocker est associé à un compte Microsoft, pas de compte Microsoft pas de bitlocker et c’est là que ça devient rigolo.

un lenovo ideapad

La personne qui m’a fait passer le PC est persuadée qu’il n’y a jamais eu de compte Microsoft associé à l’ordinateur. Vous connaissez mon principe, les gens sont tous coupables et parfois il se peut que la personne ne soit pas coupable mais elle a quand même quelque chose à voir. Donc pas de compte bitlocker, et impossible de réinitialiser le PC, si bien qu’on n’a pas le choix, il est nécessaire de passer par une clé USB externe.

L’idepad n’est pas un mauvais produit malgré ses caractéristiques médiocres. 180 € vendu à l’époque 2 Go de RAM et 32 de stockage, pour une utilisation très basique il y a plus de deux ans ce n’était pas un mauvais calcul. Aujourd’hui quand on voit comment a dégénéré Windows 10 ce n’est pas terrible, 32 Go de RAM c’est court. Ce qu’il faut savoir avec l’ideapad pour les gens qui ne veulent pas perdre de temps et qui seraient dans la même situation que moi c’est que le processeur est en 32 bits. La magie de l’informatique étant ainsi faite, l’ordinateur ne reconnaît pas de clé Windows 64 bits. Donc on télécharge, on arrive à la page qui vous demande de choisir la langue et on se retrouve bloqué. Je pensais au départ à un freeze de la machine, mais ma grande expérience du tout est possible m’a fait brancher un clavier et une souris. Et oui, par défaut, le clavier et le pad ne sont pas reconnus par Windows 10, il faut installer un pilote que vous trouverez ici : Intel Platform Driver for Windows 10 (32-bit) – ideapad 100S-11IBY

Relativement complexe à réparer, en tout cas impossible pour un novice, la réparation s’il avait dû la faire en commerce aurait coûté un bras par rapport au temps passé. On notera aussi que c’est une machine qui est condamnée à mort alors qu’elle est relativement récente. En effet, un processeur 32 bits, avec l’ensemble des distributions qui arrêtent le 32 bits, un Windows 10 gargantuesque pour 32 pauvres gigas, ça ne va pas aller bien loin. Linux ne fait pas le job pour ce type de machines qui ont été vendues par million, car achever le 32 bits c’est oublier que ce n’est pas que du PIV mais bien toute une gamme d’atom.

Restons dans le hardware. Il y a 7 ans maintenant j’achetais mon Asus X201E, c’était un choix politique puisque c’était un ordinateur qui était vendu sous Ubuntu. Dire que Linux aura été un raté complet est un euphémisme, la mise en route ne donnait pas un clavier français, il fallait bricoler pour s’en sortir. Imaginez tout de même quelqu’un qui achète un ordinateur à 350 € et qui n’arrive pas à saisir son mot de passe à cause d’un problème de locales. J’avais fini par réinstaller Ubuntu dessus par moi-même. Dernièrement je viens d’avoir un problème de pad sur cet appareil, j’ai ouvert, j’ai bougé un truc, j’ai récupéré le pad mais perdu les boutons de clic. Il est nécessaire d’utiliser le PC avec une souris. Ce n’est pas une fatalité, mais c’est peu pratique pour un ordinateur que j’utilise uniquement en cours, de moins en moins et avec l’installation de TBI sur les classes de collège, bientôt plus du tout. Je fais désormais la grande majorité des choses avec mon téléphone, où j’ai tout dessus ou presque, l’appel numérique notamment, le remplacement de mes livres, le suivi de mes cours. Il peut m’arriver d’avoir besoin d’un ordinateur pour vidéo-projeter quelques vidéos, faire un peu de tableur ou faire mon cahier de texte en direct. La diagonale de 11.4 est trop grande, j’ai besoin d’un petit appareil, plus léger, si bien qu’on s’oriente avec une tablette et un clavier. J’ai stocké mon PC, j’ai regardé pour faire la réparation qui commence à devenir un peu onéreuse, le pad est à 25 €, il est particulièrement difficile d’accès, je pense que l’ordinateur sera recyclé autrement, en poste fixe dans une école.

J’ai fait le choix d’un klipad d’occasion que vous pouvez trouver sur le site de la marque. Frais de port compris j’ai payé ça 30 €, la machine est plutôt propre alors qu’il s’agit d’un produit d’occasion. J’en ai profité dans la foulée pour prendre une tablette Android à mon épouse, 20 € frais de port compris. L’état est moins formidable, quelques rayures sur l’écran, mais à 20 € une tablette, on ne discute pas. Voici à quoi ressemble l’engin :

Il s’agit d’un concept que je trouve plutôt pas mal, c’est une tablette 8.9 pouces montée sur un clavier qui se retourne à 360 degrés et qui peut se désactiver pour passer totalement en mode tablette. Si l’idée est la bonne, si le système d’exploitation est le bon, la machine reste un peu légère. Avec à peine 1 Go de RAM, et un système qui se met à jour tout le temps, on peut se retrouver très rapidement au ralenti parce que la tablette est en train de mettre à jour 10 programmes en même temps.

Je ferai donc sur le principe un bon client pour un ordinateur de type surface, le problème étant qu’entre 30 € d’un côté et 900 € de l’autre, il y a quand même un petit fossé. Cela faisait longtemps que je n’avais pas acheté de gadget, vous noterez toutefois que c’est de l’occasion et à 30 €, faute avouée et d’occasion, faute à moitié pardonnée.

Avant de me lancer j’ai commencé à regarder dans le marché de l’occasion pour voir si je ne trouvais pas un petit 10.1 pouces d’occasion. Malheureusement, non seulement les tarifs d’occasion sont complètement fous, mais on retrouve ces fameux Atom à l’intérieur, si bien qu’il aurait été compliqué d’installer Linux. Rajoutons à cela des résolutions souvent dégueulasses de l’ordre du 1024 et vous imaginez que Libreoffice dessus ou même un navigateur moderne et on n’est pas rendu. Oui, Linux c’est comme tout, une solution comme une autre, pas toujours la plus adaptée.

Je me faisais la réflexion suivante, que j’aimerais partager avec vous. On ne va pas se mentir, le libre francophone est en mauvaise posture, ou disons qu’il est dans une posture. J’ai écrit dans le forum qu’à l’instar du libre qu’il faut considérer comme une solution comme une autre, faire la promotion du libre en tant que tel aujourd’hui n’a plus de sens. Le leurre aura été de croire que le libre pouvait conquérir le grand public. Le leurre aura été tout simplement de croire que l’informatique pouvait être compris par le grand public. On continue de le croire d’ailleurs en imposant de la programmation aux enfants quand la culture scientifique va disparaître plus ou moins des programmes. On estime qu’il y a 13 millions de personnes éloignées de l’informatique, un terme qui veut tout dire et rien dire. Dans mon entourage, j’ai 90% de gens qui n’y entravent rien. Concrètement ne rien entraver pour moi, c’est leur incapacité à se débrouiller en cas de panne, à régler des problèmes viraux de base, à utiliser des logiciels, à philosopher. Car c’est ici l’étape ultime, arriver à un niveau de compréhension de l’informatique où l’on comprend les enjeux. L’informatique reste alors le domaine des professionnels, d’une minorité, qui prend les décisions pour la majorité.

À partir du moment où l’on est capable d’accepter cela, je m’interroge sur l’utilité de faire la promotion du libre de façon générale plutôt que de se concentrer sur le fait de faire un lobby. Je m’explique. Aujourd’hui dans le domaine professionnel, n’importe qui connaît les solutions du marché ou a les moyens de les connaître. Comprenez que lorsque j’ai face à moi quelqu’un qui me dit que Linux c’est de la ligne de commande et que l’ipad c’est l’outil ultime d’apprentissage, je ne suis pas face à un professionnel mais à un pinpin. De la même manière, quand j’ai un individu qui me dit que Linux sur le bureau va sauver le monde, je ne suis pas face à un professionnel mais à un illuminé. Si le public qui finalement est concerné est un public averti, il faudrait peut-être mieux peaufiner les invitations à des afters, à des présentations très pointues de logiciels, à des regroupements d’entreprises proposant des solutions libres que d’imaginer avoir la prétention l’espace de quelques minutes d’éduquer les masses.

Si je prends mon cas où je n’aurais pas le culot de me définir comme un professionnel de l’informatique, on dira que certaines responsabilités me font m’en approcher, je sais que le libre existe, je n’ai donc besoin que de connaître les solutions. J’attends qu’on vienne me démarcher pour des solutions clé en main à base de Linux, qu’on vienne me libérer de certains logiciels. La société qui va poser les tableaux numériques chez moi organise de façon récurrente des réunions, des salons auxquels je suis invité pour me proposer de nouvelles solutions qui répondraient à un besoin que je n’ai certainement pas. Non seulement ces gens ont le bon goût de proposer des petits fours mais la capacité à maintenir prisonnier le client. Le libre s’est trompé de cible pendant des années, conquérir le grand public ne sert à rien, c’est se rendre indispensable auprès des professionnels qu’il faut faire, ces mêmes professionnels qui sauront imposer ces solutions à leurs utilisateurs. Pour mémoire, mes 400 élèves passent par l’intermédiaire de Linux pour travailler, mes élèves dyslexiques sont sous Kubuntu dans leur quotidien et je n’ai pas eu de plaintes.

Le cap des 2300 mots a été franchi, il est temps de se quitter. Je vous avouerai qu’en ce moment je traîne devant mon écran, mais en mode PS4, je casse de l’orc dans l’ombre du Mordor, c’est comme Assassin’s creed mais avec Sauron, une expérience de jeu que je vous recommande.

Complément : les sites institutionnels bourrés de traqueurs, c’est dire que personne ne comprend rien. On fait des lois comme la RGPD mais à côté de ça on trace les utilisateurs … La France bien sûr n’est pas en reste comme on peut s’en douter.