Complément 75 – vacances

24/02/2019 Non Par cborne

Voilà c’est les vacances, au programme, courir parce que lorsque tu es un Borne tu cours toujours, tu es le running man. Nous avons cette semaine pas mal de kilomètres à réaliser, Montpellier, Toulouse, des visites de contrôle pour mon épouse, rien de bien méchant à priori. Le genre d’entretien médical où tu fais plus de 350 km pour te dire que tout va bien en moins de cinq minutes et que tu as la joie de repasser dans trois mois pour le même cinéma. Il y a du monde sur les routes, et chez moi ça sent profondément le printemps, Saint-Pierre reprend son activité, les restaurants rouvrent, le marché grossit, les gens ne sont pas qu’au ski, il faut dire qu’avec ce temps printanier, mieux vaut être chez moi que de se cailler à la montagne.

Sur la photo ci-dessus, on est passé de un camion, mon légumier, à tous ces camions. Cela me fait sourire, nous sommes la dernière zone en vacances, le marché n’est dans cet état que depuis hier, considérant que les touristes d’ailleurs que « pas loin » ne méritent pas qu’on leur vende quelque chose. Plaisanterie mise à part, Saint-Pierre la mer reste surtout la station balnéaire des Toulousains, des Castrais, des gens du coin.

À Saint-Pierre puisque j’y suis, à Saint-Pierre et dans le paragraphe sur Saint-Pierre un épisode dramatique qui dure depuis plusieurs décennies, l’histoire de la bulle de Saint-Pierre. De façon synthétique, il s’agissait de créer en front de mer, une espèce d’avancée souterraine avec une énorme vitre qui permettrait de voir les fonds marins sous l’eau. Après 9 millions d’euros jetés en l’air, des suspicions de détournements de fonds (pas marins), des malfaçons, des études ratées et d’autres joyeusetés, le projet a pris l’eau au sens propre. Pour en savoir un peu plus vous pouvez lire ici ou là. Dernièrement vient d’être proposée la destruction de l’ensemble et un réaménagement de la plage pour la somme de presque 2 millions d’euros. Concrètement, 11 millions d’euros jetés en l’air pour revenir à la case départ. Quand Macron dit qu’il y a des pauvres qui déconnent, je serais curieux de savoir ce qu’il pense des politiques qui déconnent. Quand on voit certaines rues de mon village, défoncées principalement à cause des pins dont les racines dévastent tout, le bas du village qui est systématiquement inondé chaque année ou ma route, la plus belle route de France, qu’on n’a pas les moyens de refaire alors qu’elle permet de nous désenclaver pour les touristes venant d’une partie de l’Hérault, j’ai l’impression qu’on a quand même pas mal déconné. 11 millions dans un village comme le mien, des bulles de Saint-Pierre, il n’y a pas une municipalité qui n’a pas ce style de cadavre dans son placard, il est fort à parier qu’avec une gestion plus efficace de l’économie française, on arriverait certainement à vivre mieux sans étrangler de taxes ceux qui travaillent.

Quand Aznavour disait que la misère était moins pénible à vivre au soleil, à priori la dernière enquête lui donne tort. L’Occitanie alors qu’elle attire toujours plus de monde chaque année est la région où l’on est le plus malheureux. Il faut dire que nous sommes la troisième région la plus pauvre de France et je ne vous raconte pas les disparités sur le territoire quand on voit les gars qui roulent en 4×4 à 50000 €.

Dans mon dernier billet sur l’éducation, j’ai failli placer cet article sur ce professeur Sétois qui s’est immolé par le feu :

J’aurais pu utiliser ça pour illustrer la difficulté du métier d’enseignant, mais en fait, sur les deux ou trois articles parus, aucun ne donne la raison de son acte. Et pourtant, présenté de la façon suivante, l’homme tente de se donner la mort devant son établissement, on pourrait de façon évidente voir une corrélation entre son acte désespéré et son lieu de travail, rien ne vient pourtant étayer cette thèse, pas même le droit de retrait de ces collègues. Il me paraît en effet légitime de ne pas bosser quand un enseignant vient de faire la torche humaine devant l’établissement scolaire. On est dans une région où l’on est malheureux, peut-être c’est effectivement le travail, mais cela peut être aussi un chagrin d’amour, des problèmes d’argent ou de santé, nous ne le saurons certainement jamais puisque l’article présenté sous cette forme n’est bon qu’à l’interprétation sans aller au fond. Je profite d’ailleurs de cette transition toute trouvée pour vous montrer la dernière vidéo de Squeezie sur la notion de clickbait.

Je me rends compte que dans ma façon de penser, j’ai tendance à détester les gens trop vite. Le garçon a indéniablement du talent, manipule les codes avec beaucoup de facilité, est capable de faire preuve de second degré sur lui-même et porte une réponse particulièrement vengeresse sur la « presse » en ligne qui fera certainement chemin de façon bien plus efficace auprès des jeunes que tout cours de professeur d’informatique. Si tout va bien et si ma demande est exaucée, j’ai fait le souhait de passer en quatrième à la place des secondes générales. La plupart du temps les demandes masochistes dans un bahut où un professeur a le choix d’enseigner de la quatrième au BAC ont satisfaction. Je n’enseignerais donc plus qu’au collège, entre l’intégralité des troisièmes et une classe de quatrième que je prendrai en maths et en informatique. Dans mon billet éducatif, je me plaignais des bases, récupérer les gamins une année plus tôt c’est pouvoir essayer des trucs en plus. Les récupérer en informatique me permettrait aussi de faire d’autres choses, libéré des enjeux du brevet des collèges. En effet, au brevet ils ont du tableur et du scratch, mon programme de troisième avec mon heure hebdomadaire est vite rempli et ne me laisse pas réellement de liberté pédagogique. Et c’est ici que je fais le lien avec la vidéo de Squeezie ou même l’article du midi-libre, si j’ai les gamins en quatrième, je veux faire un cours entièrement dédié au décryptage de l’information et de la fake news, comme le fait le collège voisin de Béziers, sur je ne sais pas quelle heure, à priori c’était le prof d’arts plastiques, pourquoi pas.

Décortiquer l’actualité, comprendre les mécanismes, pas évident, il faut de façon évidente un fond culturel, mais je pense que c’est aussi une façon de faire pointer du doigt aux élèves, le fait que s’ils ne savent rien, ils vont se faire enfler jusqu’au trognon.

Tiens je vous mets de la fake news plus difficile à interpréter et qui demande un niveau de qualification supérieur

Vous allez me faire remarquer que non seulement j’ai tendance à détester les gens trop rapidement mais aussi trop régulièrement, pour la notion de fake news, il s’agit ici d’une demi boutade. J’espère, je pense, j’ai envie de croire que lorsque je vais chez mon légumier, c’est meilleur que si je vais acheter dans une grande surface. Le goût pourrait éventuellement le prouver, les clémentines achetées sur le marché n’ont rien à voir avec la clémentine de chez Lidl et pourtant, ce n’est qu’un sentiment, pas une preuve. Comprenez que le légumier jouit d’une aura positive, comme le boucher sauf chez les végans, mais de façon purement scientifique, qu’est ce qui me permet de dire que c’est meilleur chez lui que dans l’hypermarché du coin ? Rien, si on est un peu objectif. Écrire que l’absence d’intermédiaire, qu’on est du producteur au consommateur avec son cloud est la garantie de savoir d’où vient le produit, ce n’est pas totalement vrai. Ce n’est pas totalement vrai car aujourd’hui si on fait l’équation rapide, cloud = Nextcloud, cela laisse supposer que vous êtes un expert dans le code et que vous savez exactement ce qui se passe au niveau du logiciel, combien sont-ils à avoir cette capacité ? Et enfin quand bien même on sait ce qu’il y a dans un Nextcloud, il n’y a aucune garantie que le serveur qui héberge le Nextcloud soit totalement sécurisé, que le propriétaire du serveur ne passe pas ses longues soirées d’hiver à regarder vos photos de vacances que vous stockez chez lui. Écrire dans l’état la métaphore alimentaire, ça ne fonctionne pas, seul l’agriculteur sait ce qu’il fait pousser, comment il le fait pousser, seul le développeur sait ce qu’il code, seul l’administrateur système sait comment il gère son système. Dans la fin de la chaîne, le consommateur puisque c’est ce que nous sommes, espère que chacun fait correctement son travail sans avoir nécessairement les moyens de le vérifier. N’allez pas chercher une volonté de polémique quelconque, je trouve que c’est une bonne chose que Framasoft arrive à passer sur un site populaire comme 01net et je leur souhaite bien du plaisir dans la suite de leurs aventures. Il me paraissait néanmoins nécessaire de corriger un propos qui me paraissait inexact.

Je voulais finir ce billet fourre-tout sur une note négative, du genre on va tous mourir, et je trouvais intéressant d’évoquer le service de jeu Google en streaming qui se profile. Il ne faut pas se leurrer, c’est l’avenir, et c’est le premier qui sera sur le secteur et qui aura la technologie qui va bien, qui écrasera les autres. Si on lit l’article, Google est capable de faire tourner un jeu dans le navigateur Chrome, je pense que c’est le meilleur candidat pour l’instant, ce qui peut entraîner la mort de pas mal d’acteurs. Steam, Microsoft, les consoles, les fabricants de PC gaming, et quelques autres que j’oublie. On a encore de la marge tout de même, quand je vois mon débit pathétique, que la fibre optique n’est pas encore arrivée chez moi, j’ai encore du temps avant de passer à ce genre d’offre, même m’offrir le luxe de passer par une phase de rétro-gaming.

Je vous souhaite pour ceux qui ont la chance d’y être, d’excellentes vacances.