Complément 73 – c’est pas gagné

27/01/2019 Non Par cborne

On vit quand même une époque formidable, une époque qu’on t’aurait dit que ça allait se passer, tu ne l’aurais certainement pas cru. Cyril Hanouna par exemple qui présente une émission politique avec une ministre sur le grand débat qui va changer la France. J’ai lu pas mal de choses là-dessus, je n’ai bien sûr pas regardé l’émission, de ce que j’ai pu lire c’est le billet de slate qui m’a paru le plus percutant. L’une des conclusions toutefois qui dit que Cyril Hanouna se contente de faire son travail, c’est peut-être à moduler, cela supposerait que finalement n’importe qui est à même d’animer un débat politique, y compris quelqu’un qui met des nouilles dans le slip d’un de ses collaborateurs. Séance qui n’a pas été appréciée par le CSA.

La question pour moi reste ouverte, je n’ai pas d’opinion là-dessus, si ce n’est que je commence à me trouver de plus en plus en décalage avec notre société. L’argument qui consiste à dire qu’il faut aller chercher le public où il se trouve et que c’est une façon qui est certainement plus efficace que faire une émission politique en dernière partie de soirée peut s’entendre, comme le fait d’aller chercher des utilisateurs de logiciels libres sur Facebook plutôt que sur diaspora. Néanmoins, dans un cas comme dans l’autre, peut-être que le message est un peu trop subtil à faire passer pour le gros de la masse. Voyez que j’ai du mal à m’insérer dans notre société, je fais preuve d’une prétention et d’un mépris colossal, je considère que quelqu’un qui regarde Hanouna n’a pas les capacités intellectuelles pour imaginer le futur de son pays. Et quand bien même et c’est ici la force du système, il n’a pas les capacités intellectuelles ça n’a aucune importance, seule la carte d’électeur vote pour changer la face de la France.

Si on se dit qu’il faut aller chercher l’électeur devant C8, on est quand même en droit de se poser la question de son intelligence et commencer à s’y intéresser de très près. J’évoque régulièrement dans mes colonnes le fait que tout le monde est dépassé par les GAFAM qui font désormais la pluie et le beau temps économiquement, avec une France qui va s’imposer seule contre tous pour faire cracher au bassinet, mais aussi dans la façon de formater la pensée. Saez dit :

Peuple de blogueurs illettrés, peuple d’abrutis, d’épilés du cerveau, peuple tatoué, putain mon vieux c’est pas gagné, peuple d’animateurs télé, y a du people à l’Elysée, peuple bobos, peuple bourgeois

https://www.youtube.com/watch?v=ukg8iczfy0Q

Le propos est certainement exagéré, mais on n’est certainement pas très loin de ce que doit penser une partie de l’élite, une élite qui voit sa société se casser la gueule et qui cherche des moyens de résoudre le problème. On voit se profiler quelques axes qui posent de vrais soucis. Le peuple d’abrutis n’est plus capable de distinguer le vrai du faux, les épilés du cerveau sont devenus totalement incontrôlables et font la confusion entre liberté d’expression et liberté de dire n’importe quoi. C’est donc sans surprise que Youtube va essayer de mettre fin comme il le peut aux vidéos complotistes. Fini les extraterrestres, fini les fakes sur l’homme qui a marché sur la lune même si on sait que c’est faux à cause du drapeau … Tiens je m’arrête. Voyez, ici je fais une vanne à deux balles, qui fait partie des grosses ficelles conspirationnistes alors qu’on sait que tout bêtement le drapeau était froissé et pas raide comme la justice, mon billet pourrait être déclassé par une IA qui ne serait pas capable de comprendre un trait d’esprit. Et forcément je reprends, du côté des réseaux sociaux on va faire la chasse aux fakes news, que même le pape dénonce, puisqu’il a été victime lui-même d’une fausse information pendant l’élection américaine où prétendument il donnerait son soutien à Trump. Je vous invite à regarder cette vidéo sur le thème, très pédagogique.

La méthode n’est en fait qu’un pansement sur une jambe de bois. Alors qu’on constate qu’une société est de plus en plus stupide, plutôt que lui apprendre à distinguer le vrai du faux, on va faire appel à des gens pour traiter l’information pour elle. Les partisans de la liberté vont bien sûr crier à la censure, et on peut le craindre en effet, Einstein et ou Galilée auraient été taxés de conspirationnistes alors qu’ils avaient juste un tour d’avance. De la même manière, la satire, le second degré, des sites internet comme le Gorafi, trouveront-ils encore leur place dans ce monde plus « clair ». Dans les méthodes qui paraissent logiques pour éviter les fausses informations mais aussi la diffamation, la violence, les menaces diverses et variées, la levée de l’anonymat revient régulièrement sur le tapis. La logique se tient, du fait d’écrire en mon nom je vais être plus vigilant, je vais peser mes mots, alors que sous couvert d’un pseudonyme, je pourrais me lâcher comme un foufou. De la même manière, pour faire une campagne de fake news, on voit apparaître des faux comptes en pagaille, l’idée d’une identité virtuelle parfaitement associée à une identité réelle pourrait de façon théorique régler l’ensemble des problèmes. Néanmoins, il y a quelques paramètres à prendre en compte dont celui-ci

Quand on sait que certaines personnes sous leur propre identité tiennent les propos les plus infâmes en toute impunité, on arrive comme toujours à la limite du système, imaginer une nouvelle loi quand il suffit d’appliquer la loi. Et c’est ici que la responsabilité des réseaux sociaux se pose, si on peut comprendre qu’une plateforme n’a pas à assumer les propos des individus, il paraît difficile d’imaginer qu’elle n’intervienne pas rapidement pour faire le ménage et qu’elle ne signale pas de façon automatique l’ensemble des comptes modérés aux autorités compétentes pour fake ou incitation à la haine. Comme le rappelle l’article de Numerama, la loi existe, malheureusement nous n’avons pas la classe des dictatures qui vont faire sauter bing ou autre chose selon leur bon plaisir, nous nous contentons de subir lorsqu’il suffirait d’affirmer notre souveraineté.

Surveiller, orienter, diriger les réseaux sociaux par big brother c’est une façon de calmer la grosse fête, le gros n’importe quoi, parce que c’est n’importe quoi. Imaginer par exemple que l’état français est à l’origine d’un attentat pour stopper le mouvement des gilets jaunes, c’est grave, trouver des masses de gens pour y croire, ça devient franchement dangereux. Si les gens s’informent par les réseaux sociaux c’est qu’ils n’ont tout simplement plus confiance dans les organes d’informations traditionnels, presse écrite qu’ils ne lisent plus avec des conséquences comme la cessation de paiement de l’humanité, chaînes d’actualité qui sont en recherche de buzz, de partage de tout et de n’importe quoi le plus rapidement possible. Vous apprécierez l’ironie, BFMTV qui écrit l’article la confiance dans les médias à son plus bas historique en France, avec des français qui ne croient pas à l’indépendance des journalistes, qui trouvent que certains sujets sont matraqués, enfin bref, tout ce que représente BFM. La défiance est telle que le ministre de la culture Franck Riester envisagerait de créer des comités d’éthique ou de déontologie afin de s’assurer que les organes de presse respectent une charte qualité. Faire son métier, dire la vérité, une charte qualité ?

Il est évident que le système ne marche plus, ce système en tout cas, se vendre à la Silicon Valley, se vendre au dieu pognon, se vendre à l’empressement, embrasser la technologie le plus rapidement possible, ne pas prendre de recul, c’est la responsabilité des politiques, mais c’est aussi oublier nos responsabilités individuelles, Macron a raison, il y a quand même des gens qui déconnent.

Samedi, nous profitons de l’absence des enfants pour faire un restaurant. C’est aussi une façon de jouer le jeu, un restaurant ouvert à Saint-Pierre un samedi de janvier, c’est quelqu’un qui fait vivre le pays. Si on veut que la station ne soit pas qu’un simple accueil pour les touristes de mai à septembre, il faut faire tourner le commerce et valoriser les initiatives locales. Il y a ce restaurant qu’on n’a pas fait parce qu’avec dix mètres carrés de place, il est toujours bondé mais a bonne réputation, on s’est dit que c’était l’occasion. Les enfants ne sont pas là, nous ne sommes que deux, et même si les enfants sont là, nous sommes d’un naturel discret, pas des gueulards, ce qui explique aussi pourquoi j’ai horreur des repas de famille comme Orelsan. Le repas « n’est pas cher » mais tout de même 22.50 € par tête sans la boisson. Nous sommes six dans le restaurant, notre table et une table avec des vieux. La patronne a l’air de les connaître et c’est ainsi que de façon naturelle, elle est dans les cuisines et communique en hurlant avec eux. Il n’y a pas la moitié de la carte, s’excuse la dame en hurlant, et lorsqu’elle revient pour expliquer que l’entrée de mon épouse, il faudra prendre autre chose, on lui fait remarquer que c’est particulièrement bruyant, elle baisse alors d’une dizaine de décibels le volume de sa voix pour se mettre au niveau de la notre. Elle nous explique que sa belle mère est comme ça, et qu’elle crie tout le temps, sans réaliser qu’elle-même boitant à travers son restaurant hurlait que sa douleur n’était pas la goutte, et que ce n’était pas un cancer, ce qui je dois le dire nous a quand même rassurés. Comme je n’imagine pas passer mon repas dans une ambiance de cris, je dis poliment que lorsque je viens au restaurant ce n’est pas pour participer à un repas de famille, je m’excuse de les avoir dérangés et nous partons.

Des exemples sur mon coin, j’en ai à la pelle. La boulangerie est fermée, et quand je dis la boulangerie, c’est la seule du village. L’alternative c’est le SPAR du coin. La baguette est brûlée. On se dit qu’il y aurait quelque chose à faire, profiter de l’absence de l’officiel pour montrer qu’on sait faire un produit de qualité, que nenni. Une dernière ? Mon maraîcher part pendant un mois au Maroc pendant les fêtes de Noël, il est le seul à faire l’effort d’ouvrir l’intégralité de l’année à Saint-Pierre sur le marché, malgré le froid, le vent, la pluie. Des maraîchers à Saint-Pierre, il y en a plus d’une dizaine durant la période estivale, mais les gens ne sont quand même pas totalement ingrats, les plus vieux notamment qui ont encore quelques valeurs, et la clientèle de l’année vient faire la queue pendant l’été. Durant ces semaines, on pourrait se dire que le concurrent direct pourrait venir rendre ce service pour se faire connaître, pour fidéliser la clientèle. Trop facile, il n’est présent sur le marché qu’en même temps que mon maraîcher. Pour être exact, il a fait quelques jours tout de même sur les fêtes, pas forcément sympathique, pas forcément bien fourni, un coup à acheter des légumes dégueulasses dans un supermarché.

Les dysfonctionnements il n’y a pas besoin de traverser la rue, il n’y pas besoin d’aller regarder sur internet pour se rendre compte qu’on a une société qui se casse la gueule. Le discours de Macron sur les gens qui déconnent, sur la contrainte, sur le sang et les larmes, n’est pas entendu car Macron élude totalement les plus riches qui déconnent quand même largement, la France des privilèges. Ce discours serait audible si l’effort était demandé à l’intégralité de la nation, les plus forts portant plus de poids que les plus faibles. Malheureusement c’est un raisonnement qui a du mal à faire son chemin, entre ceux vendus aux pognons qui ne voient que des mauvais pauvres et considèrent qu’il est légitime de continuer à vivre dans le faste pendant que d’autres crèvent la faim et les gauchistes qui sont persuadés qu’il faut saigner le capital sans s’interroger sur la valeur travail. La France n’y arrivera jamais, on va tous mourir.

J’étais vendredi soir en réunion parents professeurs, j’ai une maman qui m’a remercié parce que je communiquais par l’ENT, mon cahier de texte était à jour, et que j’étais carré. Je crois qu’on en est tous là, essayer de faire ce qu’on peut avec ce qu’on a pour chacun à son échelle essayer de faire progresser la société.

Bon dimanche sous vos applaudissements.