Complément 72 – Murphy tu t’arrêtes de suite !

20/11/2018 Non Par cborne

Comme vous n’êtes pas sans le savoir, ces derniers temps ne sont pas franchement rigolos mais le moral est bon. Le tout c’est de prioriser, savoir ce qui est réellement essentiel. L’œil de ma femme s’arrange bien, très bien, la différence entre les deux yeux sera bientôt difficile à déceler. Au-delà de l’aspect esthétique, c’est la fonction de la paupière qui compte, l’œil est désormais totalement couvert. Six ans de galère qui touchent à leur fin, ce n’est pas du luxe.

Mes élèves de troisième sont en stage et je comptais en profiter pour souffler, mais c’était sans compter sur eux.

Comme je l’ai écrit dans mon billet sur la bagnole, le discours du gouvernement n’est pas cohérent, la colère est justifiée, on ne prend pas la voiture pour le plaisir. On comprend donc les manifestations du samedi 17, même si on comprend plus difficilement la façon de faire. Bloquer des automobilistes qui payent le diesel comme les autres, admettons. Admettons qu’on veuille paralyser le pays pour vraiment montrer qu’on n’est pas content. Ça a bien marché d’ailleurs, les gens ne sont pas sortis de chez eux, autant d’argent en moins dans les caisses de l’état, mais surtout des commerçants à l’approche du black friday et des fêtes de Noël donc des travailleurs. A partir du lundi, quand on a franchi le cap du mort et des cinq cents blessés, on est tout de même en droit de se poser des questions.

Je suis un travailleur, j’aurais pu faire partie de ces gilets jaunes, sauf que j’ai fait un choix de vie, celui de vivre à 50 km de mon lieu de travail, je suis responsable, j’aurais pu faire autrement comme vivre à Pézenas. J’ai fait plus de 3h30 de route lundi pour 1h de cours. Je me suis tapé tous les coins perdus pour éviter les grands axes. J’ai de la chance d’avoir les élèves de troisième en stage, j’ai très peu cours, je me contente de cumuler des kilomètres, de la fatigue, et de la dépense d’argent dans de l’essence, faisant désormais plutôt 150 km que 100 km au quotidien. Percevoir alors de la solidarité devient plus difficile, le fossé entre ces gens qui peuvent se permettre de ne pas travailler toute la journée et moi est de plus en plus important, nous n’appartenons pas au même monde.

Le mardi c’est plus facile et puis j’ai commencé à prendre le coup. Google Maps en temps réel, l’annonce des bouchons, les alternatives, et puis le gros feu au loin que les gens ont eu la bonne idée d’allumer pour me faire comprendre que l’autoroute est bloquée. Je peux vous dire que la radio par contre c’est quand même franchement décevant, j’ai beau zapper les chaînes les unes après les autres, on n’a que de la publicité, des gens qui essaient de réveiller la France avec leur fausse joie, ou de la musique classique. On s’étonnera alors que la radio soit morte, un média qui aurait pourtant son utilité dans ce genre de circonstances, seul dans sa voiture. Il n’est pas 7h30, j’arrive à avancer à l’entrée d’autoroute suivante sans encombre, le mouvement s’estompe-t-il ? Pas vraiment. J’ai abattu au lycée un travail assez conséquent, une grosse résolution de différents problèmes. Par exemple, dans mon fortinet, on arrivait à expiration du filtre parental, l’appareil s’est mis à bloquer le web complet sur le serveur élève. Dans le dossier que j’ai tant peiné à avoir, recensant l’intégralité de la structure, n’apparaît pas le code du fortinet. Quand j’évoquais l’urgence du changement de prestataire, ce n’est pas pour rien. Lorsque le prestataire m’envoie le code il me dit que le routeur est obsolète et qu’il va falloir le changer. C’est cette politique que je ne supporte plus chez tous les prestataires, le seul mot à la bouche c’est le changement quand notre routeur continue de faire son œuvre.

Mon épouse m’appelle et me dit qu’on a retiré une lingette de la pompe, je ne peux m’empêcher de me moquer puisque j’avais évoqué fortement cette possibilité, mon prestataire qui faisait le mort réagit, le forum est réparé, les choses ont l’air de s’arranger. Je prends la route et je me retrouve coincé à la sortie de l’autoroute où pourtant tout allait bien le matin. Les gens qui sont présents sont jeunes, ils n’ont pas 25 ans, je m’interroge. Font-ils partie de cette France qui se lève tôt pour aller travailler et qui ne supporte plus la pression fiscale ou s’agit-il de jeunes dans le désœuvrement dont le seul plaisir c’est de mettre la pagaille. Quand on sait que des lycéens ont rejoint le mouvement, parce que les lycéens sont solidaires, certainement pas de leurs parents qui essaient d’aller travailler, j’ai peut-être la confirmation pour l’âge. Ils ne sont peut-être pas solidaires mais craignent que la diminution du pouvoir d’achat empêche l’achat par leurs parents de paires de pompes à 130 € ou d’iphone à 1200. Et c’est quand on voit ces gens qui sont dans l’amusement, l’amusement d’emmerder les autres pour leur bien, qui affichent une banane pas possible alors que les voitures bloquées essaient de laisser passer les ambulances, qu’on se dit que le mouvement des gilets jaunes, s’il a pu avoir une véritable dimension populaire, n’est plus que l’œuvre de gens dans l’attente de quelque chose d’autre. Ici cette dame qui meurt dans une ambulance, là une jeune femme qui prend panique et qui écrase une manifestante, des jets de projectiles, un couvre-feu à la réunion, on pourrait continuer pendant longtemps.

La scission entre les gilets jaunes d’un côté et ceux qui veulent travailler n’est peut-être pas consommée de partout, en tout cas dans mon établissement c’est l’exaspération, la volonté de pouvoir travailler, circuler, et rentrer chez soi.

Le positionnement du nouveau ministre de l’intérieur Christophe Castaner paraît juste sur le papier. On n’entrave pas la liberté de circuler, on fera alors appel aux forces de l’ordre pour que les gens puissent circuler librement, ben vas-y. Si pour moi le mouvement n’a plus de sens, que dire d’un état qui n’ouvre pas le dialogue, qui ne propose pas de solution, et surtout qui laisse pourrir un mouvement au détriment de l’ensemble de ses concitoyens. Car à la fin, sans intervention ce sera le drame, les gens qui en sont dans la quatrième journée à s’énerver pour aller bosser, ce père de famille qui n’arrivera pas à récupérer ses gosses à l’école, ce chasseur qui finira par sortir son fusil, la pression n’est pas sur les épaules du gouvernement mais des concitoyens qui veulent vivre leur vie. Et d’ailleurs les représailles s’organisent de façon plus construite avec des routiers qui bloquent les bloqueurs …

Le plus triste c’est que rien ne changera, tout n’est qu’une question de temps, celui où l’on aura l’argent et l’opportunité de changer de technologie dans les véhicules, l’état ne fera aucun effort particulier pour favoriser le transport en commun, ne soyons pas dupes.

J’arrive donc plus ou moins mal à rentrer chez moi et sur la route j’entends un « TCHAC ». C’est un impact dans le pare-brise. Je ne sais pas ce que c’est, je n’ai rien vu et je finis par voir qu’au niveau bas gauche de ma vitre un impact assez important, plus gros qu’une pièce de deux euros. Je ne sais pas si on m’a tiré dessus, je suis sérieux c’était aux environs de Béziers, tout est possible ou si j’ai pris un caillou qui devait être suffisamment costaud. Je respire un grand coup, la semaine prochaine je dois présenter la voiture au contrôle technique, la loi de Murphy continue de s’acharner sur moi. Carglass répare, carglass remplace, 80 € de franchise.

Et nous ne sommes que mardi. Cela dit, on ne va pas se plaindre la science a quand même avancé, à chaque jour suffisant sa peine.

Un oubli. L’arrêt de certains sites d’actualité ne me manque absolument pas, il faut que je voie à étendre à d’autres sites. A l’heure actuelle les plus gros envois sont les sites d’actualités quotidienne que je suis et qui m’envoient globalement la même chose, comme les sites informatiques que j’ai éliminés. Plus délicat toutefois, notamment pour les actus régionales où l’on réalise que ces sites sont très complémentaires. Il faudra faire quelques essais.