Complément 71 – demain j’arrête vraiment mais demain c’est loin

10/11/2018 Non Par cborne

Je vous rappelle le fonctionnement de mon lycée. Nous sommes basés sur une structure TSE, c’est-à-dire que les postes clients se connectent directement sur le serveur, des clients qui peuvent être des clients légers pourvu qu’ils se connectent. A mon arrivée quand j’ai découvert que ces clients étaient des postes Windows XP, j’ai eu très très peur, c’est comme ça que le parc est passé sous Debian. Le système en lui-même n’est pas inintéressant, je trouve néanmoins qu’il n’a jamais fonctionné parfaitement. Comprenez que souvent ça rame, ce n’est pas fluide, ça n’a jamais fonctionné comme ça aurait dû fonctionner.

Jeudi après-midi, j’ai eu une mauvaise surprise, à peine 70 élèves sur le serveur, la machine à genoux. L’utilisation du processeur à 100% avec une utilisation pour le moins basique, tableur Libreoffice pour un de mes collègues, utilisation de l’internet pour ma part, tout comme ma dernière collègue. Seulement à y réfléchir, le serveur commence à dater d’il y a cinq  ans, et malgré cette utilisation basique, les navigateurs internet ont changé, je pense que je l’ai déjà suffisamment écrit. Cela voudrait dire qu’il faudrait entrer dans la réflexion du changement de serveur, sachant qu’en plus on arrive en bout de course pour nos licences.

Il me paraît intéressant de noter que nos usages n’ont pas changé, nous ne nous sommes pas mis à la modélisation 3D, ce sont les logiciels qui ont évolué. Si je voulais être dans la caricature, je dirai que c’est comme si un forgeron se levait le matin et qu’il n’arrivait plus à soulever son marteau qui aurait des tas de gadgets dessus, alors que lui veut se contenter de frapper sur une barre de métal.

Alors la question, la question qui me pèse de plus en plus, on fait quoi ? On fait appel au prestataire, on met dix mille euros sur la table et on change tout pour ne rien changer. On ne changera pas l’utilisation du net, on ne changera pas l’utilisation du tableur mais pour continuer à le faire, on a besoin de changer la machine. J’ai interpellé mon collègue plus d’une fois sur ce cycle infernal, j’ai fait remarquer qu’il serait peut-être temps de réfléchir autrement et c’est la première fois qu’il me dit que les élèves qui bossaient sur le net auraient pu travailler en local sur Debian puisqu’il n’y avait pas d’enjeu de conservation du travail. Enfin ! Enfin il est capable d’imaginer qu’un autre monde est possible.

En arrivant au lycée il y a plus de trois ans, j’ai fait ce que je fais toujours, l’urgence. Plus de trois ans plus tard je suis encore dans l’urgence, avec de nouvelles urgences qui apparaissent, des urgences qui n’étaient pas prévues comme notre mode de fonctionnement qui ne passe plus avec le matériel qu’on a. Avec le changement de direction, le raisonnement c’est l’économie et le long terme, une vision que je partage.

Est-il nécessaire de conserver ce mode de fonctionnement, cet univers où l’élève se connecte à un serveur, à sa session, ses fichiers, où il peut changer son fond d’écran, est-ce indispensable ? Pour ma part non et ça fait depuis plus de sept ou huit ans que je le pense. Du fait d’être arrivé dans l’urgence, j’ai posé des machines sous Debian avec juste un client RDP pour se connecter au serveur. Pendant des années j’ai cherché à faire un mode kiosk, parce que les gamins s’amusent toujours à bouger des trucs, supprimer des icônes, ce genre de choses. Il existe des distributions kiosk comme porteus kiosk, basée sur Gentoo, le problème c’est que l’orientation est purement web, j’ai besoin d’avoir des programmes comme Libreoffice. En cherchant un peu sur les sites, désormais j’étends de plus en plus ma recherche à l’anglais, j’ai vu un gars qui mettait une solution complètement idiote à laquelle je n’ai jamais pensé, le mode invité d’Ubuntu.

Bon, juste pour rigoler, pour commencer à rigoler, le mode invité d’Ubuntu a été retiré depuis la version 16.04 pour un problème de sécurité qui semble-t-il n’est pas encore résolu. Le mode invité fonctionne de la façon suivante. L’utilisateur est créé dans le temp, on éteint l’ordinateur, il est effacé, vous récupérez donc la configuration dans l’état de départ. À partir du moment où l’on assume le fait qu’une faille de sécurité existe, on peut réactiver le mode invité de façon très simple. On édite le fichier lightdm.conf

sudo nano /etc/lightdm/lightdm.conf
[Seat:*]
allow-guest=true

Le résultat est direct

Il va falloir que je creuse un peu parce que le message qui dit qu’à la fin de la session tout va être détruit apparaît en anglais. A terme j’adapterai de la façon suivante :

[SeatDefaults]
allow-guest=true
autologin-guest=true
autologin-user-timeout=0
autologin-session=lightdm-autologin
user-session=ubuntu

Il s’agit d’avoir une connexion automatique en mode invité, le gamin arrive directement sur l’environnement de travail sans avoir à se loguer. Il faut aussi que je creuse davantage pour la configuration par défaut. En effet, la session invité correspond à une Ubuntu neuve, les programmes rajoutés par la suite ne sont pas pris en compte. Il faut créer un utilisateur supplémentaire et copier le profil, la documentation Ubuntu a l’air d’être suffisamment claire.

L’enjeu ici n’est pas très important, et je dirai qu’à terme, c’est un gain de temps. On imagine qu’avec un prof dans la salle un gamin n’a pas le temps de foutre en l’air un bureau, et pourtant on se rend compte qu’un gamin a même le temps d’inverser les touches d’un clavier sans que l’enseignant réagisse. Je suis obligé de recharger une image de temps en temps. Dans le forum Arnaud explique qu’il le fait chaque matin par PXE, de façon à pouvoir déployer facilement sa nouvelle image quand il la distribue. La différence entre Arnaud et moi, à part les douze millions de connaissances qu’il a de plus que moi c’est que je ne suis pas maître de mon réseau. Comprenez que le réseau, c’est le serveur Hyper V, le réseau c’est le prestataire Windows. C’est aussi une partie de mon ras-le-bol, un paradoxe, je suis content d’avoir un prestataire pour gérer ce que je ne veux pas gérer, mais je réalise que le fait d’avoir un prestataire, me bloque dans de nombreux domaines. On en revient à mes histoires de confiance, quand l’envie de faire par soi-même devient de plus en plus importante parce qu’on n’est pas totalement ravi du gars qui est en face. La difficulté c’est qu’ici si je rajoute une machine virtuelle dans l’hyper V, je risque de tout faire sauter.

Je vais faire une parenthèse. Je passe une commande pour des TBI, j’ai discuté avec une commerciale qui ne fait pas que du TBI mais aussi de la gestion de réseaux et de solutions pour les entreprises, elle m’a proposé du travail. Elle m’explique que sa société ne fait pas de Linux, mais que souvent ils se retrouvent chez des clients qui ont du Linux, et qu’ils ne savent pas faire. Il manque de façon indiscutable des compétences Linux, et je veux bien reconnaître que je suis le roi des tachons, en faisant le tour des prestataires en ce moment, je me cherche un gars qui pourrait me faire du full Linux dans la région de Béziers, une boîte de prestation qui arriverait avec autre chose que du hardware pour tout faire et du Windows qui sait tous les jours nous faire rêver, et bien je ne trouve pas. Si tu as une bonne adresse à me conseiller, tu es le bienvenu.

J’en reviens donc à mes PC. Je vais donc affiner une image avec les logiciels qui vont bien, expliquer à mon collègue ce que je compte faire, l’impliquer. En gain comme je l’ai noté, c’est direct, j’ai un PC qui ne bouge plus, seulement un PC qui peut casser physiquement, le système quant à lui ne bouge pas jusqu’à la mise à jour. Mise à jour pour laquelle je ne sais pas comment ça va se passer mais ce n’est pas grave, j’aurai le temps d’aviser. J’aurai de cette façon des PC propres. La suite de la réflexion c’est de savoir si on met en place un système de stockage à la place du serveur TSE où le gamin peut déposer ses documents directement chez nous. Je pense que ce n’est pas nécessairement la meilleure des idées. En fin d’année scolaire, nous changeons d’ENT, enfin théoriquement, nous passons du très vieil Aplon au tout nouveau Charlemagne qui propose des espaces de stockage. Enfin nous avons la possibilité de créer à volonté des adresses office365 pour nos élèves. Oui c’est dégueulasse, oui c’est chez Microsoft, oui le gamin se retrouve à poil au bout de la fin d’année quand il n’est plus chez nous, mais c’est la façon de travailler de ma fédération agricole.

Ce principe de fonctionnement ne m’a pas l’air si mauvais, le gamin arrive comme au cybercafé, comme quand il emprunte le téléphone ou l’ordinateur d’un camarade, son travail est ailleurs. Un ailleurs qui peut être chez nous, même si j’ai toujours estimé que nous n’étions pas les responsables des productions des élèves, un cloud de l’école ou un cloud professionnel. Je ne vois au moment où j’écris ces lignes que deux obstacles : les imprimantes qui sont gérées par papercut, chaque élève a son compte avec son nombre de copies limitées, c’est bien sûr du Windows, la performance d’un dual core 2 avec 2 Go de RAM sur une distribution Ubuntu. J’ai regardé si on pouvait faire la même chose sur Debian, ils sont quelques-uns à s’être cassés les dents.

Et sur ce deuxième point, quand je vois qu’on s’est retrouvé dans l’incapacité de travailler plusieurs fois, je me dis que cela ne ce serait pas produit si on avait utilisé les ressources locales de la machine. Je peux aussi faire le choix de ne pas utiliser Firefox ou Chrome mais un navigateur plus limité, sachant que l’un des problèmes principaux c’est aujourd’hui le navigateur. Si vous avez des idées sur la question n’hésitez pas à nous rejoindre sur le fil que j’ai ouvert ici.

Je ne suis pas homme à subir les situations et la plupart du temps quand je subis trop je m’en vais. Il est évident que cette activité annexe va s’arrêter, doit s’arrêter, non seulement je ne suis plus à la hauteur de la tâche, ça ne rapporte pas assez par rapport à l’investissement, je n’ai absolument plus envie de m’y intéresser dans les conditions actuelles. Comprenez que si aujourd’hui j’étais à la retraite, je me serais certainement fait plaisir dans l’école du village, bon pas d’école dans le village, mais j’aurai certainement monté un truc, à petite échelle. Ici, le problème c’est que c’est trop gros, à relativiser face à mes collègues qui gèrent des milliers de machines, je suis coincé avec des technologies que je n’ai pas choisies, je n’ai pas envie de me prendre la tête avec des collègues qui font plus d’heures d’informatique que moi, qui sont les principaux utilisateurs. Même s’il apparaît de façon assez amusante, que les enseignants qui vont en salle informatique, sont moins autonomes pour la plupart que nos élèves, qu’avec mon collègue nous formons plutôt bien, les élèves se connectent, font ce qu’ils ont à faire. Je ne me fais pas de souci pour nos élèves, ils s’adapteront, le jeune s’adapte toujours.

Si je claquais la porte demain ce serait un abandon, ce serait un coup dur pour l’établissement, par effet de ricochet pour moi-même. Abandonner c’est devoir trouver un prestataire qui s’occupe de tout, du serveur, du réseau, mais aussi du travail que je réalise de façon quotidienne, l’ordinateur ne marche pas, le photocopieur il n’imprime pas, comment on fait pour utiliser ça, le support que j’offre, sur place.

En poussant vers des solutions simplifiées, qui demandent moins de maintenance, qui sont moins contraignantes en termes de coûts, je m’offrirai peut-être une rallonge. Pour l’heure l’urgence est de trouver le prestataire qui va bien, le prestataire disponible, qui n’imagine pas qu’il faut tout raser pour tout reconstruire. Ah si mon garagiste faisait de l’informatique …

Baisser la voilure, mon rêve, un nouveau style de vie dont je pourrai profiter quand les choses vont se tasser. Pour l’heure, c’est lundi après mes heures de cours et avoir reçu la commerciale des TBI sur le temps du repas, amener ma fille au kiné, mardi et mercredi à Toulouse pour faire opérer ma femme, jeudi et vendredi quatorze heures de cours pour terminer la semaine sur un repas de famille. Faute de pouvoir stopper pour de vrai, je freine comme je peux, je fais le ménage dans mes flux RSS. Adieu Presse citron, génération NT ou encore le journal du Geek, il me suffit de suivre Numerama pour avoir ma « junk » information.

On y croit, dans quelques semaines tout ira mieux, quand on aura passé les conseils de classe et les réunions parents-professeurs pour arriver aux horribles fêtes de Noël …