Complément 66 – un prophète

17/10/2018 Non Par cborne

Un tout petit tour chez ChromeOS

Arnaud que vous pouvez croiser dans le forum a écrit un jour que lorsque j’écrivais un truc il y a de bonnes chances que ce soit fait, ou que je vais le faire dans la minute.

Il s’agit de mon Asus X201E qui jusqu’à maintenant était sous Xubuntu et que j’ai basculé sous ChromeOS par le biais de Cloudready que livre la société neverware. La distribution est gratuite, il existe un outil sous Windows on passera par la commande à adapter selon votre cas personnel :

cyrille@cyrille-desktop:~$ sudo dd if=/home/cyrille/cloudready.bin of=/dev/sdh bs=4M

Alors que j’avais réussi à l’installer il y a quelques mois sur un vieux Dell, l’installation s’est avérée plus ardue. En fait on a l’impression que ça s’installe, sauf qu’au reboot on se rend compte que ça ne s’est pas installé. Je suis allé regarder avec gparted, l’ensemble des partitions était bien présent, le problème se situait au niveau du bios de mon appareil. J’ai trouvé la solution dans un vieux post donné il y a trois ans. J’en copie la partie qui m’intéresse le jour où je retente une réinstallation, car vous comprenez bien que quelques heures et puis s’en vont :

supprimer le fast boot et le secure boot.
activer l’option PXE OpROM
aller dans la section ADD BOOT OPTION, nommer Google ChromeOS
pour SELECT FILE SYSTEM c’est déjà fait, on pointe vers la partition du disque dur qui va bien
PATH FOR BOOT OPTION on met \EFI\BOOT\BOOTX64.EFI
faire « Create »
changer l’ordre de boot et redémarrer

Le système apparaît comme étant particulièrement réactif, le problème c’est sa nature. ChromeOS porte parfaitement son nom, il y a un explorateur de fichiers, Chromium, Virtualbox et puis c’est tout. Pour quelqu’un qui utilise l’intégralité des services Google et que les services Google c’est certainement une évidence, pour quelqu’un comme moi c’est mauvais. J’ai essayé de voir dans les nombreuses extensions disponibles si ici on pouvait avoir un client mail, là avoir une synchronisation avec Caldav et Carddav, ce n’est pas possible. Le défi est tout de même intéressant car cette retranchée minimaliste dans le monde du navigateur nous pousse à faire des choix drastiques, mais là ce serait stupide. J’ai écrit dans mon précédent billet que j’allais utiliser ce que j’avais déjà. J’ai effectivement un compte Google pour aller avec le téléphone Android, dès lors on peut se dire que je peux utiliser les contacts, le calendrier, tous les services proposés, installer Chrome par défaut à la place de Firefox et avoir une architecture encore plus facile que celle que j’ai mise en place. C’est possible, c’est facile, plus facile que de passer par DAV et les quelques outils que j’utilise, mais c’est un pas trop profond dans le monde de Google que j’ai quitté il doit y avoir huit ou neuf ans.

Contrairement au minimalisme matériel qui entraîne parfois une certaine forme de sacrifice, le minimalisme informatique peut nous amener à une facilité où le compromis c’est d’y laisser son âme, éventuellement l’intégralité de ses données et surtout sa liberté. Soyons clair, il ne s’agit pas de faire un discours libriste abstrait, au contraire, c’est du pragmatisme. Google comme Microsoft comme Facebook comme les autres, imposent leurs règles du jeu. Tout donner à Google aujourd’hui c’est accepter une prise de risque bien réelle de changement des conditions d’utilisation, d’un passage au payant ou tout simplement de se retrouver avec son compte bloqué comme c’est arrivé à certains internautes. Et là ça ne rigole plus du tout, car c’est ici que vous réalisez que non seulement vous n’avez plus rien mais surtout vous entrez dans une procédure complexe, sans certitude de gagner face à un service qui peut se montrer bien plus difficile à atteindre qu’une administration.

Par conséquent, en attendant de pouvoir me passer de cette machine, j’ai fait la bascule sous Ubuntu 18.10 qui devrait sortir sous peu. Comme écrit dans le billet précédent, je prends le choix de jouer dans le camp des gagnants, Ubuntu est désormais à base de Gnome et ça commence à avoir sérieusement de la gueule, mais nous y reviendrons certainement en fin de semaine si j’ai survécu pour la bascule de mon poste principal. J’anticipe d’ailleurs sur une mort prématurée de Xubuntu et de Xfce, même si avec les années nous sommes devenus pour beaucoup de plus en plus patients, il y a quand même quelques limites.

Je reviendrai certainement à Chrome OS le jour où il sera possible de lancer des applications Android qui sont les garants d’une certaine forme de liberté. J’aurais pu me lancer dans l’installation d’Android-x86 mais je trouve qu’Android va trop vite dans le développement de son OS si bien que le changement permanent dans l’ergonomie me pose problème. Android de plus n’est pas adapté pour la gestion de la combinaison clavier souris. Les derniers Chromebooks permettent la gestion des applications Android, le jour où Neverware l’inclut dans son fork, il est fort probable que je passe à cet OS, au moins pour le portable.

Il pleut, il mouille c’est la fête à la grenouille.

Ça n’a l’air de rien mais je vis quand même dans l’Aude et le moins qu’on puisse dire c’est qu’on a pris cher. Si vous avez vu les images à la télé, moi j’y étais pour de vrai. Pour comprendre un peu ma situation il faut que je vous montre ça :

Cette carte c’est celle de l’état des routes, nous sommes mercredi au moment où j’écris ces lignes, voyez que c’est encore la grosse foire. Le problème actuel, pour moi, c’est la flèche rouge que je vous ai rajoutée. Il s’agit des voies d’accès pour aller à Narbonne et qui nous séparent de ce qu’on appelle communément la route des plages. Concrètement on a vécu globalement coupé du monde, les routes vers l’Hérault, la plus belle route du monde que vous connaissez si bien et qui longe l’Aude, vous vous doutez qu’elle était rasée, la route qui mène jusqu’à Coursan de même et celles des plages. Les enfants dans le secteur de Narbonne n’ont pas repris l’école, on vient de se faire un week-end de cinq jours, le travail reprend demain. Finalement je n’ai fait sauter qu’un jour de travail, puisque ce mardi et ce mercredi je n’avais pas cours.

Mardi à 11h30 je reçois un SMS pour dire que le rendez-vous pour l’ouverture du plâtre de ma fille est annulé, il était à 15h15, je suis vert, ce qui contraste avec l’alerte rouge, je charge le boulet dans la voiture et direction les urgences. À ce moment-là et c’est encore le cas au moment où j’écris ces lignes, la seule route de disponible pour tous les habitants des plages afin d’aller à Narbonne où se trouve l’hôpital, c’est celle de Coursan où les gens flippaient parce que la crue était encore attendue. Ne pouvant pas laisser la présidente du syndicat des enfants dans cet état, il apparaît une fois de plus que les urgences c’est quand même pas mal, 7 heures en deux semaines, on commence à s’y faire des relations.

Énorme coup de bol, le médecin qui a annulé le rendez-vous est présent dans l’hôpital. Sa secrétaire la veille n’avait pas réussi à rejoindre son domicile, elle était donc traumatisée et c’est elle qui a annulé les rendez-vous. A 14h et des brouettes, alors que nous attendons depuis deux heures, je dis au médecin que je m’excuse d’être un peu en avance avec mon gros sourire de benêt qui a réussi à placer sa vanne. Plâtre ouvert, séances de kiné prévues enfin bref la totale. On en profite pour faire un peu les magasins, il n’y a personne comme on peut s’en douter puisqu’à l’époque c’était l’alerte route, on rentre à la maison, ma fille a pris les photos ci-dessous.

La dernière photo c’est la fameuse route qui nous sépare des plages. Ce matin nous sommes allés faire nos courses, le Lidl de Gruissan commençait à ressembler à un magasin russe selon l’expression consacrée, la coupure avec Narbonne pose des problèmes de ravitaillement. Nous sommes passés à Narbonne plage où il y a eu une mini-tornade, la nature quand elle se déchaîne, ne fait pas semblant. Le fameux camping de la falaise qui était à la une de nos journaux locaux dernièrement, pour le passage au privé a pris cher, je pense qu’on va avoir de nouveaux campeurs à Saint-Pierre.

Les autres photos c’est la route de Coursan, la seule accessible, et je dois la prendre demain car … j’ai formation ! Et là forcément tu te dis, où est-ce que tu as formation ? Au centre de l’Aude à l’institut de formation de Lasbordes pas si loin de Carcassonne. En gros tu reprends la carte, tu vois où tu as le pire, et ben c’est pas loin. Les formateurs de notre institution avaient prévu au départ Pézens, le village évacué, finalement ils se sont dits que ce serait peut-être judicieux d’aller plus loin. Encore de la voiture pour pas grand chose, comme chaque cinq ans quand on me force à être dans une formation, je fais le maximum pour montrer que je ne suis pas content, je pense que je vais me transcender.  A priori à part si le Partner fait des siennes, ça devrait le faire, du fait que ce soit sur la sortie de l’Autoroute A61 qui est bien dégagée, l’établissement n’étant qu’à une dizaine de kilomètres. Je dois vous reconnaître que j’aurais pu m’en passer, surtout que malheureusement je me doute que ce sera pour brasser du vent. Vous pouvez suivre mes aventures sur mon compte instagram, qui me permet de délester un peu toutes les photos que je prends.

Tu te rappelles public du gars qui te disait qu’il fallait vraiment avoir une organisation béton pour prévoir l’imprévisible et le gérer ? J’aimerai que tu te rappelles de ce gars quand il t’arrivera quelque chose. Je pense qu’on pourrait même faire rentrer dans le dictionnaire l’expression « bornade ». Ah ben tiens j’avais prévu d’aller à la plage aujourd’hui, puis une météorite est tombée dans la mer, on a eu droit à un tsunami. Quelle bornade ! Ah ben j’allais bosser puis douze camions se sont écrasés devant moi sur l’autoroute pour éviter des tigres qui se sont échappés d’un cirque, c’était une sacrée bornade.

Conclusion

Dans le dernier billet, oui ça fait trois fois que je parle du dernier billet, et c’est normal, parce que je suis dans un billet de complément, et puis je fais ce que je veux. Dans le dernier billet j’écrivais que même le gars qui s’isole dans la Clape a besoin d’un smartphone pour voir la météo et la saison de la chasse, c’est le cas. On a taxé météo France de ne pas avoir été assez rapide, c’est presque vrai, à 6h l’alerte rouge déclenchée, mais les bus et les écoles ne se sont positionnées que sur le coup des 7h30. Concrètement le problème ne vient pas que de météo France, il vient aussi de la préfecture qui aurait dû anticiper dès 6h30 pour être certain que personne ne tente de prendre la route chez les lèves tôt, il m’arrive souvent de partir à 6h40. Alors que nous sommes en 2018, que nous vivons justement la société hyperconnectée, que certains visent à la déconnexion, cet événement m’aura permis de constater trois points que je trouve indispensables :

  • La déconnexion est un leurre, j’évoquais le travail et la peur de manquer, le quotidien nous impose la connexion. Si je n’étais pas connecté en permanence, si je faisais le guignol en disant on verra plus tard quand ça paraîtra dans le midi-libre, je faisais prendre le bus aux gosses ou je prenais moi-même la route. Être déconnecté aujourd’hui c’est prendre des risques.
  • Nous sommes en 2018, la circulation de l’information reste une catastrophe. J’évoquais plus haut le site inforoute11, la plus belle route de France que vous pouvez voir ici, a été notée comme de très nombreuses routes comme impraticables au bout de 24 heures après le lundi noir. Le site n’est pas responsive design, on est encore à de très nombres niveaux dans l’informatique à papa. Ce n’est pas que le super calculateur que va acquérir météo France qui va changer quelque chose, c’est le jour où on construit une chaîne informatique et humaine solide. Humaine oui, car si ma route est restée en vert pendant 24 heures alors qu’elle était noyée c’est soit le gars qui met le site à jour qui n’est pas assez rapide, soit l’information qui n’a pas circulé assez rapidement.
  • C’est réellement dans ces conjectures catastrophiques que les réseaux sociaux nous rappellent leur véritable utilité. A l’instar de l’avion qui atterrit sur l’Hudson, ce sont des vrais gens qui donnent l’information du coin, parfois la mauvaise, mais c’est une information qui a le mérite d’être locale et qu’on peut recouper. Les individus deviennent les journalistes de leur lieu, on a tendance à l’oublier pour favoriser les vidéos de chats et les événements superficiels. Par exemple, j’évoquais la fermeture des routes entre Narbonne et les plages, c’est le compte officiel de Gruissan qui a donné l’information en premier, pas le site inforoute11 qui s’est réveillé bien plus tard.

Partant de ce constat, les réseaux sociaux libres, décentralisés, c’est super, c’est formidable, ça permet de se séparer du joug de l’oppresseur. Et pourtant à l’instar de ce smartphone android qu’aucun système libre ne parvient à remplacer et que nous avons pour la grande majorité d’entre nous, se couper de réseaux d’informations comme Twitter ou Facebook c’est aussi se couper d’une information pratique et parfois même vitale.

Tout n’est encore qu’une simple question de modération, on peut tout s’autoriser à partir du moment où on a la capacité de pouvoir s’en passer.

Voilà pour aujourd’hui, une pensée pour moi sur les prochains jours en espérant ne pas me taper une bornade de plus, ça commence à devenir un petit peu lourd.