Complément 65 – antisocial tu perds ton sang froid

02/10/2018 Non Par cborne

Une histoire d’android

Le deal avec mes enfants a toujours été simple, le jour où votre mère est d’accord, si vous créez un compte sur les réseaux sociaux, je suis votre premier ami. Mon fils a fait ses 16 ans, il a demandé à sa mère qui a fini par lâcher un oui, je suis donc son premier ami. Ma femme n’a toujours pas trouvé d’utilité dans les réseaux sociaux sauf les pages Facebook pour certaines activités où les gens n’ont pas monté de site internet et pinterest pour certaines descriptions d’activités manuelles. Elle est donc le principal frein à leur vie sociale. Je trouve que 16 ans n’est pas un mauvais âge, c’est de plus je pense l’âge légal pour une bonne partie des réseaux et c’est avant tout une histoire de confiance. Mon fils sait que je me fous complètement de le pister, il sait aussi que mon niveau d’expertise me permet de savoir s’il franchit la ligne rouge dans la partie publique, et que même si j’ai accès à ses comptes je ne vais pas aller trifouiller dans ses conversations privées tant qu’on ne se retrouve pas avec les gendarmes à la maison.

Avant d’aller plus loin, on commence par le matériel. Mon fils il y a trois ans a eu droit à un smartphone, ça a duré 48 heures. Comme je l’ai souvent évoqué, il ne gère pas les écrans, comme tous les jeunes, il ne gère pas grand-chose d’ailleurs comme tous les jeunes, et l’obsession avait été telle que ça n’avait duré que 48 heures avant de sortir le carton rouge. Mon principe a toujours été simple, on a le droit d’être accro aux écrans à partir du moment où ce qui est à faire est fait. Si l’écran prend la place des corvées, des sorties, du sommeil, plus d’écran. Plutôt que d’investir dans du matériel que nous allons lui confisquer dans moins de dix jours, même si je pense que ça ne devrait pas tarder, il a récupéré le « vieil » Haier E50L de sa mère, le même que sa sœur avait fauché pour faire ses photos en mini short, ce téléphone commence à avoir une belle histoire.

A l’époque, ça doit dater d’il y a environ trois ans, ça ne paraissait pas une mauvaise idée. 1 Go de RAM pour 8 Go de stockage, 90 € environ à electrodepot, on était pour le prix dans le standard. Il est amusant de constater qu’au même tarif aujourd’hui, c’est précisément le double en termes de capacité, obsolescence quand tu nous tiens. Mon épouse a peu d’exigence matérielle, c’était un de ses premiers smartphones, elle est restée sur le téléphone à clapet pendant pas mal de temps sans vouloir changer. Un capteur photo vraiment dégueulasse, un smartphone qui compte tenu des applications d’aujourd’hui a tendance à ramer sévèrement et le problème qui nous a conduit à le changer, il est vérolé à sa sortie d’usine.

C’est quand même stupéfiant, autant le téléphone acheté en Chine ça fait partie des choses que je peux imaginer mais pas comprendre, le téléphone acheté dans une enseigne française, j’ai franchement plus de mal. Il est d’ailleurs à noter que cet achat complètement raté ne m’a pas rendu plus intelligent à l’époque, j’ai quand même acheté depuis un OBI MV1 qui prend la poussière dans le tiroir alors qu’il a des performances largement supérieures mais les bugs de cyanogen mod le rendent inutilisable. J’ai depuis tiré quelques leçons, je n’achète plus que du téléphone de marque, ASUS pour mon dernier achat. Dans un thread du forum, je vois que de plus en plus de bons pères de famille finissent par y mettre le prix et ils ont certainement raison, si je fais le cumul des achats à moins de 100 € pour rien, j’aurai pu acheter un téléphone correct à 300 €. On a du mal à se refaire.

En 2018 ce téléphone réactivé se comporte comme il le faisait avant, il affiche des pages indésirables au point de saturer l’appareil. Je l’ai rooté avec Kingoroot le logiciel Chinois qui pose pas mal de questions notamment sur la fuite des données mais qui fait le job. Car le problème c’est qu’il s’agit d’un fichier interne qui est contaminé et qu’il est impossible de le supprimer si le téléphone n’est pas rooté. L’univers Google est une véritable aberration, c’est l’exemple typique, les appareils sont contaminés, on ne peut rien faire, le vendeur ne fait rien, n’est pas condamné et tout le monde trouve cela normal. On continuera pourtant d’acheter des smartphones Android comme des couillons, pas assez riches pour Apple, pas assez courageux pour prendre un téléphone à l’ancienne. Une fois que le téléphone est rooté,  j’ai installé Kaspersky qui a été capable de supprimer les virus, j’ai ensuite rajouté AppMgr III (App 2 SD) pour déplacer vers la carte micro SD, à 8 Go de stockage mangé aux trois quarts par le système, il ne reste plus rien ou presque. Le téléphone est fonctionnel, à lui le monde, la communication, Wikipedia à n’importe quel moment, ou les oreilles de chat sur snap …

Les réseaux sociaux c’est quand même pas formidable

Pour instagram, pas de problème. Je m’interrogeais il y a quelques mois sur l’utilité de ma présence sur ce réseau, finalement il s’agit d’un canal de communication avec les élèves pour le moins efficace. On a un élève qui nous a quitté pour aller dans un autre établissement, il vient de revenir il y a peu avec un train de retard de un mois. Le garçon est particulièrement sympathique, bon élève, travailleur, il m’a contacté par les réseaux pour me demander les cours. La limite d’instagram par rapport à Facebook c’est l’envoi de fichiers, on est donc forcé de s’indiquer des liens de stockage ou une adresse mail. Néanmoins c’est efficace. J’arrive à la bourre en classe parce que je suis dans le bureau de la sous-directrice, un message rapide et les élèves sont au courant. On notera que finalement ce n’est pas une super utilisation puisqu’on a l’ENT et que c’est par ce biais qu’on devrait communiquer plutôt que de passer par des boîtes américaines. L’interface n’est pas adaptée pour le mobile, le jour où les ENT voudront être indispensables, ils étudieront le responsive design pour cette génération qui n’utilise que le mobile ou presque.

Le problème par contre reste entier avec cette jeunesse qui ne raconte rien et qui se contente de baigner dans le narcissisme. Il faut dire que l’outil est tout de même binaire, soit on essaie de raconter quelque chose avec une image, soit on se montre, pas évident pour eux, donc ils passent leur temps à se montrer. Comme je l’ai écrit la dernière fois, je me sers de l’outil comme je blogue, c’est-à-dire que je ne suis quasiment personne parce que je ne suis pas intéressé par ce qu’ils me racontent, à savoir pas grand-chose. C’est finalement comme la fermeture des commentaires transposée dans une autre situation, on discute autour de la situation que je déclenche et pas de la leur. Ça dénote ma mentalité du gars imbu de lui-même et particulièrement méprisant. Je vous dirais presque que j’ai honte mais en fait pas tant que ça, passer ses journées à liker la dernière coupe de cheveux ou la soirée de bière, même dans un moment d’ennui, de désespoir, c’est tout simplement pas possible.

Voici l’image qui a fait marrer mes élèves qui me followent

Incontournable snap, mon fils a l’ensemble de ses amis sur ce réseau dont je ne voyais pas l’utilité, même si je finirai bien par vous proposer une photo avec des oreilles de chien. C’est une image que j’ai mise dans mon compte instagram, et j’ai demandé à mes élèves de me donner des cours parce que je n’y comprenais rien. Pendant toute la journée de lundi aux intercours, mes élèves se sont prêtés au jeu des questions réponses.

D’après ce que j’ai compris, le principal intérêt de snap c’est l’aspect éphémère de la publication, puisque la story finit par disparaître. Ils ne m’ont pas parlé des flammes, ils m’ont parlé des effets, chez ceux qui ont plus de maturité que les autres, ils évoquent la possibilité de se tromper, le droit à l’erreur. Où l’on voit que les enfants ont moins de recul, c’est sur cette question : comment devenir populaire sur snap ? Du fait que l’information ne dure pas, il faut donc produire du contenu de façon quotidienne ce qui entraîne indéniablement vers la médiocrité.

Si on fait donc le bilan : je traîne sur Facebook pour avoir quelques contacts avec des vieux mais sans plus puisque j’ai quasiment purgé tout le monde, c’est un réseau social qui me permet d’avoir le market, les événements locaux,  j’ai envie de dire que c’est celui qui est le plus en lien avec la réalité. Instagram n’est qu’une passerelle pour être en contact rapidement avec les gamins, snap ne me sert absolument à rien à part vérifier que mon fils n’est pas en train de se promener dans le plus simple appareil sur le réseau en chantant des chansons paillardes, même si on pourrait y voir une approche survivaliste paternelle.

Ce que je raconte n’est pas totalement idiot et c’est d’ailleurs assez cohérent avec cette enquête : Les moins de 13 ans plébiscitent toujours Snapchat, Instagram… et TikTok. Sans surprise, le réseau social devient outil de communication ce qui se fait au détriment des contenus (tu m’étonnes), un peu ce que j’explique finalement dans mon constat avec mes propres jeunes. L’article en rajoute une couche supplémentaire pour dire que Twitter n’est pas utilisé chez les plus jeunes. L’éparpillement est tellement important qu’il est aisé d’imaginer que pour les gens qui veulent durer, Snap n’a aucun intérêt, que Twitter va finir par avoir des problèmes avec des gens qui vont revenir aux blogs, que Facebook, ses piratages, ses inepties qui sont redistribuées ça va être difficile de continuer comme ça, Youtube paraît incontournable aujourd’hui mais qu’en sera-t-il demain ?

Je pense qu’on va vers la fin des réseaux ou une obligation de stabilisation et de choix. J’ai de nombreux élèves qui sont sur tous les réseaux, y compris sur Facebook, la peur de manquer quelque chose, quand ils vont prendre conscience qu’il va falloir faire des choix parce que les journées ne font que 24 heures. La situation va obligatoirement changer à fortiori quand vont se rajouter quatre réseaux tendances supplémentaires, on aura droit à des gens qui font des burnout de réseaux sociaux. Je pense que le premier qui va y passer c’est Twitter, l’image qu’il véhicule c’est celle de la haine, un réseau vieillissant. Snap a certainement un coup à jouer mais en tant qu’outil de communication, combien de temps les gens supporteront-ils de ne plus retrouver leurs souvenirs de façon publique ? Instagram est certainement le réseau de demain, une interface simple, centré sur l’image, une image qui dure. Je vais refaire de la veille avec des outils comme talkwalker car je pense que des gens doivent éprouver une certaine lassitude de l’éphémère et que l’envie de durer, d’être indépendant va reprendre le dessus.

Et le reste ?

Je dois vous reconnaître qu’après mon week-end, il m’a fallu un peu de temps pour réussir à remonter physiquement. Je vous écris en ce mardi où je n’ai pas eu cours de la journée, j’ai passé une partie de mon temps à dormir en me bavant dessus. Quand j’expliquais que ces journées de libre ne servaient pas à grand-chose, qu’il s’agit d’une perte de temps, c’est un peu ça. Dans la journée de lundi j’étais à 7h15 au lycée pour mettre en place l’examen d’entrée de seconde, j’ai passé ma journée à courir à gérer un maximum de choses. Demain je ne travaille pas non plus pour me refaire 14 heures de cours en fin de semaine et douze millions de choses à penser.

L’ouverture du paquet cadeau, à savoir le plâtre de ma fille est prévu pour le mardi 16, je pense qu’on va se prendre dans la foulée l’échographie, le kiné, enfin la totale. Bref, la période qui me sépare des vacances va être bien remplie, il me manquerait juste un problème de bagnole, un événement climatique inattendu ou une explosion de mes canalisations avec un défilé de camions à caca pour rendre le game un peu plus intéressant encore.