Complément 64 – routine

25/09/2018 Non Par cborne

Des ordinateurs à réparer, des calculatrices à distribuer, des professeurs dépassés, des examens de début de seconde à organiser, la cheville de ma fille explosée, le BORNE comme à son habitude sait ce qui est bon.

Ou de l’art de se prendre un four pédagogique en un écran

Mes premières semaines de troisième sont pour le moins surprenantes. Alors que d’habitude le cours de troisième relève d’un sport extrême, non seulement les enfants sont corrects, ils percutent pas trop mal et s’intéressent. J’ai fait un cours assez rapide sur la notion d’image, la résolution, le 1080p, le stockage, la compression, avec des gamins qui en savent un peu et qui boivent les paroles, c’est très sympa. Je vous rappelle que je mets en place les éléments qui me permettent de réaliser mon concours, de le gagner en écrasant la France entière, même si je sais que je vais avoir du mal à faire la totale de l’an dernier. L’idée c’est de les faire arriver à un document de 500 ko. C’est très sympa de récupérer une image de quelques mega octets, de faire un clic droit dans Libreoffice avec compresser, de mélanger les images vite fait (trouvez l’image !), et de voir les enfants peiner à distinguer l’image originale de l’image compressée.

Seulement il  y a un problème que je n’avais pas prévu, c’est ça : Le bouton « voir l’image » disparaît de Google. A l’époque les photographes ont fait remarquer que c’était trop simple, Google ne force pas l’utilisateur à passer par le site web du propriétaire de l’image et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils n’avaient pas tort, le but c’est de forcer l’utilisateur à aller sur le site en cliquant sur consulter.

j’ai rendu cette photo célèbre dans tout le lycée

Malheureusement si le concept est intéressant, dans les faits, ce n’est pas forcément si évident. Cela sous entendrait que chaque image sur le web correspondrait à une image qui s’affiche proprement. Il apparaît que si je fais une recherche sur un produit quelconque, je vais arriver parfois sur une miniature zoomable, ne pas réussir à retrouver l’image qui est bien cachée, l’image originale ne se trouve pas si facilement etc …

Pourquoi je prends un four. Dans mes consignes, je demande aux élèves de me récupérer une image de 2 Mpx. Ils sont capables de faire la recherche avec les outils, mais s’ils vont sur la consultation du site, ils ne retrouvent pas l’image dans 90% des cas. Moralité ils vont à l’essentiel, ils font clic droit enregistrer l’image sous depuis la recherche et enregistrent l’image compressée de Google. L’image est tellement réduite que lorsqu’ils la collent dans Libreoffice pour compresser, l’image peut grossir en octet …

L’astuce est assez simple en fait, dans Firefox il faut faire un clic droit « afficher l’image » ou « ouvrir l’image dans un nouvel onglet », il est aussi possible d’installer l’extension Make Google Images Great Again qui rajoute le bouton. Je ne m’en suis rendu compte qu’en fin de matinée, il était déjà trop tard, il faudra que j’ajuste au prochain cours.

C’est ça la pédagogie, c’est l’art de se tromper et de recommencer.

Numworks !

Dans un registre totalement similaire je voudrais vous montrer ceci :

7200 € de Numworks, money, money !

On l’a fait. Le BORNE est un homme de parole, on a dit qu’on achèterait, on a acheté. Nous sommes un petit lycée de 400 gamins, on a commandé 100 calculatrices ce qui est plutôt pas mal à notre échelle. Je vous épargnerai les commentaires sur les ratés de notre commande qui sont propres à l’organisation de mon établissement, j’avais donné les instructions l’an dernier, rien n’a été fait comme attendu, mais ça c’était avant. Enfin le plus important c’est qu’elles sont là, la commande a été réalisée par mail, on a reçu les machines quelques jours après. Comme on connaît nos élèves, on les fait émarger et on récupère le numéro de série, comme ça on sait à qui appartient chaque calculatrice.

Nous faisons je pense de l’utilisation de Numworks, une exception française. La calculatrice va être utilisée par nos élèves de pro non pas pour python mais pour la facilité de l’interface. Comprenez qu’on ne s’adresse pas à un public organisé, intellectuel, on s’adresse au public le plus perdu de France, c’est ainsi que ce soir j’ai interpellé Clothilde de Numworks sur mon cas précis. La calculatrice nous est livrée sans la dernière mise à jour, donc, il faut la mettre à jour. Pour mettre à jour, il faut un compte et c’est le drame. Pour créer un compte, il faut une adresse mail, donc il faut en avoir une ou en faire une, il faut retenir un mot de passe ou associer à une adresse ou à un numéro de téléphone qu’il faudrait retrouver. Et là public quand tu connais mon jeune, tu sais que tu as placé la barre très très haut, la barre tellement haut que Sergueï Bubka il la regarde et il s’en va sans même tenter sa chance.

J’ai donc interpellé Numworks pour savoir si on pouvait faire des mises à jour offline ou si on pouvait faire un compte école où on ferait les mises à jour nous même pendant que les gamins les moins doués sont là. Vous saurez donc que si cette fonctionnalité apparaît, on la devra à l’incroyable manque d’autonomie de mes élèves.

L’informaticien du jour

J’ai été sollicité par une dame d’une façon étrange. Elle a demandé à mon chef l’autorisation que je l’aide. J’aime me sentir objet, on me prête, comme un joueur de foot, je suis Jean-Pierre Papin. Mon chef ne savait pas qui elle était, moi non plus, j’ai donc pris mon courage à deux mains et mon téléphone. Elle m’explique qu’il y a deux ans, j’ai résolu son problème informatique en moins de trois minutes, ce qui l’a marquée, elle plus que moi, puisque c’est mon quotidien de super-héros. Ma sous-chef m’explique que c’est quelqu’un de la paroisse, il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas, je dépanne.

Son histoire commence avec un ordinateur HP qu’elle a acheté à Carrefour il y a quelques années, et qui pour une raison qui m’échappe a été réparé, mal. L’ordinateur n’affiche plus le double écran. Comme elle a besoin du double écran et que ça ne fonctionne pas, elle achète un nouvel ordinateur … Oui on ne vit pas dans le même monde.

On lui a indiqué un assembleur, une amie, elle me le présente comme un monsieur charmant, compétent et me montre l’ordinateur. C’est un Asus x542ua dm931t, l’assembleur n’a pas vidé les crapwares de chez Asus, bien plus fort il a rajouté Picasa (abandonné), Winrar dans une version piratée, ou encore itunes alors qu’elle ne possède pas d’Iphone. La condition d’achat de cet ordinateur c’était impérativement d’avoir 512 Go de disque minimum, il lui a vendu un PC avec 256 Go de SSD dans la norme m2. Il lui explique que c’est franchement compliqué de remplacer par un disque dur, effectivement ça peut se comprendre mais ce n’est pas le problème de la cliente qui voulait du 512 Go minimum. J’explique à la dame que je suis quand même franchement étonné, parce que si l’ordinateur ne répond pas à ce critère, il faut le retourner, sauf qu’en fait ça fait déjà un mois qu’elle l’a … Il se trouve que c’est une gentille, elle n’a pas su lui renvoyer l’ordinateur en poussant des hurlements de circonstance.

J’ai donc pris la situation en main. Son vieil ordinateur, la personne qui lui a bidouillé a tellement fait fort qu’il a fait sauter le pilote de la carte vidéo si bien qu’on est passé à un pilote générique Microsoft incapable de gérer le double écran. Ne voulant pas me casser la tête à trouver le pilote qui va bien, j’ai monté la machine à 10.

Forcément quand j’ai rendu l’ordinateur à la madame du jour au lendemain, elle a exprimé quelques regrets d’avoir acheté une nouvelle machine quand il suffisait de mettre à jour celle-là. Mais ce n’est pas le plus drôle. En creusant un peu sur son Asus, je m’étonnais qu’on ne trouve pas de SATA traditionnel. Cette machine a en effet été vendue avec le SSD de 256 Go et un disque SATA supplémentaire de 1 To. j’ai imprimé la documentation, lui dit de présenter le papier au monsieur. Elle m’a dit qu’il n’a même pas eu l’air surpris, et qu’il lui a finalement rajouté son disque de 1 To en faisant payer la main d’œuvre, pas trop cher quand même.

Encore heureux que cette profession est vouée à disparaître. Vous me trouvez rude, mais si on réfléchit bien, baisse de la production, baisse d’intérêt chez les gens, des produits qui ne se réparent plus, merci l’obsolescence programmée, c’est un peu comme les moniteurs d’auto-école, bientôt il n’y en aura plus. En même temps face à tant d’amateurisme, je ne suis pas choqué, on a ce qu’on mérite, même s’il faut reconnaître que l’obsolescence, on l’a pas méritée. Sachez que Diogène ne cherchait pas un homme honnête mais un informaticien compétent, il paraît qu’on le voit tourner parfois dans le douzième avec une lampe à la main.

Un retour à FreshRSS et c’est pas gagné

L’essayer ce n’est pas vraiment l’adopter mais on va faire avec. Voici à quoi ressemble mon écran de FreshRSS et c’est pas formidable, je vous explique la mécanique.

Je me suis mis en mode lecture ce qui se rapproche le plus de Feedly. J’ai désactivé le fait de cacher les articles lus donc je me ruine le tactile, je m’explique. Comme je vais vite, j’appuie comme un malade sur j pour faire défiler les articles. Parfois je me rends compte que je suis allé trop vite, donc j’appuie sur k pour revenir à l’article précédent ce que je ne pourrais pas faire si j’avais caché les articles lus. Sur PC ça ne pose pas de problème particulier, mais sur tactile ça perd son sens. En fait au doigt ça ne défile pas, et c’est normal, puisque contrairement à Feedly c’est une liste et pas un article par page. C’est pas catastrophique, on fait avancer au doigt, si on est allé trop vite on revient juste en arrière. Au niveau tablette, ça débloque totalement dans la présentation et c’est pas terrible.

La moralité c’est un peu toujours la même, on se rend compte que le libre par rapport au propriétaire, c’est se contenter de moins. Je ne sais pas comment je vais expliquer ça dans le github, mais peut-être que le plus facile à demander ce serait l’alignement de l’interface sur Feedly, quitter la vieille liste old school de l’affichage des articles pour embrasser une présentation page par page.

Légèreté

Public je te présente mon futur cartable, un morceau.

Il s’agit de l’ancienne tablette de ma fille. Elle l’a perdue quand on a découvert qu’elle avait monté un profil Musical.ly. Ne rigolez pas même si c’est drôle et qu’aussi bien dans la nuit elle utilise mon téléphone pour gérer un compte snap. Cette année comme je l’ai expliqué, j’interviens en troisième et en seconde générale. Je réalise que je suis toujours chargé comme un âne, il y a des réflexes dont on a du mal à se défaire comme imprimer son cours. Je peux vous donner quelques raisons pour lesquelles c’est complètement idiot :

  • je connais mon cours par cœur à pas grand-chose (bonhomme !)
  • ça pèse un âne mort mais je l’ai déjà dit
  • je détruis du papier pour rien
  • j’ai l’intégralité de mon cours informatisé, ainsi que mes manuels sesamaths

Je vais donc me lancer dans le cartable purement numérique, conserver mon ordinateur pour notamment se connecter au vidéo projecteur ou remplir le cahier de texte numérique parce qu’à la tablette c’est du suicide, néanmoins avoir un œil sur l’ensemble de mes documents depuis une simple tablette et redonner vie à un appareil qui prend la poussière me parait une bonne idée. Je reviendrai sur cette « expérience » pour savoir si ça vaut la peine ou s’il vaut mieux gérer à l’ancienne.

En conclusion

Vous savez que le grand but de ma vie est d’être prêt pour lutter contre l’imprévu quoi qu’il arrive, il se trouve que je suis en plein dedans. Des gamins au collège étaient en train de se marave, la faute à pas de chance, ma fille s’est pris un gros dessus et s’est explosé la cheville. A priori rien de cassé, mais ce n’est pas terrible, elle a le pied couleur Schtroumpf. Prendre le bus avec les béquilles ça va être franchement tendu, les jours à venir risquent d’être franchement drôles.