Complément 63 – time after time

22/09/2018 Non Par cborne

Il y a une information que j’ai oubliée de vous donner c’est mon emploi du temps de cette année. Je ne travaille pas le mercredi, ça on le savait, mais je ne travaille pas un mardi sur deux, et le mardi où je travaille c’est deux heures de cours. C’est ici que vous vous dites que je devrais sabrer le champagne, mais en fait pas du tout, ça aura d’ailleurs une influence indéniable sur mon rythme de publication.

Alors que j’ai des collègues qui ont des doléances très précises qui me font sourire, rentrer à neuf heures, douze journées de libre dans la semaine, pas une heure de trou parce que c’est pas possible, je n’ai demandé que deux choses. Une journée de libre, n’importe laquelle, une cohérence pour les élèves et pour moi. Cette année je n’enseigne qu’en classe de seconde générale et sur les trois classes de troisième. Par exemple, faire la dernière heure de la semaine le vendredi entre 15h30 et 16h30 avec les GT ne me pose aucun problème, car j’estime que ces élèves doivent tenir le choc et ont la maturité pour le tenir. Faire cours de maths après le sport, en fin d’après-midi, ou deux heures d’affilée avec les élèves de troisième de l’enseignement professionnel, ce n’est pas ce que j’appelle équilibré. On a donc eu la bonne idée de me regrouper l’ensemble ou presque de mes cours sur trois jours ce qui veut dire qu’entre le jeudi et le vendredi j’encaisse 14 heures de cours. Vous vous doutez bien que l’énergie pour écrire n’y est pas, hier après-midi c’est la voiture qui m’a ramené seule. L’idéal pour moi aurait été une répartition de la charge sur quatre jours, la coupure est salvatrice, et pour le second souffle, et pour le prix du diesel. Non seulement parce que les sept heures de face à face sont difficiles à faire à 150%, le niveau minimum face à des ados,  mais aussi parce que je ne suis pas disponible pour gérer des problèmes informatiques qui pourraient se présenter. Vous ne serez pas surpris de savoir que mon repas de midi se limite en ce moment à du café.

De ces deux jours de libre par quinzaine, il y a déjà une journée qui est dédiée à mon épouse, l’autre journée est pour moi. En ce premier mardi de libre, j’ai fait de la peinture, le blanc, il n’y a que ça de vrai, commencé à ranger les affaires d’été même s’il fait une température caniculaire, faire le marché, faire à manger, vous écrire l’énorme article de blog sur l’éducation, enfin bref la routine. J’essaie de m’éloigner de l’ordinateur, de ne pas procrastiner, de profiter des événements pendant qu’il fait encore beau. Nous avons eu droit dernièrement à une première fête romaine dans le centre équestre d’à côté. C’est bien, j’ai appris que le mot sinister voulait dire gauche, et que c’est pour ça que les légions romaines avançaient du pied droit. La gauche un sinistre, voilà de quoi faire rigoler les politiciens pendant des heures. Les gars étaient habillés en armure, montraient les formations, donnaient des anecdotes. Pas évident d’animer une journée complète, mais pour une première c’est bien, ils sont rares ceux qui essaient de faire vivre notre coin par autre chose que de la vente de moules frites.

Le jeudi et le vendredi, c’est donc du non-stop, le soir c’est la préparation du repas, les devoirs avec ma fille, essayer de faire conduire mon fils, la gestion du quotidien, si bien que je me laisse déborder par mes flux RSS. Nous sommes samedi, j’écris mon billet, il reste environ une centaine d’annonces que je n’ai pas regardées, une cinquantaine d’onglets ouverts qui correspondent à ceux que je veux lire, et regarder le « read later » de mon feedly. Ce qui est intéressant quand on a une telle masse à digérer c’est de voir la redondance d’informations, les articles qui n’existent que pour faire le buzz, on en vient à se dire qu’il serait temps de faire le ménage. Je pense que je vais y venir, notamment sur les sites qui m’envoient trop de bons plans, je comprends qu’il faut bien vivre, mais c’est une pollution qui je trouve est de plus en plus importante.

J’en viens à me dire qu’il serait possible de me prendre un abonnement unique à un véritable site informatique comme nextinpact,  néanmoins le prix aussi dérisoire soit-il de 50 € par an correspond à quelques euros au tarif de mon forfait chez Bouygues. J’ai beaucoup de mal à accepter que c’est la véritable valeur de l’information sur ce site que je ne suis plus depuis qu’il a radicalement changé sa politique. C’est un problème de fond pour moi, payer pour de l’informatique, payer pour de l’information, quand depuis toutes ces années je m’informe et j’informe gratuitement les autres. Il est sûr que la comparaison avec l’absolu, 50 € c’est 10 jours d’essence, ce n’est pas un problème de budget mais juste une question de principe. Je comparais à mon abonnement téléphonique, ce n’est pas le plus judicieux, je pourrais dire que pour 5 € de plus chez mon FAI j’ai des dizaines de chaînes de télévision. Payer pourquoi pas, mais payer pour un bouquet, pas pour un seul site. Pour l’heure la question ne se pose pas, j’ai déjà l’impression d’avoir trop à lire et pas que de la qualité, même loin de n’être que de la qualité. Mon souci actuel c’est le site qui n’est pas binaire, qui n’est pas simple à catégoriser comme bon ou mauvais. Prenons l’exemple de 01net, et ne riez pas dans la salle, j’ai failli cinquante fois le faire sauter à cause d’articles sponsorisés, de bons plans que je ne supporte plus, et puis parfois une information intéressante comme celle-ci. L’idée serait de chercher des sites qui proposent la même information mais sans le gras qu’il y a autour, je dois vous reconnaître qu’avec la rentrée scolaire j’ai d’autres chats à fouetter.

L’information de la semaine, l’homme de la semaine, c’est indéniablement lui :

Linus Torvalds qui fait la une de pas mal de journaux, de sites généralistes, mais malheureusement pas dans les derniers sites francophones Linuxien alors que son positionnement est notable. Torvalds annonce qu’il s’est comporté comme un connard pendant des années, on se rappelle des épisodes du doigt d’honneur vers Nvidia, des développeurs Gnome qui sont des nazis de l’interface, de cette codeuse du noyau Linux qui s’en va parce qu’elle a marre de se faire mal parler, la liste est longue, très, très longue. A 48 ans, l’homme fait la bonne prise de conscience, tardive mais salvatrice, à l’américaine en plus, où chacun explique ouvertement qu’il va se soigner. Johnny le philosophe avait une phrase que je trouve plutôt correcte, ça ne change pas un homme, ça vieillit, et c’est en partie vrai. J’ai encore des coups de sang, je me réfugie dans ce blog et dans ce forum pour ne pas être ailleurs, car je sais que le problème vient de moi, et pas nécessairement des autres. Je ne pense pas que Torvalds changera de façon radicale, mais il a au moins le mérite de pointer le malaise.

Si le leader d’une communauté est malade, est-ce que toute la communauté est malade ? C’est une question qui mérite d’être posée, et vous connaissez ma réponse, en tout cas pour la communauté francophone, je pense qu’il y a un sacré problème. Tout le monde s’emporte, les mots sont durs, on n’hésite pas à blesser son prochain pour une histoire d’idéologie ou d’utilisation de logiciels. Vous me ferez remarquer à raison qu’on peut faire mieux avec les vegans par exemple qui s’attaquent aux boucheries,  qu’on n’a pas encore vu de libristes se lancer dans le hack de Google ou des Gafam, s’attaquer à des rayons de la FNAC pour faire des installs party sauvages et c’est peut-être cela que je reproche, les guerres qui restent avant tout fratricides et sans vraiment d’engagement. Il est plus facile de se taper sur la gueule dans la même communauté que de passer à l’action.

J’espère que l’action de Torvalds sera une prise de conscience collective sur l’importance d’un changement de fond, d’enterrer la hache de guerre mais pas dans la tête de son voisin. Dans cette même optique, ou pas loin j’ai vu que Python retirait la notion de maître esclave, comme d’autres retiraient la notion de liste blanche ou de liste noire. Au départ, j’ai trouvé ça stupide, je pensais qu’il y avait d’autres choses à faire et puis à y réfléchir, le mot esclave est tellement fort, tellement lourd de sens et d’histoire que je me dis qu’ils ont raison. Nous n’avons pas tous la même sensibilité, et si parfois nous avons la sensation de vivre dans un monde où on ne peut plus rien dire, plus rien faire, il faut être à l’écoute des uns et des autres, prendre le temps de la réflexion avant d’arrêter un jugement. 

Gilles le parigot manchot m’a fait remarquer que DNSDynamic fermait ses portes, après DtDns que j’utilisais. Concrètement si je regarde le panneau de la livebox :

dyndns est un modèle payant, DtDNS et DNSDynamic viennent de nous quitter vers un monde meilleur, ChangeIP d’après ce que j’ai pu voir sur le net pose des problèmes de sécurité avec la livebox donc passe pas, il va donc rester No-Ip dont le modèle est gratuit si vous validez chaque mois votre domaine en répondant à un mail pressant. Concrètement, ça veut dire que quelque part, il faut payer pour utiliser ce service, encore plus concrètement ça veut dire que pour moi, l’auto-hébergement devient de plus en plus difficile, et pour la facilité à installer les logiciels et pour tout ce qui va autour, jusqu’au nom dynamique qui n’était pas un problème il y a moins d’un an. Lorsque le gouvernement propose une alternative aux services propriétaires que nous utilisons, cela me fait amèrement sourire. Comme écrit plus haut, s’auto-héberger devient de plus en plus difficile, si on évoque le cloud, l’unique réponse c’est nextcloud pour tout, et quand on voit que la France ne privilégie pas le logiciel libre, j’attends avec impatience que charité bien ordonnée commence par soi-même.

J’évoquais ma difficulté de payer un service, un abonnement parce que 5 € par mois c’est mon abonnement Bouygues, mais 6 € par mois c’est mon abonnement o2switch. Feedly m’a fait le blocage de trop, j’ai donc fait une installation de FreshRSS, je reprends le contrôle de mes données, ou surtout je reprends une liberté d’action. J’ai voulu rajouter le monde informatique, passe pas, même si j’apprécie Feedly pour sa qualité, sa finition, essayer de retrouver le monde informatique dans le moteur de recherche me demande de passer en version payante, le flux RSS n’est pas reconnu alors qu’il est parfaitement valide, ce n’est pas acceptable. J’évoquais le prix en début de ce paragraphe, si je voulais me prendre un abonnement chez miniflux par exemple, c’est 15 dollars par an, on va dire en gros 1 € par mois. Dérisoire bien sûr, mais pour 6 €, j’installe tous les logiciels de softaculous en un seul clic, dont l’ancienne version de miniflux qui reste encore fonctionnelle. Pour moi la réflexion est faite, un service ne peut pas être vendu seul, un site internet ne peut pas se vendre seul, il faut des bouquets comme les chaînes de télé. C’est d’ailleurs pour cela que CANAL + ne tient plus la concurrence. On peut imaginer que simplement, c’est un acteur plus gros que les autres qui va racheter les plus petits pour étoffer son catalogue. On en est encore aux balbutiements, et pour l’instant rien ne m’oblige, j’attends que cela se structure, je félicite ceux qui acceptent ce modèle de paiement pour chaque site, je n’en vois pas un seul qui le mérite vraiment, seul.

J’ai déjà écrit plus de 1500 mots, nous allons bientôt nous quitter, j’aimerai conclure sur mon utilisation des réseaux sociaux en ce mois de septembre 2018. J’ai réalisé que je m’étais désabonné d’une très grande partie des gens que je suivais, je les conserve comme amis mais je ne les suis plus, ça c’est pour Facebook. En ce qui concerne Instagram c’est plus franc, on ne peut pas faire semblant de suivre. Imaginez à quel point je pousse le narcissisme, je ne lis quasiment plus les propos des autres, parce que dans sa globalité c’est de la merde. Ce n’est pas vrai pour tous les comptes. Dernièrement un camarade du forum dont je tairai le nom parce que parfois il est un peu ambigu dans ses gestions de pseudo a fait un tour de France à vélo. Comme je connais son identité secrète c’est avec une forme de jalousie que j’ai envié sa liberté, et que je me suis régalé de voir son récit qu’il a diffusé intégralement sur Facebook. De l’autre côté sur Instagram, j’ai une ancienne élève qui a franchi désormais le cap des 30 ans, qui fait de la photo plutôt propre, des paysages magnifiques de ses voyages.

C’est dommage, au lieu de raconter des histoires, au lieu de nous emmener dans une aventure, les gens se contentent de nous balancer leur narcissisme à la figure. Je ne dis pas que le selfie devrait être proscrit, que l’image avec les amis devrait être évitée, néanmoins quand il n’y a que ça, c’est creux.

La moralité c’est que l’utilité de Facebook se ramène à : suivre parfois une aventure extraordinaire mais c’est très rare, utiliser messenger pour échanger avec certains de mes collègues car je sais qu’ils ne liront pas aussi vite leur mail professionnel, les annonces des événements de mon coin, le facebook market. En ce qui concerne Instagram, des comptes de plus en plus rares, ce sont mes élèves qui viennent me follower et on retrouve la messagerie qui me permet de demander en soirée à mes internes si le wifi fonctionne ou d’autres de positionner un rendez-vous avec moi pour réparer un ordinateur.

On se retrouve dans quelques jours, on fera certainement un peu de pédagogie autour de l’image, j’ai pris un four sur une séance de cours non prévu, sur ma commande de 100 calculatrices Numworks et d’autres bricoles car le BORNE sait toujours s’amuser.