Complément 62 – action man le plus grand de tous les héros

12/09/2018 Non Par cborne

Le moins qu’on puisse dire c’est que je ne m’ennuie pas, je dirai même que ça commence un peu trop fort. On a beau se dire que c’est la rentrée, il n’en reste pas moins des journées particulièrement tendues où je suis actuellement sur tous les fronts : informatique, pédagogique et familial.

L’informatique toujours pas automatique

Vendredi matin, durant mes quatre heures d’informatique, j’ai eu un souci que je n’avais pas calculé, ni vérifié sur mes postes Debian suite à une mise à jour. Au bout d’un moment d’inactivité, l’ordinateur se met en veille. Jusqu’ici c’est plutôt normal, sauf que je n’avais paramétré aucune gestion de ce côté. La mise en veille passons, par contre plus sportif, il faut saisir deux fois l’identifiant et le mot de passe pour en sortir. Vous conviendrez que le 14 ans, déjà taper l’identifiant et le mot de passe c’est beaucoup pour lui, mais deux fois de suite, c’est la panique. J’ai dû passer derrière certains élèves pour le faire moi-même. L’origine du problème c’est LXDE, ils sont nombreux à l’avoir signalé sur la toile sans proposer de solution radicale.

A l’époque, j’avais fait sauter xscreensaver, pour toutes les bonnes raisons qu’on connaît, notamment la fascination de l’écran de veille chez l’adolescent. Monsieur ça brûle ! Monsieur l’ordinateur il a le cancer ! Sous Stretch, la désinstallation de xscreensaver entraîne l’installation de light-locker. J’ai bien sûr tenté un remove du paquet light-locker, pour me retrouver avec une installation de xscreensaver. C’est en fait lxlock qui est à l’origine du problème car il impose un économiseur d’écran d’installé sur la machine.

Un apt-get remove light-locker lxlock a solutionné le problème.

J’ai eu dernièrement dans les mains ça :

La photo n’est pas terrible, les fins connaisseurs ou les plus vieux d’entre vous reconnaîtront un Windows XP. La machine est un Duron cadencé à 1 GHz, avec 256 Mo de RAM. Le Duron est un processeur AMD monocore qui date facilement d’il y a 15 ans c’était le Celeron d’AMD avec l’arrivée du Sempron. D’ailleurs qu’on verrait ressortir du Duron ça m’étonnerait qu’à moitié, AMD réutilise le nom Athlon qui était le haut de gamme de l’époque.

Concrètement, j’ai changé la machine d’un collègue, cette dernière était dans un placard depuis 5 ans, il fallait récupérer les documents dessus. Je n’ai plus d’adaptateur IDE vers USB, j’ai procédé à l’ancienne en copiant depuis le port USB 1 vers le disque dur externe 25 Go de données. C’est long. Ce qui est assez surprenant c’est un peu comme la météo, c’est la notion de température et de température ressentie. Ici, on sait que la machine est un veau et pourtant avec Windows XP, lancer une vieille version de Firefox ou manipuler des fichiers ne donne pas une sensation de lenteur si importante. La moralité c’est qu’avec une machine à 4 Go de RAM à l’heure actuelle, un processeur de basse qualité, il n’y a pas d’impression de vitesse supplémentaire.

Ce que j’essaie d’expliquer c’est qu’en quinze ans, le logiciel a tellement alourdi le hardware que seul le SSD aura su donner l’impression d’accélération. Lorsqu’on regarde l’utilisation que je fais de mon PC aujourd’hui, et celle d’il y a quinze ans, c’est quasiment similaire, le jeu en moins. Une machine théoriquement moins puissante devrait être suffisante, et pourtant j’ai un icore 3 avec 8 Go de RAM pour faire de la bureautique et du surf. Même sous Linux, manipuler Libreoffice peut s’avérer lourd, je n’évoque même pas les navigateurs et les pages web qui pèsent des tonnes.

A y réfléchir si de nombreuses fonctionnalités ont été rajoutées, principalement des effets et des gadgets inutiles, que Windows XP par ses nombreux aspects donne un côté vieillot, le gros des actions reste le même tout comme l’interface. Une interface qui a parfois essayé de s’éloigner du standard, Windows 8 pour ne citer que lui pour finir par y revenir. Gnome prend dernièrement le même chemin, le chemin du retour à l’ancienne avec les icônes sur le bureau.

On ne se rend pas compte à quel point Linux sur le bureau a perdu la guerre, devenu de plus en plus gourmand, de plus en plus lourd, coincé par ces pages web qu’on veut afficher de plus en plus vite et qui pèsent des tonnes, Linux pour les vieilles machines ne veut plus dire grand-chose.

D’une certaine façon de penser l’informatique qui me gave

Avec le recul, dans mon établissement scolaire je suis une victime, plus ou moins. Je suis arrivé dans un univers Microsoft, un prestataire de service que je n’ai pas choisi, je me contente de subir les choix des autres. Je joue toutefois avec les cartes que j’ai en main, même si je pense désormais qu’elles sont de plus en plus ridicules.

Ma fédération agricole utilise Office365, mais elle a fait malheureusement les choses à moitié. Concrètement la possibilité d’installer les outils Microsoft au local sur cinq postes ou plus, n’est pas offerte dans notre abonnement. On peut se dire quand on voit l’utilisation de mes collègues, que de toute façon la version en ligne suffit, à part pour les profs de maths bien sûr qui ont besoin de quelque chose d’un peu plus poussé, Libreoffice pour ne citer que lui. Allons encore un peu plus loin. Au lycée, chaque enseignant possède sa propre session, sur laquelle il va retrouver ses documents, synchronisation par le biais de onedrive, il va pouvoir utiliser les logiciels qui sont installés, Libreoffice, le pack office 2007 pour compenser l’absence des versions 2016, quelques bricoles. Quand je vois la façon de faire des uns et des autres, concrètement, c’est l’utilisation du traitement de texte pour faire un contrôle à l’arrache, du navigateur pour faire du copier coller, regarder sa boîte mail et imprimer. On pourrait se dire que ça ne mange pas de pain, mais en fait si. Pour cette utilisation, il serait finalement plus judicieux d’utiliser les postes Linux pour se connecter à Office365 en ligne, travailler avec Word en ligne qui est plus performant et surtout plus stable que la version 2007, retrouver l’intégralité de ses documents en ligne. Ce que perdraient les enseignants c’est la personnalisation de Firefox ou Chrome avec leurs raccourcis, ce genre de choses, éventuellement leur fond d’écran.

La question qui se pose, c’est pourquoi ces calculs d’apothicaire ? Pour l’utilisation qui est faite, une utilisation finalement qui pourrait se ramener à un cloud, on fait tourner au lycée trois machines virtuelles. Un AD, un serveur TSE, un serveur de fichiers. Par extension quand on réfléchit au travail des élèves, utilisation de Libreoffice, utilisation de Scolinfo, utilisation de quelques logiciels qui peuvent se trouver sous Linux, il manquerait finalement un espace de stockage qui pourrait être un nextcloud accessible ou non de l’extérieur, ce qui permettrait à nos élèves de récupérer leur travail. Et pour ceci nous avons un AD, un serveur TSE, un serveur de fichiers. Je pense en gros qu’on a six machines virtuelles qui ne servent à rien par rapport à nos usages.

Pour prolonger bien sûr, tous les professeurs ont un ordinateur portable sous Windows 10, dans lesquels il a fallu mettre des SSD pour tenir le choc. Nous sommes dans une démarche purement Microsoft, c’est la spirale de l’argent. J’évoquais les machines virtuelles plus haut, on a du Windows 2008 qui va être obsolète en 2020, il faudra alors passer à autre chose. Je rajoute à ça les licences CAL, le fait d’être avec un prestataire qui résout tout par du hardware, et qui nous explique tous les cinq ans qu’il faut changer tout le matériel parce que cinq ans c’est trop vieux.

Malheureusement nous sommes coincés dans cette spirale parce que le prof ne se pose pas de questions quant à ce que ça coûte. Et si le prof voulait bien faire cet effort, il réaliserait qu’il travaille sur un logiciel vieux de 11 ans, que Libreoffice est largement suffisant pour faire ce qu’il a à faire, et que sans ses quelques caprices on pourrait changer notre façon de travailler, gagner des milliers d’euros qui pourraient être utilisés autrement.

J’évoquais dernièrement le fait qu’utiliser un logiciel propriétaire ce n’était pas grave, et c’est vrai, ce n’est pas mal. Par contre il faut avoir conscience de ce que cela implique, passer à la caisse en tout occasion. Microsoft va arrêter Windows 7, si on veut le maintenir il faudra payer. Microsoft met tout en place pour pousser ses utilisateurs vers son cloud, et j’ai envie de dire que pour un établissement scolaire comme le mien, ce ne serait finalement pas un si mauvais calcul, en conservant une base Linux.

Voyez finalement que le modèle économique du logiciel libre a sa place, si demain je pouvais dire la fête est finie, et pour les élèves et pour les profs, je me prendrai un prestataire Linux pour faire éventuellement du PXE si on voulait conserver cette notion de bureau personnel, ce qui me ramènerait dans une séparation des réseaux administratifs et élèves à deux machines virtuelles, durables, où l’on pourrait faire un upgrade sans payer un bras des licences.

Je pense qu’il va falloir que je mette les pieds dans le plat avec mes collègues, ne serait-ce que la prise de conscience qu’ils utilisent un logiciel vieux de onze ans par habitude quand ils pourraient en avoir un neuf pour rien, enfin on se comprend. Vous pourriez y voir un paradoxe dans ce que j’écris, à savoir critiquer des gens qui me poussent à la consommation alors qu’on est content de ce qu’on a, quand moi je pousserai mes collègues à changer d’outil. Il y a parfois des changements qui sont bons à faire, passer de Office 2007 à Libreoffice me paraît certainement une bonne idée.

Maître Po

Cette année je change tout ou presque. L’an dernier ce qui m’a sauté aux yeux c’est le fait que les gamins étaient complètement à la ramasse, plus encore que les années passées. Pendant des années j’ai pensé qu’il fallait tirer les enfants vers le haut, accéder à l’autonomie, en fin de compte ça ne marche pas, à 15 ans, ils ont encore besoin d’un coup de main pour préparer leur sac, pour tout d’ailleurs.

Mes petits scarabées doivent écrire sur le parchemin sans rature

On ne réalise pas à quel point le manque d’affaires peut être pénalisant dans un cours. Comme les élèves n’arrivent pas à faire l’association entre mathématiques marqué sur l’emploi du temps et les affaires à prendre, je me suis retrouvé avec une moitié d’élèves qui n’avaient pas pris le livre. A ce moment-là trois possibilités, allumer l’ordinateur pour vidéo-projeter, les mettre dehors, ou les mettre par deux. Je suis allé à l’essentiel parce qu’allumer le PC, le vidéo, se mettre à la page, trop long, donc par deux. Directement l’ambiance de classe se dégrade, les bavardages commencent. Au cours suivant après les menaces de circonstances, tous les élèves avaient leur livre, la qualité du travail n’était plus la même.

Pour moi le nerf de la guerre cette année va se jouer ici : la propreté et le matériel. S’il faut arracher des pages je le ferai, si je dois refuser des élèves en classe je le ferai, comme contacter les parents.

Si d’un point de vue organisation je suis plutôt content de ce début, j’ai déjà des élèves qui commencent à se noyer et c’est inquiétant. Les probabilités à un niveau troisième professionnel, c’est prendre des boules de couleur dans un tas d’autres boules de couleurs et faire une division, je ne sais pas ce que ça va donner pour la suite quand on sera dans la notion de fonction. C’est à ce moment qu’il faut trouver des solutions entre l’internat pour ceux qui sont chez nous, les familles pour ceux qui sont dehors, même si malheureusement il n’y a pas de miracle. Tout ne peut pas se résoudre par le travail, un enfant qui manque de logique aura du mal à faire mieux s’il est en grosses difficultés.

Famille, ah ah ah …

Cette année j’ai décidé de la prendre plus tranquille, de profiter de la vie, d’arrêter de me faire du souci pour tout. C’est raté.

la mort est sur le chemin

Nous avons franchi une nouvelle étape avec mon fils nous sommes arrivés au village à côté, les Cabanes de Fleury en prenant une portion de la plus belle route de France. C’est une route étroite, dangereuse, un peu comme toutes les routes du coin mais celle-ci encore plus. Je réfléchis à trouver un itinéraire plus facile. Le plus simple serait de partir de l’autre côté, en direction de Narbonne Plage et de Gruissan, malheureusement on a beaucoup de touristes qui roulent n’importe comment, et je n’ai pas de pédale de frein doublée, dommage. Nous allons tenter la route de Fleury, au moins les voitures passent à deux sans se jeter dans le fossé, néanmoins ça va plus vite, il va donc devoir sortir de son 45 km/h qui est sa vitesse de croisière.

Sa rentrée est une catastrophe, j’évoquais dernièrement les dysfonctionnements, on continue de plus belle. De nombreux enseignants absents, aucun effort de réalisé pour calculer comment faciliter la vie des élèves qu’on laisse dans le désœuvrement le plus complet. Comme ils sont libres de rentrer et de sortir, mon fils découvre la ville de Narbonne avec ses copains et se met à traîner pour les trois ou quatre heures de trou qu’il a actuellement dans son emploi du temps. C’est ici que tu espères que ton éducation fonctionne et que je ne vais pas me faire convoquer par la gendarmerie. Je ne commenterai pas le fait qu’en filière professionnelle, où l’on sait que les gosses ne sont pas forcément là pour la théorie mais pour pratiquer, il enchaîne les heures de parlotte et les heures de vidéos, ça promet. Je ne porte pas de jugement sur les pratiques pédagogiques de mes collègues, je suppose que s’ils le font c’est pour une bonne raison, néanmoins les gamins commencent à trouver le temps long et je peux le comprendre.

Ma fille fait une rentrée remarquable. Alors qu’elle est dans une routine, la classe de quatrième, dans un collège qu’elle connaît, elle doit certainement penser qu’il faut nous emmerder un peu pour qu’on s’occupe d’elle. Comme vous le savez, ma fille a eu droit à un smartphone, elle en a fait n’importe quoi l’an dernier, elle n’a donc plus droit au smartphone avant qu’elle travaille pour se le payer toute seule. Elle est de retour au téléphone à clapet, du fait d’être passé à la Sosh Box, elle est chez Free, j’ai donc une visibilité sur ces messages. La dernière fois, je mets un abattage parce qu’un SMS avec un téléphone à clapet toutes les minutes et trente secondes, il est impossible pour un enfant normalement constitué de réussir à se concentrer. Elle me donne raison et pas plus tard qu’hier, je la félicite d’avoir fait son effort.

Ce qui suit est magnifique. Alors que je suis en train de vous écrire ce billet, j’aperçois un like sur une photo que j’ai postée hier midi sur instagram pour saluer ma journée de deux heures. J’avais posté une photo d’un sandwich bien gras pris en bord de mer. Le compte qui like avec la tête de ma fille et son prénom qui disparaît très rapidement mais qui reste suffisamment visible en notification sur mon téléphone. Une fois passée la séance Guantanamo, tous les mensonges possibles et imaginables, je me rends compte qu’elle nous a fauché le vieux Haier vérolé de ma femme, qu’elle avait déjà monté un compte instagram en cinquième, et des tas de joyeusetés. La routine parentale.

Les photos et les commentaires du compte, comme tout bon compte instagram qui se respecte, des traces d’amour à tous les étages, des photos narcissiques.

Vous pourriez dire que je suis un mauvais exemple, j’ai un blog, j’ai un compte Facebook, j’ai un compte Instagram, mais je n’ai pas 14 ans. Il me semble que désormais la législation française demande l’accord parental pour les moins de 15 ans mais passons. Le problème est finalement plus simple, j’avais demandé de ne pas le faire, elle l’a fait. Quand on voit qu’elle a franchi les 1300 SMS en une semaine sur des plages horaires banalisées avec un téléphone pourri, le soin actuellement apporté à sa tenue vestimentaire, l’obsession de la relation avec les autres, cela confirme ce que je pense, elle disjoncte. De la même manière que mon fils ça a été le jeu vidéo qui tournait à l’obsession, les écrans, y a pas à dire, c’est de la merde pour nos gosses. Quand on ne gère pas on ne fait pas, règle BORNE.

Ça c’est bien.

Je l’avais écrit dans un précédent billet, j’essaie de découvrir mon territoire, cela fait partie des choses que je tenais à faire et qui s’inscrit dans cette démarche de prendre du temps. Samedi dernier se tenait la braderie de Valras Plage, je ne connaissais pas le coin alors que j’y passe à côté tous les jours. C’est assez singulier cette différence entre les plages de l’Aude et de l’Hérault. Les parkings sont payants, pour ne pas payer il faut être franchement éloigné, les plages sont très courtes et ici on a des lignes de rochers, je suppose que c’est pour que les vagues se brisent, si bien qu’il a l’air particulièrement difficile de nager et de se noyer à Valras.

Le mercredi c’est désormais une journée qui est un peu particulière, les deux dernières années j’avais ma matinée pour moi. Depuis que le bon ministre de l’éducation nationale a proposé aux écoles de faire ce qu’elles veulent, on est revenu à la semaine des quatre jours chez ma femme, nous avons donc le mercredi en commun. On profite en ce moment pour faire Gruissan, nous avons fait la dernière fois la promenade autour de l’étang, aujourd’hui nous avons visité le port, le vieux village qui accueillait le marché, un joli marché d’ailleurs. C’est ici qu’on réalise quand on voit les prix des fruits et légumes par rapport aux prix délirants que pratiquent les supermarchés pour un produit dégueulasse, qu’on a franchement de la chance d’habiter dans notre région.

Un billet un peu long, je le reconnais, quasiment 3000 mots, mais qui traduit parfaitement les activités du moment. Les débuts d’années scolaires sont de véritables cataclysmes pour les enseignants, je salue mes confrères bien sûr mais aussi les parents. Les gamins étant tous devenus des pervers narcissiques, il n’y a plus aucune pitié, c’est vraiment la guerre.