Complément 61 – old school plus de 15 ans que j’y roule

05/09/2018 Non Par cborne

Je n’ai pas donné de nouvelles depuis quelques jours, comme si j’étais rentré à l’école. Comme je l’avais prévu, mes collègues ne m’ont pas raté mais je suis assez fier de moi, j’ai su anticiper. 

Ma journée de lundi a commencé au lycée à 6h45. Pour culpabiliser mes collègues j’ai fait ce que la morale impose, j’ai posté des photos de la photocopieuse et de la machine à café sur facebook. Pourquoi 6h45 me direz-vous ? Tout simplement pour lancer mes photocopies et être sûr de n’être dérangé par personne. A 7h15 le nouveau chef arrive, la partie commence. 

Contrairement à mon précédent chef, mon nouveau chef n’est pas passionné d’informatique ou de bricolage de façon générale. En terme de positionnement ça ne change pas grand-chose pour moi, quelques avantages, quelques inconvénients. L’avantage avec le précédent c’est qu’on pouvait parler de Numworks, de Linux, de Libreoffice, c’était capté en quelques minutes. La contrepartie c’est quand vous avez quelqu’un qui touche, il prend ses propres décisions. C’est comme ça qu’un matin vous découvrez que toutes les photocopieuses du lycée ont été changées et que vous n’êtes pas au courant. Avec le nouveau chef, il faut prendre du temps pour expliquer les choses, c’est différent, on doit se caler sur un autre rythme. Mais en fin de compte que ce soit dans un cas ou l’autre, c’est pareil, car qu’importe la compétence de l’individu que vous avez en face, la seule chose qui compte c’est la confiance qu’il vous donne

Il s’agit de mon cinquième chef d’établissement, et jusqu’à présent je n’ai jamais rencontré de problèmes, tout simplement parce que je fais mon travail sérieusement. Je pense que c’est une vérité dans la vie. Mon précédent chef a passé trente ans dans l’établissement et certains collègues n’ont connu que lui. L’enseignant restant quelqu’un de très scolaire, un nouveau « maître » à l’école et on a des angoisses, comme j’aime à le répéter, quand on est droit dans ses bottes, on a rien à craindre. 

Mon rôle prend désormais une autre dimension, j’ai modifié pour la première fois ma signature pour y noter responsable informatique, un rôle que je n’avais jamais voulu endosser dans les quinze dernières années. Sans dire que j’ai quartier libre parce je ne fais jamais les choses sans expliquer à ma hiérarchie, je vais avoir quelques responsabilités de plus. Un mal pour un bien. Le mal, peut-être plus de travail et encore, le bien c’est de savoir où je vais de façon évidente et d’arrêter d’avoir de mauvaises surprises. 

Je viens donc de passer trois jours particulièrement musclés à répondre aux attentes de gens qui redécouvrent le monde après deux mois sans rien faire. J’ai déjà expliqué, j’ai déjà commenté, c’est le monde des profs, on ne s’habitue jamais mais on fait avec, on s’accommode en anticipant.

S’il n’y avait que moi ce serait plus simple. Mon fils entre en lycée pro cette année, d’ici peu il pourra nous refaire toute l’électricité de la maison, pour l’heure je joue à me faire peur. Il arrive lundi pour sa première heure, il a trente minutes de retard, la lettre de rentrée ne correspondant pas aux nouveaux horaires donnés sur le site internet du lycée. Mardi, une réunion est positionnée à 17 heures, je quitte le lycée en urgence pour m’y présenter. Le problème de mon fils c’est qu’il fait deux heures de réunion, il n’a pas d’info, les profs n’ont rien dit. C’est un côté détestable chez lui, à la ramasse en permanence, en même temps c’est un 16 ans. Je dois dire que pour une fois, je peux lui laisser le bénéfice du doute. On commence à nous évoquer l’absence de deux profs pour les deux semaines à venir, un emploi du temps où il fait 8 heures 18 heures avec un gruyère où les trous sont autant d’heures d’études. Rajoutons à cela ses deux heures de transport, il est celui qui aura les journées les plus chargées à la maison.

Un professeur arrive et présente son livre en nous expliquant que la référence est dans la liste des fournitures scolaires. Je lève la main, je n’ai pas reçu cette liste, tous les parents dans la pièce sont dans le même cas … 

Je porte un regard souvent dur sur le métier, je suis exigent avec moi-même parce qu’à chaque fois que j’ai un gamin en face de moi, je me dis que mon fils a un adulte en face de lui et que j’aimerais bien que le gars se sente un peu préoccupé comme moi je le suis. En tant qu’enseignant, que parent, je suis catastrophé sur ce départ, une entrée au lycée ce n’est quand même pas rien. Alors forcément quand les enseignants évoquent qu’ils attendent de la rigueur de nos enfants, ça fait grincer des dents, je n’ai rien dit. C’est aussi ça la connaissance de notre métier, ça cafouille souvent pour des motifs qu’on ne maîtrise pas toujours, il faut avoir confiance, c’est peut-être le fil rouge de ce billet en fin de compte. 

Vous noterez que j’ai mis le logo de la conduite accompagnée, je ne sais plus si j’ai raconté la grossesse de 10 mois de mon fils pour avoir son code à 0 faute et du taxi que nous avons dû faire avec sa mère pour le récupérer à la conduite durant cet été. La monitrice, pas folle, ne voulait pas le ramener jusqu’à Saint-Pierre en plein cœur de l’été pour ne pas se prendre les embouteillages. Il a donc fini samedi dernier, une date très très très bien placée avec deux parents enseignants pour assister à ses dernières heures de conduite. Il y a souvent une grande différence entre ce que pense votre 16 ans et la réalité. Lui, rentrant de ses heures de conduite nous expliquait qu’il était formidable et qu’il pourrait d’ici peu nous amener au bout du monde en Partner ou en C1. La réalité c’est de caler sur la route entre Coursan et Narbonne. J’ai donc avec mon emploi du temps ministériel commencé à lui faire réaliser les 1000 km qu’il doit faire en 6 mois, je pense qu’on va y arriver vite. 

Je crois que c’est clairement une histoire de confiance, on n’en sort pas, et que c’est une expérience qu’il faut vivre avec son gamin. Se retrouve à caler en côte avec la queue derrière, se retrouver face à une voiture et garder le sourire, garder son calme en toute circonstance parce que paniquer son gosse ne changerait rien, ça rapproche. Pour l’heure nous travaillons ensemble le changement de vitesse sans regarder la boîte de vitesse et perdre le contrôle de la voiture, j’en ai des sueurs froides rien que d’y penser. La confiance c’est évident, je lui confie nos vies même si à 45 km/h sa vitesse de croisière c’est pas trop violent, je lui confie aussi mon outil de travail, il me confie son apprentissage. Alors que d’habitude il est dans la position de j’ai 16 ans, j’ai tout vu, je sais tout, il est demandeur et ne la ramène pas. Si ce n’était pas aussi tendu comme contexte dans un Saint-Pierre qui voit défiler encore de nombreux touristes, des vieux notamment qui roulent n’importe comment, ça en serait presque agréable. Presque. 

Une pensée forcément pour Romain qui s’il veut que je le prenne en conduite accompagnée, je peux tout faire, même si je pense qu’avec ma fille ça risque d’atteindre certains sommets.

J’attaque cette année comme j’ai décidé de l’aborder. Comme ça 

Il s’agit des salins de Gruissan et de la promenade autour de l’étang. Cela fait cinq ans que je vis à 14 km de cette petite ville sans jamais y mettre les pieds à part pour les courses et la piscine. Plutôt que de faire la sieste, rester à s’abrutir devant le PC, nous avons préféré nous promener à la découverte de notre territoire. Samedi, je vais certainement mettre les pieds pour la première fois à Valras qui propose une grande braderie, alors que j’y passe devant à chaque fois que je vais bosser.

J’ai plus de 500 flux RSS de retard, je le vis sans angoisse, je prendrai le temps de lire demain durant la pause méridienne. Malheureusement la lecture se fera depuis Feedly, du fait d’être franchement tendu, je n’ai pas le temps de m’habituer à un autre agrégateur. La situation devrait se calmer d’ici la fin de la semaine