Complément 60 – Top départ

02/09/2018 Non Par cborne

Je vais commencer par vous donner des nouvelles de mon utilisation de Gutenberg. Gutenberg pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, c’est le nouvel éditeur de WordPress, celui qui sera livré dans la version 5 de façon officielle. A l’époque, lorsque j’avais écrit mon premier article, je n’étais pas du tout satisfait, c’était déroutant. Comme vous avez pu le constater ces derniers temps, j’ai beaucoup écrit, ça va se tasser avec la rentrée, je me suis forcé à conserver ce plugin qui demain sera le standard, j’en suis plutôt satisfait. Je commence par ça pour deux raisons.

La première, c’est que je ne me vois pas aujourd’hui faire un retour en arrière pour un plugin que j’ai pourtant dénigré dès le départ. Guntenberg me force à faire des écrits qui sont plus structurés, à séparer les paragraphes par exemple, à écrire des pavés plus lisibles. La moralité c’est qu’écrire les choses à chaud n’est jamais une bonne idée, ou disons qu’il faut prendre le temps d’écrire un correctif, ce que je fais ici.

La seconde c’est que la dernière mise à jour du plugin a crashé. Il s’agit d’un conflit avec le plugin Yoast SEO dont ma seule utilisation était de modifier le flux RSS pour afficher l’adresse du forum et l’endroit où me donner des fortunes. C’est donc l’occasion pour faire sauter ce plugin, je pense que tout abonné à ce blog aura pu voir qu’il y avait un forum et qu’il fallait me donner de l’argent. 

J’ai donc effectué ma pré-rentrée, je suis dans la situation que décrit Odysseus

Plutôt du côté droite mais on a l’habitude

Comme prévu, c’est la foire. J’ai fait le calcul, j’ai environ une dizaine de « dossiers » informatique qui m’attendent pour lundi, j’ai déjà commencé à l’arrache vendredi. Un mozilla qui s’est mis à jour et qui est passé en quantum donc la perte de speed dial qu’il a fallu remplacer. Je vous épargne mes commentaires sur le fait que quantum est sorti depuis plusieurs mois, tout comme je vous épargne le fait que l’ordinateur de mes collègues n’a pas été mis à jour depuis la fin juin, si bien qu’on va se retrouver avec la bande passante à genou et des gens qui pestent que l’ordinateur se met à jour.

Le monde enseignant reste quand même un monde à part, j’ai envoyé de nombreux mails pour expliquer que cela ne me gênait pas de travailler pendant les vacances pour gérer les problèmes en amont, au contraire, éviter l’engorgement de la rentrée aurait bien fait mes affaires plutôt que de me retrouver à devoir gérer trois tonnes de choses en même temps. On reconnaît ici l’enfer pavé de bonnes intentions, les gens ne veulent pas vous déranger, sauf qu’ils ne réalisent pas qu’ils vous dérangent vraiment en ne se soumettant pas à vos conditions. De toute façon, l’urgence, c’est moi qui la décide, l’urgence, c’est la mienne. Pour le monde enseignant ce monde à part, l’escape game pour récupérer son emploi du temps, c’est tout simplement énorme. On fait tous des impairs, on n’a pas toujours de bonnes idées, mais organiser une bourde et trouver ça amusant dans un monde qui vit à cran, où l’emploi du temps, la photocopieuse et la machine à café sont les trois piliers du métier, c’est tout simplement délirant.

Le monde enseignant est un monde à part, le monde politique un monde qui m’échappe. On évoquait dernièrement ces fameuses tablettes qui n’étaient pas un enjeu mais un moyen, j’évoquais la méthode Blanquier, une méthode pour le moins old school, une méthode qui jusqu’à maintenant était taillée dans le compromis. Il semblerait que si l’on chasse le naturel, la droite revient toujours au galop. Pendant les vacances, les programmes ont été partiellement remaniés dans certains domaines, le français de cycle 3 par exemple. Je vous invite à lire le billet de l’instit humeur, où l’on évoque cette incompréhension du travail à l’arrache, cette méconnaissance de notre métier, mais aussi le gâchis en manuel scolaire, les bouquins de 2016 étant déjà obsolètes. Pour ma part, je suis concerné par les examens en classe de seconde générale, la peur des syndicats c’est qu’on note l’enseignant par rapport aux résultats que les enfants obtiennent. Je peux vous dire que si les enseignants étaient « payés » au résultat ce serait une véritable catastrophe, encore plus importante que ce qui se produit à l’heure actuelle. 

Les enseignants se battraient pour aller vers les bahuts les mieux côtés, gonfleraient certainement les résultats scolaires, les enfants en difficulté seraient laissés sur le carreau. Pas si loin d’un parcoursup en fin de compte, qui nous a montré comment on pouvait détourner un système digne du monde de Disney en enfer impitoyable d’un concours virtuel. On cherche de façon exclusive la solution du côté du professeur, une profession où l’on peine à recruter, une profession qui est mal aimée. Continuons, poursuivons cette interminable descente aux enfers résultant d’une succession de ministres qui n’ont jamais compris le métier. Celui qui sauvera l’éducation nationale sera un ou une prof, quelqu’un qui a connu la fosse, celle d’une classe de troisième par exemple. Ce n’est donc pas demain la veille. 

Pour en revenir à mes histoires d’évaluations de seconde, j’aimerais revenir sur un seul point. A quoi sert de faire des évaluations de seconde quand les élèves viennent de passer le brevet des collèges avec brio ? En effet, 90% de réussite et dans ces 90% un moitié de mention bien ou très bien. La France se porte pour le mieux il n’y a qu’à regarder les résultats, si les enfants se ramassent complètement, on en viendrait peut-être à se poser des questions sur ce diplôme où le mot bradé n’est pas assez fort, donné c’est mieux. Ceux qui ne l’ont pas c’est presque par refus, à la croisée des mondes d’une année d’absentéisme et de copies blanches. 

Pour continuer sur une note plus gaie, je pense que la Numworks va être un énorme carton. Le lycée Louise Michel de Narbonne en est, tout comme le lycée Jean-Moulin de Béziers. On parle ici d’établissements qui ont plus de 2000 élèves de l’éducation nationale, et pas d’un bahut agricole où le professeur de maths un peu illuminé, croit dans un produit alternatif. Si c’est le raz-de-marée et je pense que ça va l’être, c’est événementiel. 

La Numworks a été médiatisée principalement par les milieux geeks et libristes, des gens comme moi, comme les dudu, comme nextinpact, loin des milieux pédagogiques. On se plaint souvent que les enseignants sont des cons dans les milieux libristes (spéciale dédicace à mes plus fervents détracteurs), mais il n’empêche que pour un produit bien fini, à un tarif classique par rapport aux ténors que sont Casio et Ti, la révolution viendrait des profs quand ils ont la possibilité de choisir et je trouve ça beau.

Cela mérite une véritable réflexion de fond, et conforte tout ce que je pense du logiciel libre, même si beaucoup me diront que Numworks c’est pas vraiment libre, j’ai envie de vulgariser en disant que ça s’en rapproche franchement. Lorsqu’un produit est bon, ça se vend, même dans un marché qui paraît inaccessible. On évoque souvent le smartphone libre, parlons en. Des smartphones qui tenaient tous du produit d’expérimentation, pas forcément stables, sans application ou presque, et on espérait faire la révolution. Le prochain produit c’est le librem qui sera vendu à plus de 500 €, si Numworks avait été deux fois plus cher que la concurrence, je n’en ferai pas prendre à mes élèves. Un smartphone libre ne devrait pas excéder les 200 € pour des caractéristiques équivalentes à ce qu’on trouve à 200 €. Le hardware « libre », les EEE PC par exemple avec sa distribution Xandros qui a été très rapidement abandonnée, s’est systématiquement cassé la gueule parce que le propriétaire était meilleur. Dès lors, il ne faut pas s’étonner que ceux qui voudraient bien faire, finissent par sacrifier l’éthique au profit du confort, même si on doit passer par un format propriétaire, ce qui nous renvoie au billet de Didier

Si la Numworks est un succès ce que j’espère, c’est la démonstration qu’on peut faire autrement, qu’on peut concurrencer des dinosaures qui pensent que tout est acquis en proposant un produit alternatif de qualité. Qualité, un mot qu’on oublie souvent dans le logiciel libre car il faut avoir cette tolérance face au bénévolat, je vous épargne mon laïus que vous connaissez désormais. 

J’avais dit que je ferai une passe sur FreshRSS, c’est chose faite et je vais lui redonner certainement un temps sa chance par rapport à Feedly. Par principe ne pas pouvoir choisir les flux RSS que je veux me pose problème. Je vais certainement descendre dans l’arène de Github et me faire incendier, ou le Gitlab, je n’ai peut-être pas suivi, pour ceci. 

Si vous êtes attentif, au bas de l’article, on voit apparaître trois flèches, gauche, haut, droite. C’est sur ce principe qu’on utilise FreshRSS sur un écran tactile. L’action répétée d’appuyer sur les flèches n’est pas ergonomique, et sur un smartphone et encore pire sur une tablette où les flèches sont déportées sur la gauche de l’écran sous les catégories. Rapidement on commence à sentir une gêne dans le doigt, la position des flèches vous imposent de tenir le smartphone d’une manière pas terrible. La gestion du défilement avec le doigt est naturelle et devrait être le système de fonctionnement par défaut. Minami_o dans un message du forum nous explique comment ajouter une extension qui permet de prendre en charge la lecture au défilement. Je l’ai installée, on retrouve un système similaire à celui de Miniflux, KrissFeed ou Feedly.

Ce problème de lecture, je ne dois pas être le seul à l’avoir constaté puisqu’on préconise souvent sur mobile l’utilisation de l’application EasyRSS qui est un client non officiel et qui fonctionne très bien. La moralité, c’est que pour arriver au résultat attendu je dois faire du bricolage, oui chercher un plugin dans github et le décompresser dans un ftp c’est du bricolage, ou installer une application externe ce qui reste encore du bricolage. L’extension n’a pas été mise à jour depuis deux ans et elle fonctionne très bien, néanmoins rien ne me dit qu’à la prochaine mise à jour de FreshRSS tout n’explose pas. L’exemple tombe à pic, Gutenberg est mis très régulièrement à jour, Yoast SEO est mis très régulièrement à jour aussi et pourtant, j’étais planté au début de mon article. 

Le 11 juin nextinpact proposait un article sur les agrégateurs RSS auto-hébergeables. A une époque j’aurai dit que ce genre d’articles cherche à la facilité, la presse anglo-saxonne en est bourrée et c’est souvent l’occasion de découvrir de nouveaux logiciels, souvent grâce aux commentaires. Je n’avais pas vu par exemple que notre dresseur de Pokemon Hollandais avait codé un logiciel, je regarderai. Les lecteurs de flux RSS pendant un temps ça été l’abondance, presque trop. On pourra dire que les réseaux sociaux sont passés par là, mais on le sait c’est toujours plus profond que ça, c’est la vie tout simplement. Dans la liste des logiciels qui sont proposés, effectivement, on est face à des logiciels qui sont auto-hébergeables. Ce qu’on dit moins c’est la possibilité d’installer le logiciel sur un hébergement mutualisé, et on en revient à l’un de mes laïus. La nouvelle version de Miniflux pour ne citer qu’elle, peut très bien s’installer sur un serveur dédié, malheureusement c’est un peu comme la voiture, on peut difficilement se contenter de la conduire simplement, pour la sécurité, il y a le garagiste à moins de faire partie de ses amateurs chevronnés et compétents qui connaissent les entrailles du véhicule. La différence avec l’informatique c’est que contrairement à l’automobile où il te suffit de connaître ton véhicule et les normes, ici tu dois connaître le dernier véhicule qui va sortir, parce que celui qui est un peu ancien, est un danger personnel. Entre les logiciels qui ne sont plus mis à jour, entre les logiciels qui ne donnent pas vraiment satisfaction, entre les logiciels qui ne s’hébergent pas sur du mutualisé, il ne reste plus grand chose.

Php est en train de mourir, il devient désormais difficile de trouver un logiciel simple à héberger sur mutualisé alors qu’il y en avait une pléthore il y a quelques années. Les hébergeurs comme o2switch ont une « parade » pour rester attractif,  c’est softaculous. En effet, si tu ne peux plus rien héberger, il n’y a pas de raison de prendre un hébergeur. Le problème de softaculous qui permet d’installer des scripts en un seul clic c’est que non seulement l’hébergeur choisit les scripts, pas de nextcloud chez o2switch par exemple, mais que ces scripts sont réduits à php, java et perl, plus grand monde face à la variété des langages web existants. Avec cette difficulté d’installer des logiciels pour quelqu’un qui ne veut pas avoir la gestion d’un serveur à gérer, il apparaît que Nextcloud est en train de cannibaliser une partie des logiciels en ligne. Véritable machine à tout faire pour lequel on voit apparaître des plugins qui font tout et n’importe quoi, c’est certainement l’un des succès du logiciel libre et quelque part une inquiétude. 

Je n’irai jamais dire que des dizaines de programmes qui font la même chose est une bonne chose, néanmoins la perte de variété est indéniablement un problème. On s’oriente clairement vers un monde où les acteurs du libre vont se compter sur les doigts d’une main, ici un WordPress, là un Dolibarr, par là un nextcloud. Le temps du bricolage et de l’amateurisme est clairement terminé, place aux professionnels, à la rentabilité. 

Sur ces bonnes paroles, je vais tenter de profiter de mon dimanche après un samedi particulièrement chargé, il s’agira demain de ma quinzième rentrée scolaire, si la routine pouvait s’inviter pour cette année ce ne serait pas du luxe. Enfin quand je dis la routine, je ne veux pas dire ma routine à sauver le monde et gérer des camions à caca, la routine dans ce qu’il y a de plus noble et de plus commun.