Complément 6 : on a fait quelle semaine ? Vendredi je crois

30/09/2017 Non Par cborne

Je continue encore d’enchaîner les semaines à rallonge avec à chaque fois son lot de nouveautés. Comme j’en ai pris l’habitude, le billet complément s’intercale avec les « vrais » billets si bien qu’ils sont écrits en direct, nous sommes le 30 septembre, il n’est pas 18 heures, j’ai passé la journée à faire des corvées qui vont d’aller chercher de la terre pour dépoter l’olivier aux devoirs des enfants, j’ai réussi à me caler deux heures de sieste et j’écris. Le plus difficile c’est de savoir par où commencer, la semaine de 50 heures de travail environ, ou devoir partir en trombe à Bricodepot le mercredi après-midi pour changer la boîte aux lettres dont la porte m’est restée dans la main. Allez on structure.

Je suis content de moi en tant qu’enseignant, je trouve que je suis plutôt bon, même si cette année je suis franchement plus dur, les enfants le sentent passer. Toujours très présent en collège, ma récréation c’est finalement quand je pars chez les grands en première, chez les grandes surtout, c’est un public à 90% féminin. C’est la particularité des filières services, certains de mes collègues masculins sont mal à l’aise, cela ne m’a jamais gêné. Ma position est intéressante, des filles âgées de 16 à 18 ans qui sont en conflit avec mes collègues femmes car elles voient en elles la mère, en tant qu’homme chauve, barbu et bedonnant j’échappe à tous ces problèmes.

Il y a une AVS qui travaille avec moi et dernièrement elle m’a dit, j’ai toujours été hermétique aux maths, je me régale dans tes cours. C’est plaisant, c’est gratuit, ça fait du bien, c’est encore meilleur quand ça vient des élèves. Il y a cette gamine qui me regarde avec ses grands yeux bleus et qui aime à me rappeler qu’elle est traumatisée des mathématiques. Elle est bien éduquée, elle n’incrimine même pas mes précédents collègues. En me rendant sa copie, elle me dit que c’est la première fois en trois ans qu’elle remplit une copie de mathématiques, et que pour elle c’est déjà beaucoup. On finit alors par se demander très humblement pourquoi on est meilleur que les collègues. Attendez je fais une pause. Oui vous allez me dire que c’est très prétentieux, mais ce n’est pas si loin de la réalité, ma profession n’est pas épargnée par l’incompétence et par le manque de sens moral. Une amie me disait que son fils, le discours de son prof de maths de cette année était que les élèves comprennent ou non la paye est la même, un message particulièrement encourageant pour les enfants et qui marque l’implication de l’enseignant. Donc pourquoi est-ce que ça marche ? Je crois que c’est le fait d’enseigner au collège. Dans l’équipe lycée d’ailleurs, nous ne sommes pas si nombreux, et de façon systématique on voit une très grande différence dans notre rapport aux élèves que nous considérons comme des gamins même s’ils ont vingt ans. Au départ, ça leur fait toujours un choc de se faire jeter quand ils arrivent en retard ou pour d’autres motifs car ils estiment qu’ils ne sont plus des enfants. Et puis une fois passé ce cap un peu abrupt de l’enseignant qui ne fait aucune différence entre ses élèves de quatrième et de terminale, ils sont finalement sécurisés par le côté rassurant de celui qui est capable d’expliquer dix fois en boucle, sans s’énerver.

J’ai fait des statistiques cette semaine et je démarre sur des tableaux idiots à compléter avec les élèves de troisième. Je démarre pour le temps mis pour arriver à l’école le lundi matin. Je précise qu’en aucun cas il ne s’agit des élèves internes donc pour les gens qui mettent moins de 15 minutes, il s’agit de gens qui habitent dans les alentours de Pézenas. Qui met moins de 15 minutes ? Les deux tiers de la classe lèvent la main. Je respire, je repose la question. Qui est interne ? Les mêmes deux tiers lèvent la main … Je réexplique que le week-end ils vont chez des gens, la plupart du temps leurs parents, qui ne vivent pas dans le lycée, je repose la question, seulement cinq lèvent la main. Une élève m’interpelle et me demande dans quelle case elle doit se positionner du fait de vivre en garde alternée …………………………… Travailler au collège c’est entrer dans la quatrième dimension, c’est se transcender pour ne jamais s’énerver, pour trouver réponse à tout. Forcément quand vous passez au lycée, que vous n’avez pas de problème de discipline à gérer, que vous avez des élèves qui sont à votre écoute et qui veulent comprendre, c’est comme San Goku qui sort de sa planète où la gravité est multipliée par cent pour redescendre sur terre, c’est beaucoup plus facile. Tant que j’aurai l’énergie, que je serais capable d’avoir un grand sens de la répartie et la maîtrise d’énormes punchlines je continuerai à demander le collège, ce qui fait d’ailleurs l’affaire des collègues qui ne se battent pas pour aller y enseigner.

Detachment l’un des plus beaux films d’Adrien Brody cet homme à la carrière folle qui aura tourné dans le pianiste et dans des navets comme predator

En passant devant le bureau de mon CPE préféré, je vois dans son bureau une fille en pleurs en train d’agiter son téléphone de façon névrotique. Mon CPE m’attrape au passage, forcément, et dans un énorme cri de désespoir, la jeune fille au surnom de choucroute en référence à ses cheveux, m’explique que c’est la fin du monde, qu’elle n’a pas le réseau, que c’est le drame. Elle avait dû être évacuée de cours, elle avait fait une crise de nerfs. Je commence à regarder son téléphone et je constate qu’effectivement, on lui demande un code d’accès pour avoir le réseau. Je lui demande si les factures ont été payées, et dans un hurlement je comprends que le problème ne vient pas de là. Je lui demande si elle a essayé dans un autre téléphone, elle hurle qu’elle a une nano et qu’elle n’a pas pu essayer. Mon CPE a le regard qui brille et appelle son fils pour qu’il amène un téléphone, on met la carte SIM dedans, elle fonctionne, le téléphone sonne, c’est la mère de la jeune fille qui la pourrit parce qu’elle s’était débrouillée pour jouer la même scène à sa mère pendant la récréation avec le téléphone d’une amie. Nouvelle crise de larmes, le monde entier s’acharne sur elle, mon CPE, son fils, et moi-même sommes bien sûr morts de rire dans le bureau. Du fait de voir qu’elle reçoit des SMS, de voir que son monde reprend vie sur le smartphone du fils de mon collègue, elle arrive enfin à se calmer et prend conscience que le téléphone a un problème, je l’embarque, attention histoire technique et curieuse. Il s’agit d’un SAMSUNG Galaxy S6 G920A payé sur Amazon chez un vendeur tiers, je suppose. Les plus avertis d’entre vous auront vu le A à la fin, ce qui signifie que c’est un téléphone américain. Du fait d’avoir un anglais un peu déficient, il semblerait que si l’appareil a été mis à jour en dehors du sol américain, il déclenche un lock de la SIM, tel que nous le constatons. Il y a une histoire de délai de quarante jours que je n’ai pas compris puisque son téléphone a fonctionné pendant une quinzaine. Si en France le problème ne se serait pas posé, puisque l’opérateur doit fournir le code de desimlockage, l’opérateur américain en lien, ça commence à devenir un peu tendu même si je pense avoir compris qu’il s’agissait de AT&T. Si elle n’a pas revendu son téléphone à un pigeon, je pourrais peut-être le débloquer. Pour moi, si je balance une stock rom à l’intérieur, je desimlocke de façon automatique l’appareil et c’est ce que j’ai fait avec le logiciel odin. La procédure n’est pas bien complexe, vous avez des pilotes pour Windows, j’avais sorti un ordinateur du lycée étant donné que je n’ai plus de Windows chez moi, le fameux logiciel et les différentes ROM que vous trouvez sur XDA le forum de référence. On démarre en mode bizarre de Samsung avec la touche volume bas, arrêt / marche le bouton central, le logiciel assez intuitif reconnaît l’appareil.

Je vous montre quelques photos.

le A qui fait quand même toute la différence

les plus observateurs d’entre vous auront vu la plaquette d’immodium, une semaine particulièrement difficile mais où j’aurai quand même perdu plus d’un kilo. Pour l’histoire, j’étais malade comme un chien le mercredi après-midi où j’ai dû prendre la route pour aller chercher ma nouvelle boîte aux lettres, je vous évite les détails.

Même en passant son téléphone en version 7 Nougat, je n’ai pas réussi à faire sauter ce « SIM LOCKAGE ». Je pense que c’est en lien avec le fait que la stock rom est américaine et pas générique ou qu’elle est donnée par AT&T, l’opérateur. A une époque je vous aurais dit que payer une fortune un téléphone est un non sens, néanmoins sur le marché de l’occasion c’est désormais discutable en terme de prix. On va pouvoir mettre 200 € dans un modèle de qualité. Si on évite les surprises comme celles-ci ou le téléphone blacklisté, on va avoir des téléphones qui ont un véritable suivi, bien plus que le téléphone bas de gamme Chinois. Le logiciel Odin est de plus un modèle de convivialité, le site XDA une référence, mon prochain appareil ne sera pas nécessairement du neuf. Si je récupère son téléphone à nouveau et si je m’en sors, je vous donnerai mes démarches, j’ai quelques pistes de plus.

Nous sommes à trois semaines des vacances, la période aura été très rapide, en même temps, je n’ai pas vraiment le temps de m’ennuyer et comme je suis le con qui dit oui, j’ai accepté un stagiaire pour dépanner une collègue. Ça reste quand même un peu injuste, dans le sens où la démarche m’intéresse particulièrement, ça dépendra après du stagiaire, j’en dirai plus quand je l’aurai mis à l’épreuve. Il s’agit d’un élève qui est en terminale BAC PRO SEN, c’est à dire en Service Électronique et Numérique. En gros c’est le plus petit niveau d’informatique qu’on peut avoir, sachant que ce n’est pas un diplôme d’informatique pur jus. Il est regrettable qu’aujourd’hui pour faire de l’informatique, il faut faire un BAC général, une filière scientifique et au plus bas un BTS d’informatique pour au mieux faire la prépa et une école d’ingénieur. Pour faire de la réparation de machines, pour poser des câbles, pour faire de la maintenance usuelle on n’a pas besoin de BAC +5. J’ai laissé en stand by certaines choses à faire, comme le montage de la salle informatique supplémentaire, c’est le stagiaire qui va le faire. A priori pour lui ça devrait être plus intéressant que son précédent stage chez Boulanger où il s’était contenté de faire passer des antivirus sur des PC vérolés. Dans un établissement scolaire, il y a toujours quelque chose à faire, ne serait-ce que d’apprendre à faire du RJ45 et de ghoster des Linux, ce sera toujours plus que ce qu’il a pu faire jusqu’à présent

J’ai deux inquiétudes : le temps que je vais pouvoir lui consacrer, sa compétence et son autonomie. Mon collègue de la technique m’a dit qu’il le prendrait en charge sur mes périodes de cours, l’idée étant quand même qu’il soit toujours occupé mais surtout utile. Je n’ai pas de recul sur ce que peut donner un élève de terminale dans cette branche. Comprenez que les filières que je connais c’est le VITI, cet individu à part qui vendange pendant toute la journée en racontant des blagues salaces, des jeunes qui font du service à la personne et que vous croisez à l’aise dans un pavillon alzheimer. En terminale, j’ai des élèves qui sont parfois tellement professionnelles, qu’elles sont appelées pour faire des remplacements dans des maisons de retraite. Je suis en droit donc d’avoir des attentes. L’entretien a été une catastrophe, des cheveux longs et détachés, une barbe qui ne pousse pas, des lunettes, la caricature du nerd, il n’a quasiment pas aligné trois mots. J’ai demandé s’il codait, ce qu’il intéressait en informatique, une tombe. Les jeunes ne se rendent pas compte de l’importance du premier contact, de l’importance de leur apparence, d’avoir l’air passionné, intéressé, réactif, sympa, ouvert. J’ai donc des exigences qui sont relevées et je vais avoir des exigences qui vont être encore plus tordues quand je sais par exemple que mon gamin est capable de faire ce que je vais attendre au minimum du stagiaire alors qu’il est en troisième. Vous pouvez me trouver rude mais en fait c’est le contraire. J’ai l’habitude de travailler avec les jeunes, de faire retirer les casquettes, d’avoir des gamins qui ont des piercings, des écarteurs, des gros tatouages. Comprenez que quand nos jeunes feraient peur à n’importe quelle petite vieille, nous c’est notre quotidien. Il n’empêche qu’il est de notre devoir de rappeler les codes du travail et qu’il est rageant de se dire que les collègues de son établissement n’ont pas donné quelques règles de base.

A suivre donc, ça et le reste, j’espère pouvoir dégager un peu de temps personnel pour la détente, pour l’heure ce n’est pas à l’ordre du jour mais ce que je fais en ce moment est plutôt passionnant.

Mon stagiaire et ses camarades de classe

Souvenir : en écrivant la fin de mon billet, je me rappelle d’une classe que j’ai eu dans mon précédent lycée avec un élève du nom de Marvin. Le garçon en classe de terminale circulait dans les rues de Clermont l’Hérault en BM, chaînes en or, tatouage sur le cou, casquette et énormes lunettes noires, il faisait un bon mètre quatre vingt cinq et le poids qui va avec. Barman dans une discothèque, il avait commencé à se faire une petite réputation dans le RAP. Quand on le croisait dans les couloirs du lycée, à n’importe quelle heure, qu’il fasse jour ou nuit, il avait l’intégralité de la panoplie que nous avions renoncé à lui faire retirer. A l’époque nous partagions nos locaux avec un lycée très chic, certaines enseignantes qui n’avaient pas l’habitude d’avoir ce profil d’élèves avaient peur de se faire agresser quand le garçon était plutôt travailleur et fort courtois.