Complément 45 – Au revoir les enfants

21/06/2018 Non Par cborne

J’ai donc effectué mes dernières heures de face-à-face élève, deux heures de sujet de maths, et une heure de goûter. C’est une bizarrerie désormais, on finit avec des goûters. Ça montre le côté gamin de nos élèves, mais aussi un attachement, ils font des photos avec nous qu’ils balancent sur snapchat ou instagram, ils sont contents, nous aussi. Si on devait définir aujourd’hui la relation entre les élèves et les profs, je dirai parents à temps partiel. On éduque, on gueule, on fait des goûters.

J’avais cours l’après-midi seulement, c’est donc naturellement que je me suis pointé à 8 heures le matin. Il faut comprendre que quand tu fais 50 bornes pour venir et qu’il t’en reste 50 pour rentrer, qu’en ce moment c’est plus une heure de route que 40 minutes parce que le sud est en train de se remplir de l’envahisseur aux cheveux argentés, tu ne te déplaces pas pour rien. Il restait une poignée de quatrièmes et vous le savez, j’aime faire travailler les enfants, un métier, une passion. Ma collègue était ravie que j’occupe les petits, j’ai refait deux salles informatiques.

Souvenez-vous, cette année j’achetais une palette de PC, à base de dual core, il s’agissait surtout de sauter sur l’occasion. Pendant l’année j’ai fait remplacer les ordis de la salle des profs, ma salle informatique par « cheveux » mon stagiaire, j’en ai profité pour en faire donc deux de plus. Il y avait un AVS qui s’ennuyait et qui ne savait pas quoi faire qui m’a suivi, à huit donc, on a viré 32 postes, remis 32 nouveaux, viré les mémoires et les disques durs des anciennes unités, chargé les vieilles tours dans le partner. Ce matin avec ma fille qui est en vacances, direction Coursan pour les donner à mon fournisseur qui se lance dans le recyclage des déchets électroniques. Je suis content, ces gamins que je ne connaissais pas étaient non seulement intéressés, posaient des questions sur les machines, et plutôt efficaces pour des gamins de 14 ans. Comme je serai leur prof de maths l’an prochain j’ai trouvé mon équipe de déménageurs. Mes collègues m’ont dit que c’étaient des gosses qui pouvaient être lourdingues en classe, c’est ici qu’on réalise la dualité chez l’enfant, un gosse pénible parce qu’il n’est pas intéressé par le scolaire mais de bonne volonté pour des tâches qui pourraient être considérées comme ingrates.

Il est dommage que nombreux sont ceux qui finissent avec des films les années scolaires, mouiller la chemise avec des élèves pour améliorer le confort du lycée, c’est rajouter un lien avec les enfants, c’est les pousser à respecter le matériel. C’est presque un coup à se prendre une classe de quatrième et faire deux semaines de ménage de fin d’année, de peinture en bâtiment ou je ne sais quoi.

Mes ordis sous Linux étaient clonés à l’avance, il m’a fallu juste faire un coup de nano /etc/hostname pour mettre le nom qui va bien, un coup d’apt-get update && apt-get dist-upgrade et en voiture Simone, on peut attaquer la rentrée. Voyez ici tout cet égoïsme que je mets au service de ma propre cause. J’utilise Linux pour faire du Windows, j’utilise Linux car c’est la solution la plus adaptée et la plus évidente pour tourner sur des dualcore sans avoir à me soucier de licences quelconque, je fais vivre du matériel qui pourrait être considéré comme obsolète, j’enterre du vieux matériel dont désormais personne ne veut plus. Voici ma notion de liberté en cette fin d’année scolaire 2018, la liberté d’utiliser les solutions techniques sans aucune trace de philosophie collective, je joue perso, limite open source, c’est la joke du moment.

Je ne suis pas en vacances, je n’ai pas attaqué les réunions, j’ai une période jusqu’à mardi prochain à « ne rien faire ». J’ai ma fille à la maison, elle finit son année de cinquième, les livres sont rendus depuis lundi, son conseil de classe a été réalisé le 11 juin, les collègues s’étonnent que les enfants ne restent pas à l’école. Il est évident que pour venir voir des films à l’école, autant faire autre chose, comme des ordis ou de la cuisine avec son père. Pas désagréable, la plage est à nous, les envahisseurs ont l’air d’être plus nombreux sur la route qu’en bord de mer, prendre le temps de faire le marché, de jeter des feuilles mortes, manger dehors, la belle vie.

La semaine prochaine les fameuses réunions bilan de fin d’année, comme elles sont calées sur des demi-journées, j’en profiterai pour finir, j’ai en effet laissé la salle des serveurs dans un sale état.

Ma fille me donnera un coup de main pour faire le tri dans le matériel, finir de vider, ranger. C’est assez impressionnant de se dire que cela fait trois ans que je continue de vivre la même chose, que chaque année je fais le vide et que pourtant il y a encore à vider. Vous pouvez voir sur la photo de droite les écrans que mon fournisseur m’a donnés, si vous êtes dans mon coin ou que vous n’avez pas peur de rouler, je peux vous donner ses coordonnées pour acheter ou pour vider du PIV n’hésitez pas à me contacter, le gars est sympa, sérieux et honnête avec des tarifs de compétition pour du matériel professionnel d’occasion.

Cela va vous paraître idiot puisque pour l’informatique extra-scolaire, il ne s’agit que de chaînes que je me suis mises pendant des années, mais depuis que j’ai décidé de ne plus rien faire, j’accueille ma propre nouvelle et ma décision avec soulagement surtout quand on voit ça :

Notre petit monde est en train de se casser la gueule et j’ai vraiment mais vraiment du mal à m’en émouvoir. S’il fallait vraiment poser les mots, je pense que c’est l’opensource qui est en train de gagner la bataille. Il y a quelques années, j’aurai dit que c’est une simple histoire de mots, aujourd’hui je comprends pleinement la différence. L’opensource c’est le libre dénué de philosophie. En gros, la façon de faire, le code source ouvert, le travail collaboratif, c’est de l’opensource. Vous prenez un programme qui a donc le code ouvert qui est accessible et vous lui collez cinquante spywares à l’intérieur avec un code tout aussi ouvert, c’est la différence avec le logiciel libre qui dirait que ce n’est pas éthique. L’article de Sébastien a ceci de pertinent c’est qu’il ajoute une pierre à l’édifice de la distance qu’on a entre le commun des mortels et les professionnels de l’informatique, certainement la même distance qu’on a entre le berger et ses moutons. Pour l’article d’Alterlibriste, il va un peu plus loin dans la réflexion sur le podcast de France Culture qui je pense aura remué pas mal les tripes des libristes qui auront pu l’écouter. Alors effectivement il reste nous, c’est à dire plus grand monde. Quand on voit qu’on s’interroge sur le devenir du planet-libre, qu’on s’interroge assez mal d’ailleurs, c’est en tout cas mon opinion, quand on sait que le jdh existe, oui, il ne reste plus grand monde. Le planet-libre était une institution à l’époque, je peux en parler pour avoir fait partie des administrateurs, lorsque sortait une nouvelle version d’Ubuntu ou de Firefox c’était plus de 10 billets différents qui paraissaient, on était obligé de modérer les billets. Qui publie encore un billet sur la nouvelle version de Firefox ou d’Ubuntu ?

La communication du libre francophone va franchement mal, de moins en moins de gens pour en parler, et ne pas avoir les mots pour le dire. Remplaçons peut-être libre par éthique, ne nous arrêtons plus à un code source qui peut être ouvert ou fermé, Microsoft premier contributeur de Github pour donner un exemple d’éthique et de code source, penchons nous plutôt sur les acteurs, les gens qui font le libre mais pas seulement. Les gars qui vivent en autarcie avec leur eau de pluie, les gens qui utilisent l’eau de la douche pour leurs toilettes, ou ces personnes qui sont capables de produire des tonnes de légumes en permaculture chaque année. Incluons rapidement le logiciel libre dans un packaging de solutions qui permettent de vivre différemment, qui permettent de vivre mieux.

On a longtemps fantasmé l’idée dans laquelle des millions de Michu viendraient à l’informatique avec la compréhension du libre, contribueraient, donneraient de l’argent, viendraient grossir les rangs. Je pense qu’on peut le dire, c’est un échec cuisant. Comprenant que quelque chose a bloqué, se situant entre l’incompréhension informatique, l’indifférence et bien d’autres facteurs, on se dit que la libération ne viendra pas du petit peuple mais de professionnels qui vont se lancer. Je n’y crois pas deux minutes, je reste convaincu qu’il faut au moins un grand acteur mais centraliser dans le libre, c’est pire que traiter ta mère. Je crois aussi qu’il faut arrêter de chercher le public où il n’existe pas. Comprenez qu’on pensait que tout le monde pouvait passer à Linux, c’est une erreur. Cela dépasse la prédisposition technique, c’est le caractère éthique qui prédomine et c’est ici que le libre pourrait tirer son épingle du jeu. Alors que les technophiles sont en train de passer du côté obscur de l’opensource qu’on traduira j’utilise au maximum du libre mais si je ne peux pas comme avec mon smartphone c’est pas bien grave, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir changer de façon de vivre, de s’alimenter, de consommer, si bien qu’ils deviennent réceptifs. A une époque je vous aurais dit qu’on peut faire passer le message chez les bobos, je pense que ce n’est plus vrai, mais plutôt vers toute personne qui a un peu de conscience. Et c’est d’ailleurs ici le paradoxe, alors que les gens jusqu’à maintenant se moquaient totalement de ce que pouvait être leur environnement informatique, maintenant que les consciences s’éveillent sur tous les sujets de société importants dont l’informatique, les logiciels libres à part les grands classiques comme Firefox dont la part de marché s’effrite ou Libreoffice qui va devoir passer dans les nuages avant d’avoir un problème, deviennent de plus en plus inaccessibles. La balle est désormais dans le camp de tout le monde pour savoir si ça en vaut vraiment la peine.

Pour l’heure je vous laisse avec ceci, j’en sors.

En fait je ne vous laisse pas avec ceci, il s’agit d’une photo réalisée ce soir avec mon nouveau téléphone un Asus Zenphone Live ZB501KL. Comme je l’avais précisé, les caractéristiques sont similaires à celles de mon OBI MV1, j’étais toutefois content d’un capteur à 13 Mp. Une fois de plus, preuve est faite que ce n’est pas le nombre de mégapixels qui fait la différence, les photos sont moins bonnes par rapport au 8 Mp du précédent. Il faut vraiment prendre le temps que ça se stabilise, sinon c’est dégueulasse. Je comptais prendre les chatons qui ont élu domicile dans le jardin du voisin, vous vous doutez que la stabilisation, ils ont eu le temps de partir trois fois avant de prendre la photo. Le téléphone embarque 12000 applications qu’on ne peut pas retirer bien sûr, sinon ce serait trop facile, nous vivons dans un monde de régression où il faut se résoudre à accepter les logiciels sur son téléphone à moins de le rooter par des manipulations complexes, plus on avance plus on recule, le QI, l’espérance de vie, ce qu’on peut faire avec son OS.

Android c’est de la merde, et je ne vois pas de sauveur à l’horizon, c’est presque à réfléchir à se lancer dans l’écosystème Apple en occasion.