Complément 4

19/09/2017 Non Par cborne

Parmi les promesses de campagne d’Emmanuel Macron, l’interdiction du téléphone portable. Les promesses c’est souvent en politique des choses qui ne sont pas tenues, et curieusement alors qu’on attend les candidats sur des tas de sujets, c’est le moins intéressant qui est retenu, on étudie encore l’interdiction du portable dans les écoles. Alors qu’on a une école à bout de souffle, une école qui en a ras le bol du « plus » systématique qui vient se rajouter à un vase trop plein, une école qui aimerait qu’on arrive à des choses simplifiées et logiques. Qu’on s’inquiète de la santé des jeunes face aux écrans, oui, mais qu’on mène les raisonnements jusqu’au bout. Si on s’inquiète de la santé des jeunes, qu’on emprisonne les parents qui payent des cigarettes à des enfants de 13 ans, qu’on s’interroge sur la consommation d’alcool et de cannabis, qu’on s’interroge sur les programmes télés. Malheureusement si on commençait à s’intéresser de trop près à la vie de nos jeunes, ce ne sont pas des prisons qu’il faudrait ouvrir mais des maisons d’enfants pour accueillir tous les enfants chez qui ça dysfonctionne. Il faudrait aussi ouvrir des prisons finalement pour mettre les professionnels du marketing, quelques producteurs d’émissions de télé et j’en passe. On préfère finalement reporter le problème sur le système scolaire avec l’équation à résoudre : soit un chef d’établissement de 700 collégiens, 650 parmi eux ont un téléphone portable, débrouillez vous pour mettre 700 casiers, les récupérer le matin, leur rendre le soir.

Avant la cratérisation du blog, j’avais écrit un article pour expliquer que ce n’était pas la solution et qu’au contraire on réfléchissait mal. On veut une France numérique, on ne sait pas par quel bout la prendre et pourtant nos élèves ont tous les jours l’équivalent d’un ordinateur dans la poche. On ne fait rien de ce matériel, on le diabolise et comme j’aime à le faire remarquer, nous sommes moins dans une situation de « drogue » qu’on a pu connaître il y a quelques années. On surprend de moins en moins d’élèves avec le téléphone portable qu’on ne le faisait, l’effet de la nouveauté est passé, nous allons entrer dans l’ère de la normalité, enfin on l’espère.

une représentation de deux jeunes en train d’écouter certainement du Jul avec un appareil qui coûte 800 €. Comme quoi le mauvais goût n’a pas de prix.

Frederic Serriere publie un article de blog qui pourrait paraître une Lapalissade sur le fait que les technologies pour les seniors sont amenées à disparaître. Le téléphone pour vieux c’est ça, le doro :

De grosses touches, de la simplification, mais aussi un prix important pour ce qui reste tout de même un produit amputé. Si je prends l’exemple de ma mère, sa première fois sur internet a été réalisée avec un Windows Phone aux environs de 65 ans, qu’elle continue d’utiliser encore. J’entends par là, alors que c’est une dame qui n’a jamais touché un ordinateur de sa vie, elle n’a pas eu besoin de passer par la case téléphone de vieux, il suffit d’avoir un téléphone avec une interface ergonomique et quelqu’un pour guider. L’article explique que les gens de mon âge seront les vieux de demain et qu’à moins qu’on assiste à une révolution des interfaces, il n’y a plus de raison particulière sur le long terme de pousser des produits castrés pour les seniors. C’est une interrogation que j’ai envie de faire dans l’autre sens, à savoir des interfaces adaptées pour les plus jeunes comme on le fait avec certaines distributions Linux. Si on reste cohérent, il faudrait mettre à l’abri les enfants des écrans jusqu’au moins l’âge de 3 ans selon certains, on peut monter jusqu’à 6 si on inclue les tablettes et les consoles. Est-il réellement utile de s’investir dans des ergonomies particulières pour un public en voie de disparition d’un côté, en devenir de l’autre ? Je ne le crois pas. Je le crois d’autant moins que les ressources pourraient être déployées dans d’autres domaines, une protection infantile efficace, même si on le sait, un enfant devrait être toujours accompagné face aux écrans, ce qui reste la meilleure des préventions.

Dominique Nora a écrit l’article Oui, on peut (et on doit) taxer les GAFA ! Voici comment. On explique en substance que les politiques se réveillent enfin, et qu’on commence à se dire que ces sociétés qui engrangent des milliards doivent de façon impérative payer leur impôt. A priori les pistes vers lesquelles veut s’engager le ministre Bruno Le Maire ne sont pas les bonnes, il faut dire que la dématérialisation de ces sociétés aide beaucoup, pour preuve l’épisode de l’open bar de l’armée avec un achat réalisé au siège irlandais de Microsoft. Je reste persuadé que l’état doit être un rempart contre le capitalisme sauvage et qu’un état doit le cas échéant marquer sa souveraineté. Concrètement quand on lit que le patron de venteprivee.com, site français, a payé plus d’impôts que tous les GAFA réunis, on comprend qu’il est dans notre intérêt de jouer la carte du bras de fer. Lorsqu’on sait que des sociétés comme Facebook sont prêtes à coopérer avec les autorités chinoises pour faciliter le traçage des usagers, si un pays comme la France y va à l’ancienne en bloquant comme un site Warez, les Facebooks, les Amazon et les autres jusqu’à ce qu’ils payent, les autres pays du monde feront de même et on arrivera enfin à une décision juste pour ces sociétés, mais aussi pour les nôtres qui payent l’impôt en France ainsi que des salariés. La politique c’est une question de courage, si demain le gouvernement Macron impose la coupure de Facebook si l’impôt n’est pas payé en expliquant la démarche, je suis convaincu que le président prend 20 points dans les sondages.

Un scrabble à quelques centaines de millions d’euros

Un peu dans le même créneau, on apprend que Dailymotion racheté par Vivendi n’en finit plus de mourir. L’audimat est en berne et l’explication est simple, manque de contenu. J’avais écrit dans un billet que nous nourrissions ces plateformes et que c’est de nos travaux qu’elles vivaient, c’est le cas. L’histoire n’est pas sans rappeler celle de Windows Phone, un géant comme Microsoft s’il n’arrive pas à convaincre les gens de produire des applications sur son appareil, ne parviendra pas à convaincre des gens d’acheter ses appareils. La problématique est identique, Dailymotion n’est pas attractif, ringard, n’a pas de créneau particulier si ce n’est d’être le concurrent historique de Youtube, on ne prend pas le temps de poster des vidéos sur ce site car l’audience est ridicule, les gens préférant jouer la carte de la sécurité en utilisant Youtube. A terme Dailymotion finira par disparaître car pas assez rentable,  les seuls pouvant s’opposer à Youtube sont Facebook, Twitch, Amazon, il ne faudra pas oublier de regarder du côté de reddit qui se lance à son tour dans la vidéo. A l’instar d’une décision gouvernementale, nous sommes encore dans la question du choix. Oui, il paraît impossible de se passer d’un grand de l’Internet quand le nombre de vues se compte en millions, et on se met tout de même à regretter que les technologies de p2p qui pourraient facilement utiliser nos bandes passantes de façon intelligente ne font pas naître une plateforme indépendante où l’on engraisse personne. Pour l’heure Youtube paraît intouchable, c’est triste d’en arriver là, mais il est à espérer que les gros acteurs se livrent une guerre acharnée pour récupérer les créateurs, de façon à ce que ce soit ceux qui réalisent qui puissent avoir quelques cartes en main et ne plus être l’esclave d’une seule compagnie, en l’occurrence Google. Il serait intéressant toutefois que certains dont la notoriété n’est plus à prouver essaient de se lancer de façon indépendante avec d’autres partenaires, des gens aux reins suffisamment solides pour encaisser des millions de vues.

J’avais vu un film assez mauvais du nom d’internet famous :

Il s’agissait d’un concours de gens devenus célèbres par Youtube et qui participaient à une émission pour devenir animateur de télé. Il s’agit d’une comédie crasse américaine mais qui visait plutôt juste à l’instar d’un idiocracy, je vais vous spoiler la fin. La gagnante est l’équivalente du Star Wars Kid, elle se retrouve à faire une danse pour le moins ridicule qui va être détournée et vue des centaines de millions de fois. Parmi les personnages, on a un type qui a trouvé le concept de traumatiser son bébé en lui faisant croire qu’il est kidnappé par des monstres ou qu’il se fait tuer dans un bar. Quand on dit que la réalité dépasse souvent la fiction, un couple aux états unis a perdu la garde de ses enfants car il faisait preuve de cruauté, histoire d’être drôle, c’est le phénomène des pranksters. Par exemple, se filmer en train de casser la console de l’enfant à coup de marteau, on filme, on observe, on fait des millions de vues. Ce qui est dérangeant ici, outre le fait que les parents pour de l’audience soient prêts à faire n’importe quoi, c’est l’indifférence de Youtube qui n’a pas réagi, mais surtout le fait qu’il y a un public pour ça. Les réseaux sociaux, Youtube, n’apportent pas que du bonheur et c’est ainsi que malgré la possibilité de pouvoir parler à quelqu’un à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, 700 000 jeunes en France sont en situation d’isolement.

Pour finir sur une note plus gaie, voici l’information qui finira certainement de clouer le cercueil de Firefox : Chrome va bloquer la lecture automatique des vidéos, car c’est réellement ça la plaie de l’Internet.