Complément 38 – on va tous mourir

11/05/2018 Non Par cborne

Cela fait plusieurs jours que je n’ai pas écrit, l’explication est très simple, ça s’appelle soldes sur le playstore. J’ai acheté Bloodborne, un jeu qu’on a baptisé à ma gloire, sang de Borne, et le très très honteux Dark Souls II sin of the first scholar. Je l’ai fait dans cet ordre et il faut dire qu’il m’a fallu un certain temps pour réussir à passer de Bloodborne pour le moins très rapide à Dark Souls II pour le moins très lent. Pour ceux qui ne savent pas ce que sont ces jeux, sachez que ce sont les seuls jeux qui méritent d’être joués, rejoués, et que si Sony arrive à baratiner From Software de faire un truc dans cette veine pour la PS5, je ferai certainement partie des couillons qui iront acheter la nouvelle console. La saga des Souls ce sont des jeux particulièrement hardcore où l’on meurt très très très souvent. Ce qui est assez extraordinaire c’est la mise en scène, un couloir très long, qui débouche sur une pièce gigantesque avec du sang partout, une cinématique vous présente un monstre, vous vous faites charger, ça y est vous êtes mort. La création d’ambiance est prodigieuse, jouer à ces jeux c’est un sport, c’est un défi. Je ne vous cache pas que je mettrai la main à la poche pour la version Remastered de Dark Souls.

Bloodborne est un produit réalisé spécialement pour la PS4, qui n’a pas de lien avec la saga des Souls. Le vrai reproche qu’on peut faire à ces jeux c’est la compréhension du scénario. Je salue l’auteur du site chroniques ludiques qui s’y est essayé, on dira qu’on joue plus pour l’ambiance que pour l’histoire, mais cela reste tout de même un manque. Il s’agit globalement d’une nuit de chasse, vous êtes un chasseur, et vous devez massacrer des monstres. Bloodborne contrairement à la série des Souls est un jeu nerveux, comprenez qu’il faut sauter comme un cabri, quand dans les Souls on peut faire différemment, la grosse armure et le bouclier. Dans Bloodborne vous jouez avec une arme rapide ou lourde, le flingue à la ceinture. Il s’agit d’une arme indispensable, elle permet de bloquer l’adversaire et de lui faire une attaque fatale. J’ai re-re-re-fini le jeu en faisant tous les boss ou presque, seul, je suis resté coincé dans le DLC sur un monstre un peu violent. S’il fallait commencer les Souls, je pense que ce n’est pas la plus mauvaise option, il n’y a pas d’interrogation quant au poids, quant au choix des armures, quant à l’utilisation de la magie qui est quasiment anecdotique, c’est de l’ésotérisme, le jeu c’est soit dextérité soit force.

Dark Souls II : sin of the first scholar est la version PS4 de Dark Souls II en version HD avec tous les addons et c’est une honte. A l’époque la charte graphique de Dark Souls II choquait par rapport au premier opus, pas que ça d’ailleurs, le fait de ne plus avoir la carte totalement interconnectée. C’est une des forces du jeu, on débloque un passage on revient à un endroit qu’on connaît déjà, Dark Souls II se rapproche davantage de Demon Souls, un point central, une castagne d’un boss final puis on prend une autre direction. Une fois qu’on a passé certains détails comme le personnage qui donne l’impression de faire du ski de fond, on passe un très bon moment, le mode en ligne aidant, jouer aux Souls à plusieurs c’est génial. L’aventure est solo, vous mettez votre marque d’invocation au sol pour aider des joueurs et réciproquement, tout se fait par emotes, on joue avec des personnes de toutes les nationalités en langue des signes. Il fallait bien vendre Dark Souls II et je pense que la peur, c’est que les joueurs de PS3 ne mettent pas la main à la poche, on a donc expliqué qu’on a remanié le jeu pour une expérience plus intense, c’est un massacre.

Ceci n’intéressera que les gens qui connaissent le jeu, pour les autres, contentez-vous de vous rappeler que vous pouvez désormais zapper cet opus de la série ou acheter une version PC ou PS3. Dans le jeu, il y a un truc de rigolo, ce sont des personnages pétrifiés. Il y a des branches qui permettent de les ramener à la normale, on va découvrir par exemple qu’il s’agit de la madame de la pyromancie ou d’un magicien qui vend des trucs plutôt sympathiques. Dès le départ dans la zone de découverte, il y a un monstre qui bloque une des entrées, il s’agit de l’accès aux deux hippopotames, dans cette zone vous trouvez un coffre qui vous permet de changer de sexe à volonté. La technique du monstre pétrifié est utilisée à outrance dans le jeu, c’est un massacre du level design. Et curieusement qui se trouve dans cette zone ? Copain.

Le poursuivant, le traqueur, est un monstre emblématique de Dark Souls 2. La première fois que vous le rencontrez c’est sur une place complètement vide, il vous tombe dessus depuis un aigle. A ce niveau de jeu, vous vous faites massacrer, sauf si vous le faites en coopération. C’est d’ailleurs le monstre le plus emblématique qui montre l’importance du jeu à plusieurs. Vous retrouvez ce monstre plus loin, la différence c’est qu’il y a deux arbalètes géantes. Quand on sait, il suffit d’un personnage qui attire le monstre pendant que l’autre balance des carreaux, le monstre est tué en dix secondes. Dans ce nouveau run, je ne suis allé que jusqu’à la prêtresse, j’ai croisé, je pense, cinq fois le monstre. Ce n’importe quoi, on le retrouve de partout, c’est la surenchère permanente. Un dragon fait désormais son apparition devant la cathédrale bleu, il y a des monstres dans tous les coins, et cela va avoir quelques conséquences facheuses :

  • le joueur débutant va s’écœurer du jeu,
  • le joueur chevrauné va gagner des niveaux trop vite, c’est mon cas. Malgré les dispositions différentes, le nombre d’ennemi, sans être une promenade de santé, je n’avais pas fait le premier gros boss que j’avais déjà le niveau … 80. Le problème c’est que ça casse le multi-joueur complètement, on ne trouve plus personne avec qui jouer.
  • la difficulté ne vient plus des boss surtout quand on a fait bloodborne et ses monstres qui tabassent fort en allant tellement vite qu’on a l’impression qu’ils se téléportent, mais des monstres qui sont partout et rajoutés dans tous les coins n’importe comment d’ailleurs. Ce nombre de monstres bien trop important a aussi une conséquence sur le gameplay, à la magie c’est trop laborieux. J’ai tout fait ou presque à la massue, sans bouclier, la massue a un effet de paralysie sur les monstres, très efficace sur les armures, on voit bien se profiler un profil force pour faire le jeu tranquille. Je vais d’ailleurs recommencer ma partie dans ce sens là.

Ce remix est une catastrophe, le travail initial réalisé par From Software est complètement dénaturé, c’est à se demander si on n’a pas donné un éditeur de niveau à un stagiaire. Alors que le jeu repose principalement sur ce calcul, celui qui consiste à mettre les choses au bon endroit, c’est le n’importe quoi le plus complet.

Forcément avec un titre pareil, vous ne vous attendiez pas à ce que j’évoque la mort dans les jeux from software mais plutôt la mort éditoriale de Hardware.fr. Vous pouvez lire le témoignage de Pierre, car c’est vraiment plus qu’un ressenti, c’est une implication personnelle dans une histoire qu’il connaît bien. Vous pouvez lire aussi le billet raté de Cascador, qui réussit à avoir tort en même pas dix lignes, presque une performance. Non, le modèle publicitaire n’est pas mort, c’est autre chose de plus profond : générosité, une certaine forme de gratuité, peut-être un peu la passion, certainement une part d’humanité.

Si vous lisez à gauche à droite, les commentaires, ce que racontent les gens qui donnent du gratuit sans contrepartie, c’est assez simple :

  • l’internet est un insultron, personne ne dit merci, tout le monde te crache à la gueule.
  • tu fais du gratuit, tu peux mettre douze manières de donner de façon différente, tu vas pas gagner un centime quand tu réalises que tes tutoriels qui ont aidé des gens ont été vus des milliers de fois.

Le problème est toujours le même, c’est la valorisation de ce qui est perçu comme un effort et l’attente d’une récompense, c’est certainement ici que le problème se pose, l’un des problèmes. On a vu que Firefox allait mettre de la publicité dans son navigateur, publicité respectueuse tout ça, ils ont bien raison. Qui travaille pour la gloire ? Personnellement pas moi, je ne fais pas de l’enseignement par loisir, je le fais pour gagner ma vie. On ira vous expliquer que Mozilla c’est des salauds, qu’Ubuntu qui fait un peu de récolte de données c’est des pourris, c’est faux, les pourris sont ceux qui profitent du système sans rien donner en retour. Notez qu’à chaque fois que je publie quelque chose d’intérêt public, je fais vivre le système, toi le crevard derrière ton écran, tu devrais t’interroger quant à ta participation. Ces saines bases étant posées, il n’est pas étonnant que les indépendants se lassent. Si demain j’apprends que Pierre ferme boutique pour se faire racheter par un site comme ça a avait été le cas à l’époque avec blogeee, je n’irai pas lui jeter la pierre, jeter la pierre à Pierre, je suis bon ce matin, il pourra faire de vraies vacances en famille, arrêter de tester des produits qui ne l’intéressent pas, ne pas se poser de questions pour demain, en tout cas moins. Est-ce qu’Hardware.fr aurait arrêté son éditoral si ça rapportait une blinde ? Je ne pense pas. Le site n’a pas fait de compromis sur la pub, sur les billets sponsorisés, sur la qualité de merde qui fait qu’un site finit par perdre son âme, et c’est certainement un problème.

Il y a des matins, travailleur, je sais que tu ne vas pas au boulot la fleur au fusil, et n’ayons pas peur de le dire ça te gonfle un peu. Je dois t’avouer  que parfois moi-même, me taper quatre heures de troisième ne me motive pas forcément, et pourtant je le fais quand même. Je le fais, je le fais bien d’ailleurs, parfois sans passion, mais de façon très professionnelle car il faut le faire, c’est mon métier, je le dois à mes élèves dont c’est l’avenir, à mon employeur qui me rémunère pour le faire.

Alors quand vous prenez votre clavier et que vous vous lancez dans la rédaction d’un comparatif de 24 pages de processeur qui ne va rien vous rapporter, quelques mercis qui ne nourrissent pas l’homme, quelques commentaires désobligeants pour vous expliquer que vous avez fait n’importe quoi, n’est-on pas en droit de se poser la question si on n’avait pas mieux à faire comme jouer à Dark Souls ?

Si la passion n’y est pas, l’argent aide souvent. Ce n’est pas parce qu’on fait quelque chose sans passion qu’on le fait mal, par contre ce qui est certain c’est qu’on le fait, obligation professionnelle oblige. L’internet gratuit meurt de sa gratuité, à force d’avoir tout donné, on a fini par ne savoir que prendre. Rassurez-vous, les formules premium, les articles qui ne peuvent être lus que si on paye, sont là pour nous rappeler que l’internet gratuit c’est fini.

Je finirai bien par une note optimiste mais il n’y en a pas. Les gens qui ont un peu de talent ont compris qu’il était urgent d’arrêter de distiller l’information sans contrepartie, ils participent à des sites qui font payer, écrivent des bouquins. Alors effectivement, ce n’est pas réellement un moyen pour s’enrichir, mais tant qu’à se faire insulter, autant le faire pour quelques euros, on peut se dire au moins qu’on n’a pas tout perdu.

Si vous aimez ce blog, mes quelques parutions, n’hésitez pas à me motiver en me donnant quelques sous. Par les trois moyens mis à disposition sur ce blog. Voyez qu’en toutes circonstances, il ne faut jamais perdre le sens de l’humour.