Complément 3

08/09/2017 Non Par cborne

J’ai donc effectué ma rentrée 2017. Le réveil à 6 heures du matin, la plus belle route de France, le corps est en souffrance, j’ai perdu 1.5 kilo en à peine quelques jours. Le fait de vivre dans un rythme complètement différent pendant l’été, le repas à l’espagnole à 14 heures, les heures de coucher tardives, la serviette de plage, me font dire que je serai mort six mois après la retraite et qu’il va devenir urgent de se discipliner physiquement. Même si je ne suis plus professeur principal, on m’a demandé de participer à la journée d’intégration. J’ai passé ma journée à me moquer de mes collègues pour dire que je me contenterai de prendre des photos et que je ne ferai rien de plus. Chassez l’enseignant, il revient au galop, la casquette de l’un, le vocabulaire de l’autre, remettre les gamins dans le rang, la routine de notre métier qui dépasse largement le cadre de l’enseignement.

Dans notre planning nous sommes allés visiter l’aquarium d’Agde que je ne connaissais pas. C’est un petit aquarium et j’ai vécu une visite douze fois plus intéressante que celle que j’ai pu faire à l’Odysseum bien plus riche pourtant. Cela rejoint le billet sur l’apprentissage d’Iceman, nous avions une animatrice qui était réellement passionnante, plus intéressante en tout cas pour moi que les nombreuses pancartes qu’on peut être amené à lire de façon habituelle. J’ai découvert par exemple que si le requin nageait tout le temps c’est qu’il n’avait pas d’autre choix sinon il meurt. Toujours pour les requins, le mythe du requin tueur d’homme n’existe pas. Le requin confond le surfeur avec une tortue, lorsqu’il se rend compte de son erreur, il n’y retourne pas. Un peu comme si vous aviez mangé un aliment périmé, vous recrachez. La logique se tient, on n’aurait pas des surfeurs pour expliquer qu’ils ont perdu un bras ou une jambe, ils auraient été dévorés complètement si le surfeur faisait partie du régime alimentaire du requin.

le poisson dory, elle m’a vu et m’a directement oublié, une bien triste histoire

Alors que j’ai trouvé l’exposé, les contenus vraiment intéressants car ils étaient racontés par une passionnée, les élèves décrochent. Maintenir autant d’attention, avaler autant de contenus c’est difficile pour eux. Comme je l’expliquais à l’animatrice, il aurait fallu qu’on s’arrête toutes les trente minutes pour faire une activité pâte à sel. Le pouvoir de concentration n’est pas assez important, et c’est la démonstration que quelle que soit la compétence de l’enseignant, il est impératif de varier les activités, du cours, des exercices, une évaluation, un TP, la génération zapping n’est pas une légende nous vivons avec elle au quotidien. Nous avons enchaîné sur le parcours accrobranche Agd’Aventure. C’est un très joli parc, nous avons été très bien accueillis par des professionnels qui ont pris le temps d’expliquer aux jeunes, d’encourager les moins téméraires, et je pense le plus important : nous offrir le café.

j’aurai pu éviter de le flouter, il avait la mèche rebelle sur les yeux. Des cheveux qui tombent sur les yeux, vous imaginez ! Des cheveux !

Il y a quelques années, je vous aurais dit que ce genre de journée ne sert absolument à rien, en vieillissant j’en reviens. Vous verrez, un jour je finirai gai comme un pinson à danser dans les guinguettes, à me déhancher au son de l’accordéon. Pour les gamins c’est l’occasion de tisser les premiers liens avec les autres, pour nous c’est l’occasion de repérer les premiers problèmes et de les régler. J’avais remplacé ma collègue prof principal pour la première heure du début d’après midi de la rentrée, trois filles très énervées et un drôle. J’ai mis au coin une des gamines avec sa table, une autre n’a pas desserré la mâchoire en me regardant méchamment, et la dernière très agitée a été surprise quand je l’ai mise à la porte pour lui dire de revenir au moment où elle jugerait qu’elle est calmée. Le drôle fera malheureusement partie des élèves dont il faudra s’occuper avec énormément de patience, il a besoin d’attention mais c’est un drôle, ce qui veut dire que tout pourra se régler avec une pirouette.

Le lendemain, la gamine très agitée avait changé de copines pour la journée, le drôle faisait son deuil en me donnant sa casquette pour que je la garde et commençait déjà à assimiler l’idée qu’il allait souvent m’obéir, celle qui boudait était rassurée que je reste à côté d’elle pour lui expliquer la position des mains sur la tyrolienne et les mousquetons ce qui lui a rendu le sourire, il ne restera que la dernière qui finira par rentrer dans le rang ou non. Les années se suivent et se ressemblent avec cette constante, apprivoiser l’enfant. J’ai bien écrit apprivoiser et pas le dresser, plus de temps vous passez avec eux, plus vous êtes dans votre rôle d’adulte tout en étant normal, plus c’est naturel pour eux de faire ce que vous demandez. Pourvu que ça dure.

Depuis cet été je participe au Yammer de mon entreprise. Je fais donc ce que vous me voyez faire depuis des années, faire du Cyrille BORNE. Je distribue mes cours, je montre des photos de ma plage de Méditerranée à mes nouveaux amis de Bretagne. La démarche de partage comme vous le savez n’est pas le propre du métier et je suis beaucoup liké pour cette action très solitaire que je mène. J’ai publié mon document sur le publipostage avec Libreoffice et j’ai eu la question suivante :

Vous conseillez libre office. Est-ce plus performant qu’Open Office ? Qu’elle suite libre faut-il privilégier ?

Souvenez vous dans mon laïus sur le problème de lisibilité de l’offre libre, j’écrivais que Libreoffice et Openoffice n’étaient pas clairs dans la tête de tout le monde, voyez qu’on est en plein dedans. J’ai donné l’explication à savoir le passage d’Oracle le fossoyeur, le divorce pour finir par l’indiscutable victoire de Libreoffice. Je suis content de cette expérience car elle permet d’entrer en contact avec des collègues qui sont dans une démarche de partage, et de pouvoir faire de l’éducation au logiciel libre au bon endroit. Enfin je me comprends, je donne des tutoriels sur le libre dans un réseau Microsoft. Cela nous ramène à la réflexion que l’on peut se faire de façon récurrente, faut-il utiliser les mêmes armes que les produits propriétaires pour se faire connaître ? Faut-il être très suivi sur Twitter pour être influent et faire passer le message libre ? Faut-il un compte Instagram avec des images rigolotes pour mettre en scène Linux ? Pas sur Instagram cela n’aurait pas la portée attendue par rapport au public visé, mais Twitter qui regroupe des intellectuels, certainement. Et je vais même me risquer à écrire que si on cherche à faire la promotion du libre, il vaut mieux finalement traîner sur des réseaux non libres. Alors que mon Yammer est très peu fréquenté, je sais qu’au moins une personne va troquer ses Open Office contre des Libreoffice, la même chose sur Mastodon ou Diaspora* n’aurait rien changé, les gens étant déjà très informés. Ces réseaux ont du sens pour le partage d’informations, mais il ne faut imaginer qu’ils peuvent être utilisés comme de potentiels outils de conversion, il faut chasser sur d’autres terres.

Vice est un site que je lis avec de plus en plus de plaisir, je trouve que les articles sont intéressants et abordables : calmez vous avec les photos de vos enfants sur Facebook est assez classique dans sa construction et dans ses exemples, avec bien sûr la notion de droit à l’image qui va poser problème dans quelques années. On y rappelle la fausse information de cette Autrichienne de 18 ans qui aurait porté plainte contre ses parents pour l’atteinte à son droit à l’image. C’est la conclusion qui m’a le plus intéressé, c’est une personne qui témoigne et qui écrit qu’elle a voulu laisser son enfant à l’abri des réseaux sociaux ce qui ne l’empêche pas d’être présent, reconnaissable et tagué. Tout simplement, les amis, les copains, ne se posent pas de question de l’envie, de la légalité, si bien qu’on est directement happé par la machine qu’on le veuille ou non. A l’instar d’avoir un compte Twitter pour la promotion du libre, c’est à se demander si finalement il ne vaut mieux pas ouvrir un compte pour chaque réseau social afin d’essayer d’en assurer le meilleur contrôle possible. Pour le social, j’ai donné et je n’ai pas de temps à consacrer à cette activité.

Nous terminons avec L’incroyable histoire du photographe qui avait tout volé : ses images et son visage une histoire d’usurpation d’identité que j’ai trouvée passionnante et qui démontre une fois de plus qu’on ne vérifie rien sur internet. Ce personnage totalement fictif qui a tout de même réussi à s’enrichir avec le travail des autres, avait réussi à se faire suivre par plus de 120.000 personnes sur Instagram. Je ne jette pas la pierre aux gens qui sont tombés dans le panneau, l’individu a si j’ai bien compris, un certain talent, mais cela prouve qu’avec la masse d’informations que nous sommes amenés à brasser de façon quotidienne, nous ne faisons plus attention à certaines choses. Et pour autant, faut-il remettre en question tout ce qui passe dans nos flux d’actualité ? Je n’ai pas de solution, moi-même gros consommateur d’informations, je ne prends pas le temps de vérifier chacune d’entre elle et me fie à des sites que j’espère de référence.