Complément 28 : toujours routine

25/03/2018 Non Par cborne

A une élève on a demandé pourquoi elle n’utilisait plus son ordinateur en classe, elle a répondu qu’elle n’avait pas payé ce mois-ci la licence Word. Alors moi vous comprenez que c’est le genre de choses qui m’interpelle et j’ai donc demandé à voir l’ordinateur, surtout quand la jeunette m’explique qu’elle n’a pas pu installer Libreoffice. Il s’agit d’un Acer, j’ai vomi et quand j’ai vu que c’était sous Windows 10S j’ai vomi une seconde fois. Pour ceux qui auraient raté un épisode, l’un des problèmes majeurs de Microsoft c’est d’essayer de placer une machine dans laquelle les gens n’iraient puiser que dans le store d’applications. C’est un vrai problème car il s’agit d’un problème d’origine, ce qui a donné tout son succès à Microsoft et qui pose des problèmes aujourd’hui. En effet, la construction de Linux à l’origine est totalement à l’opposée, tu veux installer ton logiciel, tu sais que tu vas le prendre dans les paquets qui sont disponibles et s’il n’est pas dedans, tu acceptes que tu vas galérer pour installer le logiciel. Tu sais aussi que c’est pour ce motif que ton système est secure, tout simplement parce que tu ne peux pas installer tout et n’importe quoi dessus. Ce modèle a fait ses preuves, puisque Apple ou Android fonctionnent de la même façon.

Les avantages du store d’applications sont multiples :

  • tu gères ce qu’on peut installer sur l’appareil ce qui renforce considérablement sa sécurité, même si Google a montré qu’on peut aussi se moquer totalement du contrôle en amont de ce qui existe dans le store et avoir des milliers d’applications qui sont des virus.
  • du fait de gérer, si tu as envie de gérer, tu peux faire la pluie et le beau temps quand tu cherches à bannir une application pour les bonnes ou les mauvaises raisons. On peut effectivement virer une cochonnerie qui contaminerait la machine mais on peut aussi éradiquer tous les émulateurs de jeux vidéo qu’on considère comme illégal.

Concrètement, une machine qui ne fonctionne que sous store est une machine sur laquelle on a bien plus de contrôle et qui sur le principe est largement plus sécurisée que sur une machine où tu peux faire tout et n’importe quoi. Windows 10S c’est donc cette promesse, une promesse qui n’a aucun sens pour les consommateurs et on ne s’étonnera pas de savoir que cette version a été abandonnée il y a peu de temps, un an après sa sortie. Les machines étaient vendues à des prix équivalents à des machines disposant d’une licence Windows 10 sur laquelle on peut installer tout et n’importe quoi, Microsoft n’arrive pas à créer un store d’application suffisamment riche pour réussir à attirer les gens ce qui explique à 12000 % l’échec de Windows Phone. J’oserai même rajouter que Microsoft est totalement dans l’impasse de ce côté là, et que la seule façon dont il arrivera à s’en sortir c’est d’offrir la possibilité à ses utilisateurs de faire tourner des applications Android sur ses appareils.

Voici l’engin :

J’ai vu ce type d’appareil vendu dernièrement à Carrefour avec une promotion de 100 € pour une valeur atteignant les 170 € si je ne me trompe pas. 170 € ça pourrait paraître une bonne affaire, sauf que non. Il s’agit d’une coque totalement similaire à celle du polaroid à pas cher que j’avais présenté à l’époque où je me fendais de faire quelques vidéos. L’économie est telle qu’on n’a plus sur ces machines un véritable bouton power mais une touche de clavier pour l’allumage. Au niveau des caractéristiques, c’est le très classique 2 Go de RAM avec 32 Go de stockage. La machine est relativement rapide et on pourrait estimer qu’avec des systèmes de cloud et tout ce qui va avec c’est suffisant sauf que ça ne l’est pas.

La première chose que j’ai faite quand j’ai eu la machine dans les mains c’est la bascule sous Windows 10 Pro de façon gratuite. Sachez le, vous allez dans l’activation de la licence, on vous dit que si vous cliquez sur le store, il vous fait la migration gratuitement. On pourrait dire que Microsoft abandonne Windows 10S mais qu’il vous offre la porte de sortie, ce n’est pas totalement exact.

Une fois la bascule réalisée, je me retrouve avec 700 Mo de libre et là ça devient franchement problématique. Je fais un tour dans les applications, je vire un jeu de cartes de 4 Go, je fais du vide en passant par les méthodes bien connues et décrites dans ce billet à couder, je ne récupère pas plus. Sur les 32 Go disponibles sur cette machine, seulement 5 Go sont disponibles. Les implications sont importantes, en gros tu as un ordinateur sur lequel tu ne peux rien installer ou presque, tu as surtout une machine sur laquelle tu ne peux pas installer les mises à jour de sécurité et elles sont nécessaires sur Windows car il te faut 8 Go de libre. L’aventure s’est arrêtée ici pour moi.

Il faut que vous compreniez deux choses. Je n’ai pas du tout envie de voir si je peux bricoler quelque chose pour passer par l’intermédiaire d’une clé USB ou variante, je n’ai absolument pas envie de tenter l’installation d’un Linux pour assurer le service après-vente. Ce type de machine d’ailleurs pose problème, les bios bizarres mais pas que, je pense que le processeur est en architecture 32bits. Par le fait, c’est l’exemple même qui montre que notre société de consommation ne fonctionne pas : la machine est obsolète dès son lancement d’un point de vue logiciel, la machine ne peut pas être « réparée » dans le sens où il est quasiment mission impossible de changer le système d’exploitation, les gens découvrent à l’achat qu’ils sont limités par le système d’exploitation, enfin pas tous, d’autres sont ravis par leur achat et y vont de cinq étoiles, youhou !!! Elle repartira donc avec son ordinateur payé trop cher, sur lequel elle peut désormais travailler sans avoir besoin de payer une licence chaque mois, le temps que durera la machine. On notera que Windows n’apprend pas de ses erreurs, ses machines sous ARM sont déjà un échec que j’anticipe.

Je ne peux pas vraiment dire que je sature de la technologie, de l’informatique, je sature d’une certaine technologie, d’une certaine attitude. Il y a quelques semaines sur twitter circulait un truc que j’ai trouvé plutôt vrai : tu vas voir le garagiste tui lui expliques le problème que tu rencontres avec ta voiture, tu vas voir le médecin tu lui dis où tu as mal, tu vas voir l’informaticien tu te mets à hurler que ça ne marche pas. Windows 10 a rajouté de la complexité à une situation qui était déjà complexe, la grande nouveauté c’est de m’amener des ordinateurs qui ont crashé pendant les mises à jour car quand on voit le message ne pas couper pendant les mises à jour on coupe, machines qu’il faut réinstaller intégralement avec 48 heures de mises à jour pour la dernière réinstallation.

Dans la même veine, ce jeudi on a changé les photocopieurs, on frise l’émeute.

un enseignant face à son nouveau matériel

Historiquement les ordinateurs portables des collègues ne sont pas dans le domaine, si bien qu’il sont « autonomes ». D’un point de vue sécurité on me fera remarquer que c’est pourri, mais je récupère une situation historique dont je m’accomode, chaque enseignant étant responsable de son poste. La moralité c’est que je dois réaliser l’installation de soixante postes pour chaque imprimante. La vie étant ce qu’elle est, le prof et la photocopieuse, ce n’est pas de la caricature, c’est comme son gosse, son graal, sa came. Il faut environ dix minutes d’installation par poste, le temps que le Windows se réveille, les collègues en ont conscience, les collègues me voient en train de manger à l’arrache un sandwich devant une pile d’ordinateur, est-ce que vous pensez que le prof va patienter pendant que l’informaticien est en train de faire ce qu’il a à faire ? Absolument pas. À peine installé sur son ordinateur, l’enseignant veut rapidement lancer les douze mille photocopies nécessaires par jour pour travailler, et si pour une raison ou pour une autre ça ne fonctionne pas, il vous tourne autour pour que vous arrêtiez ce que vous êtes en train de faire, en l’occurrence vous occuper d’un autre collègue parce que lui dans son nombrilisme d’enfant capricieux, il passe avant le reste du monde, attend coco faut que j’imprime ! Les problèmes commencent effectivement, il apparaît que certains documents en pdf vont fonctionner avec Acrobat Reader ou Edge, c’est selon.

En fait le problème n’est pas tant d’arranger, le problème est toujours le même. Manque de respect du travail, ma priorité n’est pas la vôtre, urgence, aucune flexibilité face à un nouveau matériel. J’ai piqué un scandale en salle des profs pour expliquer que j’allais accomplir un besoin naturel avant d’entrer en classe, à mon retour un collègue m’a donné son ordi …

Les exemples de la sorte, je peux bien sûr vous en sortir à la pelle, je vais composer, je vais faire avec, ce n’est pas le problème. Le vrai problème c’est cette obsolescence, cette course au changement que j’essaie de réduire. Je lisais ce billet de blog et je m’y retrouve. C’est une dame qui raconte que pour avoir moins de choses à ranger, elle vide sa maison, elle ne fréquente sur les réseaux sociaux que les groupes qui l’intéressent, elles ne se force pas à côtoyer des gens dans le réel avec qui elle a peu d’affinités. On en revient donc à notre fameuse volonté de minimalisme, moins tu en as, mieux tu te portes, parce que moins tu en as, moins tu as de choses à gérer. Il va vraiment falloir que ça fasse son chemin, qui va bien sûr à l’encontre de la société de consommation où il faut en posséder le maximum pour être heureux, et pourtant c’est indéniablement le bon chemin. Comme toujours, à chacun son minimalisme, comprenez que ce journaliste qui réalise le défi de vivre avec 43 objets, j’ai quand même franchement la sensation qu’on est dans l’exagération. Tout le monde ne peut pas se passer des mêmes choses, mais c’est une tendance, un courant qui doit nous porter, apprendre à vivre avec moins, apprendre à vivre mieux. Dans l’éducation c’est une véritable catastrophe, les pédagos courent dans toutes les directions à la fois, multiplient les pistes de recherche, suivent les recommandations des commerciaux. Sans dire qu’on peut vivre sans le numérique, on a créé des besoins qui ne favorisent pas nécessairement les apprentissages et qui rajoutent indéniablement de la difficulté technique.

Encore une grosse semaine lourdingue à passer avec au programme un conseil de classe, une réunion parents professeurs, peut-être le dernier rendez-vous avec le chirurgien pour le genou, pile au moment où la station Chinoise va tomber du ciel, on aura des morceaux sur l’A75 et la suite commencera à ressembler un peu à des vacances. J’ai évacué pas mal d’objets que j’estimais inutiles depuis plusieurs mois, je vais continuer à le faire sur le temps libre que je vais bientôt avoir, même si malheureusement je sais que le temps libre chez moi, ça ne dure jamais bien longtemps.