Complément 27 : routine

18/03/2018 Non Par cborne

Cela fait désormais deux semaines que nous sommes rentrés, la course continue de façon modérée, un peu comme un Cyrille. La saison des conseils de classe, les rendez-vous chez le kiné, les Windows 10 que les gens éteignent pendant les mises à jour et qui sont irrécupérables, la voiture, mais la voiture qui fonctionne, les courses, les copies à corriger, les devoirs des gosses, les obligations familiales. A vrai dire je ne me plains pas trop et ce pour deux raisons, aucune catastrophe à signaler, le retour du beau temps.

Partir de jour pour rentrer de jour, c’est enfin le retour du printemps, pour quelqu’un qui conduit ça n’a pas de prix. Quand on part de nuit pour rentrer de nuit, on a la sensation d’être un vampire, c’est pour le moins déprimant. J’ai échappé aux grosses averses, les agriculteurs de l’Aude ne pourront pas se plaindre cette année de manquer d’eau, il n’en finit pas de pleuvoir. Un peu de banalité, vous ne pouvez pas imaginer comme ça fait du bien de l’évoquer, je suis sur les rotules et j’aurais du mal à vivre une nouvelle aventure extraordinaire, pourvu que ça dure. Il est 16h00 passé, j’arrive à trouver enfin l’énergie d’écrire un billet, ces derniers temps j’ai à peine l’envie de m’abrutir devant un film ou une bande dessinée, même plus un jeu vidéo, l’envie n’y est plus. J’ai commencé à regarder les jeux immanquables à venir, à part un God Of War qui me ferait lever un sourcil, l’actualité vidéo-ludique est bien moribonde, rien d’excitant, rien de novateur, rien qui envoie du rêve.

J’évoquais dans mon billet « la bonne parole » qu’il était important de continuer d’écrire, important de lire, opposer ou faire converger ses points de vue, l’article pour moi de la semaine est indéniablement celui-ci : Avant j’étais féministe (écologiste et égalitariste aussi). Ce n’est pas parce que l’article s’appuie sur l’affaire Cantat qui m’interpelle profondément, mais sur l’impossibilité de faire partie d’un groupe parce qu’on n’y trouve pas son compte. Ici l’auteur décrit le groupe comme une meute, il a du mal à comprendre l’acharnement, le manque de discernement, la haine qu’il faudrait avoir. Pour ma part c’est différent, le problème vient de moi, c’est mon inaptitude à faire partie d’un groupe.

N’allez pas penser que je me décrive comme quelqu’un de bizarre, un sociopathe, mais il faut avoir la capacité à jeter l’éponge quand on sait qu’on n’arrivera pas à résorber ses défauts. Je suis un éternel déçu, les choses ne vont jamais assez vite pour moi, j’ai du mal à déléguer et faire moi-même car j’ai souvent la sensation que les choses seront mal faites si je ne les fais pas moi-même. C’est un trait commun qu’on retrouve d’ailleurs chez beaucoup d’informaticiens qui préfèrent faire qu’apprendre à faire car ils ont la sensation de gagner du temps. Vous noterez d’ailleurs que je cumule avec ça un fond de schizophrénie. L’enseignant que je suis passe son temps à réclamer de l’autonomie à ses élèves, leur demander d’apprendre à se débrouiller tout seul en essayant de leur apporter un minimum d’aide quand ils passent leur temps à crier au secours au moindre problème. L’informaticien que je suis n’a pas envie, plus envie peut-être de passer son temps à expliquer les choses. J’ai récupéré un ordinateur d’une collègue, elle a coupé la machine pendant une mise à jour de Windows 10, vous savez ce genre de mises à jour où vous avez un message en gros avec « n’éteignez pas votre ordinateur ». Expliquer l’informatique ça commence à me courir, les gens font n’importe quoi, ne sont pas en quête de compréhension, le jour où je lâche l’informatique au lycée, je regarde tout le monde se noyer dans son jus sans pitié.

Si vous lisez mon blog, vous savez que j’avais fait un coup avec un achat de 80 machines de type dualcore, j’avais montré un magnifique mur de PC. Avec la présence de cheveux mon stagiaire, j’ai commencé à changer nos vieux PIV avec ces PC plus performants, plus homogènes aussi, étant donné que les anciens PC c’était des PIV en 32 ou 64 bits de lots différents. Je me retrouve avec un début de 35 ordinateurs à donner ou à jeter c’est selon. Et là forcément public, tu vas me dire, attends Cyrille, tu ne vas pas passer à la poubelle des ordinateurs qui fonctionnent et je te dirai que ça paraît évident. J’ai donc contacté trois associations, deux qui ne sont clairement pas intéressées, une autre qui ne sait pas si elle peut venir les récupérer. Si vous avez lu ce qui est écrit plus haut, vous comprendrez ma réaction : AHHHHHHH !!!!! JE LEUR OFFRE DES PC !!!!! AHHHH !!!!!! ILS SONT MÊMES PAS FOUTUS DE VENIR LES PRENDRE !!!!!! AHHHHHHH !!!!! EUX ILS EN VEULENT MÊME PAS !!!! AHHHHHHH !!!! C’EST DES GROS CAVES !!!!!

Je ne cite personne, je ne le ferai pas pour ne pas créer de la nuisance, mais du fait d’être déçu une fois de plus, déçu comme j’ai pu l’être tant de fois dans ma vie par des « groupes », j’ai compris quelque chose, l’association c’est moi. Avec le recul je regrette d’avoir détruit dix fois le blog, de ne pas avoir tenu le cap, de ne pas avoir été plus rigoureux car j’ai diminué ma visibilité, j’aurais pu faire plus. Avec le recul bien sûr, je regrette de nombreux propos que j’ai pu tenir, cette notion d’instantanéité qui m’a pris aux tripes pendant tant d’années, la culture de la haine quand j’aurai dû positiver, espacer les billets, prendre le temps d’écrire, faire ce que je fais en ce moment depuis l’été dernier. L’association c’est moi, j’ai donné cette semaine un coup de main à pas mal de gens, de parfaits inconnus qui m’ont abordé par l’entremise de mon blog. J’ai aidé des élèves, des collègues, j’ai fait du bien autour de moi à titre individuel, on m’a donné la réciproque et c’est important de le dire, des gens me font un paypal ou autre de temps en temps, cette semaine un lecteur me fait passer des tablettes de type caisse enregistreuse pour le magasin école du lycée. Et c’est ici que Cascador va écrire : seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin. Je partage cette devise sauf que pour l’instant je n’arrive pas à jouer collectif, je n’ai pas trouvé la bonne équipe, ainsi va la vie. Pire, je regrette même d’avoir essayé de la jouer collectif car c’est ici, dans cette position que je demeure le plus efficace. L’expression ne pas jouer collectif n’est pas appropriée, en fait je joue collectif, dans toutes les équipes sans appartenir à aucune.

Donc j’ai 35 PC sur les bras, comme vous vous en doutez je ne les ai pas jetés, et la solution s’est présentée à moi par une collègue. La collègue m’a mis en relation avec quelqu’un qui va ouvrir une ressourcerie à Pézenas.

Je vais donner un coup de main mais de façon modérée. Tu remarqueras public que j’anticipe avant d’aller plus loin car tu me connais, ça ne se passera pas comme je veux, je risquerais d’être déçu, je ne m’implique pas, je dépanne. La ressourcerie va récupérer les 35 ordinateurs qui seront installés sous Linux, on est lycée agricole, ça deviendra un de nos partenaires, je fais donc du tout en même temps : je fais du bien, je fais du lien, je fais ce qu’il faut.

Ce que j’écris est un peu inquiétant. On va vers la généralisation du cycle court, on essaie de revenir à des notions comme l’empathie, et il faudra de façon obligatoire que les gens arrivent à vivre ensemble, à revivre ensemble. Je ne vais pas généraliser mon cas, car je sais que j’ai un problème, trop de vieuxconnisme certainement, j’ai tout de même la sensation que c’est difficile pour tout le monde. Comme d’habitude, on est là pour voir, j’ai rendez-vous le 3 avril avec les responsables de la ressourcerie, on verra comment apporter ma pierre à l’édifice en restant dans ma bulle, un bien beau numéro d’équilibriste en perspective. Cyrille BORNE le gars qui s’impliquait sans s’impliquer, assez énorme.