Complément 24 : tenir

07/02/2018 Non Par cborne

Quand j’aurai fini la semaine on pourra dire que ce ne sera pas trop mal, la semaine prochaine mes élèves de troisième sont en stage, d’entrée de jeu c’est le lundi de libéré, c’est dire que je vois quand même mes troisièmes assez souvent et que je serai aux portes des vacances. En fin de semaine, j’aurai achevé le concours Koad9 avec les troisièmes, mon fameux concours de réalisation de première page de journal fictif. Une année qui aura été galère pour les problèmes informatiques avec le serveur mourant qui a été virtualisé avec succès et puis l’autonomie des élèves qui réduit année après année. Difficile pour eux de trouver les idées, d’être cohérent, logique, le français est une catastrophe. Le travail reste plaisant et accroche tout de même la grande majorité d’entre eux, c’est une expérience que je renouvellerai avec plaisir, qu’il faut mieux préparer en amont sachant que même en préparant on se rend compte que ce n’est jamais simple. Dans ma progression d’informatique, j’ai fait tout un travail autour de l’image, de la recherche, notamment sur la compression, le rognage pour se rendre compte qu’ils n’appliquent pas et se mettent à paniquer quand ils réalisent que le document a dépassé les 500 Ko. Ce problème de réinvestissement des connaissances est normal, les élèves ne pratiquent pas assez pour maîtriser. Une heure d’informatique par semaine, ils n’ont pas une démarche de production quotidienne sauf au travers des réseaux sociaux, et ceux-ci proposent des outils de redimensionnement automatique, des outils simples. Le travail qu’on leur demande de réaliser avec Libreoffice n’est pas en adéquation avec l’utilisation des outils du quotidien, bien trop compliqué.

Le cœur du métier c’est devenu un peu ça, arriver à faire les mêmes choses qu’il y a quelques années avec un public qui n’a pas les mêmes capacités, vulgariser à l’extrême, simplifier. Un jour ce ne sera plus possible, on finira bien par trouver la limite comme on a trouvé à priori les limites physiologiques de l’homme qui ne peut désormais que rapetisser et mourir plus jeune. Il est intéressant de constater que ce sont les progrès de l’homme qui ont permis de rallonger la durée de vie de l’espèce, ce sont ces mêmes progrès qui la raccourcissent aujourd’hui, pollution et diminution des ressources. Cela dit si vous voulez vivre plus vieux, soyez riches, c’est bon pour la santé. Les religieux vous diront que c’est la fin des temps, pour ma part j’ai envie de croire que c’est le début d’autre chose, la prise de conscience généralisée. Il le faut, cela devient urgent. Sans participer au défi zéro waste, qui consiste à ne rien acheter neuf dans certains domaines pour l’année 2018, en quasiment 40 jours, je n’ai acheté que pour 13 € de produits neufs avec une carte réseau que j’aurai pu essayer de trouver d’occasion. Quand à une époque mon obsession était d’acheter tous les gadgets Chinois du monde pour ne rien en faire, je suis tombé dans l’excès inverse qui consiste à vider la maison de ce qui est inutile. Le « minimalisme » est une drogue, on prend plaisir à ne plus voir une pièce surchargée d’objets inutiles. Si réduire à la portion congrue mon besoin n’est pas difficile, mon problème c’est désormais quand on est face à l’acte d’achat, savoir qu’on achète un produit de qualité. J’évoquais l’inutilité de mettre le prix dans un smartphone car ce n’est pas une garantie de qualité, l’actualité me donne raison.

Si le journal 60 millions de consommateurs titre sur l’obsolescence, est en recherche des marques qui durent, c’est que je ne dois pas être le seul à m’interroger. On évoque ici le cas du Thermomix, la rolls des robots de cuisine. 1200 € pour un robot qui n’est pas exempt de pannes, c’est un problème. C’est ici qu’on comprend que notre société ne fonctionne plus. D’un côté on vous dira que si vous ne payez pas cher, vous avez un produit de qualité médiocre, de l’autre si vous payez cher, vous n’avez pas la garantie d’un produit de qualité. On pourrait se dire qu’on peut regarder les avis sur internet mais une bonne partie sont faux. A qui se fier ? Dans cette période, à personne, on joue au petit bonheur la chance, comme je l’ai écrit plus haut, je suis optimiste. J’ai envie de croire que de cette période d’incertitude va naître des marques qui font payer au juste prix leurs consommateurs, des sites internet qui contrôlent mieux les avis, des avis qui ne devront plus se limiter à un nombre d’étoiles, qu’on casse cette dynamique du like pour forcer les gens à s’exprimer ou qu’ils se taisent à jamais.

Consommer juste, consommer bien, on va essayer de le faire au lycée avec ma consœur de mathématiques. Nos collégiens travaillent déjà avec le manuel sesamaths de cycle 4, notre prochain coup serait pour l’ensemble de nos lycéens de faire utiliser ça :

Ça c’est la calculatrice Numworks, Arnaud des dudu en a fait un test, nous recevons vendredi 16 si j’ai survécu, le commercial sud, il nous fait une présentation de la machine et nous donne un exemplaire à chacun. Je ferai donc un test complet et orienté, puisque nos filières sont technologiques et professionnelles. Si vous ne savez pas ce qu’est cette calculatrice, c’est tout simplement Linux au milieu de Microsoft et Apple à pas grand chose. Calculatrice libre, évolutive puisque dernièrement le firmware vient d’être mis à jour, c’est l’alternative à TI et Casio. Dans mon précédent établissement c’était TI, dans celui-ci c’est Casio, pour moi c’est pareil, même combat, désolé pour les fan boy, ce n’est pas adapté à mon profil d’élève. Alors qu’on a des élèves de plus en plus en difficulté, habitués à des interfaces simplifiées pour ne pas dire simplistes, rien n’est intuitif dans les modèles que nous utilisons. Avec Numworks c’est vraiment différent, c’est clair, vous pouvez tester l’émulateur même pour les gens qui ne font pas de mathématiques, et dans la gamme de prix du modèle que nous faisons acheter c’est à dire la 35+ E, de l’ordre de 80 €, un budget pour les familles. Cela fait partie des choses dans lesquelles j’ai vraiment envie de m’investir, et c’est important. J’ai souvent écrit ces derniers temps qu’il fallait sortir de l’innovation à tout prix, que ce qui comptait c’était de trouver les moyens de faciliter l’apprentissage des élèves. Quand résoudre une équation du second degré c’est menu, équation, faire F1 pour faire polynomial, puis F2 pour le degré 2 pour enfin saisir a, b et c, malgré la répétition, encore des élèves de classe de première ne sont pas capables de le faire. Un outil facile permettrait de faire davantage, quand la calculatrice devrait être une aide, elle est souvent un obstacle, un obstacle à 80 € en plus. La baisse des ventes de tablettes, une année de plus au compteur, nous rappelle que l’engouement dans l’éducation était fait sans aucun recul, se contentait de suivre simplement la loi du marché, des gens qui découvraient ce nouvel objet comme étant l’avenir de l’informatique. Les seules tablettes qui résistent sont celles qui possèdent un clavier, dans mon jargon j’appelle ça un ordinateur portable, le truc so has been … Je préfère donc mieux me baser sur un produit qui répond à un véritable besoin, même si c’est ridicule, c’est la calculatrice qu’ont les élèves au BAC plutôt que de me jeter sur la première nouveauté pédagogique qui sera inutile et dépréciée dans deux ans.

Tenir c’est aussi ça, la route, la météo, les problèmes de voiture. On ne parle que de la neige, chez moi le début de semaine a été particulièrement tendu, des pluies vraiment impressionnantes sont tombées sur le bord de mer. Si mardi il n’avait pas cessé de pleuvoir nous serions inondés, une fois de plus. Le changement climatique est vraiment palpable, il y a un mois on était sans veste dans la cour de récré, aujourd’hui les températures sont glaciales, on a vu tomber quelques flocons sur Pézenas. Saint-Pierre à l’approche du 14 février va reprendre lentement son activité, aucun rapport avec la Saint-Valentin, tout simplement la reprise des travaux, avec le turn over si régulier dans les propriétaires, mon village est en reconstruction permanente, dans vingt ans ce sera une ville neuve. Toujours par chez moi, ça commence à bouger pour les emplois saisonniers, et oui dans six mois on est les pieds dans l’eau, les serviettes et les maillots, pour l’heure, le bonnet et le manteau.

En ce moment avec une vie pour le moins décousue, je fais ma veille un peu comme je peux, si bien que cela peut-être depuis la tablette, le smartphone ou ma session au lycée entre midi et deux heures quand on veut bien me laisser une pause. Je procède souvent de la façon suivante quand je ne suis pas devant mon ordinateur. Dans le cas du smartphone, je ne lis jamais sur petit écran, quand je suis devant un écran plus grand, j’ouvre des articles qui je sais ne sont pas forcément pertinents, je lis de façon sérieuse quand je suis devant mon 24 pouces. Firefox lorsque les comptes sont synchronisés permet d’envoyer un onglet, un lien, directement sur l’appareil de votre choix ce qui se traduit par l’écran suivant :

Comme vous pouvez le voir sur ma capture d’écran, il s’agit de miniflux que j’utilise depuis un bon moment désormais. Le logiciel vient de passer en version 2.0 avec une réécriture complète en GO. Soit je suis complètement idiot ou ignorant, soit dans cette forme actuelle, le logiciel ne peut plus être installé sur un serveur mutualisé classique. En effet si je regarde l’installation, du deb, du rpm, du docker, mais pas plus. Je viens d’interpeller l’auteur dans une issue sur github pour comprendre vers quoi on s’oriente. Si la version de base était abandonnée, ce serait soit payer un abonnement, pas intéressant pour moi étant donné que je paye déjà o2switch, soit changer de crémerie. Un long article de Frédéric Guillot sur nextinpact le développeur de Miniflux.

Entre deux, J’ai arrangé deux ordinateurs d’un élève. Le premier cas assez étonnant, il a réussi à faire sauter l’association des exécutables avec eux-mêmes. En gros vous lancez VLC, il demande avec quel logiciel il veut lancer VLC. D’après ce que j’ai vu, une édition de la base de registre permet de régler le problème, sauf qu’en voulant lancer regedit, il me demande avec qui je veux l’associer, je mets donc curieusement regedit, et cela ne fonctionne pas. Réinitialisation du PC. Le second ordinateur est un classique, premier passage de Malwarebytes, 6000 fichiers suspects. Comme tout bon jeune qui se respecte, il a installé tout et n’importe quoi sur son ordinateur. J’ai découvert ce programme assez puissant should i remove it ? Il s’agit d’un logiciel qui liste l’ensemble des logiciels présents sur le PC et qui vous indique si c’est un logiciel qui est reconnu comme dangereux, utile ou non. Il faut savoir que de nombreux crapwares s’installent sur votre ordinateur et apparaissent très proprement dans la liste des logiciels que vous avez à supprimer, boxore par exemple en fait partie. A couder donc, pour retenir l’expression consacrée, le PC était inutilisable, preuve en est que :

  1. les jeunes font n’importe quoi et n’ont pas développé de véritables compétences informatiques
  2. Windows est trop permissif, il faut des systèmes d’exploitation qui en laisse faire moins

On a appris le départ de NKM chez CAPGEMINI. A l’époque où je travaillais à la BNP, j’étais prestataire de service chez LOGICA-CMG, on reconnaîssait les développeurs du CAP à leur air triste et à leurs salaires bas. Je ne sais pas si ça a changé aujourd’hui mais cela me fait sourire d’imaginer l’ancienne ministre de droite embrasser une carrière dans cette SSII qui avait mauvaise réputation sociale. Le propos n’est pas tant l’anecdote mais de montrer que la rupture entre les français et la politique est bien plus profonde que ce qu’on peut imaginer. Si c’est un fait commun de dire que les français ne se reconnaissent pas dans les candidats et que c’est pour cette raison qu’ils arrêtent de voter, ils sont de plus en plus nombreux à arrêter la politique pour passer à autre chose. Les propos d’une députée sur la paye avait déclenché la polémique, il est certain que lorsqu’on explique qu’à 6000 € on se paye des pâtes, ça a du mal à passer avec des gens qui gagnent une misère. Néanmoins, il est fort à parier que ces gens fortement diplômés, travailleurs, ont bien plus à gagner dans le privé qu’en assumant une responsabilité électorale. Des entreprises de plus en plus puissantes, de moins en moins de candidats pour un électorat qui s’en moque, oui, je pense qu’on est au bout du système.

Je voudrai terminer ce billet complètement décousu mais ce n’est pas bien grave, je tiens bon, même l’écriture de pavés gigantesques sur la petite polémique, le fight entre Qwant et DuckDuckGo. Le Patron de Qwant a dit : C’est juste un méta-moteur hébergé sur Amazon Web Services. C’est du Canada Dry. Si le gouvernement américain veut des données, il n’a qu’à demander à Amazon, sans même passer par Duck Duck. Cela fait une éternité que les plus barbus d’entre nous avaient fait la remarque quant à l’utilisation d’AWS et je dirai que ce n’est pas le problème. Le problème c’est que lorsqu’on en arrive à cracher sur un copain qui essaie de faire bien, comme il peut d’ailleurs, et bien cela dénote d’une manière de faire, de penser, qui n’est pas la bonne. Il serait aisé de dire que Qwant donne des résultats de recherche qui sont très largement inférieurs à Google ou que les serveurs de Qwant sont certainement présents dans des lieux accessibles à des grandes agences internationales, ou que Qwant livrera tout ce qu’on lui demande par injonction du juge. On peut aussi dire que la présence d’une chaîne Qwant chez Youtube, donc chez Google, illustre le fait que Qwant n’a pas tout compris au libre, on peut dire effectivement beaucoup, beaucoup de choses. DuckDuckGo n’est pas parfait, c’est pourtant le premier moteur de mémoire de libriste qui a ouvert la voie à une alternative à Google et beaucoup à l’époque ont essayé de switcher. Je me rappelle avoir dit à l’époque que les résultats étaient mauvais car il ne m’affichait pas comme premier Cyrille de France, c’est le genre de délire qui doit dater d’il y a cinq ans. A l’heure actuelle aucun moteur de recherche ne rivalise avec Google, et il serait bon parfois d’oublier la technique pour mettre en avant l’éthique. Un Linuxien accepte le compromis, car c’est moins facile qu’ailleurs mais il le fait car il sait qu’il est du bon côté. Pour moi, être du bon côté c’est ne pas se tromper d’adversaire. DuckDuckGo n’est pas la cible. En tenant de tel propos Eric Léandri casse son image de chevalier blanc pour afficher celle d’un financier gêné par un concurrent qui joue sur les mêmes terres. On pourrait d’ailleurs élargir ce point de vue à d’autres, cracher sur la distribution du copain parce que ce n’est pas la sienne, n’est bon pour personne.

Sur cette belle réflexion je vais vous laisser, vous le savez désormais c’est l’heure du kiné puis de la préparation du repas, puis du retour au kiné puis de 14 heures de cours sur deux jours pour amener le partner chez le garagiste voir s’il a perdu de l’huile. Je dois vous avouer qu’avec le froid, la fatigue, et certainement l’écœurement, je n’ai pas eu l’envie de soulever le capot. A ce week-end certainement, un week-end de trois jours, ça vaut le coup de tenir.

PS : Cascador, je n’ai pas eu le temps de me relire, je pense que tu vas avoir les yeux qui saignent.