Complément 22 : incassable

28/01/2018 Non Par cborne

Nous étions donc mercredi au dernier billet et je vous quittais sur cette dernière phrase : J’ai mis plus de dix heures à écrire ce billet, les périodes de concentration sont difficiles à trouver, c’est l’heure d’amener ma femme au kiné. A bientôt. Effectivement, je fais monter le docteur House dans la voiture, c’est en gros la démarche avec la béquille et le caractère, je dépose le colis au kiné et je reviens, alors qu’il fait sombre, je me rends compte qu’il y a une trace noire à l’endroit où était garé le partner, une trace d’huile. Cela fait maintenant plus de un an que j’ai une fuite sur le partner, ont été changés les joints d’injecteurs, le joint de cache culbuteur. Il s’agit d’un moteur 1.6 hdi DV6, un moteur qui est entré dans la légende de tous les forums automobile, on trouve même sur le site 60 millions de consommateurs des gens qui voulaient faire une action à l’encontre de Citroën Peugeot. Je fais partie des heureux propriétaires qui n’ont pas cassé le turbo, certains ont eu encore moins de chance que moi.

Je dois reconnaître qu’après le changement du joint de cache culbuteur, je pensais en avoir fini avec la fuite. Je dois reconnaître aussi que j’aurai pu me passer du problème en cette période où je porte toute la maison, la famille sur mes épaules. Incassable, un titre qui pourrait vous paraître un peu prétentieux, mais pas si loin de la réalité. Ma femme me laisse environ dormir trois heures par nuit, j’ai assuré tous mes cours, ma fille est en train de plafonner intellectuellement en ce moment au point de faire plus de dix heures de devoir par semaine, elle a besoin d’aide, mon fils égal à lui-même, si on n’est pas derrière lui, rien n’avance. Des enfants qui ne pensent à rien, qui ne voient pas que je suis partout et qui continuent à tirer sur la corde, ma fille encore elle qui réalise qu’elle a un exposé en anglais mardi, qu’elle a besoin d’une grande affiche que je ne trouverai qu’à Narbonne. Me revoilà reparti pour faire cinquante kilomètres et les magasins avec un partner qui fuit et un ras le bol de la voiture.

J’ai fait réunion parents professeurs vendredi soir, pour rentrer à 20 heures à la maison après sept heures de cours, c’est pour l’anecdote, et finalement ce que je vis au quotidien avec mes enfants c’est-à-dire un égoïsme sans limite, une insouciance totale, un désintérêt pour l’aspect culturel, chaque parent racontait la même histoire. Ce qui est palpable chez les parents c’est l’inquiétude pour l’avenir, le ras-le-bol du quotidien, les interrogations. L’une des phrases qui revient souvent, c’est on n’était pas comme ça à leur âge, un peu certainement. Nous étions certainement inconscients des difficultés de nos parents qui ne les exprimaient pas toujours, la différence ici c’est que c’est délibéré, les enfants voient leurs parents sortir les rames au quotidien cela ne les empêche en rien de se comporter comme des crevards. La scission entre notre génération, une génération de quadras, des gens qui commencent à réfléchir à leur alimentation, à leur consommation, à leur place dans la société, et celle de nos enfants est un fossé, je ne sais pas comment il va se combler. Les jeunes ne jurent que par le jetable, par la consommation à outrance, par le changement, par l’individualisme, quand j’ai réellement l’impression que les gens de mon âge et les plus anciens veulent changer le monde. Un paradoxe quand on sait que le changement arrive toujours par les plus jeunes. Ils ne veulent rien changer, ils veulent juste encore plus s’alléger de leurs fardeaux du quotidien pour un amusement permanent sans imaginer que leurs abonnements téléphoniques, leurs paires de pompes à 130 € proviennent bien du labeur de quelqu’un, de leurs parents qui triment au travail, des petits Chinois qui les fabriquent, des marketeux qui travaillent comme des acharnés pour mieux nous saigner.

Chacun réagit à sa façon face à une situation qui nous dépasse tous. Certains parents comme moi ne lâchent rien, se radicalisent au point d’interdire tous les gadgets à la maison comme je l’ai déjà expliqué, d’autres ont baissé les bras. Je crois que beaucoup ont baissé les bras. Les enfants qui comme les miens « subissent » les règles parentales du travail fait, de la participation aux tâches de la maison sont hors normes. Si chacun prenait le problème à bras le corps ce qui se résume à poser un cadre strict à chaque gamin, j’ai la conviction que notre société irait mieux. Dire non au dernier iphone, dire non à regarder des émissions de télé à la con, dire non aux réseaux sociaux c’est non seulement faire du bien à son gosse mais c’est faire du bien à la planète. On s’interrogerait moins sur l’importance de facebook et de ses homologues dans l’élection du président de l’une des plus grandes puissances mondiales, les fabricants d’appareils électroniques devraient proposer de la nouveauté utile, si plus personne ne regardait les trucs débiles à la télé, on finirait par balancer du culturel. Si notre société est telle que nous l’avons aujourd’hui, c’est parce que nous l’avons choisie, tant qu’il y aura des gens par millions pour regarder des filles en petite tenue s’insulter avec un accent marseillais sous le regard de gros bourrins musculeux et bronzés, alors on produira ce type d’émissions. C’est vrai pour la télé, c’est vrai pour la consommation. Dans un monde où tout n’est malheureusement qu’argent, la seule façon de faire entendre sa voix c’est le refus de payer, ou de payer autre chose.

On pourrait par exemple payer cozy cloud qui vient d’ouvrir « enfin » son accès. Pour l’heure je ne paierai pas pour Cozy Cloud, mais cela pourrait arriver, à 3 € par mois par exemple on a 50 Go de stockage. L’offre gratuite est actuellement à 5 Go ce qui est largement suffisamment pour moi. J’essaie de faire preuve de positivisme sur le blog, cela ne veut pas dire pour autant que je me mets des ornières et que je fais table rase du passé, Cozy Cloud m’a posé quelques problèmes. J’ai fait des tests, j’ai fait des remontées de bug, je me suis d’ailleurs fait modérer à l’époque par l’un des co-fondateurs qui depuis a été évincé dans des circonstances pour le moins douteuses. J’avais eu le bon goût de dire que le lecteur RSS était pourri car il ne fonctionnait pas, j’avais raison, quand le store d’applications sera disponible, on verra si le temps a changé les choses. Les problèmes techniques de Cozy à l’époque étaient doubles : truffé de bugs au point d’avoir certaines parties non fonctionnelles, très lourd, trop lourd en tout cas pour tourner sur du Raspberry Pi alors que les images disques étaient disponibles. D’énormes progrès ont été réalisés par la suite au niveau de la légèreté, pas pour les bugs, il y avait une application mail qui n’a pas fonctionné, et c’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’on se retrouve avec une version diffusée qui est minimaliste.

Il manque par exemple l’application de calendrier qui fonctionnait plutôt bien dans les versions précédentes. Cozy se limite pour l’heure à une connexion de comptes que je n’ai pas testée car la démarche de connecter ma banque à un service tiers me gène, comme mon abonnement téléphonique, les photos et les fichiers. Mon problème principal avec Cozy c’est la démarche, la façon de faire. A l’époque Cozy était disponible sous forme d’images officielles pour de nombreuses plateformes, du pi à l’ordinateur x86 en passant par les machines virtuelles. Toutes ces images ont disparu, Cozy est donc désormais un service. Je ne sais pas si on peut héberger sa propre instance, certainement puisque le code est ouvert mais certainement pas simplement ce qui pose deux problèmes de fond. Cozy montre qu’il peut changer de politique, Cozy est un service comme dropbox, on ne libère donc pas plus ses données, on les met chez quelqu’un qu’on espère plus éthique. Le changement de politique m’inquiète notamment quand je vois un store d’applications, j’imagine déjà que certaines seront payantes. Ce problème de confiance n’engage certainement que moi, peut-être ceux qui ont testé à l’époque, Cozy comme tout le monde mérite une seconde chance.

A l’heure actuelle, Cozy ne fait pas le poids face à une instance de Nextcloud hébergée par un CHATON comme la mère Zaclys, un professionnel ou même un auto-hébergement ce qui est possible très simplement avec nextcloud qu’on trouve sous forme de conteneur chez Ubuntu ou sous docker. Néanmoins contrairement à un CHATON ou à un auto-hébergement, Cozy a l’avantage d’être géré par des professionnels, des professionnels qui ont de l’argent, je me doute que payer Nitot ancien patron de Mozilla Europe ne doit pas être gratuit. Le client de synchronisation sous Linux fonctionne parfaitement, l’interface est rapide, agréable, malgré mon ressenti, je vous invite à tester Cozy Cloud.

Où en étais-je ? J’écrivais que je passais donc une semaine routinière avec mon quota de catastrophe et que comme souvent il fallait compter sur soi, ce n’est pas totalement vrai. La solidarité au niveau du boulot a fait son œuvre, ça va des gens qui vous demandent comment je fais pour tenir en offrant un café, au CPE qui vient me récupérer au garage pour me jeter en classe dix minutes à la bourre avec des élèves qui en souriant vous disent que c’est pas trop tôt. Des beaux-parents qui jouent le jeu et qui vont amener leur fille à Montpellier car le rendez-vous de mercredi a été déplacé à jeudi. Le regard que je porte sur la jeunesse d’aujourd’hui n’est pas un regard culpabilisant, critique, c’est le regard inquiet du père, de l’éducateur, celui qui se fait du souci pour ces gamins qui sont dans le fond plutôt gentils mais qui ne sont pas capables de choisir les armes qui leur permettront d’affronter le monde de demain, un monde qui quoi qu’il advienne leur appartient (bonus de Suprème NTM). Comme je l’écrivais plus haut, j’ai quand même l’impression que les vieux veulent essayer de changer le futur, chacun à sa façon, chacun dans son domaine, nous sommes de plus en plus à tenir un discours différent qui veut dire la même chose :

  • le Diskio Pi qui est un projet de tablette tactile semi DIY. C’est un peu le même principe que mettre la carrosserie autour du moteur, on met une carte type pi, et pas forcément un pi pour obtenir une tablette tactile, les connectiques étant déjà présentes. La nuance est importante pour le pas exclusivement le pi, car proposer ce type de produit c’est bien, mais il y a quand même le problème du système d’exploitation. En effet, le problème principal c’est que Linux n’est pas fait pour le tactile, en tout cas les applications. Par le fait, si le matériel sera bien libre et évolutif, il faudra se tourner vers Android. Orange Pi le gère plutôt pas trop mal.
  • La camif est en train de changer son image pour celle du durable, du français et je trouve que c’est positif. Pour moi la camif c’était jusqu’à il y a quelques années, la société qui faisait payer le système scolaire au prix fort, une vieille société ancrée dans ses habitudes, totalement dépassée par l’arrivée des sites internet. Depuis quelques temps la camif change son positionnement, elle fournit sur son site des appareils qui sont garantis jusqu’à cinq ans, dont les pièces seront disponibles pendant quinze ans. Je regardais un lave linge vendu 550 €, cher donc, mais qui inclue une garantie pièce et main d’œuvre pour les cinq prochaines années à venir. L’extension de garantie si j’ai bien compris est offerte ou c’est un pari que fait le site sur le fait que l’appareil sera de qualité et ne rendra pas l’âme. Le même lave linge est vendu chez Darty au même prix sans l’extension, penser à la Camif fait désormais partie des sites auxquels je penserai.
  • Après Barcelone qui passe au libre c’est Montréal
  • Un projet de loi qui vise à interdire les produits dont les batteries ne se changent pas facilement. On pense forcément à l’affaire des iphones, à la lutte contre l’obsolescence programmée.

Ce discours arrive, j’ai envie d’y croire, un discours de changement profond de notre société, une société où le moteur ne serait plus la consommation. Une société où on ferait  preuve de solidarité, où on réapprendrait à prendre le temps de vivre pour soi, pour les autres. Voyez qu’à 43 ans on a encore le droit d’avoir des illusions ou d’être un « précurseur ».

A priori cette semaine devrait être plus calme que les autres, c’est presque une provocation pour moi d’écrire ça quand on sait que tout peut arriver. Mon garagiste qui est un professionnel sérieux a appelé des confrères chez Peugeot et Citroën, on lui a donné des billes supplémentaires, car ce qui est franchement drôle c’est que ça continue de couler depuis le haut, à savoir au même niveau que les joints qui ont été changés, je ramène donc le partner jeudi. J’ai informé mes élèves que je serais à la bourre, ils m’ont dit qu’ils commenceraient sans moi, c’est bien dire qu’il faut avoir foi dans notre jeunesse. La science continue donc d’avancer, on retire les seize agrafes de la jambe de mon épouse, certainement son attelle jeudi en même temps qu’on répare le partner. Les problèmes informatiques au lycée après avoir connu un nouveau pic mardi où on a découvert que le disque dur qui a été remplacé est noté à nouveau comme défectueux, commencent à s’arranger, mon concours avance plutôt correctement avec des productions assez originales, là encore les collègues me donnent des heures de cours pour participer avec moi et donner un coup de main.

Dans une journée comme celle d’hier, je n’ai pu me poser qu’environ quarante minutes derrière mon ordinateur. A l’instar d’un Didier qui vise minimaliste, le temps gagné lui permettant de se mettre au dessin, je dois reconnaître que d’être à l’essentiel, à savoir mon blog, mon forum, des flux RSS que j’ai encore réduits, mon twitter et un facebook que je garde pour éviter l’usurpation, permet d’éviter d’être débordé par l’inutile. On y prendrait presque goût. On réalise dans ces moments où chaque minute compte, que tout ceci ne manque pas vraiment, qu’il s’agit plus d’un outil pour combler le vide. Je serais tout de même heureux de pouvoir un peu procrastiner, pour l’instant pas le choix mais le moral est bon. A bientôt.