Complément 20 : I will survivaliste

21/01/2018 Non Par cborne

On prend souvent les survivalistes pour des fous furieux mais à la réflexion, le jour où quelque chose doit se passer, il vaut mieux être prêt. Les survivalistes sont ces gens qui s’attendent à la fin du monde, qui font le plein de nourriture, qui s’entraînent au maniement des armes à feu au cas où les zombis débarquent. Des gens qui sont capables de faire des maisons isolées avec leur propre caca. La présentation de ces gens est souvent caricaturale dans les reportages, et pourtant, ce sont juste des gens qui à un instant dans leur vie ont l’intime conviction que quelque chose de mauvais va se passer pour la terre et qu’à ce moment là, il faudra survivre.

A ma façon, je suis un peu comme ça, mais sans attendre le drame. J’ai la conviction qu’il faut avoir le cadre le plus structuré, avoir un maximum d’organisation dans son quotidien au point de passer pour un psychopathe pour affronter les mauvais jours. J’ai depuis lundi, l’occasion de tester l’efficacité de mon cadre. Notre histoire commence donc lundi, ma femme part à l’hôpital pour se faire mettre une prothèse dans le genou. La faute à pas de chance, une anomalie de naissance qui porte sur les deux genoux et qui n’est plus tolérée en arrivant à la quarantaine. La rotule est désaxée si bien qu’elle frotte contre le fémur, la seule solution viable est ce qu’on appelle une prothèse unicompartimentale du genou ou prothèse PUC. Comme on sait rire chez les bornes, vous avez bien vu que les deux genoux sont touchés, quand le genou gauche sera trop douloureux, il faudra y retourner, on fera peut-être de façon différente.

Le métier d’enseignant a ceci de formidable, c’est nos fameux six mois de vacances. D’ailleurs on ne fait tellement rien dans l’enseignement qu’on s’insurge quand un voyage au ski est annulé, ces faignasses de profs avec leurs six mois de vacances, peuvent bien faire du 24/24 pendant une semaine avec des enfants complètement excités. Dans les faits, c’est plus compliqué, le fait de devoir se marier pendant les vacances est une illustration de notre mission, pendant la période scolaire, c’est marche ou crève. Comprenez que si j’avais été ingénieur comme je l’ai été, j’aurai posé une semaine de congés pour gérer l’affaire. Tu te retrouves donc au boulot, en face à face élève dans l’attente de savoir si l’opération s’est bien déroulée et de devoir attendre le mercredi pour aller voir sa femme en essayant de jouer son rôle sans laisser rien transpirer. Opération réussie, je retrouve mon épouse à Montpellier le mercredi, ça rentre, ça sort, ça circule, on passe voir si tout va bien, ça n’arrête jamais dans l’hôpital. On ne réalise certainement pas la chance d’avoir notre système médical français, où on vous prend complètement en charge alors que tout ceci coûte une fortune. La prise en charge financière bien sûr, mais la gentillesse des gens, pour travailler avec des élèves de tout bord, il y a chez les élèves du service à la personne, une bonté qu’on ne trouve pas dans les autres filières, on retrouve cette même générosité chez la grande majorité des personnels de santé.

La semaine s’est donc déroulée au téléphone, en continuant à faire ce que je fais dans mon quotidien. Du ménage, des repas, des courses, des devoirs avec mes enfants, une vie d’enseignant, des évaluations à corriger, de l’informatique avec cheveux mon stagiaire qui me donne un sacré coup de main.

cheveux en pleine action

Au lycée nous avons dû procéder à une extension du Wifi et je suis en désaccord avec le prestataire. Comme ce n’est pas moi qui paye la facture, que ce n’est pas moi qui choisis le prestataire, j’ai exprimé mon opinion, pour le reste je me contente d’accepter, comme j’accepte que nous travaillons sur Windows ce qui à terme posera toujours des soucis. Le prestataire a tendance à régler tous les problèmes en passant par du hardware, moi j’ai tendance à régler tous les problèmes en passant par du logiciel, deux écoles bien différentes. La limite dans la gestion du hardware au niveau mondial, on répare des failles de processeurs à grand coup de patchs et de correctifs directement au niveau des systèmes d’exploitation, le logiciel plus fort que la machine.

A l’époque de la mise en place du Wifi du lycée, je n’étais pas arrivé, il y avait une prévision pour moins de douze bornes. Le problème on le connaît, on ne cesse de se développer et on dépasse désormais les douze bornes. L’appareil qui gère l’ensemble n’a pas les capacités d’en gérer plus, limitation hardware ou il faudrait payer une licence qui coûte un bras ce qui n’aurait pas trop de sens car on nous annonce que les bornes Wifi à venir ne pourraient pas être gérées par cet appareil. Moralité, on nous a collé trois bornes Wifi avec une super technologie, une borne Wifi est considérée comme maître par rapport aux autres, le paramétrage de l’une entraîne le paramétrage des autres. La faute à pas de chance, pour une raison qui nous échappe, les DNS des bornes Wifi basculaient automatiquement sur les DNS d’Orange alors que nous utilisons les DNS de Google du fait que notre opérateur professionnel des campagnes n’a à priori pas ses DNS. La difficulté de contact avec un prestataire informatique c’est qu’il vous prend pour un con du fait d’avoir l’habitude de travailler avec des gens qui ne connaissent rien, il a fallu que ce soit moi qui trouve le bug et que j’aille ensuite l’expliquer ce qui a tendance à m’insupporter surtout quand c’est le job du professionnel.

Mon mécontentement vient du fait qu’on multiplie pour du Wifi les interfaces de gestion. J’ai douze bornes Wifi où je dois utiliser l’interface du vieil appareil, j’ai trois bornes Wifi qui sont gérées autrement, je trouve que c’est sale. Comme je l’ai indiqué plus haut, le prestataire gère tout par le Hardware si bien que par exemple, les limites de temps pour le réseau Wifi des élèves doivent être gérées à deux endroits différents alors que nous avons un serveur sous Linux qui fait office de portail captif. Je considère que c’est une hérésie, le portail captif est fait pour gérer ce genre de choses, ça aurait dû être fait à ce niveau là dès le départ. C’est donc cheveux qui à la main s’est farci les 400 profils d’élèves pour les faire rentrer dans le portail captif qui fait désormais aussi office de gestionnaire des horaires.

On a multiplié les problèmes informatiques ces derniers temps et mon problème principal c’est toujours la sensation que la personne qui est en face n’est pas assez réactive. Du fait d’être un psychopathe du quotidien, j’ai tendance à traiter tous les problèmes qui se présentent le plus rapidement possible. Du fait d’être comme ça, j’ai tendance à penser que les autres en font autant, ce n’est pas le cas, c’est le problème de travailler avec les autres, trouver le rythme de chacun.

Cheveux a fait donc son grand retour cette semaine, il démarre à l’aise. Des enseignants lui demandent spontanément de l’aide, il a progressé techniquement et humainement, son premier stage chez nous lui a fait du bien. Mon concours de une de journal battant son plein, j’ai besoin d’aide. Chaque année, on se rend compte que c’est de plus en plus difficile, les élèves non seulement manquent d’autonomie dans leur travail, n’ont pas d’idée mais n’ont surtout aucun goût de la propreté et du bien fait ce qui me gêne le plus. On est face à une génération qui n’a aucun plaisir à rendre un travail propre, même informatisé. Pendant que cheveux règle les problèmes techniques, avec des gamins qui n’arrêtent pas de lui poser la question s’il est mon fils suite à une rumeur lancée par une collègue, je passe derrière chaque élève pour mettre un peu de rigueur dans les travaux. Cheveux va devoir aussi pointer l’ensemble des câbles vidéos du lycée, tâche ingrate mais indispensable, les profs laissent traîner les câbles au sol, marchent dessus, se plaignent que les vidéo-projecteurs ne marchent pas. Il faudrait une personne à plein temps dans ces petites tâches informatiques pendant que le patron trouve des bugs de DNS. C’est dans cette démarche que je veux écrire quand j’aurai un moment un protocole pour l’accueil de nos stagiaires, des tâches de contrôle répétitives mais indispensables pour le bon fonctionnement de notre établissement.

J’ai adhéré à Montpel’libre de façon officielle et j’ai dépanné mon deuxième Linuxien à l’abandon. Il s’agit de quelqu’un qui est totalement novice en informatique et qu’un ami a installé directement sous Linux. Il ne connaît donc pas l’univers Windows. A l’instar de la dame que j’ai dépannée, l’ami a déménagé et le monsieur se retrouve avec son ordinateur Linuxien qui ne prend pas le Wifi et pour lequel la souris est bloquée. J’ai pensé que c’était le pad tactile du portable, il s’agissait en fait de la souris au grand complet, on met une souris optique ça ne fonctionne pas. Il n’avait rien de particulier dessus, j’ai donc réinstallé la machine en Xubuntu 17.10, il est reparti avec son ordinateur sous le bras, ravi.

J’ai fait mes remontées au niveau de Pascal, Montpel’libre va bientôt ouvrir un forum sur son site, moderniser son site, ce qui ne sera pas du luxe. En fait, je ne pense pas que les gens qui pourraient participer aient le niveau technique pour se dépatouiller à partir des lignes de commande. La démarche serait différente, ce serait l’occasion d’écrire qu’on habite là, qu’on est bloqué, et de voir qui est le plus proche. A l’heure actuelle c’est un système de mailing list assez difficile à lire pour l’expert, j’ose à peine imaginer pour le simple quidam.

L’écriture de documentation interpelle, car on se dit que c’est vain. J’ai montré au monsieur comment utiliser la logithèque d’Ubuntu pour installer simplement des programmes, il était émerveillé, il n’avait pas osé le faire jusqu’à maintenant. Comment écrire alors un document ? Je crois que cela ne sert pas à grand-chose d’essayer de se mettre à la portée en terme d’écriture quand le niveau est si bas. Il est important de donner un cours en face à face, l’individu devant lui-même structurer ses notes pour pouvoir se débrouiller par lui-même. Si pour les bonhommes en informatique, le web est le partenaire indispensable pour se dépatouiller, l’utilité du web pour les Michus c’est de simplement pouvoir trouver les personnes qui vont les aider physiquement.

Le premier week-end de février à Béziers à la médiathèque de Béziers a lieu une install party, Béziers pour moi ce n’est pas le bout du monde pour ainsi dire c’est quasiment plus proche de Narbonne. J’y ferai bien un crochet, mais force est de reconnaître qu’il est délicat pour moi d’imaginer où je serais dans deux semaines.

Batman a échoué à cette énigme, où sera Cyrille BORNE dans deux semaines ? 

Quand mercredi on a vu le chirurgien, il a dit que ma femme sortirait, vendredi, samedi ou dimanche. Bon tu dis rien parce que tu n’as pas grand-chose à dire, et tu sais que tu vas t’adapter car tu es Cyrille BORNE, tu plies comme un champ de roseaux mais tu ne romps pas. D’ailleurs en parlant de vent, j’ai fait toute la semaine dans la tempête, c’était bien choisi une fois de plus. Mon épouse le jeudi me dit qu’elle sortira le lundi pour m’envoyer un SMS le vendredi pour me dire qu’elle arrive par ambulance. Je récupère le colis le vendredi soir. En fait, elle pensait que ça irait comme sur des roulettes, qu’elle serait en meilleure forme, et c’est raté. Mal au genou, à 3h30 du matin il faut désormais se lever pour aller chercher une poche de glace et prendre des cachets, il faut l’aider pour tout ou presque dans ces premiers temps.

Alors que les enfants s’étaient auto-disciplinés au suivi de ma vie rangée au point d’avoir une avance dans les devoirs assez surprenante, l’arrivée de l’entropie dans la maison nous a tué d’un coup. On courrait de partout, partir faire les courses dans l’urgence, chercher les médicaments à l’arrache, enfin bref la totale. Samedi ça ne va pas très fort, on lui a fait quitter l’hôpital certainement trop tôt, la cicatrice était un peu rouge. Malheureusement avec le déficit, on met les patient à la porte même si c’est pour les voir revenir, on tente sa chance avec la santé des gens. Le chirurgien lui dit que si elle a de la fièvre, il faut prendre rendez-vous d’urgence avec lui. Nous sommes samedi en début d’après-midi, la fièvre est là, seulement on est samedi, et je me dis que je ne vais pas l’amener là tout de suite en trombe à Montpellier quand jusqu’à maintenant elle n’a été transportée que dans une civière. Je fais donc de façon zen le 15 et nous commençons notre après midi au CHU de Narbonne. A priori une petite infection, on me donne le droit de la prendre dans le partner. Du fait de vivre à Saint-Pierre, on fait du lien, la pharmacienne me dit qu’elle m’attend, nous arrivons à 18h55 pour prendre les antibiotiques. A 3h30 du matin, re-poche de glace, nous avons pu finir la journée normalement, moins de fièvre ou presque plus, moins de douleur mais vigilance quand même.

J’ai fait une semaine de 800 km contre mes 400 habituels, j’ai très peu dormi et pourtant sans me mettre à hurler à la mort ou à me mettre en position fœtale pour pleurer j’ai tout géré. J’ai tout géré comme vous me voyez gérer tout depuis des années, et plus particulièrement depuis désormais un mois et demi avec l’histoire des camions à caca, je gère encore plus. Quand on dit que la santé c’est le plus important, on est clairement dans le vrai. J’ai pour l’instant la chance d’avoir la forme et de pouvoir faire tout ça. Le fait d’être un survivaliste de la vie, d’avoir un entraînement constant dans la gestion d’un quotidien qu’il faut reconnaître parfaitement merdique, me donne l’avantage d’être prêt pour affronter ce genre de moment.

Les lessives sont finies, j’ai remis un coup de peinture dans les chambres des gosses qui étaient dégueulasses, j’ai corrigé 45 DM de première et commandé un camion à caca pour qu’il se verse dans leur salle de classe, j’ai résolu mes problèmes informatiques cette semaine, le travail des enfants est fini jusqu’a la fin de la semaine prochaine, je me suis rasé et perdu six kilos, j’ai réussi à donner un peu de temps pour jouer la carte de la solidarité, je suis prêt à reprendre une semaine qui s’annonce une fois de plus musclée avec une sérénité qui fait froid dans le dos.

Comme vous pouvez vous en douter, la place pour le blog est réduite mais cela va même au-delà de ça. Quand c’est la merde à un point pareil, et quand je vois ce que ça a donné ce week-end alors que nous étions trois pour aider, qu’à partir de demain elle va passer quelques heures seule, on a tendance à se replier sur soi. J’entends par là que le but est de rester dans sa zone de confort, zone de confort qui ressemble à une planche à clous de fakir. Ce n’est pas que je n’ai pas envie d’écrire, l’envie comme vous pouvez le voir avec ce très court billet est toujours présente, mais je n’ai rien à dire, si ce n’est donner comme je l’ai fait des nouvelles pour expliquer à quoi ressemble mon quotidien.

Merci à ceux qui ont pris des nouvelles, le BORNE tient toujours le cap. A bientôt pour de nouvelles aventure !