Complément 13 : ou 12.1 c’est selon

27/11/2017 Non Par cborne

J’avais dit qu’il fallait que je prenne le temps pour écrire, c’est ce que j’aurai dû faire sur le dernier billet. J’ai commencé un peu à m’intéresser à mon instance Gnu Social, et j’ai réalisé que j’étais coupé du réseau Mastodon depuis plusieurs jours. N’ayant aucune connaissance technique, n’ayant pas l’accès SSH, j’ai détruit l’instance dans l’après-midi. En parallèle j’ai purgé la quasi-totalité de ce que j’avais sur Facebook pour n’avoir qu’un profil qui permet de m’identifier à coup sûr. Frustré d’avoir planté mon instance, j’ai ouvert un compte Twitter dans la foulée, vous devriez être d’ailleurs plus nombreux à me suivre sur Twitter.

Refaisons donc une nouvelle synthèse

Gnu Social, Mastodon et diaspora* très bien sur le papier pour ma part à une seule condition, être l’administrateur de sa propre instance ou avoir une confiance infaillible en la personne qui vous héberge. Car, si l’idée reste intéressante, il faut avoir l’honnêteté de dire que quelles que soient ses convictions libristes, vous restez hébergés chez un tiers, c’est donc à pas grand chose pareil que d’être chez un GAFAM. Vous allez me trouver mesquin, m’expliquer que ce n’est pas la même chose, oui vous aurez raison d’un point de vue éthique, vous aurez néanmoins tort d’un point de vue technique. Vous n’êtes libre que lorsque vous vous gérez tout seul comme un grand. C’est une des limites du réseau, la difficulté technique de posséder sa propre instance, l’obligation d’être dépendant de quelqu’un. L’autre difficulté c’est que même si ça reste centralisé entre quelques instances, que ça communique plus ou moins bien, c’est quand même décentralisé, il n’y a donc pas de système de suggestion. Par le fait, si vous voulez trouver des gens, il faut le faire à la main. Pour la méthode, j’ai pris un profil de mes contacts, je regarde son annuaire, la présentation des gens, quelques mots et j’adhère ou non. C’est très laborieux, trop laborieux quand la concurrence offre un modernisme qui n’a rien à voir.

J’écrivais que c’était perdu d’avance, c’est vrai. Le réseau Twitter dans sa construction technologique est particulièrement bien fait, on y retrouve quasiment tous les libristes. Il est évident que si on met en face à face Gnu Social ou Diaspora pour parler de ce que je connais, c’est le jour et la nuit en terme de confort. Je suis bien plus à l’aise aujourd’hui avec Twitter qui a doublé le nombre de caractères, on peut écrire de façon naturelle sans trop avoir à réfléchir, sans casser la communication, coincé par les 140 caractères. L’éclatement Facebook est une logique. Sur Twitter on a un réseau social qu’on qualifiera de cultivé, vous me ferez remarquer que les haters ne manquent pas, les débiles, les anges de la télé-réalité et le reste mais cela restera une tendance forte.  Vous ne verrez pas mes élèves qui ne comprennent rien à ce réseau car il est trop complexe pour eux. Mes élèves fréquentent snap ou instagram, plus de leur âge. Sur Twitter on peut suivre l’actu, on peut suivre des journalistes, des blogueurs, c’est riche.

Si les jeunes sont sur snap ou instagram, si les « intellectuels » sont sur twitter, que reste-t-il à Facebook ?

Je pense que Facebook fait office de réseau local. A pas grand chose, on peut supposer que les amis qu’on va avoir sont des gens qu’on connaît en vrai. A pas grand chose toujours sauf si comme moi on a vécu dans un camion de déménagement ou dans une voiture, il y a de bonnes chances que ces amis soient plus ou moins présents dans la localité malgré la mobilité. Par le fait Facebook a du sens, vous organisez un événement, il sera local sauf quand ce sont les rencontres mondiales du logiciel libre, il n’est pas absurde de penser que Facebook peut faire le job. Facebook c’est aussi le site internet pour ceux qui n’en n’ont pas, les petites associations, mais aussi des dessinateurs qui utilisaient blogger il y a quelques années. Vous ne trouverez pas de compte Twitter de Régis Loisel mais vous trouverez sa page facebook.

Facebook c’est finalement le web pour ceux qui ne peuvent pas le faire, ne savent pas le faire, ne veulent pas payer pour le faire, et du fait de sa toute puissance, si vous avez besoin de présenter quelque chose, de vendre quelque chose, c’est un mauvais calcul de ne pas en être. Je pense néanmoins que le calcul qui consisterait à ne miser que sur Facebook n’est pas le bon, le site internet que l’on gère, que l’on maîtrise a encore du sens en 2017 car on n’est jamais à l’abri de rien, que Facebook soit balayé dans cinq ans.

C’est l’esprit général qu’il faut avoir avec les réseaux sociaux, les utiliser sans trop s’investir, mais les utiliser quand même car ils sont de façon évidente un tremplin pour qui veut se faire connaître un peu. Alterlibriste utilise souvent le terme de communauté d’intérêt, et je pense qu’on s’oriente effectivement vers ça. On avait l’impression que c’était la fin de la diversité, je pense qu’on va y retourner, Facebook avec sa baisse de fréquentation a montré qu’il n’avait pas la force de cannibaliser l’internet dans sa totalité. Je peux vous dire qu’on peut remercier les jeunes, ils ont été tellement bien dressés à ne s’attacher à rien qu’on n’arrivera à rien asseoir car ils seront toujours en quête de nouveauté, bravo les commerciaux vous avez bien bossé.

Je vous écris ce billet lundi soir en temps réel et je vous faisais part hier de ma joie de découvrir mon nouveau stagiaire qui répondra désormais au nom de Bernardo.

Je pensais qu’on avait touché le fond avec cheveux, je me trompais. Bernardo est amené par sa mère qui m’informe que s’il ne répond pas, ce n’est pas parce que c’est une forte tête mais tout simplement parce qu’il ne parle pas. Non seulement il ne parle pas, mais quand on arrive à lui faire exprimer quelque chose, il est totalement inaudible, c’est terrible. Bien sûr, mes collègues se foutent de moi en me traitant de masochiste car j’étais pour avoir un stagiaire, je reste étonné de voir que c’est le deuxième qu’on nous livre taillé dans le même moule, une classe complète doit se rapprocher de la cour des miracles. En même temps faire cours là dedans doit être plus reposant que de le faire avec trente filles hystériques. Cela dit, même si c’est fatiguant, j’ai toujours aimé les cours avec les filles hystériques, c’est dynamique. Tout ça pour dire que c’est quand même une inquiétude. Il a été refusé par son précédent lieu de stage, les employés ont exprimé leur impossibilité de travailler dans de telles conditions. Nous sommes établissement agricole, nous avons l’habitude de travailler avec tout le monde si bien que nous allons pouvoir lui donner sa chance, en espérant qu’il arrive à la prendre comme cheveux. C’est tout de même une très grande inquiétude pour l’avenir de ces jeunes, comment pourront-ils faire dans une entreprise, avec des exigences aussi simples que de saluer son patron et ses collègues, comment se trouver une femme, se marier, faire des gosses. Vous allez me traiter de réac avec mes idées sur la famille, mais ces garçons qu’on est amené à croiser qui vivent coincés derrière leur ordinateur respirent le malheur, la tristesse, une grande solitude.

Je suis donc un peu dépité, car je ne sais pas si ce stagiaire pourra être suffisamment autonome pour qu’on puisse lui confier certaines tâches alors que sur le principe il est sur le marché de l’emploi l’an prochain. Je suis déçu car je comptais le prendre avec moi pour me donner un coup de main avec les troisième sur le concours annuel de réalisation de maquette de journal. Je suis déçu car j’aurai voulu qu’il parle à nos élèves de sa formation, de son avenir, vous vous doutez bien que s’il ne me parle pas à moi, ce n’est pas devant une classe de troisième qu’il va le faire. Je ne perds pas la foi, j’espère que le prochain stagiaire sera le bon.

Voilà, je pense que j’ai fait le tour de ce que j’avais à raconter sur les réseaux sociaux, je crois qu’on s’oriente vers cette fragmentation avec la problématique financière tout de même, seul Facebok arrive à monétiser, l’impression permanente d’une épée de Damoclès sur la tête de Twitter ou de Snap. Ce n’est donc pas une mauvaise chose de le vivre sans trop de passion, sachant que la segmentation entraîne la dispersion, et que c’est la mauvaise période pour perdre un temps déjà précieux. C’est la saison du vampire, la pire période de l’année, partir de nuit, rentrer de nuit, ajoutons à ça Noël qui se rapproche et les conseils de classe pour comprendre que le monde social peut s’effondrer sans trop me stresser.

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