Complément 116

18/11/2020 Non Par cborne

Demain j’arrête pour de vrai, pour faire quand même d’autres choses.

Dans mon précédent article très joyeux sur l’état actuel des choses dans l’éducation, j’avais dit que j’arrêtais un tas de choses. J’ai envoyé ce matin à l’ensemble de l’équipe pédagogique que j’arrêtais le concours Koad9 avec les élèves de troisième. J’aime bien envoyer à tous les profs de mon bahut des messages avec en copie mes chefs. Je ne suis pas le premier à ouvrir le bal, mes collègues de sport l’avaient fait en début d’année pour mentionner l’état de délabrement physique avancé des enfants. On en discutait pas plus tard qu’hier, ils n’arrivent plus à courir 20 minutes.

Il faut essayer de comprendre la problématique qui anime la majorité des enseignants et je sais que parfois avec mon côté on va tous mourir, ça peut ne pas être clair.

Aujourd’hui la question pour ceux qui ne cherchent pas à démissionner, c’est de réussir à composer avec des programmes de plus en plus épais et des élèves de plus en plus faibles dans un contexte que je qualifierais de plus daubeux depuis le début de ma carrière. L’exemple du concours Koad9 est un bon exemple. Si je suis le référentiel, à la fin du programme de troisième, l’élève est capable de démonter et de remonter un satellite les yeux bandés, est capable de programmer un réseau social en COBOL et sait déjouer tous les pièges de l’internet tout en prenant conscience que coder lui procure une dose de dopamine importante et qu’il doit être vigilant à ne pas trop en faire. Bien évidemment, la lecture du référentiel, c’est interpréter les propos de la pythie, on se doute qu’à raison de une heure par semaine, on arrivera pas à faire de miracles.

Le projet Koad9 avait ceci d’intéressant pour moi : utilisation de Libreoffice, édition des images, poids des images, recherche d’images et j’en passe, un projet sur le long terme qui permet à l’élève de s’exprimer dans un cadre donné sur un thème globalement libre. J’ai cette année des sujets aussi variés que le cheval, les jeux vidéos, le football ou les motos … C’est une boutade, certaines années j’ai eu des délires sur les licornes, la batucada, ou même l’urbex. Comme les élèves ne savent pas utiliser un ordinateur, ne savent pas ce qu’est une une de journal ou faire une phrase sujet verbe complément qui veut dire quelque chose, ça commence à tourner au combat perdu d’avance. Arrêter le projet, c’est stopper de nombreuses heures de travail en classe qu’il faut remplacer par quelque chose : un travail répétitif.

Rêve de prof.

Dans le module vente que je réalise avec ma collègue, j’aurais pu sortir une photo du dictateur finalement, nous réalisons un travail sur l’étiquetage des produits, trois étiquettes au minimum. D’un point de vue théorique, les enfants apprennent ce qu’est une mention obligatoire sur une étiquette, à savoir la date de péremption, l’origine du produit, allergène ou pas et j’en passe. C’est assez intéressant car ils sont à minima consommateurs et font les courses avec maman, nous sommes de plus dans une époque où la consommation et la qualité reviennent souvent dans le débat public, on peut donc réussir à devenir un peu intéressant. Donc on leur fait d’abord réaliser l’étiquette sur papier puis vient la réalisation en elle-même :

  • recherche d’image dans le moteur de recherche.
  • recherche d’image libre de droit car nous allons vendre les bouteilles.
  • utilisation des fenêtres textes
  • changer le fond, changer les couleurs, changer les polices, les tailles et j’en passe.

Je réalise finalement d’un point de vue technique quelque chose de quasiment similaire à mon concours Koad9. La différence vient du texte à écrire, des idées à trouver mais à la base c’est plus ou moins pareil. Alors que la réalisation de la première étiquette est particulièrement laborieuse, la réalisation de la seconde est beaucoup plus rapide et surtout beaucoup plus riche.

Un exemple d’étiquette de la promotion de l’an dernier

J’ai un élève qui s’est lancé dans la réalisation de son étiquette, il a décidé de faire une étiquette intégralement noire. Il me dit qu’il est gêné parce que le logo du lycée est sur fond blanc et qu’il n’existe pas en fond noir. Je lui dis qu’il existe le site remove.bg, qui lui permet de passer le logo en transparence et de pouvoir l’intégrer à n’importe quelle couleur. Son voisin le voit faire, il s’y met aussi puis c’est toute la tablée.

Finalement. En s’affranchissant de l’obstacle de la création d’articles, qui reste principalement un exercice de français, les élèves avec un cadre plus rigide que sont les étiquettes ont progressé en reproduisant le même travail. Je vais donc l’an prochain certainement commencer mes cours par la réalisation des pages de garde informatisées. Cela peut sembler complètement con, à la limite de l’enfantin mais c’est aujourd’hui ce qui sera le plus accessible pour mes élèves. La répétition pour les différentes pages leur demandera de se renouveler pour ne pas tomber dans la lassitude.

Il faut désormais que je réfléchisse au travail à la maison qui pose de gros problèmes. Il ne s’agit pas ici d’arrêter de donner du travail à la maison même si on peut supposer que c’est en sursis mais certainement de le présenter autrement. En classe de troisième et pour 3 semaines, j’ai donné le coup d’avant 6 exercices de DNB. Il faut savoir qu’un DNB aujourd’hui c’est entre 6 et 8 exercices qui balaient l’intégralité du programme ou presque et c’est donc 2 heures de travail. Deux heures de travail pour deux semaines, nous sommes bien d’accord que ce n’est pas la mer à boire. Cela reste néanmoins trop pour mes élèves. Et c’est peut-être ici l’interrogation, se dire que c’est la présentation qui pose problème parce qu’affronter deux heures c’est trop. Je réfléchis ici totalement à voix haute car l’échéance on la connaît c’est à la fin du mois de juin avec une véritable chaleur à crever, l’obligation de composer deux heures.

L’art du nivellement vers le bas, j’aurais pu m’en passer. Néanmoins même si la suite converge largement vers le mur, et on finira quand même par se le prendre de plein fouet, on ne peut pas continuer à travailler comme il y a dix ans comme si de rien n’était. S’en prendre aux gamins ne sert pas à grand-chose, mon public est désormais en roue libre dans la majorité des cas avec des parents dont les raisonnements sont assez variés mais il y en a un que j’entends de façon de plus en plus régulière et qui est aussi le mien. Je ne vais pas tenir la main de mon gamin de 15 ans pour vérifier avec lui chaque soir s’il a fait son travail. Et ça, je suis le premier à le reconnaître, à un certain âge, on ne peut pas tout assumer pour son gosse. Ma fille dont les résultats actuels ne sont pas satisfaisants et qui découvre la liberté ou ce qu’elle croit être au lycée, perdra son smartphone pour les weekends avant certainement de revenir au téléphone à touche. Car effectivement si je pense qu’il est nécessaire de se prendre en charge, ne rien faire serait cautionner.

Se transformer ou mourir telle n’est pas forcément la question (on va tous mourir)

Le confinement continue même si je ne le sens pas vraiment passer, c’est pas non plus comme si je ne gardais pas la jeunesse pour que les parents puissent continuer à travailler au péril de ma vie. À l’instar de nombreux français je regarde peu l’actualité, en tout cas à la télé. Peut-être que ces mêmes personnes vont cesser les réseaux sociaux tout aussi anxiogènes même plus. Je ne regarde plus que l’actualité sur France 3 car c’est une autre actualité, capable de présenter les problèmes des uns et des autres mais aussi de montrer des coins de nature, des actions plus positives. Je vois donc les commerçants de mon coin qui demandent la réouverture, les restaurateurs qui crient famine, je comprends. Je peux d’autant plus le comprendre que si j’avais été ado et mes parents commerçants, déjà que c’était compliqué avec l’ouverture des supermarchés, comment tu vis, qu’est-ce que tu manges, comment tu fais ? Certains entrent d’ailleurs en rébellion pour survivre.

Néanmoins il y a quand même quelques interrogations. Comme je l’ai dit, alors que c’est franchement openbar, on peut dès lors s’interroger sur les lieux de contamination. Si dans le cadre d’un magasin du centre qui vend des chaussures, je peux effectivement m’interroger quant à une potentielle contamination, en ce qui concerne les restaurants et les bistrots je suis plus affirmatif. Je crois que malheureusement pour comprendre la crise sanitaire, il faut avoir un mort dans sa famille pour certains. Si demain on rouvre tout, que c’est une catastrophe sanitaire avec des patinoires qu’il faudra remplir de cadavres ou comme en Italie des gens qu’on fait patienter dans les voitures le temps que quelqu’un meurt à l’hôpital, alors on aura peut-être moins envie de faire des fêtes à 400 personnes, des mariages, ou même se retrouver dans le bistrot du coin.

En attendant l’économie essaie tant bien que mal de se transformer, déjà que le quotidien c’était le combat de David contre Goliath dans le réel, le terrain se déplace dans le virtuel. Comme je l’avais expliqué, si j’avais dû faire quelque chose, j’aurais fait la combinaison Woocommerce et WordPress. J’ai vu passer les articles suivants qui expliquent un peu la problématique et deux trois bricoles collent un peu la frousse.

  • Je pose ça ici aussi, car il s’agit je pense désormais d’une industrie qui a bien réussi sa transformation 2.0 tout en laissant pas mal de monde sur le chemin. La stratégie du Parisien pour atteindre 200 000 abonnements numériques en 5 ans. Souvenez-vous, la presse qui réclamait des aides, a finalement réussi à imposer de plus en plus le paywall. Pour l’instant rien ne m’incite à franchir le pas mais ça pourrait finir par venir.

Sortie de Primtux 6.0

Même si j’ai largement tourné la page Linux et que je suis parfaitement épanoui sous mon Windows, je ne boude pas mon plaisir de temps à autre de virtualiser quelque chose, notamment si ça peut faire monter un peu le pagerank. Primtux est une distribution avec laquelle je m’étais chauffé à ses débuts, j’avais rencontré pas mal de problèmes et je l’avais dit. Cep à l’époque, qui vogue sous d’autres cieux, en avait remis une couche pour expliquer que le packaging était catastrophique. Bref comme vous pouvez vous en douter, le développeur de l’époque était un peu énervé. Une forme d’incroyable talent de réussir à irriter les gens. De l’eau a coulé sous les ponts, et la distribution continue d’exister, de se développer, ce qui est positif. Il y a un autre point positif, l’un des développeurs du nom de mothsart, traîne dans mon forum, il est souvent réactif quand je dis que Firefox c’est de la merde, que Linux c’est de la merde, et qu’aujourd’hui à 8 Go de RAM tu fais rien.

La distribution s’inscrit dans la continuité d’Asri Education, je viens d’achever tout le monde car cela remonte à une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. À l’époque, on avait une tendance à forte à penser qu’une distribution pour les enfants c’était une distribution pour laquelle on mettait un fond d’écran rigolo et GCompris pour avoir une distribution pour les enfants. Asri avait fait quelque chose de plus abouti sur deux plans : prendre une base de Puppy Linux ultra-légère pour que ça tourne sur de vieux bouzins, présenter des applications différentes selon l’âge de l’élève.

On est donc sur le même principe avec trois profils d’enfant différent et un profil administrateur qui permet d’ajouter des logiciels supplémentaires. L’ensemble est fait avec l’interface de DFlinux aka Handylinux ce qui me permet de saluer Bendia qui traîne aussi sur mon forum et Arpinux qui est sorti de sa cave pour prendre le pouvoir de debian-facile mais c’est une autre histoire. Une interface donc facile pour les gosses puisqu’elle s’apparente à une interface de tablette et de nombreuses applications pour tous les âges qui sont déjà installées ce qui évite quelques complications, je pense notamment à Scratch.

Si je devais installer des écoles, Dieu m’en préserve, c’est certainement ce que je ferai. Je conseillerai toutefois aux développeurs d’abandonner la base de développement Debian ou Ubuntu, l’architecture 32 bits, pour n’en garder qu’une de préférence, Debian 64 bits. Pourquoi ? Quand il faut 8 Go à minima avec Debian, il en faut 16 pour Ubuntu.

L’histoire ne dira pas que Cyrille BORNE à l’installation a trouvé un bug et qu’à priori il est déjà localisé.

Dans leur bulle

Dans mon dernier billet j’expliquais que l’un des problèmes principaux que nous aurions à affronter c’est le fait que nos jeunes ne sortent plus de leur bulle. J’entends par là qu’ils vont à l’école, fréquentent des gens, quittent l’école, retrouvent ces mêmes gens dans leurs réseaux sociaux. Et c’est ici que ça va devenir compliqué. Les gens qui sont plus intelligents ont compris que finalement il suffisait d’instiller dans leur bulle, le venin, pour qu’il se propage comme une traînée de poudre. Les yeux dans leur écran toute la journée, loin de la culture, du savoir qu’ils méprisent, ils croient n’importe quoi, et c’est ici le terreau de tous les extrêmes, du complotisme.

On ne réalisera jamais à quel point les réseaux sociaux sont devenus le cancer de notre humanité, le fléau de notre jeunesse. Notre rôle d’adulte aujourd’hui c’est réellement de leur sortir le nez de leur merde plutôt que de les laisser sombrer par facilité.