Complément 113 : je voulais rester confiné, mon père m’a dit lé, lé, la

26/09/2020 Non Par cborne

Comme on le disait avec les collègues, je trouve que jusqu’à maintenant on s’en sort pas si mal. Comprenez qu’on vient de passer le cap des quatre semaines de la rentrée, qu’on est encore vivant, qu’on fait cours, et on est même encore ouvert. Forcément dans l’entourage, on a des malades de façon chronique, les résultats des tests sont longs à obtenir, et ils reviennent tous négatifs. La complexité actuelle c’est qu’on a pas mal de gens qui ont développé des états grippaux, de la toux, de la fièvre, et dans d’autres circonstances on aurait dit, tu as une grippette, mais le principe de précautions impose un dépistage systématique.

Je le répète assez souvent dans ma colonne, nous vivons un monde qui change profondément, nous vivons un monde où notre métier de prof prend de plus en plus de sens et pas pour apprendre le théorème de Pythagore. Dans mon établissement, nous avons pris du retard sur les sorties VTT de cohésion que nous devions réaliser, la météo a été pour le moins capricieuse. Les inondations dans le Gard c’est à 150 km de chez nous, la tempête qui est passée dans l’Aude sans vraiment s’en rendre compte, c’est chez moi. Oui, dans l’Aude, on a la tempête et la tempête forte, mais dans l’ensemble on vit dans la tempête, on s’en rend compte à ce qu’on ramasse au sol que c’était la tempête forte.

Les aiguilles mortes se ramassent à la pelle. La photo ne rend pas hommage à mon balayage de ce matin, il y en a pour plusieurs kilos.

Mes collègues de sport ont dressé un compte rendu de ces sorties VTT et leur constat est toujours intéressant. J’ai vécu pendant les années de ma jeunesse dans le mépris des enseignants de sport, à tort, comme dirait Saez, jeune et con. En effet, quand tu fais des études scientifiques, que tu n’es pas sportif, que tu vois des gros bœufs te dire de courir, tu as dû mal à comprendre l’intérêt. Aujourd’hui, même si mes collègues ne sont pas des philosophes, j’écoute toujours leur discours avec une attention particulière. Le professeur de sport est capable de vous parler des problèmes de motricité, de l’intégration du jeune au sein du groupe, et de tout un tas de paramètres que nous ne voyons pas nécessairement ou d’autres qui sont exactement à l’identique de ce que nous voyons en classe.

Mes collègues dépeignent des enfants dans un état physique catastrophique, de plus en plus ne savent pas faire de vélo, quand la grande majorité ne font plus d’activité sportive à l’extérieur de l’établissement. Ils soulignent aussi les problèmes pour comprendre des consignes simples. Si vous saviez.

J’ai demandé à mes élèves cette semaine de déposer un travail dans l’enveloppe de dépôt de SCOLINFO. Comme vous le savez, je prépare le reconfinement, même si on a très peu de chance que ça se produise étant donné qu’on sera certainement les derniers à fermer pour ne pas rendre les parents dingues. J’ai demandé une consigne simple, dans un document texte, coller les paroles de la chanson qui vous fait plaisir et la photo du chanteur. Vous vous doutez que j’ai bouffé du Jul même si un gamin m’a balancé allumer le feu de Johnny, je l’ai bien sûr signalé aux services à l’enfance. Je compte un quart des enfants qui n’a pas fait le travail, alors que j’ai passé ma semaine à gueuler, avec mon laïus parfaitement rodé sur le temps passé sur les réseaux sociaux et les cinq minutes que prend mon travail. Un quart des enfants m’a envoyé le travail par mail … Et c’est ici qu’on en revient à la consigne simple. Quand j’ai commenté ce travail en classe, j’ai dit à mes élèves. Vous décidez de faire des crêpes, et vous envoyez votre enfant chercher du lait, il revient avec du Coca. Est-ce que vous pouvez faire des crêpes ? Est-ce que cela correspond à ce que vous avez demandé ? Absolument pas et ils sont d’accord dessus. Il y a quelque temps j’aurais mis zéro directement pour travail non fait, puisque ce n’est pas le travail que j’attendais, mais quand je les regarde derrière le masque, le regard triste dans le monde de merde dans lequel nous vivons, dans lequel vivent mes enfants, je respire un grand coup, mal parce que mon masque est plein de ma propre flotte, et j’ai mis deux tiers des points pour valoriser le travail.

J’avais réunion parents professeurs vendredi et chacun se livre à un laïus comme tous les profs savent le faire. Dans les grandes lignes j’explique que depuis des années je ne cesse de revoir mes exigences à la baisse et que depuis quelques années maintenant pour les classes de collège je demande un porte-vues avec mon cours de maths qui est distribué depuis le début de l’année, parce que le cahier de maths, prendre un cours, c’est devenu trop compliqué pour les élèves. Cette année, c’est la première fois que j’ai des élèves qui sortent les feuilles et qui réussissent à les perdre car en fin de cours ils ne les ont pas remis dans le porte-vues. Les parents derrière le masque me regarde d’un air atterré, comme si c’était impossible et pourtant on en est rendu là. Sans être méchant, sans être stigmatisant, j’ai dit que jamais nos enfants n’avaient eu autant besoin d’aide, et qu’enseignants, parents, devaient s’unir même si pour cela il fallait préparer les sacs de son couillon de 14 ans des boutons plein la gueule et 1m70 au compteur.

J’espère que mon appel sera entendu. Pendant ce temps-là on vient de crever le plafond du nombre d’IVG en France, et quelque chose me fait dire que ce n’est pas fini, il y a quand même quelques questions à se poser avant d’avoir un enfant aujourd’hui. Quel avenir ? Une vie avec des maladies, des guerres, du chômage ?

On va essayer de continuer sur une note plus gaie. J’ai largement franchi les 1000 km avec mon Némo, la voiture qui porte un nom inspirant.

Némo plus proche du thon que du poisson rouge. À pas grand-chose on dirait le fourgon de Barracuda de l’agence tout risque.

La conduite en quatre chevaux c’était peut-être ce qu’il me fallait. Je suis forcé de rouler plus doucement, je double moins parce que doubler ça se réfléchit franchement, notamment sur mes routes. La conduite en quatre chevaux c’est la kryptonite de Cyrille BORNE. 1000 km et je me rends compte que j’ai dû mal à oublier le partner. Dix ans de conduite dans une voiture, vous maîtrisez le poids, la vitesse, le comportement, la machine alors qu’elle est plus légère, donne l’impression d’être plus lourde, freine moins, tourne moins, ce qui par rapport au partner pourrait sembler impossible. Ce qui par contre ne change pas, c’est Cyrille BORNE et la voiture du vendredi, car oui, on y est, il peut aussi le faire avec un Némo.

Je suis engagé sur la voie rapide dans les rocades de Béziers, la ville de Robert Menard, faut-il y voir un lien et le voyant d’huile se met à clignoter en rouge ……………………. Forcément tu te dis que tu es maudit, mais tu reprends la confiance quand tu vois un message qui te dit qu’il est temps de vidanger l’huile moteur. C’est une découverte pour moi, les deux appareils ont cinq ans d’écart et moi j’avais une clé 1000 km avant la vidange. J’avais aussi un compteur qui m’indiquait à combien de kilomètres j’étais avant la vidange avant l’allumage et une jauge électronique d’huile qui m’a bien dépanné. Comme quoi, la température, l’indication de la consommation moyenne ou d’autres gadgets, c’est pas franchement l’essentiel qui m’intéresse. J’appelle le garage et leur signale qu’ils ont fait la vidange sans réinitialiser le compteur. Et c’est ici que je fais le calcul que je vais devoir aller sur Narbonne lundi, soit cinquante kilomètres de plus pour quelqu’un qui roule déjà trop perdre du temps avec l’attente de pouvoir passer, de trouver le bon code. On se dit quand même que la réinitialisation de l’appareil, il doit bien y avoir une façon manuelle de le faire, et pourtant au gré des forums, les techniques données ne correspondent pas à mon modèle de Némo ou on écrit noir sur blanc, gravé dans la roche qu’il faut passer par la valise. Et puis je tombe sur ce message :

– mettre le contact

– appuyer sur l’accélérateur à fond et rester appuyé

– presser 7 fois la pédale de frein

– attendre 1 min en restant sur l’accélérateur, puis le relâcher

– couper le contact

– attendre 1 min

– remettre le contact et démarrer

Rien ne remplacera jamais les forums et certainement pas les réseaux sociaux tout pourris.

Je commence à raconter ça à mon fils, et je lui dis, le gars qui a écrit ça doit certainement prendre énormément de plaisir à imaginer des gars appuyer sept fois comme des cons sur une pédale de frein, et rester cinq minutes dans la voiture avec un peu d’espoir. Il y a ici un côté mystique, le gars vous aurez demandé de pisser autour de la voiture, on serait tenté de le faire. Il s’agit d’une solution que j’ai écartée au départ en pensant que c’était une plaisanterie et après avoir épuisé les forums, j’ai fait ce que tout être intelligent qui cherche une réponse à toutes les questions existentielles au monde aurait fait : aller sur Youtube.

On était avec mon fils dans la bagnole, pour partager ce genre de moment que seuls des hommes peuvent comprendre et après un échec au départ parce que je n’avais pas attendu la minute avant de redémarrer la voiture, ça a disparu. La fierté, la surprise, on a pleuré et bu des bières. Mon fils me racontait d’ailleurs une autre anecdote où cette semaine il a pu montrer qu’il était un homme. Dans une salle informatique, un optiplex 360 affiche le code 3 et 4. Il regarde son prof d’un air de bonhomme, et lui dit « faut ouvrir retirer la RAM et souffler dessus ». Peu convaincu l’auditoire se prête au jeu, la machine redémarre. Il m’a reconnu qu’il a connu ce moment de fierté, de toute puissance, que seuls les hommes peuvent comprendre et que désormais on l’appelle l’informaticien. Je suis heureux de l’avoir fait dépoussiérer des dizaines d’ordinateurs, comme l’entraînement de Tortue géniale dans Dragon Ball à porter des cailloux, il y avait un sens derrière tout ça, l’attente de ce moment.

Nous avons tous nos moments de gloire, et moi j’ai décidé de connaître celui-ci en utilisant scrcpy sous le regard médusé de mes élèves. À l’heure actuelle dans toutes mes classes dans lesquelles j’enseigne j’ai un TBI. Seulement sur le TBI je n’ai pas mes cours, je n’ai pour ainsi dire rien et je n’ai pas envie d’avoir un cloud en ligne pour faire de l’affichage ou aller sur mon onedrive et oublier de me déconnecter. J’ai fait des essais avec la chromecast en faisant un partage de connexion sur mon téléphone. Ça paraissait une bonne idée, ça fonctionnait à la maison mais le partage de connexion ne s’est pas fait au lycée, je n’ai pas creusé plus. J’ai demandé dans le forum une idée, et il est apparu le logiciel scrcpy. 

Le concept de scrcpy est simple. Vous passez votre téléphone en mode développeur, ce qui curieusement comme dans le Némo consiste à tapoter 6 fois sur le firmware de votre téléphone et vous activez le débogage adb par l’USB. Vous lancez le logiciel et vous avez l’écran suivant.

Quand on tourne le téléphone, ça tourne bien, l’affichage ne pose aucun problème, c’est la classe. L’idée c’est du fait de synchroniser mes contenus avec syncthing de pouvoir avoir l’intégralité de mes documents disponibles en un simple branchement de câble et éventuellement de profiter de quelques applications disponibles sur le téléphone. Vous noterez tout de même une cohérence dans mes propos, à savoir que mon téléphone n’est finalement qu’un outil de travail, je n’ai pas de second écran d’applications, tout tient. On voit bien ici inoreader, syncthing, outlook que j’utilise à la place de K9mail, le pronotes de mes gosses. Traîne un Word que j’essaie d’exploiter pour compenser les problèmes d’informatisation de mes élèves qui n’ont souvent que le téléphone portable pour travailler.

Cette semaine, je dois vous reconnaître que je me suis posé quelques questions quant à la poursuite d’utilisation de Libreoffice au lycée, avec les élèves, et pas pour mes besoins personnels. J’ai réussi à faire une première séance en « salle informatique », à savoir une demi salle avec des ordinateurs portables qui traînaient plus ou moins. C’est ici qu’on se rend compte que nos élèves sont gentils, ce sont des conditions de travail inacceptables mais c’est une autre histoire. Nous faisons réaliser aux élèves des étiquettes pour le magasin école, parce que les amandes sont arrivées au lycée. Dans notre chaîne de production, nos CAP ramassent et mettent dans les sacs, nos autres CAP font la vente, et nos troisièmes les étiquettes. Nous les faisons travailler en utilisant Libreoffice. Compte tenu du peu de place qu’il y a sur la maquette de l’étiquette, on leur fait utiliser les fenêtres textes. Jusqu’à maintenant parce qu’on conserve de mauvaises habitudes, notamment quand on est utilisateur de Libreoffice / openoffice depuis les débuts. Pour faire tourner jusqu’à maintenant c’était clic droit, position et taille, aller sur le menu rotation quand Word permet de faire une simple sélection sur l’objet et de faire une rotation. Partant du postulat que chaque élève a son compte office365, pourquoi ne pas travailler sur Word Online et tout mettre dans le cloud. J’ai trouvé la raison directement sur le site de Microsoft. En fait, j’ai cherché dans la version en ligne, à mettre une fenêtre texte, on ne peut pas, comme on ne peut pas mettre de Wordart, voici ce qu’on peut voir dans la doc :

Et c’est ici une petite leçon de plus qui ne m’interpelle plus car j’ai conscience de mes failles, je vieillis, je dois régulièrement me rappeler que je ne prends pas toujours les bonnes solutions et qu’il faut se remuer pour creuser, innover et faire mieux, ou différent. Je me suis rendu compte que dans le menu trop touffu de Libreoffice, en cliquant sur la fenêtre texte, on a une icone de rotation qui doit exister depuis un bon moment. J’ai fait un erratum à mes élèves en leur envoyant une vidéo, car c’est une nouvelle façon de travailler que j’ai désormais intégrée, des tutoriaux Youtube comme support. À noter que c’est la première vidéo que je réalise sur Windows et que je suis passé de Simple Screen Recorder à Vokoscreen qui existe aussi sous Linux.

Nous nous quittons bien évidemment sur Tonton du Bled, avec un Rim’K à l’instar d’un Johnny du rap qui est depuis passé à la trap comme tout le monde et qui continue à cartonner en faisant des millions de vues. La chanson a désormais plus de 20 ans (sic).