Complément 107 : philosophie de comptoir

21/01/2020 Non Par cborne

Bronco le warrior du dimanche a fait passer un lien franchement intéressant, drôle, c’est une conférence de Serge Marquis, un médecin canadien spécialisé dans la gestion du stress.

1h20 de conférence qui passe d’un trait si on est capable de ne pas bloquer sur l’accent québecois particulièrement violent du monsieur. Il y a beaucoup de choses à prendre, Bronco a fait une prise de notes et il a raison, je reverrais certainement la vidéo avec le même objectif, ce que j’ai trouvé de plus pertinent pour moi sont les points suivants :

Profiter de l’instant présent. Il évoque le fait qu’on est en vacances et qu’on commence à stresser parce qu’on pense que dans trois jours il faut reprendre. On va donc gâcher les trois jours restants parce qu’on n’est pas à même de vivre l’instant présent. En complément je vais d’entrée de jeu vous rajouter le bouquin que j’ai commencé à lire : le piège du bonheur.

Je suis en train de finir un peu la masse de bouquins que j’ai sur le développement personnel, je vais certainement revenir à des sujets plus légers comme la bande dessinée ou des sujets plus techniques, parce qu’on finit par en faire le tour. Néanmoins l’accroche assez immédiate du livre est séduisante, on vous explique que le bonheur ce n’est pas le moment fugace, comme ce rail de coke ou ce verre de vin qui vous fait oublier vos problèmes mais l’harmonie avec son mode de vie. Le livre est vraiment intéressant, pertinent pour un début. Il explique que souvent la solution engendre le problème. Il évoque un bon exemple, vous avez de l’eczéma, vous vous grattez pour apaiser votre démangeaison et finalement vous vous faites plus de mal que de bien en vous irritant la peau.

Si je fais un mix des deux philosophies, j’arrive au fait qu’il faut profiter de l’instant présent, un instant présent qui n’est pas forcément extraordinaire, qui n’est pas Disneyland tous les jours, mais qui correspond à votre besoin, à votre façon de vivre.

Et là, vous pensez que j’ai craqué mais en fait pas du tout, j’ai pris mon pied à ramasser mon linge et à l’étendre. L’instant présent c’est le fait de faire une action qui vide, ce n’est pas physique, mais c’est une action d’ordre, et j’aime l’ordre, l’ordre me fait du bien. Je vous avais présenté cet étendoir il y a plusieurs mois, et j’avais évoqué que l’idée sous-jacente c’était de ne plus utiliser le sèche-linge. C’est presque le cas aujourd’hui. Il apparaît en effet que nous ne l’allumons plus ou presque, et quand on l’allume c’est vraiment parce que nous avons un temps dégueu depuis plusieurs jours.

C’est une satisfaction car c’est en accord avec ma façon de vivre. On ne fera pas une croix sur le sèche-linge s’il venait à mourir, il faudrait le remplacer, néanmoins nous faisons une consommation largement moins importante d’électricité et nous produisons moins d’humidité. Je trouverais certainement un modèle plus petit, il faudrait que je regarde mais il n’est pas encore mort. Alors que j’ai l’habitude de repeindre très régulièrement la salle de bain parce que des traces de moisissures se forment, je ne l’ai fait qu’une fois. Un travail est encore à faire auprès de ces dames qui lorsqu’elles se lavent les cheveux transforment la maison en sauna, mais ça y est, le réflexe d’aération est enfin en place. Je suis satisfait, ça ne tient pas à grand-chose et c’est une des clés de mon bonheur.

On notera que Serge Marquis invite aussi les gens à faire une pause, à réfléchir, parce que nous vivons dans une société qui nous pousse toujours plus. Et alors qu’on impose la cadence,physiologiquement, le corps, l’esprit sont restés les mêmes et il a raison. Je suis toujours reconnaissant d’avoir fait partie de la génération des gens qui ont eu le temps de s’ennuyer avec trois pauvres chaînes de télévision à regarder. La génération actuelle a trop de choses, trop de choix. Si on repense à ma génération, nous sommes passés donc de trois chaînes de télévision à plusieurs centaines, sans parler des jeux vidéos, des chaînes Youtube mais avons-nous muté pour avoir la capacité d’encaisser tout ça ? Absolument pas ou je ne suis pas au courant. C’est un problème de fond, les sollicitations sont de plus en plus importantes, le cerveau ne peut pas suivre. La conséquence directe c’est la compression du temps, ou en tout cas la compression de notre rapport au temps. Avant, il fallait attendre que les choses arrivent à la vitesse du timbre, aujourd’hui c’est dans l’urgence de la messagerie instantanée ou du mail. Moi le premier. Ma frustration quand je n’ai pas de réponse dans la seconde est énorme, et pourtant il faudrait tout repenser. Cela fait partie de mes projets.

Et forcément qui dit compression du temps, dit burn out pour tout faire ou apprendre à faire des choix. Ma fille me disait que mon fils, son frère, s’est inscrit sur Tiktok. Je n’ai absolument rien contre le réseau musical, une de mes anciennes élèves qui fait des études dans la Creuse et qui me fait franchement marrer avec ses stories sur instagram me disait que sans savoir pourquoi, elle était passée à 130000 followers sur ce réseau.

Mais là je dois reconnaître que mon fils, j’ai dû mal à comprendre ou pas finalement. Mon fils s’est lancé le défi depuis qu’il a un smartphone de tout faire, de tout voir. Il est donc sur tous les réseaux sociaux sauf sur Facebook, son patron de stage lui a filé trois mois sur Netflix, il a donc commencé cinquante séries pour n’en finir aucune, il suit des tonnes de chaînes sur Youtube, des tas de gens sur Instagram et ne produit rien. Je ne dis rien, je le laisse faire, je crois qu’il faut qu’il fasse une véritable overdose. J’ai déjà évoqué avec lui le temps perdu, l’inutilité, mais c’est sa vie, ce n’est pas la mienne. Comprenez que j’ai dû aussi passer par des phases d’abrutissement complet avant de réaliser qu’il y avait autre chose à faire de ma vie.

Il faut donc apprendre à faire des choix, notamment dans le domaine du loisir, où c’est de l’illimité. Dernièrement j’évoquais que je m’éclatais avec la Wii, j’ai acheté une PS3, je vais faire une grande pause dans le jeu vidéo pour me focaliser sur la old gen. Je n’irai pas qualifier ces consoles de retrogaming quand on sait par exemple que certains jeux de la PS3 sont dispos sur la PS4. Si technologiquement ça peut semble vieillot, le plaisir de jouer est complet. Je pestais parce que j’étais forcé de passer par le PC Windows de ma femme pour faire le transfert des jeux en WBFS et que les programmes Linux n’étaient pas maintenus. En fouillant un peu j’ai mis la main sur un programme dont la dernière version date de 2011 mais dont le deb fonctionne avec un environnement moderne : Wii Backup Fusion 1.1.

L’interface est austère mais elle fait le job.

Dernier point qui m’a marqué dans la conférence et que j’avais déjà noté dans le livre qui invitait à cesser de geindre et de se remuer, c’est le fait de s’impliquer auprès des autres, de se la donner. Je partage, je pense qu’effectivement il faut être content d’avoir un boulot, d’avoir la santé et qu’une part de son énergie, de ses ressources doit aller vers les autres mais pas n’importe comment. J’ai peu d’amis, je dirais que je n’en ai qu’un vrai, et être un véritable ami prend du temps. J’évoquais la contraction du temps plus haut, nous avons bien plus de contacts qu’avant, les réseaux sociaux, la connexion permanente, pourtant il devient de plus en plus difficile de prendre le temps de s’intéresser réellement aux gens, de suivre leur vie pour de vrai. Je fais donc ce choix, comme je limite les loisirs, je limite mes relations avec les gens pour en avoir peu mais de qualité. Cela fait aussi partie des points sur lesquels je veux travailler, le mot peut vous paraître inapproprié mais c’est pourtant le cas, on travaille sa nature, essayer d’aider mes proches, le mieux possible, éviter au plus l’oisiveté.

Pendant que je vous tiens, je vous donne quelques informations complémentaires. Mon ordinateur portable est toujours sur ChromeOS, pour l’utilisation que j’en fais, c’est-à-dire l’allumer une fois tous les quatre matins, je trouve que c’est parfait. Démarrage ultra-rapide, interface intuitive et simple, rien à dire. Je pense que je le conserve parce que je n’ai pas vraiment de temps à perdre pour installer autre chose, mais ça ne durera pas. À l’instar d’un Microsoft qui vous colle des pubs dans Wordpad, il est très compliqué de miser sur le propriétaire sur le court ou sur le moyen terme, le long terme ce n’est même pas en rêve. Google grand fossoyeur de services annonce la fin des applications dans son navigateur, si bien qu’on se demande comment ça va tourner. Si je rajoute à cela que Cloudready, la distribution ChromeOs que j’utilise n’a pas prévu d’embarquer les applications Android, on va rapidement se retrouver avec quelque chose de limité, ou d’obsolète. Je pense donc que lorsque j’aurais cinq minutes, j’installerai une Ubuntu avec syncthing pour assurer la synchronisation. De la même manière, je réfléchis à m’installer un serveur Caldav/Carrdav sur mon PC et n’assurer que la synchronisation par Wifi, donc quand je suis chez moi de façon à éviter les services Google. Le souci, quand on pense synchronisation, c’est qu’on réfléchit de façon systématique synchrone. Si l’ensemble se synchronise plus tard, ce n’est pas la fin du monde. En ce moment je dois tout de même reconnaître que je me tire la flemme de ce côté et que je n’ai pas envie de mettre en place des solutions complexes, je suis plus attiré par le rangement de la maison, ou jouer à la Wii.

J’ai remonté un compte Instagram, pour une seule raison, la messagerie instantanée. Il apparaît que de moins en moins d’élèves ont messenger et mes élèves de seconde générale m’interpellent souvent pour me poser des questions. Ils devraient, et je devrais passer par l’ENT, mais il apparaît que c’est souvent plus pratique et que ça permet de mettre au point rapidement certains points. Rapidité, mot à bannir de mon vocabulaire. J’ai beau tourner le problème dans tous les sens, j’ai beau essayer un peu les stories pour essayer de voir comment exploiter le truc, Instagram est un réseau de solitude. Dans les comptes que je suis, j’évoquais le compte de mon élève qui vit désormais dans la Creuse et qui fait du grande n’importe quoi dans ses stories, ça me fait marrer. Il y a une ancienne élève qui doit arriver à la trentaine aujourd’hui qui est devenue photographe professionnelle, spécialisée dans les couples et les photos de bébé, mais pour le reste, j’ai l’impression de voler des instants privés ou des moments narcissiques. À la sortie, il apparaît qu’on utilise Instagram pour jeter sa bouteille à la mer ou son bonheur à la face du monde, sans véritable espoir de réponse, sans intérêt non plus. On évoque dans les salons informatiques un rejet des réseaux sociaux en masse, je ne suis pas vraiment étonné, on arrive même à faire le tour du contenu infini assez rapidement, tellement il est redondant.