Complément 103

13/10/2019 Non Par cborne

La scolarité c’est pas gagné

L’an dernier, j’évoquais un contrôle qui fait partie du programme informatique, un contrôle un peu fourre-tout sur les systèmes d’exploitation, les moteurs de recherche, le navigateur etc … Je n’ai pas trop changé mes questions, voici ce que ça donne en gros :

Mon sentiment quand je me relis, c’est l’inquiétude d’avoir une jeunesse qui ne maîtrise pas les fondamentaux de l’informatique, une jeunesse qui ne s’intéresse à rien. Aujourd’hui pour beaucoup d’entre eux, ils pensent que Samsung est un système d’exploitation, et que Wiko en est un autre. On change tout de même pas mal, même en un an. L’an dernier je me désespérais du niveau lamentable, cette année, j’essaie de trouver des solutions, et pas qu’en informatique d’ailleurs.

Cette année du fait de ne plus avoir d’informatique de parc de façon officielle, je suis à 200% dans mon boulot. Je l’avais déjà écrit dans un dernier billet, j’essaie d’installer des habitudes de communication entre les élèves et moi, de rajouter des messages d’information, nous ne sommes que deux à le faire, ça ne marche pas mais ça a le mérite d’être fait. Ce n’est pas totalement vrai, certains ont bien compris le système et se gavent, j’ai des élèves qui m’écrivent quand ils ont une question ou un besoin, d’autres n’ont ouvert leur boîte que pour faire le travail envoyé en temps réel.

Pour ce contrôle, noté une semaine à l’avance dans le cahier de texte numérique, j’avais mis la quasi-totalité des questions, j’ai renvoyé un message deux jours avant pour rappeler qu’il y avait contrôle. Le matin, des élèves entrent en classe et me demandent « quel contrôle ? ». C’est le genre de choses qui me ferait cracher du feu, mais je me ronge mon frein.

Ma population d’élèves, je précise bien que c’est la mienne, parce que j’espère que mes collègues sont mieux lotis, est une population qui n’apprend plus ou disons qui n’apprend que ce qui l’intéresse. La majorité d’entre eux m’a ressorti ce qu’était un adblockeur et avait retenu la problématique de l’enjeu monétaire, à savoir que sans publicité pour un site qui vit de la pub, les fins de mois sont difficiles. De la même manière, ils ont retenu le fait qu’en mettant des guillemets, on pouvait faire une recherche plus précise. Ce qui est notable c’est leur incapacité à l’écrire, j’ai même eu des « gille mets », j’ai mis un moment à comprendre.

Ils sont donc dans l’incapacité de potasser un cours c’est d’ailleurs pour cela que j’ai cartonné tout le monde pour le système d’exploitation, le navigateur et le moteur de recherche, pour eux c’est plus ou moins pareil. Comme je l’ai écrit, mon positionnement par rapport à l’an dernier est différent, je cherche à trouver des mécanismes, des parades pour composer avec des gens qui ne veulent pas faire grand-chose. J’essaie d’activer les leviers

Les parents ne sont ouvertement pas assez impliqués et pour la majorité c’est la politique de l’autruche. Pour mon fils qui est au lycée, et qui est à plus de 15.5 de moyenne en lycée pro, il se débrouille, pour ma fille en troisième pour qui c’est plus difficile, chaque carton est regardé pour savoir si c’est un manque de travail ou autre chose. Ma fille a un petit niveau, travailler ne paye pas vraiment pour elle, pas à chaque fois en tout cas, et il est nécessaire d’appliquer des stratégies. Ce week-end par exemple, j’ai passé plus de trois heures à travailler avec elle, ses maths, sa rédaction sur le pauvre Pédro qui vit dans le Chili de Pinochet, ou P=mg où elle n’est pas foutue de remplacer m par la masse. Le but c’est d’arriver à un niveau suffisant pour qu’elle puisse rentrer dans le BAC PRO de son choix, elle suivra le même parcours que son frère, pas l’électricité, mais la voie professionnelle, où elle a des qualités indéniables, il faut faire tampon sur l’année de troisième.

Si les parents mettaient un peu le nez dans leurs affaires, tout serait simplifié pour nous. Dans mes appels aux parents, j’ai dû donner à plusieurs d’entre eux les codes de l’ENT qu’ils n’avaient pas. Cela ne règle toutefois pas mon problème de fond, trouver le juste milieu, le compromis entre les attentes qu’on peut avoir et éviter d’avoir quatre de moyenne qui compromettrait les chances pour le DNB et l’orientation. Les enfants ont la sensation d’avoir gagné la guerre, des parents démissionnaires qui se contentent de payer les abonnements, des enseignants qui sont obligés d’adapter pour ne pas être un bahut avec 20% de réussite à l’examen. Bien triste victoire, la victoire de la paresse, le marché du travail face aux robots et aux IA qui grignotent chaque jour de plus en plus de terrain vont leur faire vivre un avenir de pain noir. Seuls ceux qui à mon sens auront intégré la valeur travail, réussiront à s’en sortir.

L’an prochain, je remanierai mon contrôle, en évitant de faire porter un barème de sept points sur de si difficiles questions de cours, savoir qu’Android et iOs sont des systèmes d’exploitation, que Safari et Google Chrome des navigateurs, que Google et Qwant des moteurs de recherche …

C’est donc MX Linux

Comme annoncé me voici de retour sous Linux, avec pour choix MX Linux. Le cahier des charges était relativement simple :

  • Avoir une distribution globalement à jour. La faute à pas de chance, MX Linux est actuellement encore basée sur Stretch. Cela sera corrigé dans la version 19 qui devrait arriver bientôt, au moment où j’écris ces lignes, ils sont dans la R3. Cela ne me pose pas de problème particulier sauf sur un point, mu-editor est disponible à partir de Buster. Il serait mentir de dire que je n’ai pas cinquante manières de m’en sortir, que ce soit le VPN pour travailler directement sur ma session Windows ou la virtualisation d’une Buster.
  • Avoir une distribution légère, stable, à base de deb. Légère, ça condamnait directement Ubuntu qui est devenu trop gourmand, ce qui veut dire qu’il restait Debian ou l’un de ses forks. MX Linux est légère, est une distribution qui présente de nombreuses qualités, une intelligence de conception, à savoir la réunion de deux équipes de distro qui ont fusionné et un environnement unique avec XFCE qui arrivera dans sa dernière version dans la 19.

Je vous montre un truc de franchement rigolo, ce n’est pas la même capture :

Il s’agit du gestionnaire de paquets MX, un installateur propre à la distribution. Alors après le propre est à étudier un peu, et ce pour quelques raisons. Si vous regardez les trois écrans ci-dessus, il s’agit de Libreoffice que je peux piocher d’au moins trois sources différentes : les dépôts officiels, les dépôts de MX ce qui est sale, et les backports. L’intérêt de la version MX de Libreoffice par rapport aux backports va rester un mystère pour moi. À la sortie, je pense qu’on doit pouvoir en bidouillant peu, exploser sa distribution avec de bons gros problèmes de dépendances.

Et de rajouter la possibilité de mettre les flatpaks ce qui est intéressant, j’ai pu par exemple installer jdownloader sans passer par l’installation du script.

De la même manière mon imprimante et son scanner ont été repérés de façon immédiate.

De façon générale même si je n’ai pas l’habitude, la présentation de MX Linux fait penser à celle de Unity, à savoir que les icônes sont représentées sur la gauche, avec une miniature et pas une barre dans le tableau de bord que j’ai d’habitude en bas, façon Windows old school. Un petit temps d’adaptation mais on s’y fait. Mon téléphone est reconnu immédiatement, j’ai gagné en vélocité par rapport à Windows 10. L’expérience est donc plutôt positive pour l’instant mais tout n’est pas rose non plus, voici les quelques obstacles et problèmes que je rencontre actuellement.

  • Le fait d’avoir un installateur propre à la distribution, me pose des problèmes pour installer le logiciel active inspire correspondant à mon TBI. On voit quelques sujets sur le web, ici quelqu’un propose une solution particulièrement dégueulasse avec un ajout de dépôts de Lenny. On ne va pas se mentir encore, non seulement il s’agit d’un logiciel que je n’utiliserai pas pour structurer mes cours, mais si je devais l’utiliser, je pourrais encore virtualiser un Windows, ce qui risque d’arriver pour quelques logiciels que je serais amené à utiliser de façon très ponctuelle. Ce qui me gêne plus c’est le fait que le fichier /etc/apt/sources.list est vide, ce qui me laisse supposer que MX Linux et son installateur vont en profondeur.
  • La migration de Thunderbird et Firefox a été problématique, j’ai fait du copier-coller des répertoires qui vont bien pour les mettre dans ceux de Linux, ça a planté pour les deux. Imap, Caldav, et la synchronisation Firefox font que j’ai tout récupéré sans problème.
  • Mes deux logiciels de calculatrice ne fonctionnent pas avec Playonlinux. J’ai la TI de ma fille, je peux faire des photos, je vais me trouver une Casio et faire des photos, je peux donc m’en passer.

Ce n’est donc pas une révolution, parce qu’on a parfois tendance à l’oublier mais je suis quand même particulièrement à l’aise avec Linux. L’arrivée de Buster à travers MX Linux 19 m’apportera mon lot d’améliorations sur au moins deux points : mu-editor d’un côté et l’intégration de rclonebrowser. Pour le reste c’est accessoire, sachant que je n’avais pas ajouté trois tonnes de logiciels sous Windows. Mon parc à domicile reprend un fond de cohérence, mon ordinateur portable qui me sert peu est directement sous Buster, mon serveur sous Buster et mon fixe sous MX Linux. Il n’y a pas de volonté particulière de se libérer, entre Facebook d’un côté et Office365 de l’autre je suis bien trop dans la matrice pour tenter quelque chose de radical que je ne recherche pas.

À suivre.