Complément 101 : Windows, Linux, toujours Windows

09/09/2019 Non Par cborne

Je me suis un peu libéré dans le sens où j’ai repris l’ensemble de mes contacts et de mes calendriers pour les remettre sur o2switch. Pour mémoire, pour chaque adresse mail que vous créez, o2switch associe une liste de contacts en carddav et un agenda en caldav. Il faut toutefois faire attention, votre espace d’hébergement ne vous propose pas sabredav ce qui signifie que vous pouvez oublier toute forme de synchronisation pour du web nécessaire à faire tourner un Nextcloud.

Pour gérer l’ensemble, je suis revenu à la solution à l’ancienne :

  • Thunderbird
  • TBSync qui est un plugin qui permet de synchroniser les contacts dans Thunderbird avec DAV. C’est un plugin dont je pourrais me passer car je n’ai pas réellement tendance à modifier les contacts dans Thunderbird. Quand je le fais, c’est depuis Horde, le client mail livré avec Roundcube qui permet de gérer les agendas et les contacts en ligne ou avec l’outil de contact sur mon téléphone.
  • DAVx⁵ anciennement davdroid qui permet sur Android de synchroniser les calendriers et les contacts.

J’ai laissé tombé Em-client qui n’arrivait pas à récupérer mon calendrier et mes contacts. Cela ne retire en rien les qualités de ce client mail pour quelqu’un qui a une situation simple, à savoir une adresse mail, et pas plus. Vous pourriez saluer ce retour à la liberté, je vous rappelle toutefois qu’il est ridicule.

Je suis sur Windows qui peut faire ce qu’il veut de mes données, je suis sur Android qui fait ce qu’il veut de mes données, le tout en passant par des appareils chinois qui doivent certainement se faire plaisir avec mes données. Je pourrais de la même façon évoquer la façon dont ont été construits ces produits qui seront rapidement obsolètes. On peut dès lors s’interroger sur le pourquoi utiliser des technologies libres quand c’est perdu d’avance, c’est certainement pour faire comme le colibri de Pierre Rabhi, faire sa part.

J’ai évoqué dans un de mes derniers billets que j’avais basculé un netbook 10 pouces de chez Boulanger, on ne rit toujours pas, avec un Atom et 2 Go de RAM sous Debian et force est de constater que la différence de rapidité est très conséquente, la machine est véloce. En utilisant du Thunderbird, en utilisant un certain nombre de technologies libres, la question qu’on vient à se poser c’est la nécessité, l’utilité de Windows.

Je peux apporter quelques éléments de réponse de façon purement technique en faisant totalement abstraction de l’aspect philosophique.

Quitter Windows pour une *buntu, n’est pas une bonne idée. La différence de poids entre une *buntu et une debian allégée n’est pas une légende, je vous invite à faire l’essai sur une machine un peu limite. Néanmoins, il ne faut pas être stupide, dans le sens où ma machine est un core i3 avec 8 Go de RAM. Comprenez que si ça tourne avec Windows 10 sans aucun problème, ça tournera avec *buntu sans aucun problème. Choisir Linux, c’est justement choisir, et je fais le choix de la légèreté, et d’avoir les logiciels dans leur dernière version sans rien crasher. Je tourne avec peu de logiciels, Libreoffice, Thunderbird, Firefox, je trouve qu’il est légitime d’avoir la dernière version. Avec une Debian Buster qui pourtant ne m’aurait pas déplu puisqu’il s’agit de la version installée sur mon PC portable, sur les PC du lycée, sur mon serveur, avoir les dernières versions de logiciel n’est pas si difficile, à partir du moment où l’on utilise snap. Mon dernier souvenir de snap est mauvais, des applications très lentes, un libreoffice qui pose problème pour l’installation d’extensions. Du fait d’aujourd’hui n’utiliser que Grammalecte, il faudrait peut-être tenter sa chance. Il va rester encore quelques problèmes à résoudre, où il faudra certainement se lancer pour voir, la prise en charge de mes deux logiciels de calculatrice sachant que Casio contrairement à Numworks ne propose rien en ligne. La prise en charge de mon imprimante, et enfin l’utilisation des logiciels du TBI que je découvrirais mercredi en formation.

Je prends une claque en ce moment en lisant ça :

Comme on peut l’imaginer il s’agit d’un livre sur le fait qu’on garde tout mais cela va beaucoup plus loin, c’est l’évocation de notre relation à l’objet et une façon très précise de poser des mots sur certains de mes maux, pas que les miens d’ailleurs mais de notre monde qui se casse la gueule. Guillemette Faure a écrit un bouquin franchement intelligent, instructif, illustré, avec des exemples souvent personnels sans rater les généralités. Elle nous apprend par exemple qu’il y a plus d’espaces de stockages qu’on voit dans les films américains que de Mac DO.

Les gens stockent et payent des endroits pour stocker encore plus, des objets dont la valeur est inférieure au prix de la location de leur lieu de stockage. Souvenez-vous, j’ai payé 30.000 € un garage pour le mettre autour de vélos que personne n’a utilisés et qui ont été vendus une misère sur le facebook market. La critique est acerbe et vise juste, notamment pour nos fameuses bonnes actions pour les objets dont nous ne nous voulons plus. Souvenez-vous encore, mes fameux PIV dont je me faisais la fierté d’avoir donné une vingtaine d’exemplaires et ma frustration quand on m’a fait comprendre que c’était de la merde. Je n’ai pas forcément honte du tournant des événements de l’époque, parce qu’on m’a traité comme de la merde, j’aurais préféré toutefois qu’on me dise clairement que ces machines n’étaient pas assez performantes, des machines que je n’utiliserais pas moi-même, pourquoi les pauvres les utiliseraient ?

Dans les vérités balancées, des interrogations sur le minimalisme et sur le DIY. En gros le minimalisme c’est pour les riches et c’est vrai. On garde des objets qui pourraient un jour servir, si on ne les garde pas c’est que le jour où on en a besoin, on a les moyens financiers de se les payer. Parallèlement à cela les gens qui gardent tout, les objets avec un potentiel de réparation, il leur faut de la place pour tout stocker, donc des moyens financiers. L’écrivain en profite pour écorcher les dames sur Instagram qui montrent leurs espaces dépouillés et qui pourtant sont les premières à réutiliser des objets pour leur donner vie, où cachent-elles leur foutoir ? La famille n’est pas épargnée, les héritages, ces objets qu’on culpabilise à jeter ou ces objets qu’on impose sans se dire que l’autre n’en veut pas.

C’est vraiment un bon bouquin, qui montre l’une des nombreuses facettes du malaise de notre société. Des maisons de plus en plus grandes pour pouvoir stocker plus, des entrepôts pour pouvoir stocker encore. Tout ceci me confirme qu’il est urgent de trouver le bon équilibre entre le prolongement de la durée de vie et l’hérésie. Avec un Linux qui devient de plus en plus gourmand pour un web trop fortement consommateur de données, on a fortement intérêt à réfléchir l’usage d’une machine avant de l’utiliser, de la donner ou de la vendre pour ne pas la transformer en cadeau empoisonné. J’ai dernièrement vendu un PC, un core 2, j’avais installé un SSD à l’intérieur que j’ai rajouté au prix. Mieux vendre plus cher mais offrir des performances correctes.

Je pense qu’on va ressortir ce dessin assez régulièrement. Sam & Max qui fait partie des blogs plutôt connus dans le monde informatique, des blogs qui sentent l’homme comme j’aime à le rappeler, va fermer ses portes. Je viens de tomber sous la barre des cinquante sites suivis dans mon agrégateur RSS, je me rappelle cette époque où l’on se forçait à limiter le nombre de sources parce qu’on en avait trop. Je pense être monté dans des périodes fastes à 200 sites, majoritairement des blogs suivis, pour plus de 1000 nouvelles tombées dans l’agrégateur. Aujourd’hui, une journée sans lire, c’est moins de 300 sujets qui tombent, j’ai parcouru un bon tiers dans la file d’attente au supermarché.

Faut-il se plaindre ? Non, je dirais même au contraire, ce n’était pas forcément mieux avant. J’ai souffert pendant longtemps de la peur de rater quelque chose, je me soigne. Je me soigne d’autant mieux que lorsque tu n’as presque rien à lire, tu lis tout vite, tu n’as donc pas peur de rater quelque chose. Qu’est ce qu’on rate aujourd’hui qu’on avait hier ? Des confrontations d’opinions et des conflits. À une époque, quelqu’un lançait une opinion, on avait des chaînes de billets de réactions, on avait surtout des conflits, on avait inventé Twitter et ses clashs quinze ans à l’avance. Ce qui est certain c’est que pour quelqu’un comme moi qui n’a plus besoin d’être dans le coup, dans le cœur de l’actualité, c’est s’enfermer dans le non renouvellement des connaissances, de la nouveauté. Sauf si bien sûr on garde l’esprit curieux, qu’on cherche encore des solutions pour résoudre des problèmes. Je dois vous dire que j’ai la sensation avec les années d’avoir cherché des problèmes à résoudre, comme une angoisse de maintenir le cerveau en éveil. Avec la peur du fear of missing, la peur of décrépir. J’ai passé cette peur aussi, je n’ai plus honte du loisir, je n’ai plus honte de ne pas apprendre tout le temps, je n’ai plus honte de ne pas chercher à me triturer les méninges en permanence.

La situation du web à l’agonie m’importe peu, j’ai la conviction que cette érosion relativement lente de l’écrit, sera bien plus rapide pour la vidéo. Pour l’écrit il reste encore le livre qui quelle que soit sa forme continuera de fonctionner et encore plus facilement avec des passionnés qui baissent les bras ou des sites internet qui n’ont pas réussi à monétiser leurs contenus. Pour la vidéo, lorsque les rêves de monétisation, de gloire des uns et des autres seront tombés, il restera seulement le bruit qu’on connaît déjà dans les réseaux sociaux.

Le rêve de l’internet où chacun pouvait s’exprimer pour atteindre le monde est en train de crever la bouche ouverte. Les algorithmes de Google ne poussent que les gens déjà connus et qui connaissent les codes, donc des professionnels. Pour la vidéo, ceux qui devaient émerger du lot l’ont déjà fait, les autres sont désormais au même niveau que ceux qui font les castings, the voice ou les marseillais, selon la catégorie dans laquelle ils veulent se faire connaître. L’ordre naturel des choses a très largement repris son cours, l’internet n’est plus cet outil populaire que nous avons connu, il est bien la propriété des grosses boîtes, un simple déplacement de la télévision d’hier vers l’illusion de l’interactivité.