Comment te dire que tout va bien si tout va mal ?

23/02/2020 Non Par cborne

Le coup de l’hélicogate me fait franchement cogiter parce que c’est réellement l’air du temps. Souvenez-vous, dans une station de ski, le manque de neige est tellement important, qu’on finit par en transporter par hélicoptère. Seulement, l’hélicoptère pour de la neige, pour du loisir, mais sous-jacent, pour sauver l’emploi, dans des campagnes municipales où tout le monde crie haut et fort « pistes cyclables », ça fait désordre.

Dans les différents articles que j’ai pu lire, il y a effectivement prise de conscience que c’est mauvais pour l’écologie, pourtant, dans le fond, on s’en fout. On trouve des tonnes de justifications pour dire que ce n’est pas si dramatique, on dit que c’est facile de la part du gouvernement de dire que c’est pas bien quand on sort les avions privés pour tout déplacement. De toute façon et cela peut se comprendre, le poids de l’emploi local, face à l’écologie, il n’y a pas photo, mère nature ne fait pas le poids. L’écologie c’est dans toutes les têtes, mais lorsqu’il s’agit de la mettre en pratique, face au quotidien, le choix est fait. Il faut aussi reconnaître que de la part du gouvernement, la réponse n’est pas franchement terrible : yakafokon.

Je crois que le pire en fait c’est l’espoir de l’homme face à la catastrophe, certainement ce qui nous maintient encore en vie. L’homme est toujours persuadé qu’il y a toujours moyen, dans un des articles quelqu’un dit qu’il y aurait une technique chinoise pour faire de la neige à 3 degrés, on a du mal à s’avouer perdu d’avance et adapter la situation. Oui c’est mort, les glaciers fondent, je vous écris la fenêtre ouverte chez moi, il fait quasiment 20 degrés au mois de février, quelles que soient les politiques qui seront mises en place, le réchauffement climatique est tel qu’il faut sortir de cette perspective d’espoir. La seule façon de régler le problème, de le régler de façon drastique, c’est le pognon.

Attention, pas des flots de pognon utilisés n’importe comment comme pour faire un boulodrome à 1 million d’euros dans un village perdu. Du vrai pognon utilisé avec intelligence pour transformer l’intégralité des stations de ski française en autre chose. Des espaces verts, du grand air, on doit certainement pouvoir faire autre chose que de dévaler les pistes. Seulement ça nécessite des gens qui ont de l’idée, une connaissance du terrain, une vision sur le long terme en tenant compte du changement climatique et bien sûr du pognon.

Le pognon c’est le nerf de la guerre dans beaucoup de choses, Saint-Pierre la Mer n’y échappe pas. Il fait beau, les restaurants rouvrent, certains non, d’autres étaient déjà ouverts, au moins quatre restaurants à la vente. On a certains restaurants chez nous qui sont d’une autre époque, un peu comme les stations de ski. Des restaurants avec des terrasses gigantesques dans lesquels on peut accueillir un nombre de couverts très important. Je regardais l’un d’entre eux qui est de moins en moins rempli chaque année, et je peux donner quelques explications simples :

  • Une bouffe dégueulasse qui n’est plus suffisante en 2020. Il faut quand même imaginer qu’en prenant le menu moule frites de base et un coca c’est 16.5 € que vous avez dans l’assiette. Pas cher c’est sûr, avec les charges, le prix des matières premières etc … Seulement si c’est pour avoir de vieilles moules dégueulasses, des frites surgelées de la plus mauvaise qualité, 16.5 € par personne c’est bien trop cher.
  • À l’heure où l’on instagrame tout, la présentation dans l’assiette, la façade du restaurant, le cadre, tout compte. On attend forcément un repas irréprochable, on attend aussi une ambiance, quelque chose. Le problème c’est que comme beaucoup de choses, la restauration est un métier qui a changé, il faut rassasier les cinq sens. Un steack à moitié cuit avec de grosses frites dans une assiette blanche ce n’est plus possible.
  • Et c’est ici qu’on rencontre le problème de l’argent, mais de l’argent bien pensé, bien utilisé. Le temps c’est de l’argent, les terrasses pour certains restaurants sont colossales, le but c’est de poser un maximum de gens, servir le plus de merde possible pour engranger un maximum pendant la saison. Si vous voulez servir un maximum, il faut aller vite, il faut faire en grande quantité, nous ne sommes plus dans un restaurant mais dans de la cuisine des collectivités. Le raisonnement qui consiste à faire le plein dans un cadre de merde avec de la bouffe de merde ne marche plus à l’époque de tripadvisor qui laisse des traces indélébiles. Un exemple de commentaire, le premier que j’ai trouvé d’ailleurs :

À Saint-Pierre il y a quelques années, le PMU du coin a été changé en bar glacier. Les gens qui ont repris l’affaire ont mis le pognon, tout a été changé pour passer d’un bar plus que vieillot à une entreprise moderne. Malin, les repreneurs ont coupé un bout d’intérieur parce que l’emplacement était trop grand. L’emplacement laissé est utilisé en location saisonnière, ce qui veut dire que c’est une manne financière supplémentaire. Les crêpes, glaces, et j’en passe sont excellentes, dans l’air du temps il y a même des parfums sans gluten. Les reprises à succès à Saint-Pierre, on les connaît, pas difficile de voir l’origine du succès. Les établissements sont refaits intégralement, on modernise l’ensemble, on change le service, on change tout et on privilégie l’accueil, le service, et la qualité.

Saint-Pierre doit assurer sa transition de la même manière que les stations de ski. Le tourisme de masse va perdurer, et nous héritons d’une clientèle fauchée qui dépense de moins en moins. Ne compter que sur la saison estivale, ne faire que du tourisme de masse de basse qualité, c’était avant, et les candidats qui se présentent à la municipalité l’ont bien compris, Saint-Pierre ne peut plus vivre que sur l’été, ça ne marche pas. Le changement de climat va certainement contribuer à favoriser cette transition pour en faire une station quatre saisons, comme les stations de ski. Lorsqu’on se retrouve au mois de février, en période de vacances, qu’il y a du monde et que la boulangerie est fermée, ce n’est bon pour personne. De la même manière, s’essayer à la marche dans la clape avec des chasseurs dans tous les coins, ce n’est pas bon pour le tourisme vert, comme l’art de vivre avec de la frite surgelée.

Ce qu’il est important de noter ici, c’est qu’il faut du pognon c’est certain, de l’idée, parce que l’argent sans idée c’est ce qu’on appelle les plans numériques dans l’éducation nationale, mais il faut aussi que les gens, les locaux, se prennent par la main sans forcément attendre l’aide de l’état. Si dans le cas d’une station de ski il est évident que la transition, les infrastructures ne pourront se faire sans l’aide de l’état mais aussi des banques qui doivent aider et favoriser les projets, par chez moi, le rôle de l’état est un peu ailleurs. Entretien des routes, création de services à l’année pour rendre attractif le coin, mais lorsqu’il s’agit d’une entreprise privée, c’est aux patrons de prendre leurs responsabilités.

Je crois que si dans le cas des stations de ski où le manque de neige fait réagir, certainement pas de la meilleure manière mais une réaction quand même, qu’à la mer, le chiffre d’affaires à la ramasse et des avis catastrophiques devraient faire réagir mais sans réaction jusqu’au dépôt de bilan, la véritable catastrophe c’est celle qu’on ne veut pas voir. Les 80% de médicaments fabriqués en Chine, vous savez le pays qui va bientôt se couper du monde à cause du virus de la mort qui tue. Il serait faux de dire qu’on ne sait pas, on sait, vous-mêmes avez pu vous retrouver confrontés au problème de médicaments, je ne vous le souhaite pas, l’exemple de cet homme malade d’un cancer et qui ne pouvait plus se soigner fait froid dans le dos. On pourrait aussi évoquer l’éducation nationale, le métier de l’enseignement, mais c’est un peu comme l’écologie, c’est plus difficilement palpable. Iceman nous donne un témoignage de plus, un témoignage qui en rappellera d’autres. Je vais me contenter de condenser deux phrases que vous avez pu lire chez moi, écrites d’une autre manière :

Mais mon sentiment réel est que l’enseignement devient, de plus en plus au fil du temps, un travail ingrat accompli péniblement dans un environnement d’hypocrisie généralisée. Une mauvaise pièce de théâtre indéfiniment jouée devant un public indifférent.

Il suffit d’y réfléchir trente secondes pour comprendre que, bien entendu, les enseignants bossent parce qu’il faut bien bosser pour manger, payer le loyer et s’occuper des enfants. Personne ne se lève tous les matins en s’écriant qu’il va sauver la République. On pourrait penser que c’est un détail mais ce n’est pas le cas. La pression sur les enseignants est extrêmement forte et beaucoup l’intériorisent et se font leur propre persécuteur.

J’ai dernièrement dit que j’arrêtais d’écrire des billets stériles pour dire que les distributions Linux et surtout Manjaro, j’insiste fortement sur Manjaro c’est de la merde, qu’il y a trop d’environnements de bureaux, parce qu’on le sait. Il est à mon sens plus intéressant de présenter un programme qui fait le travail ou dire que Gnome sur Ubuntu fonctionne, plutôt que de balancer une énième fois le même constat qui laisserait penser qu’on n’a rien d’autre à dire et qu’on tourne en boucle. Au niveau de l’éducation, je vais m’orienter vers deux positionnements.

Le premier est très personnel, j’entre dans une forme de grève, sans faire grève, ou qu’on appelle parfois grève du zèle. Le mot culpabilité est un mot qui revient souvent et j’en parle. Il faut utiliser les nouvelles technologies, les élèves n’ont pas le niveau c’est la faute des profs, les élèves ne travaillent pas c’est la faute des profs, il faut innover, utiliser toutes les dernières méthodes en même temps, c’est du bull shit. Je vais sortir de ce piège pour faire mon métier comme je le sens, dans le respect des textes bien sûr, parce que sinon je ne ferais pas mon métier, mais ni plus ni moins parce que c’est un métier et pas un sacerdoce. La grève du zèle est donc un concept très personnel, dès la rentrée je donnerai un coup de main sur mon temps de repas à une de mes anciennes élèves qui doit passer le BAC cette année. L’institut de formation de ma fédération agricole propose une formation pour retrouver le goût du métier. Il faut se dire que si une telle formation arrive c’est qu’il doit y avoir un sacré malaise dans la profession.

Le second positionnement c’est dans ma production personnelle. J’ai dernièrement écrit un billet qui s’appelle échec et maths que j’ai retrouvé dans les réseaux sociaux par des gens qui se félicitaient de voir un vrai prof faire un vrai constat de ce qu’est le métier aujourd’hui. Je ne regrette pas ce billet, parce qu’il relate effectivement mes difficultés, mes inquiétudes et de la même manière que lorsque je lis le billet de unbruitblanc je me sens rassuré, je me sens moins esseulé, je me dis que je ne suis pas fou, mais je n’apporte rien qu’on ne sait déjà et que j’ai déjà écrit. Si. j’apporte de l’eau au moulin d’on va tous mourir, mais qu’est ce que je fais pour apporter des solutions ? Rien. Tirer sur l’ambulance indéfiniment ne sert à rien.

Je vais essayer de me consacrer à essayer d’apporter des solutions, des astuces, une façon plus positive de faire avancer la pédagogie.

Je pense que tout est lié au pognon, à notre société capitaliste, c’est mon passage de gauche. La quête du profit avant l’écologie, avant l’éducation, parce que si on voulait résoudre les problèmes d’éducation je vous dis pas le paquet de pognon qu’il faudrait mettre sur la table et je ne parle pas du salaire des profs. Il faudrait tout casser, tout recommencer, avoir une vision du monde qui privilégie le confort de tous plutôt que le bonheur de certains. C’est en gros le communisme, sauf qu’on voit ce que ça a donné.

À moins d’une guerre mondiale, ou d’un effondrement complet de notre société qui pourrait arriver avec le coronavirus, la remédiation première est individuelle, changer chacun ses propres habitudes, ses aspirations pour espérer vivre mieux, ensembles. Un travail qu’il va falloir faire assez rapidement parce que le monde va particulièrement mal. Je vous invite à regarder les nouveaux pauvres, où l’on réalise que les fameux modèles allemands ou suédois ne sont pas si fameux que cela.