Comment le cloud gaming va tout précipiter (dans le cloud)

21/03/2019 Non Par cborne

Il aura été difficile d’échapper aux annonces ces derniers jours, ça y est c’est parti tous les acteurs sont dans la place. Ce qu’il faut bien comprendre dans cette histoire, c’est qu’on amorce une transition lourde et accélérée car le marché du jeu vidéo ne concerne pas que les professionnels mais tout le monde, d’une machine locale puissante à tout faire, vers un client léger.

  • Google va rétamer tout le monde parce que c’est Google et surtout il a tous les arguments pour que ça fonctionne. Google propose un truc indépendant de la plateforme à partir du moment où on a chrome dessus, si bien que vous pouvez jouez sur PC avec Windows ou Linux, sur une vieille tablette pourrie, je ne sais pas si Chrome existe sur Mac, sur smartphone et ça quelle que soit la puissance de l’équipement. Google prend d’ailleurs l’affaire au sérieux puisque la société se paye Jade Raymond une figure du jeu vidéo qu’on associe à Assassin’s Creed.
  • Nvidia tente sa chance mais va se rétamer car dans l’esprit de tous c’est un simple vendeur de carte vidéo. Comme tous les vendeurs de hardware mais on y viendra plus loin, il va falloir certainement diversifier les activités puisqu’à terme vendre une carte vidéo puissante au particulier c’est fini.
  • Steam va se rétamer et ne prend pas les bonnes décisions. Après avoir pris un four avec SteamOS, après avoir pris un four avec les machines Steam, le problème de fond de Steam c’est qu’il est totalement dépendant de Windows. Steam a pourtant un énorme atout, le savoir faire, la communauté, et les serveurs. Malheureusement face à un Google qui lui ne dépendra pas de la plateforme, Steam est coincé.
  • Microsoft est dans une position qui pourrait paraître catastrophique, puisqu’il a réussi à s’imposer sur le bureau pendant des années notamment par rapport à sa forte compatibilité avec le jeu PC, contribuant à faire de l’ordinateur individuel, une machine à tout faire. Comme Microsoft est coincé dans Windows au même titre que Steam, qu’il n’a pas de porte de sortie vers les téléphones puisqu’il s’est pris un four avec Windows Phone, on peut supposer que Microsoft va avoir du mal sur le secteur du jeu vidéo, à raison. Néanmoins Microsoft a une force, office365. En effet, Microsoft a déjà entamé sa transition vers le cloud, de façon intelligente puisqu’il contamine les appareils Android avec ses applications. Néanmoins, faire tourner Word, Excel sur Android et faire tourner le dernier jeu à la mode, c’est totalement différent.
  • Je n’évoque même pas Shadow qui aura eu le mérite d’essayer, malheureusement la startup s’appuie sur les technologies Microsoft donc coincée, comme bon nombre d’acteurs. Trop petit face aux géants du marché, on pourra saluer le fait qu’ils ont été les premiers à se lancer.

Si vous suivez mon raisonnement que vous pourriez trouver simpliste, Google va enterrer tout le monde et c’est pourtant une évidence. Le dessin plus haut est je trouve parfaitement d’actualité, mais avant d’aller plus loin, un peu de généralité.

Quel est l’intérêt profond du cloud gaming, s’il ne fallait en retenir qu’un : l’indépendance face au hardware. Fini d’avoir la dernière console à la mode, fini d’avoir le PC à 1200 €, fini le renouvellement du matériel ou presque puisque plus rien ne se passe au local, tout se passe de l’autre côté de la barrière. On va rajouter quelques avantages de plus mais pas forcément pour tout le monde, fini le piratage, fini les problèmes de sécurité, fini les patchs, puisque tout est géré du côté du serveur. Enfin la possibilité de faire s’abonner les joueurs, de les enfermer un petit peu plus puisqu’ils ne seront plus propriétaires de leurs jeux. On peut imaginer qu’on s’orientera vers la fin du modèle d’achat classique pour arriver vers celui de la location comme Spotify ou Netflix.

À ce jeu-là, si on regarde dans les différents acteurs, le seul à proposer l’indépendance par rapport au système d’exploitation c’est Google au travers de Chrome. Chrome ? OH MON DIEU !!! MICROSOFT VIENT D’ABANDONNER SON NAVIGATEUR AU PROFIT DE … CHROME. Pour arriver à une technique similaire, qui passerait par le navigateur et bien ce n’est pas gagné. La moralité de l’histoire, comme je l’écrivais plus haut, c’est que la seule issue c’est d’écrire un programme multi-plateforme qui est capable de streamer les jeux, c’est la seule issue possible pour réussir à s’en sortir. Il est impératif pour tous ces acteurs s’ils veulent éviter la raclée du siècle d’être présent sur PC, sur smartphone, sur Apple où l’on sait que les gros payeurs sont là-bas. S’appuyer uniquement sur Windows c’est à terme courir à sa perte.

Tout ceci ne se fera pas en un jour, mais l’annonce de Google dans la place va franchement faire remuer les choses. Je vois deux éléments qui peuvent changer la donne : quelqu’un qui réussira à fournir un service qui sera disponible sur toutes les plateformes me paraît indispensable, celui qui arrivera à streamer sur des trucs à « bas » débit. Vous noterez en effet que tout le monde se précipite dans la bataille histoire d’en être, mais c’est particulièrement prématuré. La fibre optique chez tout le monde c’est pas pour tout de suite, en tout cas pas en France. On imaginait une couverture complète de l’Occitanie pour 2020, c’est sur le papier, alors qu’on est quand même pas la région la plus paumée de France. Rajoutons à cela que pour beaucoup de joueurs, l’exigence est de rigueur, qu’on a donné de mauvaises habitudes, ce fameux 60 fps il n’y a pas si longtemps, maintenant la 4K, on ne peut se permettre aucune latence, et pas forcément une baisse de qualité. Néanmoins si on prend quelqu’un comme moi qui n’a pas forcément les mêmes exigences, qui peut se permettre d’avoir un jeu avec une qualité graphique un peu moindre, je pourrais être séduit par une offre qui passerait sans encombre sur mon ADSL. La plateforme qui essaiera de penser aux campagnards c’est peut-être celle qui commencera à se constituer une solide clientèle.

Pour l’heure donc, le cloud gaming c’est pour les citadins, pour les gens qui ont envie de se casser les dents, de béta-tester, pour les early adopters, c’est donc un truc de bobos, néanmoins c’est ainsi que se profile l’avenir, un avenir dans les nuages.

On peut donc à moyen terme annoncer la mort du PC. L’avenir est au smartphone transformable en PC sur un dock avec un clavier et une souris comme avaient essayé de le faire Microsoft ou Ubuntu. Les prochaines versions d’android se dirigent vers ça. Fini l’unité centrale, pour l’ordinateur portable on peut imaginer que le dock sera inclus directement dans l’appareil, un simple écran et un clavier dans lequel on va insérer son smartphone. C’est donc quelque part la mort du hardware, du hardware grand public en tout cas, on continuera à avoir besoin de serveurs et pas qu’un peu. La remise en question de tout le secteur va devoir être rapide, et profonde pour s’adapter à ce changement de consommation.

Changement de consommation initié bien sûr par le logiciel. Microsoft dernièrement a vanté les mérites de ses solutions office365 par rapport à des solutions locales. On est dans l’évidence commerciale et technique, plus de patch à déployer, plus de problèmes de versions qui ne sont plus mises à jour, plus d’utilisateur qui achète une licence pour dix ans et qui ne réinvestit pas, des utilisateurs enchaînés à un service et qui sont contraints de continuer à payer s’ils veulent avoir accès à leurs documents. Microsoft bien sûr n’est pas le seul à procéder de cette façon, le logiciel local disparaît, un simple navigateur est désormais suffisant pour avoir accès à son environnement.

Que va devenir le logiciel libre et Linux ? Je trouve assez catastrophique de voir que l’environnement de bureau reste un enjeu. KDE, Gnome, LXQT, Xfce, Cinnamon, autant d’environnement différents pour quel avenir ? En ratant le coche du smartphone, en restant prisonnier du PC, Linux a tout simplement creusé sa tombe pour le grand public. Il est urgent de s’orienter vers un cloud domestique, vers des services professionnels basés sur Nextcloud pour ne citer que lui pour qui voudra échapper à l’emprise des GAFAM. Des machines pas forcément accessibles depuis l’internet mais dans un réseau local, pour sortir de la spirale infernale du tout en ligne.

La dématérialisation est en marche, rien ne pourra l’arrêter quoi qu’on puisse en penser, elle sera vectrice d’inégalités, de perte de maîtrise pour les individus, mais sera une facilitatrice indéniable pour les utilisateurs qui n’auront plus à se préoccuper de l’entretien de leur système d’exploitation. Inégalité par rapport au débit bien sûr mais inégalité creusée dans la liberté informatique entre ceux qui savent et qui seront à même de monter leur cloud personnel puis les autres qui n’auront d’autres choix que d’embrasser des services propriétaires souvent gratuits, si l’on est prêt bien sûr à lâcher ses données personnelles.

Pour ma part mon attitude est clairement définie. Retarder l’échéance en voyant venir, minimiser ma dépendance à l’informatique en limitant le nombre de services, de fichiers, rester le plus longtemps possible à l’ancienne. Regarder un peu les solutions libres qui permettraient de faire du cloud à domicile sans les faire subir au reste de la famille qui n’aura pas la capacité de maintenir en cas de décès.