Comme d’hab

16/11/2019 Non Par cborne

Les semaines se suivent et se ressemblent, je ne finis pas de me désengager de l’informatique du lycée pour mon plus grand bonheur. L’article de Bronco qui vient de prendre une retraite anticipée m’a fait sourire. Il y a quelques points intéressants à prendre en considération, des ressemblances dans ce que nous vivons. La machine est en train de nous broyer, c’est-à-dire que la place qu’on laissait au choix, notre fameuse liberté pédagogique est en train de disparaître. Paradoxal de voir une école de l’inclusion, une école qui appelle à l’individualisation pour chaque élève et pourtant une école qui est en train de nous ramener à des solutions communes, obligatoires. Pour des gens impliqués dans leur métier, pour des techniciens comme Bronco et moi car c’est bien ce que nous sommes dans l’esprit, des gens qui ont du plaisir à mettre les mains dans la merde, l’idée de cette conformité imposée par des gens qui n’y comprennent rien est difficile à avaler. Pourtant c’est un soulagement quand on l’accueille à bras ouverts, qu’on nous impose, qu’on nous dicte, qu’on continue de castrer nos initiatives, notre autonomie pour une école de plus en plus terne où les enseignants tellement engagés par amour du métier et des gamins se transforment en apothicaires. Compter ses heures, ne pas en faire une de plus, ne pas se lancer dans des projets chronophages. Si curieusement on se souvient tous d’un prof, on se rappelle moins de ses banquiers. Peut-être parce qu’on a tous croisé des enseignants qui vivaient leur métier avec le feu sacré, vous verrez que les générations à venir auront certainement des souvenirs moins marquants de gens qui avaient transmis leur passion, parce que la passion est morte.

Enfin bon, ce n’est pas pour ça qu’il faut arrêter de bosser, les élèves n’ont rien demandé, et ne sont pas responsables de la situation, enfin ne sont pas responsables de celle-ci. Je suis au taquet. C’est la fin de période, les conseils de classe arrivent, on se caille, partir de nuit pour rentrer de nuit, les gosses ne sont pas du tout au boulot, c’est la guerre. Je me suis lancé dans une campagne de contact avec les parents. Comprenez que comme je le disais à un élève, je peux comprendre sa volonté de détruire sa scolarité, néanmoins comme il n’a que 14 ans, sa famille doit être au courant. Je ne l’ai pas dit qu’à un élève, ils sont trop nombreux à mon goût. J’ai attaqué par l’ENT, je n’ai pas de réponse bien sûr, je dois reconnaître que le silence parental devient de plus en plus pesant. La peur parentale de l’école peut se comprendre, je peux en effet concevoir que pour un parent pour qui chaque appel de l’école est synonyme de problème c’est compliqué, néanmoins tourner la tête ne réglera pas la question.

Jeudi j’ai fait une séance python qui ressemblait à quelque chose. Comprenez qu’il commence à y avoir un groupe d’élèves qui arrive à réaliser des programmes simples en autonomie. Ce matin, une élève m’a interpellé par l’ENT pour que je vérifie son programme Python. Je suis en retard sur ma progression, le temps consacré à la programmation avec des élèves qui ont un petit niveau est long. Le niveau diminue, la barre monte, on va joyeusement dans le mur, mais quel autre choix que de se conformer à la demande de notre institution ? Changer de métier ? Certainement quand ils nous feront sauter les vacances.

J’aimerais vous montrer deux bricoles qui me font moyennement rire, et qui illustrent le monde dans lequel nous vivons.

Je voulais vous montrer l’état de mes chaises. Il y a quatre ans ma femme voulait de nouvelles chaises, on avait à l’époque du bas de gamme, même si trente balles du bas de gamme ça peut se discuter, c’était des chaises de cuisine colorées, le jaune a fini par partir. Ma femme a voulu qu’on passe à de la chaise plus traditionnelle, comptez 75 euros. 75 € pour moi c’est quand même quasiment 500 balles de francs et à une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, avec 500 balles tu pouvais quand même faire pas mal de choses. Donc ma femme achète des chaises, elle achète en fait cinq chaises. Du fait que nous soyons quatre à la maison les trois quarts du temps, la cinquième chaise est restée dans le garage pendant un bon moment, elle est donc pour ainsi dire neuve ou presque. Si l’usure pourrait s’expliquer pour les chaises utilisées au quotidien, c’est plus difficile à comprendre pour la chaise quasiment neuve qui n’a pas servi et qui commence à présenter les mêmes symptômes de dégradation. Les chaises d’ailleurs sont en train de s’user de la même manière, au même moment, quel que soit celui qui s’assoit dessus. En tant que bon consommateur lambda, je viens de remplacer, j’ai pris par contre le modèle en dessous en prix, qui mourra certainement de la même manière.

Il est tout de même assez étonnant de voir qu’on chipote plus ou moins pour trouver des solutions toutes aussi inutiles les unes que les autres, que certains bobos vont vous expliquer que vous allez devoir manger du tofu pour sauver le monde quand de l’autre on laisse produire de la merde qui n’en finit plus de consommer de la matière première. J’ai regardé si on pouvait arranger, j’ai vu quelques tutoriaux sur le net pas inintéressants, et mon collègue documentaliste avait déjà réparé des chaises usées. Malheureusement, la structure est telle qu’il me parait complique de faire quelque chose de correct.

Si une chaise reste une chaise, c’est-à-dire quelque chose qui se change très facilement, le miroir c’est compliqué. On a acheté le pack complet avec un meuble, du bricodepot je le conçois et si vous regardez les bords du miroir ça commence à devenir un peu dégueulasse. Le miroir est à priori collé, je dirais scotché sur une partie en mélaminé. L’idée de base c’est de prendre un miroir, que vous trouvez en commerce, idéalement le commerce où vous avez acheté le miroir de base, de décoller et de remplacer. Trop facile. L’obsolescence dans le bricolage, j’y suis de plus en plus confronté avec l’usure naturelle d’une maison qui a désormais six ans, et c’est certainement ce qui est le plus insupportable.

Les dimensions du miroir, c’est du 80×75, il existe des miroirs en 80×60, on perdrait donc une partie de couverture ce qui serait moche. Ce qui serait encore plus moche c’est de mettre des fixations et pourtant c’est ce vers quoi on s’oriente. Les scotchs doubles faces vendus dans le commerce sont pourris dans les critiques, souvent notés comme produits qui ne collent pas. L’autre option étant bien sûr de changer l’intégralité, avec des systèmes électriques qui ne se positionnent plus au-dessus mais sur les côtés avec des leds. Je vais attendre les vacances de Noël pour prendre le problème à bras le corps, mais force est de constater que c’est quasiment un coup à tout casser tous les cinq ans …

Je continue de rendre service à quelques collègues que j’apprécie pour faire du dépannage PC. J’ai réalisé la réparation la plus rapide du monde avec une collègue qui me disait que l’ordinateur réagissait avec la diode qui s’allumait mais pas d’image. Forcément à cette description on imagine que la carte mère est morte, néanmoins c’est sous estimer le manque de logique ou d’habitude des collègues. La diode qui s’allumait et qui réagissait c’était en fait celle de l’alimentation, un fond de batterie restant. Coup de chance j’avais un chargeur équivalent dans le casier, l’ordinateur s’est allumé directement.

La petite dernière de l’équipe me demandait de jeter un coup d’œil à son PC qui lui mettait un écran bleu de la mort. L’ordinateur, dix minutes après son allumage lui balance effectivement un écran bleu de la mort, un problème de driver. Il s’agissait d’un ordinateur qui était sous Windows 8 et qui donc a eu un problème de mise à jour. En fait, à l’époque où elle vivait dans l’Aveyron, elle l’a semble-t-il confié à l’escroc du village. J’ai rapidement pu voir que l’ordinateur n’était pas activé et l’explication est en fait simple. L’escroc du village a fait un passage en force en installant une version de Windows 10 professionnelle, sauf qu’il s’agit d’une version familiale à l’origine. J’ai réussi à régler le problème de l’écran bleu en faisant simplement une mise à jour de l’ordinateur. Pour l’activation de l’ordinateur, j’ai payé une licence à 2.99 € sur cdiscount, c’est le tarif le plus bas que j’ai trouvé. Sur cet ordinateur, l’installation d’officescan de trend micro, qui m’a bloqué pour la mise à jour de Windows qui n’avait pas été faite depuis un moment. Un antivirus à priori, qui a la mauvaise idée de vous demander un mot de passe que je n’avais bien sûr pas. Il existe une procédure de désinstallation par modification de la base de registre, je vous renvoie vers ce blog qui m’a bien aidé.

Je vérifiais, cela fait environ un mois que je suis sous Xubuntu, sans avoir rencontré de problèmes majeurs. Les logiciels de calculatrice, ne sont pas un manque et si ça devait l’être, je virtualiserai un Windows. En ce qui concerne le logiciel du TBI, comme je l’avais écrit, je n’ai pas l’intention de faire du formidable avec le TBI, l’utilisation quotidienne est suffisante sans avoir besoin de rajouter plus. Il est à noter que si l’outil est très intéressant dans de nombreuses circonstances, parfois c’est un fort ralentissement quand on veut aller à l’essentiel. De façon générale l’expérience est positive. L’un de mes plus gros problèmes, c’était l’utilisation de Onedrive avec Office365, rclone browser offre une expérience vraiment fonctionnelle. Concrètement je vais faire un contrôle sur mon PC, rclone me permet de monter dans thunar un répertoire onedrive, je vais exporter en pdf dedans, la synchronisation fait que lorsque j’arrive au lycée, je peux récupérer mon document et l’imprimer. Néanmoins, il est fort probable, mais nous y reviendrons, que je cesse complètement l’utilisation de onedrive mais il est prématuré d’en dire plus.

Utiliser des solutions propriétaires pose des problèmes. Le problème principal sont les règles du jeu qui ne sont pas les vôtres, qui ne sont pas non plus celles de l’état, du bon sens, mais les règles du jeu de ces instances. Quelques exemples en vrac :

  • Paypal coupe les vivres de Pornhub. C’est en gros comme si votre banquier bienveillant était au-dessus de votre épaule et qu’il vous refuse l’achat d’un barbecue parce que le gras c’est pas bon pour la santé. Paypal décide donc pour vous de ce que vous avez le droit d’acheter ou non. C’est un problème éthique qui peut se discuter. Car, si effectivement on pourrait considérer qu’une entreprise ne trouve pas éthique qu’on paye pour du porno ou du warez puisque Paypal interdit aussi la monétisation des sites d’hébergement de fichiers comme Mega ou Uptobox, où est-ce que ça s’arrête ? De la même manière, Apple supprime les applications en lien avec le vapotage, parce qu’Apple sait ce qui est bon pour vous ou ce qui ne l’est pas.
  • La dernière vidéo de la chaîne Horror Humanum Est, où son auteur décrit de façon très précise les rentrées d’argent et arrive à la conclusion qu’il est très difficile de concevoir un avenir sur une plateforme où on ne connaît pas les règles du jeu. Un article complémentaire sur la méthode Youtube.
  • Instagram fait sauter le nombre de like. Au départ, l’idée c’est d’être le plus liké, c’est un critère d’influence. La moralité c’est que pour les influenceurs, la stratégie change, comme la stratégie d’un site va changer quand Google décide de modifier les règles de son moteur de recherche.
  • Parce que vous n’avez aucun pouvoir sur le téléphone que vous achetez, votre téléphone est un nid à virus dès l’ouverture du smartphone.

Pendant que je lâche du lien, j’aime bien celui-ci qui est en … lien. La plateforme Stadia de Google n’inspire pas les développeurs. Étonnant non ? Avec des dizaines de services qui ont été fermés par la boîte, la confiance est écornée. Il y a derrière cela une vraie question, philosophique, économique, peut-on se passer de l’un des leaders mondiaux ou faut-il prendre le risque de s’investir ? Car comme précisé plus haut, si on ne maîtrise rien, le jeu en vaut-il la chandelle ?

Si le monde du libre n’est pas l’idéal, la précarité étant la première chose qui vient en tête devant l’utilisabilité des logiciels, nous ne sommes pas dans la même démarche, même si le problème de confiance reste le même. Avec le libre encore plus, vous savez qu’avec le propriétaire tous les coups sont permis, avec le libre on espère, on attend une virginité. Néanmoins si tout n’est pas idéal, nous ne sommes pas dans ce rapport difficile, à vivre sur le qui-vive d’un changement fracassant et immédiat. Le changement est bien présent tout de même, souvent palpable dans les orientations, et c’est sans surprise que vous découvrirez que l’avenir est au snap et flatpak.

Nous nous quittons avec le rappeur Sétois demi-portion. La semaine pour moi devrait être plus tranquille, mes élèves de troisième sont en stage. Bon week-end à tous.

Comme d’hab, on continue comme d’hab