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C'est la marche funèbre de nos campagnes

juillet 24, 2021 - Temps de lecture: 14 minutes

Je pense que les vacances désormais pour moi ce sera Puivert jusqu'à la fin de ma vie. Ma femme est fan du coin, je ne lui jette pas vraiment la pierre, Puivert, l'arrière-pays audois, c'est quand même franchement sympa et j'ai envie de dire encore plus sympa quand tu vis la période actuelle. Le masque dans la gueule c'est insupportable quand on arrive à des températures de l'ordre de 36 degrés, le monde chez moi à la plage c'est aussi insupportable, l'arrière-pays offre une véritable expérience verte, le calme, la détente. 

Le village de Puivert a ceci de particulièrement intéressant, c'est son lac au bon milieu du village ou presque.

Concrètement, le matin, tu fais dix kilomètres en forêt, l'après-midi tu glandes au bord du lac. Tu as une baraque à frites à prix réduit qui fait des choses pas mauvaises à des tarifs dérisoires. Tiens bonne introduction que la barraque à frites, voici ce que tu peux lire sur leboncoin. 

À vendre comme de très nombreuses maisons dans le village. Puivert l'an dernier c'était encore quatre "restaurants", il y avait même un qui faisait des spécialités afghanes. Ils ont racheté le restaurant au bord du lac et n'arrivent pas à trouver de personnel pour laisser le restaurant historique ouvert. À une époque il y avait une boulangerie, un café, une épicerie, tout a fermé. On pourrait noter une forme de paradoxe, justement dans l'époque dans laquelle où nous vivons, et pourtant absolument pas, car cette situation je la connais par expérience, jusqu'à la fermeture de mon ancien établissement dans le Cantal

On pourrait effectivement se dire que Puivert a énormément d'attrait, touristique pour commencer, du terrain à plus quoi savoir en faire, une proximité relative de services avec les villages de Lavelenet, Chalabre ou même Limoux et Carcassonne qui sont à une heure de route. Quand la crise COVID est arrivée, les gens ont réalisé que leur vie de merde dans un appartement minuscule à quatre n'était pas forcément l'idéal qu'ils avaient prévu. Le besoin d'air, le besoin de changer de vie, cette petite vie misérable ponctuée d'événements commerciaux, qui ne fonctionnent plus d'ailleurs, parce qu'on a tout tué, le changement c'était maintenant, sauf qu'en fait pas vraiment ou pas partout. Chez moi, face à la mer, tout s'est vendu. Quand je dis que tout s'est vendu, c'est que tout s'est vendu, à des tarifs les plus improbables. Le vendeur de la maison de mon voisin a fait monter le prix car dans cette période où tout s'est vendu, tout se vend et s'arrache quel que soit l'état, quel que soit le prix. En rentrant chez moi après mon séjour, j'ai vu que la maison à 250.000 € pour 50 mètres carrés et un bout de terrain s'est vendue. On avait observé ce phénomène dans le sud de la France à l'ouverture de la ligne de TGV entre Paris et Nîmes, 3h30 de train pour rallier le sud depuis de la capitale, ça ouvrait le champ des possibles. La vague que nous vivons actuellement sur tous les villages du sud et pas seulement le bord de mer est totalement folle. Les agences cherchent des bien pour les vendre, il n'y a plus rien. Bien évidemment tout le marché s'effondrera quand le COVID sera passé, quand les gens réaliseront qu'une résidence secondaire a un coût, que c'est un boulet au pied et que l'envie de sauter dans le premier avion pour instagrammer prend aux tripes. 

Ce que j'essaie de dire, c'est que comme souvent pour tout, la résolution est souvent sur le papier, et modérée. S'ils sont certains à avoir changé de vie ou presque, déménagé avec le télé-travail, ce n'est pas la majorité, et ceux qui ont de l'argent se sont contentés de prendre un pied-à-terre dans le sud car comme disait le grand Charles, le COVID est plus beau au soleil. 

La campagne n'attire pas, ou peu, car la vie à la campagne c'est difficile et rien n'est fait pour aider. J'ai passé huit ans dans le Cantal et si on peut effectivement vanter le confort de vie, la réalité du quotidien c'est faire 40 km de voiture pour trouver l'hôpital le plus proche, ce même hôpital qui menace de fermer. La campagne c'est dans la voiture tous les jours, mieux vaut avoir la santé, la campagne c'est avant tout le désengagement de l'état, l'abandon des services. Une petite coupure photo pour illustrer le propos. 

Il s'agit d'une voie verte, je ne sais pas si ça existe chez vous mais ça commence à faire des paquets de kilomètres chez moi. Le principe de la voie verte, c'est tout simplement une piste cyclable ou pédestre qui remplace les anciennes voies ferrées. Car effectivement, c'est aussi ça la campagne, les voies ferrées qui disparaissent, les écoles qui ferment, les hôpitaux, les services de l'état et c'est un peu le problème de l'œuf ou de la poule. Un village est attractif s'il y a du travail, s'il y a des services. Une famille va s'installer parce qu'il y a une école, parce qu'il y a une crèche parce qu'il y a une pharmacie. La logique est donc celle-ci, avec l'exode rural, la fermeture des entreprises, les gens sont partis à la ville. Moins de population, l'état par souci de rentabilité a fermé certains services. Pourquoi maintenir une ligne de train si trois personnes la prennent par semaine ? Et c'est ici le problème de fond, il sera impossible de rendre attractif ces endroits sans service. Quelle entreprise s'installerait sans pouvoir offrir à ses salariés le minimum. 

Comme toujours tout est une question de volonté de l'état qui comme j'aime à le rappeler souvent n'a pas de visibilité à long terme. Je vous ai fait le laïus suivant sur l'école qui en gros est celui-ci. Si vous ne mettez pas le paquet sur l'éducation des gamins, c'est l'avenir de votre nation que vous mettez en péril. Politiquement bien sûr avec des crétins qui voteront pour celui qui proposera des chocolatines tous les matins, mais aussi pour les entreprises, la science, et j'en passe. Pendant que certaines entreprises étrangères se gavent avec le vaccin qu'elles ont fabriqué, SANOFI et Pasteur vont peut-être faire quelque chose, ou pas, voyez que le mal nous ronge déjà. Avec la crise COVID on a pu toucher du doigt le côté sympathique d'être autonome au point de vue de la nourriture, faute de l'être sur tout le reste, jusqu'au paracétamol. On comprend bien que la campagne ne fait pas rêver, et quand on voit quel engouement on met dans la voiture électrique qui vous m'excuserez est un problème de bourgeois et de citadin parce qu'à la campagne tu roules de façon obligatoire au diesel face à la masse de kilomètres que tu dois te cogner pour vivre normalement, on comprend que l'état rate le coche. À Puivert, sur toute la zone, chez Bouygues ou SFR, j'étais en 3G. À l'instar des bagnoles électriques, quand les gars se tirent la bourre pour avoir de la 5G le plus rapidement possible, on comprend dès lors que oui, la campagne n'est pas la préoccupation première de nos états alors qu'elle devrait passer de façon prioritaire devant les villes. Qu'on forme des agriculteurs, qu'on arrête d'acheter notre nourriture ailleurs, qu'on repeuple nos campagnes, pour un mieux vivre, pour notre alimentation, notre santé, la vie de nos territoires et qu'on arrête de penser avec ce mode citadin ou parisien à la con qui essaie de nous faire croire qu'on fera pousser des tomates sur les trottoirs. 

Tout est à vendre, beaucoup de ruines, on imagine le large potentiel, ce qu'il serait possible de faire, certains l'ont compris mais ne s'y prennent pas forcément de la meilleure manière ou n'ont pas les outils. Puivert c'est environ une quinzaine de nationalité, et des gens qu'on qualifierait en ville de marginaux et pourtant des gens qui ont tout compris au mode de vie alternatif mais qui n'ont ni les moyens financiers d'acheter les ruines, ni les moyens de les retaper. On a des gens qui se font prêter des parcelles qui font du bio, qui font un peu d'élevage. De nouveaux hippies en quelque sorte. On voit de véritables initiatives solidaires mais aussi commerciales fortes. Le magasin gratuit en est un exemple parmi d'autre. 

Le cola des montagnes est certainement la chose la plus intelligente que j'ai eu l'occasion de voir, la plus courageuse, et la plus militante. Il s'agit en fait d'un cola fabriqué dans le coin, certains restaurateurs ont fait le choix de ne vendre que ce cola et pas de cola industriels, qui est un mot qui revient et prononcé avec mépris par ces gens qui prennent position. Il s'agit de toute évidence d'une prise de risque, mon épouse n'a pas voulu en prendre par exemple. Par le fait, faire ce choix strict, qui consiste à ne proposer que le produit local, c'est prendre le risque de rater une vente. Néanmoins et c'est ici un positionnement que je trouve très intéressant et qui correspond parfaitement à mon mode de fonctionnement dictatorial, la très grande majorité des gens présents consomment ce qu'on leur propose parce que quand tu n'as pas le choix et que tu crèves de chaud, tu prends ce qu'il y a. En plus c'est pas mauvais et ça change. 

Imposer au peuple, il suffit de voir ce que ça donne avec le pass sanitaire, pour se rendre compte que c'est compliqué. Néanmoins et c'est le rôle des états, des états bienveillants, ou des personnes bienveillantes, de ne pas dire oui à toutes les conneries du monde et parfois savoir passer en force. À l'heure où l'on prend conscience que Apple n'est pas aussi secure qu'il en a l'air et qu'il s'agit pourtant d'une marque américaine utilisée par la majorité des chefs d'états du monde, on ferait bien de commencer à imposer un système d'exploitation libre pour les ordinateurs et par extension pour les téléphones. On oublie que pour beaucoup de choses, tout est une question de choix, de positionnement. 

J'ai refait un compte Twitter, vous devriez me suivre sur @Bornecyrille. J'ai écrit plus haut que les gens n'ont pas les bons outils ou s'y prennent mal. Alors qu'il y a des initiatives formidables, les gens sont incapables de les mettre en valeur. Trouver l'information est extrêmement complexe, et l'information que je cherchais en me remettant sur Twitter, je ne l'ai pas trouvée, elle n'est pas sur Facebook non plus. Par contre ça dépanne toujours pour avoir accès aux informations de la préfecture de l'Aude surtout quand ça crame, à certaines informations touristiques, à des expos. Imaginez qu'en 2021, le site de la mairie n'a pas été mis à jour depuis 2017 sur la page d'accueil, un vieux Wordpress dégueulasse ou les infos sont des PDF ou des captures d'écran. Personne n'a pris les outils numériques pour donner de la visibilité au coin et je trouve que c'est bien triste. 

Car si effectivement on peut pointer du doigt les pouvoirs publics, il n'est pas non plus impossible pour chaque citoyen de s'engager dans la survie de son village, sans forcément s'engager en politique. Je lisais cet article sur l'histoire du Hellfest ou comment un village de 7500 âmes accueille le plus grand festival de métal de France, un des plus grands événements musicaux français. Les organisateurs racontent qu'au départ on trouvait des prières dans les boîtes aux lettres pour résister contre les satanistes. Le succès ne se dément pas et on le doit à deux gars qui ont réussi à changer les choses. Je pense qu'il faut croire en l'homme, en l'individu, à la puissance d'une seule personne qui a la vision pour tout changer, et je ne parle pas des deux abrutis qui se tirent la bourre pour aller dans l'espace quand ils auraient la possibilité de changer le quotidien de millions de personnes avec le fric qu'ils jettent en l'air. 

Nous nous quittons sur l'hymne de nos campagnes, dans sa version originale et pas dans sa nouvelle version avec des invités parce qu'on est roots ou on ne l'est pas. Je pense que le prochain billet sera autour des réseaux sociaux, de la communication, je vois en gros ce que j'ai à écrire. Pendant qu'on est dans les actus, je n'ai à l'heure actuelle toujours pas installé de Linux sur mon PC ni même fait un essai sur Windows 11. 

À Propos

T'avais jamais lu de blog français avant.
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