2016 - 2017 cette année pédagogique pourrie

Rédigé par Cyrille BORNE - - 3 commentaires

En 14 ans de métier, je fais paradoxalement une de mes années les plus simples et les plus compliquées d'un point de vue pédagogique. Simple car rarement j'ai eu autant d'élèves gentils, je pense à mes élèves de 3ème qui s'enquillent quatre heures de ma présence le lundi sans broncher. La dernière fois suite à un problème d'absence, six heures en classe avec moi, j'en ai même balancé un message aux parents pour qu'ils félicitent leurs gosses car les pauvres gamins avaient fait la journée dans le plus grand sérieux, six heures avec le même prof, tu imagines public, pas étonnant que certains finissent par m'appeler maman, ils me voient plus que leurs parents.

Pédagogiquement c'est terrible, vous me verriez derrière mon écran ça ressemble à ça :

vous voyez ces réformes, oui vous voyez ces réformes !!!! C'EST DE LA MERDE !!!

La réforme du DNB c'est vraiment une catastrophe. D'ailleurs un événement qui n'est pas anodin et qui explique que c'est vraiment la foire, la date c'est au trente juin. L'an dernier c'était super tôt parce qu'ils voulaient que les profs puissent avoir du temps pour les réformes pris sur le temps scolaire dans le plus grand mépris des enfants, cette année, ils le font super tard parce qu'avec le LSU, l'organisation autour de ce logiciel, ils sont tellement dedans, que je pense qu'ils reculent l'échéance le plus tard possible pour espérer être prêt. Le LSU ce fameux livret numérique en ligne, cette réforme de fin de mandat présidentiel qu'il fallait nous placer dans l'urgence, cette informatisation tellement extraordinaire dont je ne parlerai même pas au niveau de l'agricole puisqu'on peut supposer qu'on aura un document papier à remplir, ben comme ils sont pas prêts, ils ont pas filé les codes aux parents si bien que les enseignants du primaire ont dû imprimer les livrets, bienvenue dans le XXI° siècle.

En fait si, je vais quand même en parler du LSU. A la fin de l'année, mes notes, enfin pas mes notes, mes compétences, je dois de façon théorique les enregistrer dans un logiciel qui n'existera certainement pas, mais comme de l'autre côté je vais avoir certainement des notes après pour l'orientation, je suis forcé de maintenir une double notation. Je m'étonne moi-même mais finalement je commence à prendre de plus en plus de goût à la notion de compétence car elle permet par exemple de faire apparaître des notions qu'on ne peut pas évaluer chez le candidat, rechercher par exemple. Vous avez des gamins qui sont de véritables travailleurs mais qui ne réussissent pas, cette compétence permet de les mettre en valeur par opposition aux gosses qui abandonnent à la première question, le mal du siècle. En attendant le cul entre deux choses n'est jamais une bonne chose, une situation dans laquelle on nous laisse macérer, le prochain gouvernement fera peut être table rase, changera tout, enfin fera comme les autres, tout casser pour nous regarder tout reconstruire, des Sisyphe modernes en quelques sortes.

le cul entre deux chaises a jamais mis personne à l'aise

J'ai fait la réalisation d'un carré avec Scratch, un nouveau groupe. Le premier groupe ça avait été laborieux mais ça avait fini par intéresser tout le monde, le nouveau groupe une véritable apocalypse. J'ai attaqué la phase ludique en premier, à savoir montrer comment on peut facilement déplacer le chat en associant les flèches, le faire dessiner puis j'ai enchaîné sur l'activité. J'ai dû batailler pour que certains se mettent au travail, une bonne partie de ces couillons étaient en train de faire des dessins avec le chat ........................................... Des cris de désespoir, d'incompréhension, le mur, ou le Windows des lamentations, aucune volonté pour la très grande majorité et même en corrigeant encore des incompréhensions. J'ai arrêté de me formaliser depuis bien longtemps, mais ce qui est devenu notable c'est le refus d'apprendre, le manque d'intérêt, je ne le prends pas pour moi mais c'ela devient collectif, les enfants ne veulent plus se faire violence, se triturer l'esprit. Mon AVS qui est une dame qui doit pas être loin de la retraite et qui est ravie de travailler s'est éclatée comme une folle, cette dame qui va bientôt être grand mère est certainement ma meilleure élève, elle a fait son premier cours de programmation, je devrais faire de la formation dans les maisons de retraite.

Ah le gars qui a mis l'algorithmique dans les programmes, celui qui est persuadé qu'on peut faire des générations de développeurs, lui c'est un bonhomme, lui je dis bravo. Je pense sérieusement qu'en première, il faut faire des vrais sections sciences avec une filière qui carbure à 8 heures par semaine de programmation et que toute forme de tentative réalisée avant est une hérésie la plus complète.

J'ai dû balancer dans l'open bar le fait qu'il y avait une augmentation significative du nombre de départ en tant qu'enseignants, je pense qu'un jour je ferai certainement partie du lot. Les élèves ne sont pas plus difficiles qu'avant, et pour moi qui vient d'un établissement très difficile, j'aurai tendance à dire que ça devient de plus en plus facile, le métier n'est pas plus difficile, sauf que ça dépend ce qu'on appelle métier. La relation au jeune c'est l'éclate, seulement le problème c'est qu'on est parasité par cent millions de conneries qui nous empêchent de faire le métier, enfin celui qui me semble être, cette fameuse relation avec le jeune. J'ai l'impression d'être de plus en plus secrétaire de moins en moins enseignant. Le fait de vivre dans la réforme permanente, avoir une charge en paperasse de plus en plus importante me devient de plus en plus insupportable, j'ai pas signé pour ça. Pas que ça non plus, je l'ai exprimé dans mon billet pour dire qu'en 2017 le collaboratif c'est pas gagné, je me rends compte que j'ai de plus en plus de mal avec une partie des enseignants. C'est un peu le problème de l'oeuf ou de la poule, est ce que c'est le métier qui rend stupide ou une concentration de gens stupides embrassent la fonction, j'exagère cela dit, ce n'est pas la majorité, mais un sacré arbre qui cache ma forêt.

Cette fixation sur mes collègues, je sais d'où elle provient, c'est la responsabilité de professeur principal. Prof principal c'est rigolo, mais seulement ce n'est pas une position qui me met au-dessus de mes collègues, et sans mauvais jeu de mot je dirai que je devrai être en fait en permanence derrière mes collègues pour vérifier si le travail est fait. Étonnant quand même ce manque d'autonomie chez certains, ces gens qui devraient être un modèle. Je n'ai pas ce pouvoir, je me contente de ruminer impuissant devant le travail non fait et d'être celui qui va devoir se justifier au niveau des familles.

Comme je l'ai écrit pour le billet de 2017, la nouvelle année commence pour nous en septembre, la bonne résolution pour moi c'est le zéro responsabilité, j'éviterai de prendre un ulcère face à la paresse crasse des uns, ces mêmes qui attendent que les enfants travaillent, je regarderai de loin les masses de documents et je reviendrai en force à ne m'occuper que de pédagogie, j'espère y retrouver un peu d'amour pour le métier sauf si celui-ci est passé à la hache par le futur gouvernement, alors peut être j'irai regarder si l'herbe est plus verte ailleurs.

Cyrille BORNE, 41 ans, professeur de mathématiques, d'informatique au Lycée Agricole Bonne Terre de Pézenas. Doctorat en rap des années 90, grand poutreur de zombies, grand maître de la confrérie des Trolleurs

3 commentaires

#1  - Bronco a dit :

+1... mêmes remarques, mêmes constatations...

Les gouvernements se succèdent sans prendre conscience que le plus important dans l'éducation c'est l'instauration de la relation humaine prof/élève... une relation humaine qu'il faut favoriser, instaurer dans un climat de confiance et de ferme bienveillance...

Tout ce qui vient parasiter cette relation est nuisible: le nombre d'élèves par classe, les réformes à la con qui cherchent à te faire faire de la merde démagogique, la paperasse, les nouveautés qu'il faut adopter dans l'urgence sans en connaître les tenants et aboutissants tout en maintenant la rétrocompatibilité avec ce qui se faisait avant (notes+compétences... à quoi bon faire un livret de compétences si l'orientation se fait par les notes oO)...

Je pourrais parler de bien d'autres parasitages: le dénigrement des collègues par les directions qui se suivent, les mômes en perdition dont le comportement devient grave et que ces mêmes directions ne sanctionnent plus correctement pour éviter d'avoir des chiffres trop mauvais (ex récent: menaces de sévices sexuels et violence sur un enfant autiste, une journée d'exclusion... pour un agresseur récidiviste...), les formations professionnelles qu'on colle sur le temps perso (privant par là même les profs ayant des enfants de suivre ces formations), la tendance de l'éducation nationale à prendre une idée pas mauvaise en soi et d'en faire de la merde en bout de chaine (en voulant faire vite sans réfléchir, en voulant tout imposer sans donner de consignes claires ni de moyens), la schizophrénie de cette même éducation nationale qui met au pilori ce qu'elle a imposé l'année d'avant pour encenser une nouvelle idée sortie entre la poire et le dessert dans une assemblée de ministres avec deux grammes par bras digérant leur repas payé par le contribuable...

Effectivement, ce qui me ferait quitter le boulot, ce sont tous ces parasitages... pas les mômes.
Comme des élèves s'interrogeaient sur les aberrations dont ils sont les spectateurs, je m'étais ouvert avec eux de toutes les bizarreries vues pendant ces 20 ans de maison. L'un d'eux m'a alors demandé pourquoi je restais prof.
J'ai répondu "à cause de vous".
C'est cette relation avec eux qui me manquerait.

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#2  - Didier (iceman) a dit :

Cyrille,

Je pourrais écrire pareil dans mon métier, devant le vandalisme et j'enfoutisme de certains utilisateurs de "mes matériels"....C'est à désespérer mais c'est symptomatique d'une déliquescence de la motivation. En fait, comme tu le dis, tu perds toi même la motivation à cause de tâches annexes et lourdes. Tes collègues sont pareils et tu le ressens à travers leur refus à utiliser ce que toi tu mets en place. Après on nous met en place des tests RH sur le stress, des enquêtes sur le bien-être, etc ... mais c'est bidonné à un point que ça ne permet pas de détecter l'évidence.

Je me gausse déjà des accords de flexibilité dans l'automobile. Ca va être du propre en sortie de chaîne...

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#3  - Didier (iceman) a dit :

tiens, c'est cadeau :
http://uneanneeaulycee.blog.lemonde.fr/2017/01/10/ecrit-dur/
:-)

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