Bilan été 2018, perspectives

20/08/2018 Non Par cborne

On va quand même pas se mentir, les vacances arrivent à leur fin et la rentrée approche à grand pas. 

Les deux mois de vacances sont une transition intéressante. C’est un peu comme la chenille et le papillon mais en version cyclique. En gros pendant l’année scolaire, tu es le papillon, tu prends ton envol et tu te demandes combien de temps ça va tenir ce que tu avais prévu quand tu étais la chenille pendant l’été, avant de te casser la gueule. 

L’état de chenille c’est l’état de larve. Tout va moins vite, on a le temps de la réflexion, on a le temps tout simplement, même si deux mois de vacances ça passe vite, sur le papier c’est quand même long. C’est donc à moi de choisir quel beau papillon je vais devenir, fort de mes métamorphoses précédentes. Cette année j’aurai certainement de belles ailes bleu avec des paillettes dorées. 

Quelques réflexions à voix haute

Les réseaux sociaux c’est la misère

L’an dernier à la même époque, je refaisais mes cours ou je dépoussiérais c’est selon, et j’arrosais le réseau social Yammer, en donnant tout. Moi vous savez, le jugement de l’autre je m’en contrefous, les mercis aussi, si ça peut dépanner des collègues, pourquoi pas. Yammer j’y ai cru pour déchanter assez rapidement, comme souvent d’ailleurs, Cyrille BORNE éternel déçu pour réaliser qu’on était trois personnes à faire vivre le réseau. Au moment où j’ai arrêté dans le courant de l’année, peu de temps après des gens impliqués ont aussi cessé leur activité. Faut-il y voir une relation de cause à effet, un raisonnement similaire comme il arrive parfois d’en avoir au même moment sans concertation avec d’autres blogueurs, je ne sais pas. Ce que je sais c’est que durant l’été c’est trois messages qui ont été envoyés sur un réseau sur lequel est inscrit plusieurs milliers de personnes. Des professionnels qui ont tout intérêt à ce que cela fonctionne.

C’est un exemple de plus qui résume l’informatique, la vie de façon générale, la consommation. L’échange ne fonctionne pas, on consomme en permanence chez l’autre, toute relation doit être tarifée. C’est un peu une réponse au billet de Cascador, j’ai envie de dire que rien n’est possible sans modèle économique défini, que le don n’est pas un modèle économique. 

Je n’ai pas écrit les réseaux sociaux c’est de la merde, car c’est inexact. Après m’être désabonné de 99% de mes contacts que je continue hypocritement d’avoir pour amis, je trouve le réseau social Facebook intéressant. Il s’agit désormais d’un agrégateur comme Feedly, voyez le détournement tout de même, on part de loin, je suis au fait des actualités locales et des pages que je suis. Le canal d’informations sans être indispensable m’est utile, le Facebook Market, je n’y reviens pas, c’est mieux que le boncoin. Instagram est une catastrophe, et je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Le réseau est binaire, il n’offre en fait que deux possibilités. Montrer le monde, se montrer, il n’est pas bien compliqué de savoir que les gens ne font que se montrer, ils ne racontent rien.

Les réseaux sociaux ça n’a jamais été ma tasse de thé, je ne fermerai pas mon compte instagram, je pense toutefois que je vais arrêter de le consulter, c’est une perte de temps. 

L’informatique, c’est pas gagné pour tout le monde

J’évoque Yammer, c’est une illustration parmi d’autres que l’informatique ne fonctionne pas, pour le monde enseignant, pas seulement, mais c’est plus profond que ça. Vous le savez, je ne déconnecte pas, c’est un très très long débat, difficile, et qui est propre à chacun, répondre ou ne pas répondre, telle est la question. Je pense qu’il y a des questions qui doivent être traitées y compris pendant les vacances, je pense que si c’est possible, il faut répondre. Je respecte bien sûr les gens qui me répondront qu’ils sont en vacances et que les vacances, c’est les vacances, c’est donc sacré. J’ai envoyé des mails qui sont restés sans réponse, sur des points qui sont importants et qui seront donc traités à l’arrache à la rentrée ou quand les personnes concernées décideront qu’elles sont rentrées. A titre personnel, je préfère mieux prendre deux heures de temps de vacances pour traiter les choses de façon convenable que de faire mal et dans l’urgence, je trouve dommage qu’ils ne sont pas si nombreux à penser comme moi. 

Ça ne communique pas par réseau social, ça ne communique pas par mail mais en fait ça ne communique pas professionnellement et c’est certainement ce qui me gêne. Ah pour arroser Facebook de tout et de n’importe quoi, il n’y a pas de problème, pour répondre à un mail boulot c’est pas possible. Je suis admiratif devant tant de cloisonnement, la capacité de passer des heures à raconter des conneries et l’impossibilité de répondre à un mail professionnel, j’en suis personnellement incapable. 

Nous sommes en 2018, rien n’a changé car c’est un problème de mentalité, c’est ancré dans la profession, il va falloir encore beaucoup de temps pour arriver au professeur communiquant, au professeur partageur, au professeur collaboratif. Et quand je vois la jeune génération complètement à la ramasse, qui a du mal à gérer les élèves, qui est perdue, qui n’apporte pas beaucoup d’idées, qui attend des solutions des vieux, je me dis que c’est franchement pas gagné, que ça n’arrivera certainement jamais. Le métier devra être réformé de façon profonde, les profils, les matières, les gens qui le font, la manière de devenir enseignant, tout est à reprendre. 

J’évoque le cas particulier de l’informatique dans le contexte enseignant, mais c’est global. J’évoquais dernièrement le cas Firefox, remettons en une couche. J’insiste bien sur un point, un point unique. On se fout complètement de savoir que c’est en nightly, que ça ne verra peut-être jamais le jour, on se fout complètement de savoir qu’on peut le contourner, le seul point important c’est que c’est réalisé au détriment de l’utilisateur final. J’aime bien le proverbe, nul n’est censé ignorer la loi. Je trouve que c’est une belle ironie, la loi est tellement complexe qu’il y a des avocats, des notaires, des gens qualifiés car paradoxalement même si on doit la connaître, c’est impossible tellement le sujet est complexe. Il y a cet aspect culpabilisant avec les power-users qui me fait sourire. Les gens se font hacker c’est leur faute. Et oui c’est leur faute, de la même manière que tout est de notre faute, tout est de notre responsabilité parce qu’il faudrait tout savoir. Quand vous voyez des gars sur-qualifiés en informatique qui sont incapables de changer une ampoule, d’avoir une relation sociale, qui sont-ils pour expliquer qu’il faut savoir compiler son noyau pour avoir le droit d’utiliser du matériel informatique ? 

A l’instar du notaire, de l’avocat, de ces professions spécialisées dans le domaine de la loi, ces gens qui doivent nous guider dans nos choix, nos décisions, c’est aux informaticiens qualifiés de tirer les sonnettes d’alarme, de prendre les décisions qui vont bien. C’est ici qu’on a la relation entre l’administrateur et ses administrés, c’est ici qu’il va falloir comprendre que monsieur et madame Michu n’ont pas à se préoccuper de certaines choses, encore faut-il déterminer lesquelles. Il y a certainement beaucoup d’utopie partagée entre ceux qui pensent que tout un chacun devrait être sous Linux, et ceux qui pensent que tout le monde devrait être écologiste. A trop croire en ses utopies, on finit par penser qu’elles sont applicables à tout le monde. 

Ce qui me paraît une évidence c’est que si votre supermarché du coin vous vend de la bouffe empoisonnée, on va avoir un problème, un problème de taille. On aura les autorités qui vont intervenir, on aura peut-être même la fermeture du magasin, on aura un tapage médiatique. Il me semble que le problème actuel c’est la régulation, quand de nombreux appareils Android sont « insecure » dès la sortie de la boîte, que Google continue de traquer les gens alors que leur GPS est éteint personne ne fait rien. 

L’informatique c’est pas gagné pour moi

souplesse un jour, souplesse toujours

Je régresse. Ce n’est pas la première fois que je l’écris, ce ne sera pas la dernière, mais ce n’est pas une fatalité en soi. Mon niveau d’informatique baisse, mon niveau technique car je dois reconnaître que ça m’intéresse de moins en moins. Je préfère mieux coller des claustras, faire à manger, dézinguer des monstres, marcher. 

Le problème c’est que le lycée me paye pour une partie du boulot, pas tout le boulot mais une partie. J’ai l’intelligence, oui j’ai l’intelligence, je suis beau et intelligent, de savoir quand je serai incapable d’assumer la tâche. Pendant ces vacances, sans réfléchir à repasser à Windows, sans même imaginer acheter un MAC, je dois reconnaître que les épisodes Transmageddon, Firefox, tout ça me gonfle. Quand tu te rends compte que le logiciel que tu utilisais il y a peu ne fonctionne plus, quand tu es interpellé par le comportement des gens qui te fournissent ton navigateur au point d’en être méfiant, tu en viens à te dire que vivre dans l’ignorance ne rend pas si malheureux. 

La régression pour moi se traduit de façon très simple. Mon incompétence est telle que je ne m’autorise plus à prodiguer des conseils informatiques au-delà de ma sphère privée et professionnelle. Public, sache que tu fais partie de ma sphère privée, n’oublie pas que c’est par accident que ce blog est public. Dans mon costume de papillon cette année, j’ai prévu le zéro entraide, le zéro risque, le zéro prise de tête. Régresser, ça veut dire mettre moins les mains dans le cambouis pour déléguer davantage à des prestataires, régresser c’est progresser dans d’autres domaines, comme prendre des décisions par exemple. 

Car en fait, se tenir informer, continuer de regarder les tendances, c’est savoir dans quelle direction regarder. 

Slow

La baisse de rythme m’a fait un bien fou. Voyez plus haut, je peste sur le fait que les gens ne répondent pas à mes mails pendant les vacances. On pourrait croire que c’est mon côté au taquet qui reprend le dessus. Pas du tout, c’est une question de rythme, le mien pas le leur. Car ce qui va se produire, je le sais pertinemment, je vais avoir cinquante demandes qui vont arriver en même temps. C’est toujours pareil, les gens veulent qu’on se mette à leur rythme sans tenir compte du vôtre. Cette année sera encore difficile dans le contexte familial, il faudra que je sois présent sur tous les terrains.

J’assurerai dans tous les domaines, ce sera néanmoins à mes conditions. Travailler ne me pose pas de problème, c’est travailler n’importe comment qui me pose problème. Il ne faut pas confondre une attitude et la paresse, le cas de l’informatique est d’ailleurs intéressant à ce propos. 

Il y a quelques années, je culpabilisais, on vit dans un monde de culpabilité, parce que dans notre monde éducatif on te donne l’impression que derrière chaque collègue se cache Socrate. Quand tu te dis finalement que des collègues partageurs se comptent sur les doigts d’une main, que les professeurs partageurs en ligne se comptent aussi sur les doigts d’une main, tu finis par déculpabiliser. La culpabilité passée tu en viens à raisonner plus sereinement. 

Le complexe de Socrate, c’est une variante de l’imposteur. Tu te dis que tes élèves sont nuls, que c’est ta faute parce que tu n’as pas fait l’activité de Socrate, l’activité avec un TBI, son et lumière, un truc que tu as préparé pendant 48 heures, le truc extraordinaire où tout le monde va finir par comprendre. Ce n’est pas pour moi. Cela fait partie des choses que j’ai comprises, mon profil d’élève est tel qu’ils attendent autre chose de nous. Un référent, un adulte, quelqu’un de bienveillant, quelqu’un qui tend la main que ce soit pour donner un coup de main ou qui appelle les parents pour dire que ça va ou ça ne va pas. 

J’ai refait mes cours cette année, je change de stratégie, je distribue l’intégralité de mon cours dès le début de l’année, afin de limiter les pertes. C’est ça mon métier, faire avec des gens pour qui on a tout nivelé vers le bas et pour qui tout espoir semble perdu. Il n’y aura pas de Socrate, il y aura juste un bonhomme dans la pièce qui répètera quinze fois les choses, qui tiendra le cap, pas comme le capitaine mais comme la baleine. 

Le slow c’est plus que lever le pied c’est une attitude, c’est une force, ton rythme, parce que c’est le bon. 

Papillon de lumière sous les projecteurs

Synthétisons le papillon de cette année 2018-2019 pendant que je suis encore à l’état larvesque

  • l’informatique, à consommer avec modération,
  • l’informatique, un métier, plus une passion et parfois le métier des autres,
  • déculpabiliser bien sûr. Utilisons des logiciels et des services propriétaires comme des cochons !!!
  • mon temps, pas le vôtre,
  • socialisons mais pas avec des outils tout pourri,
  • Socrate cette belle mythologie qu’on raconte à ceux qui viennent d’avoir le concours,
  • ma femme et mes enfants d’abord.
Ma femme et mes enfants